le Jeudi 2 juillet 2026

Être Autochtone au sein d’une majorité allochtone, être une personne noire ou de couleur dans un milieu blanc ou être un jeune inquiet de son avenir n’est pas toujours de tout repos. Pour faire valoir son existence et ses droits, il faut souvent montrer beaucoup de détermination et parfois se mobiliser pour manifester.

Luc Turgeon est professeur agrégé à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa.

Photo : Erin Duncan

«Les membres des minorités sont conscients qu’à tout moment, leurs droits peuvent leur être facilement retirés et qu’ils doivent souvent faire des coups d’éclat pour pouvoir se faire entendre», explique Luc Turgeon, professeur agrégé à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa.

Pour lui, les mobilisations les plus marquantes, comme les grandes manifestations, sont le fruit d’inégalités.

Il s’agit de moyens de «dernier recours» : «C’est parce qu’on n’a pas accès, comme les membres de la majorité publique, à des recours plus traditionnels au sein des institutions politiques en place.»

Or, assez paradoxalement, les inégalités peuvent aussi représenter un frein à la mobilisation. «Quand on n’a pas accès à des besoins de base, c’est beaucoup plus difficile de se mobiliser politiquement, observe l’universitaire. Si on doit travailler 60 heures par semaine pour survivre, c’est sûr qu’on n’a pas les mêmes occasions.»

Activisme et écologie

Bill Jones fait partie de ceux qui n’hésitent pas à monter aux barricades. Lauréat du Prix Eugene-Rogers pour l’environnement en 2021, l’ainé de la Première Nation des Pacheedaht en Colombie-Britannique et ancien bucheron milite contre l’exploitation forestière dans cette province depuis plusieurs années.

«Je n’ai pas accordé un grand intérêt à l’activisme écologique jusqu’en 2012, quand je me suis engagé dans ce que nous appelons la lutte de Walbran. Je me suis joint à un groupe appelé les Friends of Walbran et nous avons fait des lignes de piquetage, des barrages routiers, des barricades pendant longtemps.»

En 2020, il a rejoint la manifestation contre l’exploitation des forêts anciennes à Fairy Creek, où il a été confronté à une répression musclée. «Il y a eu beaucoup de violence, d’intimidation et de harcèlement.»

Bill Jones est un ainé de la Première Nation des Pacheedahts en Colombie-Britannique.

Photo : Courtoisie Last Stand for Forests

Il raconte que «l’injonction est arrivée et la police a commencé à intensifier sa violence contre les manifestants, les écogardiens de la forêt, et nous nous sommes retrouvés avec, il me semble, quelque 1100 arrestations et peut-être un millier d’accusations en cours».

Selon lui, cette série d’évènements lui a permis de comprendre l’aspect politique de sa vie. «Tout est politique en ce qui concerne les relations familiales et la résidence. Même votre chat est politique. Vos relations avec vos voisins sont des outils politiques qui seront utilisés pour limiter l’infrastructure politique des réserves [autochtones].»

«[À cause de] l’expérience des pensionnats, la plupart des Premières Nations de ma génération ont appris à se méfier, confie le diplômé de 1959 du Pensionnat indien d’Alberni, sur l’ile de Vancouver. C’est encore une structure des relations raciales au Canada en raison de la connotation politique de ce que veut dire être Indien.»

Militer envers et contre tout

Bill Jones est bien conscient des foudres qu’il s’attire par ses actions. «Je ne suis pas un homme très populaire, et je sens que je suis peut-être même en danger parfois parce que je suis d’avis que nous devons faire les choses un peu différemment si nous voulons sauver les longues luttes pour nos droits et notre liberté qui sont maintenant continuellement bafoués.»

En invitant des manifestants dans le territoire traditionnel de la nation Pacheedaht, Bill Jones a parfois été une épine dans le pied du conseil de bande, qui ne voulait pas de leur présence.

Dans une lettre de 2021, il insiste sur le fait que «les personnes de tous les âges, genres, races, cultures et classes sociales doivent marcher ensemble pour contribuer à la guérison des blessures causées par le colonialisme et la destruction environnementale».

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Et les jeunes dans tout ça?

Olivier Hussein ne craint pas non plus de s’engager sur le plan politique, et ce, malgré son jeune âge.

Originaire de la République démocratique du Congo, il est arrivé à Moncton en 2009. Au Nouveau-Brunswick, il a été bénévole dans plusieurs organismes francophones pour favoriser l’accueil et l’intégration des immigrants et des réfugiés.

Olivier Hussein est un activiste dédié aux luttes des immigrants, des francophones et contre le racisme systémique.

Photo : Facebook Olivier Hussein

«Je pense que c’est ma personnalité, qui je suis en tant que personne, analyse-t-il. Je suis humanitaire, je suis une personne qui connait les différents enjeux qui touchent surtout les personnes racisées. Étant moi-même issu de la communauté racisée, il y a beaucoup d’enjeux auxquels nous faisons face […] beaucoup de barrières systémiques.»

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Selon lui, «ça prend des jeunes qui ont [du] dévouement. Il ne faut pas avoir peur. Je dirais que la peur doit quitter l’esprit de certaines personnes parce que je sais que souvent il y a des jeunes qui ont tendance à avoir la peur de pouvoir aller s’impliquer.»

Olivier Hussein s’est aussi engagé en politique et appelle un plus grand nombre de jeunes à faire de même. «Les jeunes ont cette tendance de pouvoir changer les choses. On le voit notamment au niveau de nos gouvernements, il y a beaucoup de jeunes impliqués. Pourquoi pas aussi voir plus de jeunes ministres?»

Je vais mettre l’accent sur les jeunes issus des communautés racisées, donc les jeunes Noirs, les jeunes Autochtones. Il faut que nos politiques, nos gouvernements, donnent plus d’opportunités à ces jeunes pour pouvoir s’exprimer.

— Olivier Hussein, activiste

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Le militant voit d’ailleurs un lien entre les combats des personnes autochtones, noires et acadiennes : «[La communauté acadienne] a beaucoup milité pour la francophonie, pour avoir le français, pour avoir ce privilège et cette fierté d’avoir la langue française comme deuxième langue de cette province.»

Parler une langue, un geste politique?

«La francophonie, c’est vraiment un combat, c’est quelque chose qui me tient à cœur», poursuit Olivier Hussein.

Michelle Landry, de l’Université de Moncton, est titulaire de la Chaire de recherche au Canada sur les minorités francophones canadiennes et le pouvoir.

Photo : Nigel Fearon Photography

Pour Michelle Landry, professeure de sociologie à l’Université de Moncton, être francophone en milieu minoritaire et vivre en français, c’est déjà devoir faire des choix au quotidien, «que ce soit d’inscrire nos enfants à l’école en français ou de demander un service en français gouvernemental ou dans un commerce ; on ne prend pas la voie la plus facile».

