Le projet de loi C-13 a passé l’étape de la troisième lecture en Chambre, avec un vote libéral contre : celui du député de Mont-Royal, Anthony Housefather. Les autres députés libéraux anglo-québécois, tels que le ministre Marc Miller, Patricia Lattanzio ou encore Emmanuella Lambropoulos, ont finalement voté en faveur virtuellement.
Le député anglo-québécois Anthony Housefather a été le seul libéral à s’opposer à l’adoption de C-13 en troisième lecture à la Chambre des Communes.
«Mon collègue a eu la chance de partager ses inquiétudes de certains de ses commettants. Finalement aujourd’hui il a pris sa décision finale. […] Je ne suis pas rancunière», a répondu la ministre des Langues officielles, Ginette Petitpas Taylor à la question d’éventuelles sanctions contre M. Housefather.
Elle a par la suite reconnu que la langue française «est la seule langue menacée au Canada», mais a tenu à rassurer la minorité anglophone : «La modernisation de la Loi sur les langues officielles n’enlève aucun droit aux anglophones du Québec.»
Du côté des conservateurs, le député Joël Godin a expliqué en entrevue que son parti n’avait pas dévoilé ses intentions de vote en raison de «certains libéraux frileux» à voter.
La deuxième lecture au Sénat devrait avoir lieu ce jeudi 18 mai, selon le bureau du sénateur indépendant du Nouveau-Brunswick, René Cormier, président du Comité permanent des langues officielles à la Chambre haute.
«Du travail à faire» au Sénat avant juin
«Nous reconnaissons que le Sénat a du travail à faire», a lâché Ginette Petitpas Taylor, qui espère voir la sanction royale apposée sur son projet de loi avant la pause parlementaire estivale, le 23 juin.
Le porte-parole conservateur pour les Langues officielles, Joël Godin, pense toutefois que le projet de loi a de bonnes chances d’être adopté avant cette échéance.
Parcours à venir du projet de loi
Le projet de loi C-13 validé en troisième lecture à la Chambre des Communes passe en deuxième lecture au Sénat. Il cheminera ensuite vers le Comité sénatorial des langues officielles qui entendra des témoins si besoin et rendra un rapport, qui sera remis en troisième et dernière lecture au Sénat, avant la sanction royale.
«Malgré l’enthousiasme qu’on peut avoir pour un projet de loi, il y a toujours des considérations qui ne dépendent pas de nous», déclare le sénateur du Nouveau-Brunswick, René Cormier, à propos de C-13.
«Les sénateurs ont mené une préétude du projet de loi C-13, ils ont quand même déjà entendu des témoins. J’espère qu’on pourra voir l’adoption dans les plus brefs délais, mais on respecte le travail des sénateurs et sénatrices», a précisé la ministre des Langues officielles.
Bien que René Cormier espère une adoption rapide de C-13, il rappelle toutefois que les prochaines étapes au Sénat ne seront pas accessoires.
«Ce sont les mêmes étapes qu’à la Chambre des Communes, observe-t-il. Dire que c’est une formalité, c’est sous-estimer l’expertise du Sénat et [le fait] que les sénateurs ont la responsabilité constitutionnelle d’examiner les projets de loi avec un second regard attentif pour s’assurer que les enjeux qui touchent la population canadienne soient pris en compte.»
«On sait dans quel état C-13 nous arrive. C’est sûr que le travail en comité va aussi dépendre des discours des sénateurs et sénatrices en 2e lecture», ajoute René Cormier.
Pour le sénateur acadien, C-13 au Sénat est une question «d’équilibre» : «Il y a une volonté qu’on fasse notre travail avec rigueur, mais en même temps, qu’on ne retarde pas indument l’adoption du projet de loi.»
Toutefois, selon lui, une adoption trop rapide viendrait «à l’encontre de l’esprit de travail du Sénat».
Un travail facilité par la Chambre
Par ailleurs, le travail réalisé à la Chambre des communes «facilite en un sens» le travail à venir du Sénat, au vu des amendements votés et du temps passé en comité.
«Il faut applaudir ce travail-là, souligne encore René Cormier. [Les députés] ont déjà fait une partie importance de la réflexion sur certaines dispositions. À nous de voir si tous les amendements proposés respectent l’esprit de la loi et la constitutionnalité.»
Selon lui, les membres du Comité permanent des langues officielles du Sénat sont «bien équipés» et ont l’expertise pour s’attaquer aux amendements de C-13.
À cela s’ajoute le fait que le Sénat a déjà étudié la question de la modernisation en 2017, rendu plusieurs rapports en 2019 et fait une étude préalable l’automne dernier sur C-13.
Les demandes des communautés francophones en situation minoritaire sont claires et ont été entendues au comité sénatorial. Les anglophones minoritaires demeurent toutefois inquiets, notamment à propos de la référence à la Charte de la langue française du Québec dans la Loi sur les langues officielles modernisée.
«C’est important que [ces] inquiétudes et demandes soient prises en compte par l’étude qui sera faite au Sénat», rapporte René Cormier.
La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) craint qu’il y ait un «risque» que le projet de loi ne reçoive pas la sanction royale avant l’automne. «Présumer que le projet de loi sera adopté dans les deux ou trois semaines qui viennent est impossible, ça va à l’encontre de l’esprit de travail du Sénat», tempère René Cormier.
«Un défi» de faire de la recherche en français selon Selma Zaiane-Ghalia, présidente de la section Acfas-Acadie et professeure agrégée à l’Université Moncton.
Selon Stéphanie Chouinard la vulgarisation du savoir permet de révéler à la population la valeur sociétale derrière leurs travaux.
«Est-ce que je fais de la recherche en français avec ma communauté minoritaire, parce que je veux aider ma communauté minoritaire? Ou est-ce que je laisse tomber ma communauté minoritaire et je m’en vais rejoindre un groupe anglophone parce que là je vais pouvoir publier, je vais pouvoir être visible et continuer une carrière?»
Stéphanie Chouinard, professeure adjointe en science politique au Collège militaire royal du Canada à Kingston et à l’Université Queen’s en Ontario, abonde dans le même sens. «Ça fait longtemps que la communauté des chercheurs francophones sonne l’alarme sur le fait qu’il y a de moins en moins de recherches scientifiques produites en français.»
Vers la démocratisation du savoir
Pour la 90e édition de son congrès annuel, l’Association francophone pour le savoir (Acfas), propose plus de 600 communications scientifiques gratuitement en ligne dans cinq disciplines.
«L’objectif, c’est de ramener du savoir, c’est de démocratiser la connaissance, partager le milieu de la recherche avec l’ensemble de la population», indique le président de l’Acfas, Jean-Pierre Perreault.
Répartition des chercheurs au Canada.
Publier en anglais pour être lu
«En ce moment au Canada, continuer de faire de la recherche en français et publier en français, c’est un geste politique parce que c’est un choix qu’on fait et qu’on fait parfois au détriment de notre carrière», indique Stéphanie Chouinard.
Les chercheurs Éric Forgues et Sylvain St-Onge, de l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques (ICRML), ont mené une étude auprès des chercheurs scientifiques canadiens pour mieux comprendre les pratiques de recherche et de diffusion en français en milieu minoritaire.
«De façon générale, les participant-e-s de notre étude jugent qu’il est plus important de publier en anglais (62 %) qu’en français (49 %) ; c’est surtout l’opinion de la majorité (85 %) des répondant-e-s des sciences naturelles, dont seulement 20 % d’entre eux considèrent qu’il est important de publier en français», indique le document.
Le financement plus accessible en anglais
Selma Zaiane-Ghalia, présidente de la section Acfas-Acadie depuis 2019.