Différentes raisons peuvent motiver une personne à choisir le français en milieu linguistique minoritaire : «Ça peut être des influences familiales, à l’école […] un évènement dans la vie de quelqu’un, une histoire de vie personnelle, des rencontres, des occasions.»

«Il y a toutes les activités aussi qui sont organisées dans la francophonie canadienne, que ce soit les Jeux de la francophonie, les Jeux de l’Acadie, les camps de leadeurship. Il y a toutes sortes d’évènements qui visent à consolider l’identité, mais aussi l’engagement», renchérit la sociologue.

Mais les questions de la francophonie se cachent souvent derrière d’autres causes. «Souvent, les militants, les groupes et autres personnes engagées vont se rendre compte des enjeux de pouvoir au sein même de leur secteur d’intérêt, par exemple, si on remarque qu’il y a peu de services aux femmes dans les régions francophones ou pour les personnes âgées.»

Plus sur la francophonie

La saga en comité parlementaire continue. Après des soucis techniques qui ont duré une heure et 30 minutes sur les deux heures de séance, les députés ont voté mardi pour allonger l’étude du projet de loi C-13 de 6 heures et 30 minutes, soit trois séances et demie de plus. À lire aussi : L’étude de C-13 prolongée dans la douleur

Le vote, qui s’est tenu dans une confusion totale, a mené les membres à voter en faveur de la proposition de la néodémocrate Niki Ashton plutôt que celle du conservateur Joël Godin, qui, en plus de prolonger le nombre de quatre séances, souhaitait débattre de l’usage du français au sein des entreprises privées de compétence fédérale.

Ce débat avait été demandé notamment par Mario Beaulieu dans une motion précédente, qui a été rejetée.

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Mardi, le Syndicat des agents correctionnels du Canada (UCCO-SACC-CSN), qui représente plus de 7 500 agents fédéraux, a dénoncé des «atteintes inacceptables aux droits linguistiques» de la part du Conseil du Trésor.

En février, lors de la première ronde de négociations, le ministère aurait refusé de négocier la nouvelle convention collective dans les deux langues, à moins que l’UCCO-SACC-CSN paie 50 % des frais de traduction simultanée.

Le syndicat a déclaré ne pas être «fermé» à payer, mais aurait préféré avoir été averti, car ils n’ont pas voté leur budget en conséquence.

À lire aussi : Négocier en anglais ou faire payer : le Conseil du Trésor sort «un lapin de son chapeau»

Le directeur parlementaire du budget et ses analystes ont soutenu que le ministère d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) avait 65 % d’employés en plus que nécessaire pour traiter les 80 % de demandes de visa émanant du système d’immigration Entrée express.

Photo : Courtoisie

Dans un rapport publié mardi, le directeur parlementaire du budget a épinglé le ministère d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) sur les couts de son système d’immigration Entrée express.

L’objectif de ce système est de traiter 80 % des demandes en six mois, dans l’optique d’accueillir 514 377 immigrants au cours des cinq prochaines années. Le gouvernement doit payer un total net de 48 millions dollars pour Entrée express, qui englobe le traitement, les services avant l’arrivée et les services d’établissement.

«Selon notre analyse, le nombre d’employés à Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) devrait être plus que suffisant pour respecter les délais de traitement au cours des cinq prochaines années. Nous estimons qu’IRCC compte un effectif de 65 % supérieur à ce dont il a besoin pour atteindre son objectif au cours du présent exercice», a fait valoir le directeur parlementaire du budget, Yves Giroux, dans un communiqué.

En septembre dernier, dans sa Stratégie visant à accroitre les transitions vers la résidence permanente, le ministre de l’Immigration Sean Fraser avait proposé d’assouplir Entrée express, pour sélectionner davantage d’immigrants, notamment francophones, afin de combler la pénurie de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs-clés. Les compétences linguistiques en français font partie des critères de sélection.

Les couts des programmes du système d’immigration Entrée express.

Photo : Capture d’écran rapport DPB

Nomination d’un rapporteur spécial, démission d’un ancien ministre de Justin Trudeau

Sous le feu des critiques depuis les allégations d’ingérence chinoise lors des élections fédérales de 2019 et 2021, Justin Trudeau a annoncé lundi la nomination d’un rapporteur spécial indépendant pour déterminer s’il y a besoin de lancer une enquête publique.

Le premier ministre a affirmé en point presse que la personne nommée pourrait décider qu’au lieu d’une enquête publique, ce pourrait être «une enquête, un examen ou une révision judiciaire».

S’il n’a pas encore indiqué le nom de la personne responsable, le premier ministre a précisé que ce poste serait occupé par un «éminent Canadien» et qu’il respecterait l’issue de sa décision. Justin Trudeau a ajouté que tous les partis participeront au choix du rapporteur spécial.

Le premier ministre n’a pas donné suite aux demandes répétées depuis des semaines du Bloc québécois, du NPD et du Parti conservateur, qui le pressent de lancer une enquête publique. Ces derniers l’ont de nouveau ciblé cette semaine en Chambre à ce sujet.

La présidente du Conseil du Trésor, Mona Fortier, a déposé jeudi les plans ministériels 2023-2024 du gouvernement à la Chambre des communes.

Ces plans indiquent les feuilles de route, les priorités et les axes sur lesquels se concentreront, par thèmes, les ministres et organismes pour l’année à venir.

«Le dépôt de ces plans au Parlement permet aux parlementaires et à la population canadienne de suivre les progrès accomplis dans la réalisation des priorités énoncées et d’être mieux en mesure de demander des comptes au gouvernement sur la manière dont il utilise les ressources pour obtenir des résultats», a indiqué le Conseil du Trésor, par communiqué.

Le plan de Patrimoine canadien pour le ministère des Langues officielles vise à «continuer de moderniser et de renforcer la Loi sur les langues officielles et ses instruments connexes en tenant compte de la réalité particulière du français au Canada, incluant au Québec».

Il vise également la mise en œuvre du nouveau Plan d’action pour les langues officielles, «qui devrait être lancé en avril», selon le Commissariat aux langues officielles et qui couvrira la période 2023-2028.

Marc Garneau, ancien ministre fédéral des Transports du Canada (2015-2021) et des Affaires étrangères(2021) avait participé à la course au leadeurship du Parti libéral contre Justin Trudeau en 2013.

Photo : Facebook Marc Garneau

Le député de la circonscription montréalaise à majorité anglophone de Notre-Dame-de-Grâce–Westmount a annoncé sa démission lors du caucus de députés libéraux, mercredi.

L’ancien astronaute avait marqué l’actualité lors des séances du Comité permanent des langues officielles en se prononçant contre le projet de loi C-13, notamment dans une lettre du 16 février 2023 publiée sur son site.

Avec ses collègues libéraux, Anthony Housefather et Emmanuella Lambropoulos, Marc Garneau était notamment monté au créneau pour défendre la minorité anglophone du Québec contre les propos de Mario Beaulieu du Bloc québécois.