Selma Zaiane-Ghalia est en attente depuis plus de deux ans et demi pour faire publier un article dans une revue bilingue. La chercheuse en tourisme et récréologie ne considérait pas que la présentation de ses résultats en français retarderait leur publication.
«Il a fallu que je les relance et ils ont dit, après beaucoup de mois de silence, qu’ils avaient eu de la difficulté à trouver des évaluateurs, des pairs francophones», témoigne-t-elle.
Elle voit aussi un problème au niveau des sources mentionnées dans les articles francophones. «Quand vous prenez des articles en français, regardez les références qui sont placées. Ce sont souvent des auteurs qui ont publié en anglais. Donc, nous-mêmes, francophones, on fait référence à des publications en anglais. Comment voulez-vous qu’on se soutiennent les uns les autres si nos propres références sont en anglais», affirme-t-elle.
Une clé dans l’intelligence artificielle?
Le Canada compte trois conseils de recherche qui remettent des subventions aux chercheurs scientifiques : L’Institut de recherche en santé du Canada (IRSC), le Conseil de recherches en sciences naturelles en génie du Canada (CRSNG) et le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH).
«Lorsque les demandes de subventions déposées en français tombent dans les mains d’un unilingue anglophone, explique Stéphanie Chouinard, alors là ça doit être traduit et la traduction ne rend pas justice en fait à la qualité de la demande.»
La solution se trouve dans «la traduction des travaux de part et d’autre [ce qui] réduirait la pression de publier en anglais, affirme-t-elle. […] Ça ouvrirait l’accessibilité des recherches effectuées en français pour un public plus large sans que la pression soit mise sur les chercheurs eux-mêmes.»
Le président de l’Acfas, Jean-Pierre Perreault, voit potentiellement une solution dans les technologies.
Peut-être que l’intelligence artificielle pourra nous aider dans toute la traduction des textes. C’est essentiel, car si je veux faire de la vulgarisation et de la communication, mais que tous les textes sont en anglais, avec quoi vais-je vulgariser?
Selma Zaiane-Ghalia apporte une nuance en réunissant l’intelligence artificielle et l’humain pour encourager la recherche francophone, mais «Si ce sont des textes compliqués, des humains sont là pour voir les émotions dans le texte. Dans la traduction il ne s’agit pas de traduire mot à mot y a aussi de l’émotion dans le texte», apporte-t-elle.
Elle continue toutefois à encourager les chercheuses et les chercheurs à utiliser des sources francophones dans leurs publications pour être plus solidaires.
Plus sur la francophonie
Les députés du Comité permanent des langues officielles ont commencé mardi une étude sur l’accroissement de l’immigration francophone au Canada.
Jeudi, le député Anthony Housefather s’est opposé au passage du projet de loi C-13 à la 3e lecture en chambre.
Les prochaines semaines seront consacrées aux problématiques de l’établissement des immigrants ainsi qu’aux perspectives d’immigration pour le bassin de l’ouest de l’Afrique.
Témoin au comité, le directeur général des politiques en immigration francophone et langues officielles à IRCC, Alain Desruisseaux, a mis l’accent sur une prochaine politique en cours d’établissement sur l’immigration francophone.
Celle-ci devrait se concentrer sur la promotion de l’immigration ailleurs dans le monde et sur les enjeux de l’établissement des immigrants francophones.
Le projet de loi C-13, qui modernise la Loi sur les langues officielles, a été adopté à l’étape du rapport jeudi et est ainsi passé en troisième lecture pour le lendemain.
Les motions d’amendements du gouvernement ont été adoptées par tous les partis. Le libéral anglo-québécois Anthony Housefather s’est opposé à faire passer le projet de loi en troisième lecture.
Anthony Housefather est connu pour s’être opposé à la mention de la Charte de la langue française dans le projet de loi lors de l’étude en comité parlementaire. Il fait partie des députés libéraux qui ont fait planer le doute sur leur approbation finale de C-13.
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Le vote de troisième lecture devrait aura lieu le lundi 15 mai.
«Permettez-moi d’être clair. L’Initiative du siècle ne crée pas le plan [d’immigration] du gouvernement. Il y a beaucoup de politiques dans mon plan [dont] celui de Century initiative. […] Le plan est pour le gouvernement, pas pour l’Initiative du Siècle.»
– Le ministre de l’Immigration Sean Fraser, jeudi en Chambre en réponse à la motion du Bloc québécois sur les seuils d’immigration.
Droit à l’avortement au Canada et intimidation de la Chine
Mardi, la députée conservatrice de Yorkton–Melville, en Saskatchewan, Cathay Wagantall, a défendu son projet de loi C-311, sur les violences contre les femmes enceintes.
Le texte propose une modification au Code criminel pour imposer des peines plus sévères aux personnes qui tuent ou blessent physiquement ou psychologiquement une femme enceinte.
Les libéraux y voient néanmoins une manière de donner un statut juridique au fœtus et d’ainsi rouvrir le débat sur le droit à l’avortement. Ce qu’a rejeté la députée conservatrice, assurant que le projet de loi n’avait pas ce pouvoir ni ce but. Cathay Wagantall avait pourtant tenté de rouvrir le débat avec un autre projet de loi en 2021.
Mardi toujours, Marci Ien, la ministre des Femmes et de l’Égalité des genres et de la Jeunesse, a annoncé l’octroi de plus de 4,2 millions de dollars à des organisations qui dispensent des services d’accès à l’avortement.
Le lendemain, le premier ministre a assuré que son gouvernement allait «toujours rester pro-choix», ce que sa ministre avait également assuré.
Un article du Globe and Mail affirmait récemment que la Chine avait mené une campagne d’intimidation contre Michael Chong, député conservateur de Wellington–Halton Hills en Ontario, ainsi que sa famille restée à Hong Kong. Cette campagne aurait été articulée par Zhao Wei, diplomate du consulat de Chine au Canada.
Le député conservateur Michael Chong aurait subi une campagne d’intimidation de la part de la Chine après avoir présenté, en 2021, une motion pour reconnaitre le génocide des Ouïgours.
Cette intimidation serait liée au fait que l’élu conservateur a présenté, il y a deux ans, une motion pour reconnaitre le génocide des Ouïgours.
Lundi, une première motion conservatrice demandait entre autres d’expulser «tous les diplomates de la République populaire de Chine». La motion a été adoptée par 170 députés grâce à l’appui du Bloc québécois, du NPD et du Parti vert du Canada.
Malgré que les libéraux présents n’aient pas voté en faveur de la motion, quelques heures plus tard, la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, annonçait l’expulsion de Zhao Wei, par voie de communiqué, en le déclarant persona non grata. La Chine a répliqué en faisant de même avec Jennifer Lynn Lalonde, consule au consulat général du Canada à Shanghai.
La motion réclamait également la création d’un registre des agents étrangers «comme ceux de l’Australie et des États-Unis d’Amérique».
Jeudi matin, Ottawa a annoncé qu’un projet de loi allait être déposé à cet égard avant la fin de la session parlementaire, le 23 juin, selon des informations rapportées par Radio-Canada et La Presse.
Mardi, le principal concerné, Michael Chong, a introduit une motion de privilège qui avait pour but l’étude de cette affaire par le Comité permanent de la procédure et des affaires de la Chambre. Tous les députés de tous les partis ont appuyé la motion.
Maxime Bernier était venu montrer son soutien aux camionneurs lors du convoi qui a bloqué Ottawa en février 2022.
Maxime Bernier sera candidat au Manitoba
Le chef du Parti populaire du Canada (PPC), Maxime Bernier, sera candidat lors des prochaines élections partielles dans la circonscription de Portage-Lisgar, au Manitoba.
Le siège de la circonscription avait été laissé vacant en février dernier par Candice Bergen, qui avait assuré l’intérim à la direction du Parti conservateur après la démission d’Erin O’Toole.