Ce dernier tenait non seulement à ce que la Charte de la langue française du Québec se retrouve dans C-13, mais il refusait aussi de qualifier de minorité les anglophones du Québec.

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Une motion du NPD proposait lundi à la Chambre des communes de conserver et de protéger le système de santé publique et non le privé, comme il est question en Ontario avec le projet de loi du gouvernement Ford. Les libéraux, les conservateurs et le Bloc québécois ont tous rejeté la motion, à 298 voix contre 26.

Peu après, par communiqué, le NPD dénonçait «une volteface des libéraux de Justin Trudeau». Le NPD a souligné qu’en 2021, «Trudeau a promis de mettre fin à toute facturation des soins de santé en appliquant ou en modifiant la Loi canadienne sur la santé et a fait campagne contre le chef conservateur de l’époque, Erin O’Toole, en dénonçant leur plan visant à ce que les sociétés à but lucratif fournissent davantage de soins de santé au Canada.»

C’est en 1910, lors de la conférence internationale des femmes socialistes, que la militante féministe allemande Clara Zetkin propose pour la première fois la création d’une «Journée internationale des femmes».

S’ancrant dans les luttes ouvrières et les nombreuses manifestations de femmes qui agitent alors l’Europe et l’Amérique du Nord, et s’inscrivant dans une perspective révolutionnaire, Clara Zetkin revendique, entre autres, le droit de vote des femmes et la fin des discriminations au travail.

La date du 8 mars n’est pas encore choisie, mais l’objectif est défini : mobiliser les femmes du monde entier lors d’une même journée afin de faire valoir leurs droits. La proposition est approuvée à l’unanimité par les déléguées des 17 pays présents.

Quelques années plus tard, à la suite de la grève des ouvrières de Saint-Pétersbourg, en Russie, la date du 8 mars est finalement retenue.

Il faudra néanmoins encore attendre plusieurs décennies pour que la tradition prenne de l’ampleur.

Au Canada, l’évènement s’inscrit durablement dans les calendriers féministes à partir des années 1960, ce qui correspond à l’avènement du mouvement de libération des femmes.

Cette journée devient dès lors un moment collectif de réflexion et d’action pour les organismes de défense des droits des femmes – et non une nouvelle occasion de vendre rouges à lèvres, soins du visage et chandails à prix réduit, n’en déplaise à certains!

Une grève mondiale des femmes 

Renouant avec les origines ouvrières du mouvement, de nombreux organismes appellent depuis plusieurs années les femmes du monde entier à la grève générale en cette date hautement symbolique.

Ainsi, le 8 mars 2018, inspirées par un mouvement similaire mené en Islande en 1975, des millions d’Espagnoles cessent de travailler. Elles sont bientôt suivies par des Argentines, des Suissesses, des Françaises, des Grecques, des Mexicaines… Partout dans le monde des rassemblements, parfois accompagnés d’arrêts de travail, mobilisent les femmes.

Leur mot d’ordre? «Si nous nous arrêtons, le monde s’arrête.»

Rien n’est plus vrai : les femmes constituent les deux tiers de la main-d’œuvre du secteur public, du secteur communautaire et des soins et services aux personnes.

Elles font tourner les restaurants, les commerces, les hôpitaux et les écoles, tout en assumant la majorité des tâches familiales et en s’occupant des enfants, des personnes âgées et des malades. Qu’elles arrêtent de travailler – qu’il s’agisse d’emplois rémunérés ou non –, et c’est l’ensemble de la société qui s’écroule.

Pourtant, les femmes continuent de subir au quotidien les violences sexistes et sexuelles, en plus des violences économiques que sont les bas salaires, les temps partiels contraints et les mauvaises conditions de travail, d’autant plus si elles sont racisées, porteuses d’un handicap ou immigrantes.

Elles endurent les inégalités structurelles et systémiques existantes causées par le patriarcat, le classisme, le racisme et le colonialisme, tant dans leur vie privée que dans la sphère publique.

Elles payent également le prix fort des crises sanitaire, économique et sociale : selon le rapport de 2022 du Forum économique mondial sur les inégalités femmes-hommes, les écarts ne cessent de se creuser en raison des perturbations causées par la pandémie et la faiblesse de la reprise, portant maintenant à 132 ans le temps nécessaire pour atteindre la parité dans le monde au rythme des efforts actuels.

Construire des solidarités

Ne serait-il pas temps de nous mettre en grève, nous aussi?

Le 8 mars, pour un jour seulement, refusons d’accomplir nos tâches domestiques, de nous occuper de nos familles et de nous rendre au travail.

Utilisons la grève pour bloquer cette société qui nous exploite. Pour refuser un monde qui exacerbe les inégalités et attise les discours haineux.

Construisons des alliances et des solidarités par-delà les frontières.

Réapproprions-nous les espaces publics et les discours.

Plutôt que des fleurs, offrons-nous du temps pour rêver ensemble à un avenir libéré de toute violence.

Julie Gillet est directrice du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick. Ses chroniques dans Francopresse reflètent son opinion personnelle et non celle de son employeur.

Les députés du Comité permanent des langues officielles sont tombés d’accord à l’unanimité à trois reprises, en faveur de causes qu’ont à cœur les communautés de langue officielle en situation minoritaire (CLOSM), lors de la séance du 10 mars. 

Demandée depuis des années par les organismes francophones minoritaires, la première avancée concerne la négociation de clauses linguistiques pour les CLOSM, lors d’ententes entre le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux et territoriaux.

La députée néodémocrate Niki Ashton a fait adopter le renforcement des mesures positives pour les minorités linguistiques ainsi que les négociations sur les clauses linguistiques entre le fédéral et les provinces et territoires demandées par plusieurs organismes de défenses des minorités francophones. 

Photo : Courtoisie

Cette proposition de la néodémocrate Niki Ashton a été adoptée à l’unanimité. «Le gouvernement fédéral ne pourra plus oublier les minorités linguistiques du pays [avec cet amendement, NDLR]», a soutenu la députée. 

Néanmoins, son collègue indépendant Alain Rayes a fait remarquer que même avec cette mesure néodémocrate, la négociation des clauses lors d’un accord n’en devenait pas pour autant imposée au fédéral. 

«Il s’agit souvent de la compétence des provinces et territoires, a développé Julie Boyer, sous-ministre adjointe des Langues officielles au ministère du Patrimoine canadien. Toutefois, ça crée une obligation systémique d’en discuter».

Le sujet des clauses linguistiques est sensible notamment pour la Fédération des francophones de Colombie-Britannique (FFCB) qui s’est battue devant les tribunaux contre le gouvernement fédéral à ce sujet.

À lire aussi : Le fédéral convoque les francophones en Cour suprême : le désaveu de Ginette Petitpas Taylor

Le 2 mars, la Cour suprême a assuré qu’elle refusait d’entendre la cause de la FFCB, ce qui a mis fin à un combat judiciaire de plus d’une décennie. 

Assurer la construction d’écoles pour les minorités linguistiques

Autre amendement d’importance pour les francophones en situation minoritaire : la prise en compte, par les ministères et institutions fédérales, des besoins des minorités francophones ou anglophones de faire construire des écoles sur des terrains immobiliers fédéraux excédentaires.

Du fait de son passé comme surtintendant du Conseil scolaire acadien provincial, le seul conseil scolaire francophone de la Nouvelle-Écosse, Darrell Samson a tenu un discours passionné au moment de déposer son amendement concernant la prise en compte du fédéral des besoins de construction d’écoles des communautés de langue officielle en situation minoritaire. 

Photo : Courtoisie

Le député acadien de la Nouvelle-Écosse Darrell Samson, auteur de cet ajout au projet de loi, a également inscrit avec ses collègues libéraux l’impératif que le fédéral consulte les communautés linguistiques «ou autres intervenants, notamment les conseils et commissions scolaires» sur leurs besoins de construction d’écoles.

«Il y a 600 000 élèves potentiels [d’âge scolaire et admissibles à l’instruction dans la langue minoritaire, NDLR] dans les écoles à travers le Canada. C’est bien beau, mais il y a plus de vingt ans d’attente pour la construction d’écoles. Ils ont le droit à l’éducation, mais n’ont pas de terrain! C’est crucial que le gouvernement fédéral puisse appuyer les minorités sur cette question», a soutenu avec émotion Darrell Samson.

Le député en a profité pour illustrer ce besoin à travers son expérience d’ex-surintendant des écoles du Conseil scolaire acadien provincial, le seul conseil scolaire francophone de la Nouvelle-Écosse.

La proposition libérale a été appuyée par les conservateurs et le NPD, mais pas par le député du Bloc québécois, Mario Beaulieu.

Consensus sur le renforcement des mesures positives

Un autre amendement du NPD a fait l’unanimité sur le renforcement des mesures positives pour les communautés de langue officielle en situation minoritaire, dans le projet de loi C-13.

Qu’est-ce qu’une mesure positive?

Il n’y a pas de définition exacte, mais l’article 41 de la Loi sur les langues officielles précise trois critères : «[…] Le gouvernement du Canada s’engage :

Ces mesures figurent à la partie VII de la Loi.

Bien que le concept existe déjà à l’article 21 du projet de loi C-13, l’idée de la proposition néodémocrate est d’atténuer les effets négatifs potentiels de certaines de ces mesures, comme dans le cas qui opposait la Fédération des francophones de Colombie-Britannique et le ministère d’Emploi et Développement social Canada (EDSC) en 2021.

Le commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge, avait illustré par communiqué, dans la foulée de ce jugement : «Les institutions fédérales devront désormais prendre des mesures positives déterminées pour chacune de leurs décisions ou initiatives. Plus particulièrement, elles devront […] prendre des mesures pour pallier les effets négatifs de leurs programmes ou initiatives sur ces communautés.»

«Avec cet amendement, la mesure positive aurait des résultats positifs qui pourraient bénéficier à la communauté minoritaire de façon égale à la majorité», a précisé Julie Boyer, de Patrimoine canadien.

Rétablissement du poids démographique des francophones en situation minoritaire

Les membres du Comité se sont aussi prononcés à l’unanimité sur «le rétablissement et l’accroissement du poids démographique des minorités francophones». Un amendement déposé par la libérale Arielle Kayabaga.

Comme la proposition libérale laissait supposer que le fédéral avait le choix de rétablir ou non le poids démographique, les conservateurs l’ont renforcée en faisant inscrire que le gouvernement devait «assurer  le rétablissement et l’accroissement démographique».

Le Comité permanent reprendra ses travaux le mardi 21 mars, après la semaine de relâche parlementaire.

Sabrina Geremia, vice-présidente et directrice nationale de Google Canada, et Jason J. Kee, gestionnaire des politiques publiques de la société, devaient comparaitre le 7 mars devant le Comité permanent du patrimoine canadien. Mais à cause de soucis techniques, la réunion a été annulée puis repoussée au 10 mars.

Cette convocation est attendue, puisque les dirigeants devront s’expliquer sur la décision de Google de bloquer l’accès à des nouvelles en ligne à des milliers de Canadiens pendant cinq semaines fin février.

Une décision prise en réaction au projet de loi C-18, la Loi sur les nouvelles en ligne, qui déplait fortement aux géants du Web, car le gouvernement canadien les contraint à négocier avec les médias la redistribution des revenus générés par les contenus d’actualités qu’ils repartagent.

La professeure à l’Université Laval Colette Brin soutient qu’il est difficile d’évaluer l’impact réel du blocage de Google à du contenu d’information, mais assure que le monopole de cette firme n’est plus à démontrer et qu’elle doit se «justifier devant le peuple». 

Photo : Courtoisie

«L’idée du projet de loi est de permettre à autant de médias que possible de bénéficier de cette mesure. Il donne aux médias d’information un plus grand pouvoir de négociation. Les plateformes n’aiment pas ça, donc elles résistent, avec toute la force de leurs moyens numériques et juridiques», affirme Colette Brin, professeure titulaire et directrice du Centre d’études sur les médias de l’Université Laval à Québec.

«C’est vraiment prendre les Canadiens en otage», s’est quant à lui indigné le ministre du Patrimoine canadien, également parrain du projet de loi, Pablo Rodriguez, dans une entrevue aux Coulisses du pouvoir.

«Campagne de dénigrement»

Selon Colette Brin, ce blocage représente une «sorte de moyen de pression de Google. […] Ça démontre que Google a beaucoup trop de pouvoir dans notre accès à ce qui se passe dans le monde. Une grande partie des recherches se font par moteurs de recherche […] on n’a plus à démontrer que Google en situation de monopole.»

Pendant la pandémie, Google et d’autres plateformes avaient accepté de mettre de l’avant les contenus scientifiques. «C’était justement pour combattre la désinformation», observe la professeure, qui s’interroge sur la réaction de la population si Google Actualités était amené à fermer au Canada. «Cela m’apparait inconcevable tellement c’est au cœur des activités quotidiennes.»

Pour Colette Brin, des entreprises comme Google et Meta s’opposent au principe du projet de loi C-18 et dès qu’il y a des contraintes financières, s’attèlent à «une campagne de dénigrement».

«Ils se trouvent des alliés au sein des partis d’opposition. En l’occurrence au Canada, le Parti conservateur. Ils ont un argument de libre marché qui, à mon avis, ne tient pas la route. Ça se tiendrait si le marché était dynamique avec plusieurs joueurs alors qu’ici, c’est Google qui a le monopole», décrit la spécialiste.

C’est pourquoi la convocation du 10 mars est très importante selon la professeure ; «pour obliger Google à se justifier devant le peuple».

Colette Brin pense néanmoins que l’on n’apprendra pas «grand-chose», puisque Google a déjà joué cette manche dans d’autres pays, notamment en Australie en 2021. «Ils ne sortiront probablement pas de leur ligne», prévoit-elle.

Les petits médias sans intérêt pour Google

Selon Colette Brin, comme en Australie, le projet de loi C-18 «oblige les plateformes comme Google à négocier avec les médias d’information sur les modalités de redistribution des revenus. Des ententes existent déjà avec les grands médias. Il va falloir qu’elles s’élargissent à d’autres médias qui n’ont pas d’entente.»

C’est le cas de médias locaux dont les équipes et les chiffres d’affaires sont plus petits. «C’est clair que pour Google, les petits médias n’ont pas beaucoup d’intérêt, car ils ne représentent pas de grands marchés», pointe-t-elle.

Elle assure également que les marchés médiatiques d’informations francophones, même au Québec, sont très petits. «Et dans ces marchés-là, le consensus est fort autour du fait qu’il y a un monopole des GAFAM [Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft, NDLR]. Mais vu que leur marché est petit, le pouvoir de négociation l’est aussi. Les experts disent que ce cas nécessite une concertation internationale pour protéger ces petits joueurs. Mais c’est très compliqué sur le plan légal et au niveau de leurs intérêts, qui sont différents.»

Colette Brin rappelle un élément de taille : «Les grandes plateformes ont des ressources financières et une expertise technologique et juridique qui dépasse ceux des plus petits.»

Après une longue attente pour rétablir le système d’interprétation, les membres devaient se prononcer sur la motion du bloquiste Mario Beaulieu pour prolonger le nombre de séances d’étude de C-13, sans toutefois en préciser le nombre d’heures.

Le bloquiste Mario Beaulieu a vu sa motion d’allongement et de débat de l’article 54 rejetée. 

Photo : Courtoisie

Sa motion, qui n’avait même pas été envoyée au Comité, contenait en plus un débat de l’article 54 du projet de modernisation, qui concerne la Loi sur l’usage du français au sein des entreprises privées de compétence fédérale.

Un morceau important pour le Québec notamment, qui dénonce qu’Ottawa donne le choix à ces entreprises de s’assujettir ou non à la Charte de la langue française du Québec (ou loi 101).

Après de nombreuses tergiversations, dont une demande d’excuses du Parti conservateur après de «fausses allégations» du libéral Marc Serré et une cacophonie qui a régné pendant près d’une demi-heure, la motion du Bloc a été rejetée.

«C’est un show de boucane, a critiqué Marc Serré à la sortie du Comité. Ils ne sont pas organisés!»

Les conservateurs, quant à eux, ont demandé l’ajout de quatre séances et l’obligation de débattre de l’article 54. Leur demande a laissé place, non sans difficultés, à un sous-amendement de la néodémocrate Niki Ashton pour l’ajout de 6 heures 30 minutes d’étude du projet de loi, sans égard au débat de l’article 54.

Niki Ashton a fait voter l’ajout de plus de six heures à l’étude du projet de loi C-13. 

Photo : Courtoisie

Selon elle, la proposition conservatrice menait les travaux du Comité jusqu’à la fin avril. Un délai «trop long» pour faire adopter le projet de loi.

La députée en a profité pour manifester sa préoccupation pour le «temps perdu lors des premières réunions à cause du filibustering de plusieurs députés libéraux qui avaient leur propre agenda».

Présent à titre de membre temporaire, l’ex-conservateur Alain Rayes, devenu indépendant, avait visiblement la volonté de déposer un amendement.

Il s’est contenté de commenter : «J’ai suivi la plupart des débats de ce comité, et je vous remercie de votre travail. Je souhaite sincèrement que vous trouviez une solution pour les amendements importants, dont les clauses linguistiques, demandées par tous les organismes francophones. Je vous en prie, trouvez un consensus ensemble!»

La prochaine réunion du Comité se tiendra vendredi.

Le syndicat, qui représente plus de 7500 agents correctionnels fédéraux au pays, a publié le 6 mars 2023 un communiqué pour signaler «une atteinte significative, préoccupante et inédite à l’esprit de la Loi en matière de langues officielles».

Frédérick Lebeau, vice-président national du Syndicat UCCO-SACC-CSN, qui représente plus de 7500 agents correctionnels fédéraux à travers le Canada, déplore que le gouvernement ne négocie pas en français.

Photo : Courtoisie

En février, lors de la première ronde de négociations de la convention collective concernant les fonctionnaires, l’UCCO–SACC–CSN avait demandé une traduction simultanée des échanges, alors uniquement en anglais. Le Conseil du Trésor avait refusé, mais proposé de partager 50 % des frais de traduction avec le syndicat.

«Pour des raisons de couts, le Conseil du Trésor veut passer outre ou veut nous refiler 50 % des frais de traduction. D’habitude, dans les autres rondes [de négociations], il fournissait toujours un service de traduction pour les négociations. Nous sommes un syndicat bilingue, c’est important pour nous», déclare Frédérick Lebeau, vice-président national d’UCCO–SACC–CSN.

Frédérick Lebeau n’est pas «fermé» à payer des frais de traduction, puisque la «majorité des autres syndicats de la fonction publique paie 50 % des frais de traduction ou négocie seulement en anglais». Mais il aurait bien aimé être averti avant cette ronde de négociations : «Nos budgets sont votés une fois tous les trois ans. Présentement, on n’a pas ce budget.»

«C’est la première fois que le Conseil du Trésor nous oblige à négocier dans une langue ou dans l’autre, que ce soit en français ou en anglais», réagit vivement le vice-président.

Le Conseil du Trésor peu enclin à plier

Dans son communiqué, la Confédération des syndicats nationaux (CSN) affirme que : «Le gouvernement fédéral se justifie en invoquant la nécessité d’avoir recours à des traducteurs externes et mentionne au passage que de toute façon, le Commissariat aux langues officielles n’a pas le pouvoir de le forcer à fournir et à financer la traduction simultanée à la table de négociation».

Mona Fortier, présidente du Conseil du Trésor.

Photo : Courtoisie Facebook Mona Fortier

Dans un courriel adressé à Francopresse, Monica Granados, attachée de presse au sein du Cabinet de la présidente du Conseil du Trésor, défend la position du gouvernement : «Pendant les négociations, les deux parties partagent le cout des traductions à parts égales. Pour les négociations avec le Syndicat des agents correctionnels du Canada, nous payons notre juste part et, de plus, nos négociateurs sont bilingues.»

Mais selon Frédérick Lebeau, même si le syndicat offre ses services dans les deux langues, certaines personnes ne parlent pas français ou anglais.

Le vice-président a suggéré au gouvernement négocier dans les deux langues, mais d’après lui, le Conseil du Trésor reste «intransigeant».

«On trouve ça aberrant qu’un gouvernement qui se dit prolinguistique et qui travaille dans les deux langues, qui doit avoir des tonnes de traducteurs [fasse cela]. Pour nous, c’est une question de principe. Le Conseil du Trésor a sorti un lapin de son chapeau», estime-t-il.

Le syndicat a déposé une plainte auprès du Commissariat aux langues officielles (CLO) le 8 février dernier, après la première ronde de négociations pour leur convention collective.

Raymond Théberge, Commissaire aux langues officielles.

Photo : Courtoisie

Sollicité par courriel, ce dernier se réserve le droit de commenter : «Le processus négociation collective comportant son lot de particularités, il est difficile pour le commissaire de se prononcer sur l’enjeu soulevé, puisqu’un grand nombre de variables entrent en ligne de compte. De plus, afin de préserver l’équité procédurale en cas de plainte qui lui serait transmise à ce sujet, le commissaire s’abstiendra donc de commenter le dossier.»

«La position du gouvernement est indéfendable»

Déjà, le 16 février, dans une lettre obtenue par Francopresse, le député néodémocrate Alexandre Boulerice déplorait la décision du Conseil du Trésor : «Bien que le gouvernement allègue vouloir protéger le français en déclin partout au pays en bonifiant les droits linguistiques de la minorité francophone, encore faut-il appliquer les droits linguistiques déjà existants sous le régime actuel. Au demeurant, la justification du gouvernement pour agir comme il le fait est indéfendable.»

Son collègue du Bloc québécois Mario Beaulieu avait également dénoncé la situation : «Parce qu’il veut négocier en français, le syndicat doit payer la note. Si le comité de négociations parlait entièrement anglais, il n’y aurait pas de traduction, donc pas de frais. Ce nouvel écueil ne fait que confirmer qu’à Ottawa, la seule réelle langue officielle, c’est l’anglais.»

«Quand t’as pas de projet, tu sais pas pourquoi tu fais tous ces efforts-là. En plus, [il y a le] stress financier. […] Beaucoup d’étudiants rendus à l’université vont changer de programme à un moment donné», rapporte André Samson, professeur titulaire d’orientation scolaire et professionnelle à la Faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa.

Dans un rapport publié en 2014, le chercheur a évalué l’identité vocationnelle de plus de 1 200 élèves qui terminaient leur secondaire dans une école de langue française en Ontario. Presque 43% d’entre eux ont déclaré vivre de l’indécision vocationnelle grave.

Selon André Samson, «ils arrivent à l’université, ils arrivent au collège, sans trop savoir dans quoi ils s’embarquent.»

Définitions utiles

Identité vocationnelle : concept qui «renvoie à la “clarté des objectifs professionnels d’une personne et sa perception de soi”». – source

Indécision vocationnelle : «incapacité à faire un choix en matière de formation ou d’emploi quand celui-ci s’avère nécessaire» – source

Psychométrie : science qui «consiste en l’évaluation quantifiée, objective et standardisée des différences individuelles à l’aide d’instruments psychométriques» – source

Pour son étude, le chercheur a également demandé à des conseillers et conseillères d’orientation d’évaluer leurs compétences au moyen d’un questionnaire. Résultat : aucune des 13 compétences évaluées n’a atteint le 3 sur une échelle de 1 à 5 (1 étant un niveau de maitrise équivalent à « pas du tout » et 5 à « très bien »). La psychométrie est la compétence que les répondants ont déclaré maitriser le moins.

André Samson a réalisé plusieurs études sur l’orientation scolaire dans les écoles francophones, particulièrement en Ontario. 

Photo : Rémi Laprise

Or, «la psychométrie, c’est fondamental d’orientation scolaire et professionnelle parce que ça nous permet d’avoir des normes objectives pour évaluer, par exemple, les intérêts d’un élève […] et ses aptitudes», explique André Samson. Selon lui, c’est ce qui permet à un conseiller d’aider des élèves dans leur choix de carrière.

«La psychométrie est quasiment absente. Il n’y a aucune formation clinique, pas de supervision […] Donc que vont faire les conseillers d’orientation qui n’ont aucune formation ou à peu près? Ils vont surtout faire de l’information scolaire et professionnelle. C’est-à-dire [qu’]ils vont informer leurs élèves du secondaire de quels cours se donnent, quelles formations se donnent dans telle université ou dans tel collège.» Ils leur parleront aussi d’aide financière.

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Un siècle de retard

Selon André Samson, le modèle actuel de formation d’orientation que suivent plusieurs provinces canadiennes date d’il y a plus d’un siècle.

L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) déplore ce retard dans la formation. «Cela fait 20 ans qu’elle note que la formation des conseillers d’orientation, spécifiquement en Ontario et dans plusieurs provinces du Canada anglais, n’est pas suffisante et n’est pas adéquate comparativement à d’autres pays de l’Occident ou d’autres pays industrialisés», insiste André Samson, professeur titulaire à la Faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa.

Alexis Gasc, élève de la Colombie-Britannique.

Photo : Courtoisie

Consultez les articles de la série Le secondaire et après

Formation déficiente

«Il y a beaucoup [de jeunes] qui arrivent à l’université et qui connaissent juste le nom de leur programme, mais ils ne savent pas à quoi ressemblent les cours, qu’est-ce qu’ils vont faire», rapporte André Samson.

Pour Alexis Gasc, qui terminera son secondaire en juin à l’école secondaire Jules-Verne de Vancouver, la pandémie n’a pas aidé : «J’ai raté pas mal d’informations que les années d’en dessous et d’au-dessus ont eues. Par exemple, je n’ai pas pris ma chimie en 11e […] alors que j’aurais dû savoir qu’il la fallait pour l’ingénierie.»

Dans son rapport final des États généraux sur le postsecondaire en contexte francophone minoritaire, l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC) souligne que, selon certains participants, «les conseillers et conseillères d’orientation ont une connaissance limitée des établissements postsecondaires francophones ou […] véhiculent des opinions négatives à leur sujet».

Nyamae Alloway fréquente une école de St-John’s à Terre-Neuve-et-Labrador.

Photo : Courtoisie

Pénurie

Bien formés ou non, les conseillers et conseillères d’orientation manquent dans les écoles canadiennes. À l’Association francophone des conseillères et conseillers d’orientation du Nouveau-Brunswick (AFCONB), un conseiller doit s’occuper d’environ 450 élèves.

À l’école Holy Hearts of Mary que fréquente Nyamae Alloway à Terre-Neuve-et-Labrador, il y a trois conseillères pour environ 1 400 élèves. Selon la finissante, elles passeraient plus de temps à offrir de l’appui psychologique aux élèves qu’à guider les élèves dans leur choix de carrière.

«Elles disent que leurs portes sont toujours ouvertes. Ce n’est pas vrai», déplore Nyamae Alloway.

Elle a seulement pu évoquer avec sa conseillère, nouvellement arrivée dans l’établissement, le sujet des bourses. Rien de plus. Elle a toutefois pu discuter de son parcours au postsecondaire avec sa mère qui enseigne dans le milieu universitaire.

Les parents et le corps professoral en renfort

«La majorité [des élèves] ne prennent pas au sérieux les conseillers d’orientation.» C’est la conclusion à laquelle André Samson est arrivé après s’être entretenu avec des centaines d’élèves.

Anthony Huneault-Thai a choisi d’étudier les sciences comme plusieurs membres de sa famille. 

Photo : Courtoisie

«Au niveau du soutien social, ceux qui sont les plus efficaces sont les parents, et c’est normal. Après ça, ce sont les enseignants […] Les conseillers d’orientation en Ontario ont très peu d’influence sur le choix d’études postsecondaires de leurs élèves.»

Alexis Gasc a pu trouver de l’appui auprès d’une enseignante de son école. «J’ai un cours “Liens avec la vie personnelle et professionnelle”. Ma prof m’aide beaucoup. Elle m’envoie des bourses par email quand elle en trouve. J’ai du support quand j’en ai besoin. J’ai déjà des profs en tête pour mes lettres de référence», dit le jeune francophone, qui s’estime chanceux.

Admis en biochimie à l’Université d’Ottawa, Anthony Huneault Thai n’a pas consulté de conseiller d’orientation et a choisi de se tourner vers les sciences, comme d’autres membres de sa famille.  

«J’ai toujours voulu entrer dans le champ médical, dit-il. J’ai un cousin qui [fait de la] biochimie, son chum est en biopharmaceutique, et le chum de mon autre cousine a pris [biomédecine]. Je suis cette partie de la famille», confie-t-il.

Le projet avant toute chose

Apollo Sévigny fréquente une école secondaire à Yellowknife et compte étudier à Montréal l’an prochain. 

Photo : Courtoisie

«La motivation aux études universitaires dépend en partie de ton projet vocationnel, de ton identité vocationnelle», explique André Samson. Parmi tous les jeunes qu’il a vus passer au fil des ans, ce sont ceux qui avaient un projet qui ont poursuivi leurs études.

 «Je suis jeune et je ne sais pas ce que je veux faire à 100% pour mon futur et [c’est] l’une des raisons pourquoi McGill est mon premier choix. […] C’est justement parce qu’il y a tellement de choix de cours et tellement d’options de parcours, alors si je veux changer, je peux», témoigne Apollo Sévigny, finissant au secondaire Sir-John-Franklin à Yellowknife.

C’est justement dans l’élaboration de ce projet que les conseillers d’orientation ont un rôle important à jouer. Selon André Samson, il est impossible d’être à la hauteur de la tâche sans une formation en psychométrie adéquate.

Baisse des commandites, fermeture des salles, annulation des spectacles et de programmations en tous genres : les mesures sanitaires liées à la COVID-19 ont profondément affecté l’industrie culturelle, en particulier les revenus de ses professionnels.

David Hope est directeur général de l’Actors Funds Canada (AFC).

Photo : Courtoisie

Plusieurs acteurs du milieu, dont David Hope, directeur général de l’Actors Funds Canada (AFC), déplorent «le départ de plusieurs artistes et employés», «une perte de revenus» et «l’endettement et l’épuisement des artistes», en raison des délais dans la reprise des activités culturelles.

Certains ont même opéré une «reconversion totale» pour subvenir à leurs besoins, souligne la directrice générale de l’Association des théâtres francophones du Canada (ATFC) Lindsay Tremblay.

Le secteur des arts de la scène et des festivals a été le plus durement touché, avec une baisse de 52 % des ventes et de 36 % des postes entre 2019 et 2020.

Mais malgré toutes ces difficultés, le secteur se relève tant bien que mal, note la directrice. Selon Statistique Canada, les spectacles sur scène ont enregistré une hausse de 3 607 emplois (+5,3 %) au troisième trimestre de 2022.

Une relance «fragile» et inégale

«Mais pour nous [le théâtre], la relance va être longue, va prendre plusieurs années, nuance Lindsay Tremblay. La relance dans le milieu culturel et artistique en général est encore fragile.»

Même son de cloche du côté de David Hope : «La reprise va prendre du temps avant de retrouver son état prépandémique en raison de l’impact profond laissé par la pandémie.»

Le directeur fait en outre état d’une reprise inégale dans le secteur : «Les industries du film et de la télévision ont repris leurs capacités plus vite que le milieu des arts vivants […] Les professionnels de ce milieu, continue-t-il, se cherchent encore, sont entrain de récupérer. Beaucoup sont pigistes donc n’ont pas de revenus constants et ont perdu leur emploi.»

L’AFC offre des bourses de relance aux travailleurs autonomes du secteur des arts.

Photo : AFC

La réactivation des arts

Pour pallier ce manque, le gouvernement fédéral a mis en place plusieurs fonds de soutien et d’urgence visant à soutenir la relance de l’industrie culturelle.

Le 6 juillet 2022, l’AFC a annoncé la création du Programme de réactivation. Financé par le Fonds pour la résilience des travailleurs du secteur des spectacles sur scène du Canada (FRTSSSC) de Patrimoine canadien, il vient donner un coup de pouce de 2500 $ aux artistes et artisans des arts de la scène Québec pour les aider à couvrir leurs frais de subsistance de base.

L’AFC compte verser jusqu’à 12 millions en appui financier.

Un malaise plus profond

«Le secteur a besoin de plus de soutien financier de relance des bailleurs à tous les niveaux ; fédéral, provincial, municipal, pour refléter les besoins des professionnels du milieu et encourager la relance», déclare Lindsay Tremblay.

La directrice s’inquiète que le Programme de réactivation de l’AFC ne soit pas renouvelé. «Le gouvernement doit comprendre qu’on va continuer d’avoir besoin du soutien de relance, insiste-t-elle. Les décisions concernant le milieu ne viennent pas juste d’en haut.»

Mais pour la directrice de l’ATFC, «la crise pandémique n’a fait qu’accentuer les difficultés que vivaient déjà le milieu du théâtre en particulier et le milieu culturel en général», et ce malgré les aides gouvernementales.

Lindsay Tremblay, directrice générale de l’Association des théâtres francophones du Canada (ATFC).

Photo : Courtoisie

Selon la directrice générale, «le gouvernement fait des efforts, mais il faut aussi travailler ensemble. Il ne faut pas que des décisions concernant le milieu des arts et de la scène vienne juste d’en haut, mais il faut faire participer le milieu dans la prise de ces décisions ».

De la nécessité de repenser le milieu

La crise pandémique a montré les limites du «travail en silo» dans le milieu et la nécessité d’opérer des changements, estime Lindsay Tremblay. Il est plus qu’important, d’après elle, que «le milieu des arts et [celui de] la culture en général travaillent ensemble afin de réfléchir à des façons de faire autrement».

Autrement dit, penser à des modèles innovants en matière de production, de distribution et de consommation, pour faciliter notamment la mobilité des œuvres artistiques, encourage-t-elle.

La crise a toutefois permis une forte mobilisation et a contribué à créer un langage commun avec un «échange de bonnes pratiques», constate-t-elle.

Plus sur la francophonie

Le Bloc québécois a demandé au président du Comité permanent des langues officielles de prolonger l’étude du projet de loi C-13. Soutenue par trois élus conservateurs, la demande doit être acceptée par la majorité des membres du comité pour être validée.

Mario Beaulieu, membre bloquiste du Comité permanent des langues officielles.

Photo : Courtoisie

Il reste «une réunion et demie», soit trois heures pour atteindre ces huit séances. «Nous […] estimons qu’il est urgent que les membres du Comité se réunissent afin de débattre de la nécessité de prolonger la présente étude», affirment les cinq élus dans une lettre.

Néanmoins, aucun des signataires ne s’est prononcé sur un nombre précis de séances. Le 1er décembre 2022, les membres du Comité s’étaient entendus sur un nombre de huit séances pour étudier le projet de loi article par article, après des semaines de désaccord.

Dans leur lettre, les deux partis politiques rappellent que la motion adoptée par le Comité prévoit, qu’en cas de besoin, ce dernier «décide de prolonger la durée de l’étude article-par-article».

La demande du Bloc québécois et des conservateurs est inscrite dans le Règlement de la Chambre des communes, avec les conditions suivantes : la réunion doit se tenir dans les cinq jours après la réception de la demande, et celle-ci doit être signée par quatre membres du comité représentant au moins deux partis politiques différents.

Le vote interviendrait donc mardi 7 mars. Il reste à ce jour 51 des 71 articles du projet de loi C-13 à étudier.

Plus de 3,9 millions de dollars ont été octroyés à trois organismes francophones de la province, pour financer quatre projets. Un moyen de «développer des entreprises francophones et francophiles», selon le communiqué du gouvernement.

La Société de développement économique de la Colombie-Britannique (SDECB) a reçu plus de 2,9 millions.

Une enveloppe de 221 500 dollars doit servir à appuyer le secteur du tourisme dans les deux langues officielles du Canada.

L’Alliance française Vancouver et la Société francophone de Victoria ont reçu respectivement 750 000 et 215 000 dollars du Fonds canadien de revitalisation des communautés, destinés à «renforcer les pôles culturels des communautés francophones et francophiles de Vancouver et de Victoria», rapporte le communiqué.

L’opposition demande une enquête publique sur l’ingérence de la Chine lors des dernières élections fédérales

Le premier ministre n’a pas officiellement rejeté la demande des partis de mener une enquête publique sur l’interférence de la Chine dans les élections fédérales de 2910 et 2021 au Canada, il a expliqué que «d’autres processus» étaient en cours pour faire la lumière sur cette affaire.

Photo : William Pitcher – Flickr CC BY-NC-SA 2.0

Les partis d’opposition ont pressé Justin Trudeau de lancer une enquête indépendante en début de semaine. Seul le premier ministre du Canada a le pouvoir d’en déclencher une.

«Le gouvernement n’aurait rien à perdre à faire cet exercice, il aurait en main un outil pour rétablir la confiance des gens envers le système électoral», a fait valoir en point presse Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois.

Mercredi, au Comité permanent de la procédure et des affaires de la Chambre (PROC), le leadeur parlementaire du NPD Peter Julian a présenté une motion visant à lancer cette enquête publique.

Jusqu’ici, le Parti conservateur du Canada estimait qu’il fallait élargir l’enquête parlementaire en cours sur l’élection fédérale de 2021 à celle de 2019. Mais il a finalement rejoint les deux autres partis dans leur demande d’enquête publique.

Le 17 février 2023, The Globe and Mail mettait au jour la possible intervention de la Chine en 2021 pour défaire des élus conservateurs considérés comme hostiles à Pékin. Le média avait obtenu ces informations grâce à des documents secrets du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS).

Lors d’un point presse en Colombie-Britannique, le premier ministre n’a pas formellement rejeté la requête des partis, mais il a laissé entendre que ce n’était pas la voix que le gouvernement voulait suivre. «On a mis des mécanismes et des outils. […] On a énormément de processus publics en train de se tenir en ce moment […] on va les laisser se poursuivre», a-t-il justifié.

Cette semaine, le rapport indépendant sur les élections fédérales de 2021 a certifié que le gouvernement n’avait pas fait d’annonce sur l’ingérence étrangère dans les élections fédérales de 2021, puisque le seuil d’éléments qui aurait pu empêcher la tenue d’élections libres et justes au Canada n’avait pas été atteint.

L’application représente un risque un niveau de la sécurité nationale, selon des directeurs de l’information provinciaux et fédéraux.

Photo : Solen Fayissa – Unsplash

Le Comité permanent du patrimoine canadien, réuni mardi, a décidé de convoquer les hauts dirigeants de la société, afin d’étudier la décision de Google de bloquer les contenus journalistiques de sa plateforme au Canada.

Le président et directeur général de Google, Sundar Pichai, Kent Walker, président des affaires mondiales et chef des affaires légales et Sabrina Geremia, vice-présidente et dirigeante de la firme au Canada, devraient comparaitre le 6 mars 2023 pendant deux heures.

La semaine dernière, le porte-parole du géant du numérique avait confirmé que la plateforme avait bloqué l’accès aux nouvelles à moins de 4 % de Canadiens dans le cadre d’un test de cinq semaines.

Une manière de mettre la pression sur le gouvernement canadien et de marquer son désaccord avec le projet de loi C-18, qui oblige les géants du numérique tels que Google et Facebook à payer les médias pour pouvoir partager leurs contenus sur leurs plateformes.

En début de semaine, le gouvernement canadien a interdit TikTok sur les téléphones de ses fonctionnaires, par souci de sécurité nationale. L’application présenterait «un niveau de risque inacceptable pour la vie privée et la sécurité», selon un examen mené par la dirigeante principale de l’information (DPI) du Canada, Catherine Luelo.

Les gouvernements provinciaux de l’Alberta, de la Colombie-Britannique et du Québec ont suivi le mouvement.

La Chambre des communes et le Sénat ont également interdit l’application dès le 3 mars pour tous travailleurs et politiciens fédéraux.

Selon Statistique Canada, le quatrième trimestre de l’année 2022 n’a «pratiquement» pas bougé. Après cinq trimestres consécutifs de croissance, le PIB réel du Canada a légèrement reculé de 0,1 % en décembre après avoir progressé de 0,1 % en novembre.

Le ralentissement de l’accumulation des stocks, les reculs des investissements des entreprises en machines et matériel, et en logement ont fait contrepoids «à la hausse des dépenses des ménages et des administrations publiques et à l’amélioration du commerce net», note Statistique Canada.

Jeudi, le directeur parlementaire du budget (DPB) Yves Giroux a publié le rapport intitulé Perspectives économiques et financières, qui fournit des prévisions de référence aux parlementaires.

«Comme l’inflation de l’indice des prix à la consommation est en bonne voie de revenir à sa cible de 2 %, nous prévoyons que la Banque commencera à abaisser son taux directeur au début de 2024», a-t-il déclaré.