Le PPC avait obtenu 22 % des votes dans cette circonscription lors des élections fédérales de 2021. Le meilleur résultat du parti.
Maxime Bernier, qui se présente loin de la Beauce, sa circonscription d’origine, fera face au conservateur Branden Leslie.
S’il réussit à se faire élire, le chef du PPC damera un pion au chef du Parti conservateur du Canada, Pierre Poilievre.
La ministre des Sports Pascale St-Onge souhaite «un changement de culture» dans le monde du sport canadien.
Le gouvernement fédéral a annoncé de nouvelles mesures pour les conseils d’administration des fédérations sportives au Canada. L’objectif est d’améliorer leur gouvernance en les rendant plus transparentes et les aider à renforcer la pratique sécuritaire de sport et accroitre le rôle des athlètes dans le processus décisionnel.
En outre, les accords de non-divulgation ou les clauses de non-dénigrement ne devront pas empêcher les sportifs de dénoncer des abus subis ou dont ils ont été témoins.
Dans le viseur, un «changement de culture» pour améliorer le «bienêtre des participantes et participants», a fait savoir le ministère des Sports par voie de communiqué. Cette annonce intervient après plusieurs scandales dans le monde du sport l’an dernier, notamment à Hockey Canada.
Si les fédérations ne se sont pas alignées sur les directives du ministère d’ici 2025, elles perdront leur financement d’Ottawa.
Bien que le monarque et sa représentation aux niveaux fédéral et provincial jouent un rôle limité dans les structures politiques, l’existence même du pays dépend du concept légal de la Couronne. Et l’abolition de la Couronne serait le véritable test de nos principes démocratiques.
Certes, il serait possible de faire disparaitre toute référence à la monarchie, faire du Canada (ou du Québec) une république, et transférer tous les pouvoirs et la propriété qui dépendent de la Couronne vers un autre concept ou corps politique. Mais rien ne changerait dans les faits ni dans la réalité juridique du pays.
Comme d’autres pays l’ont déjà fait, l’abolition de la monarchie et de la Couronne exigerait une révolution, c’est-à-dire une transformation entière de l’ordre politique et de l’ordre économique dont l’État est le garant. Et cette transformation commencerait par une renégociation des relations de nation à nation entre le Canada et les Premiers Peuples, qui n’ont jamais cédé leurs territoires.
On ne peut abolir la monarchie sans abolir la Couronne, et on ne peut abolir la Couronne sans prévoir un renouvèlement des traités avec les peuples autochtones qui ont permis la colonisation européenne puis canadienne.
Le mouvement Idle No More avait notamment demandé de rencontrer le gouverneur général David Johnston, en tant que représentant de la Couronne. Une délégation de chefs autochtones vient d’ailleurs tout juste de rencontrer le roi Charles III afin d’approfondir la relation avec la Couronne.
D’autres chefs autochtones espèrent que le nouveau monarque répudiera la doctrine de la découverte, tandis que la gouverneure générale Mary Simon met l’accent sur la discussion et la création d’une relation.
D’autres nations encore ont déclaré qu’elles auraient refusé de participer au couronnement si elles avaient été invitées.
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La Couronne, plus qu’une abstraction
Une excursion rapide dans le domaine du droit constitutionnel montre qu’il y a une différence entre le monarque et la Couronne.
Le monarque occupe une fonction, qui lui revient de manière héréditaire, tandis que la Couronne est plus vaste et a un ensemble de représentations (gouverneure générale, lieutenants-gouverneurs) et de pouvoirs qu’elle délègue ou qui sont simplement exercés par le gouvernement en son nom.
La Couronne est à tel point imbriquée dans le fonctionnement de l’État et notamment du gouvernement qu’il serait impossible de la retirer sans tout bouleverser.
C’est la Couronne qui est propriétaire de 89 % du territoire canadien (ce sont les terres de la Couronne).
Et ce n’est pas tout : à proprement parler, tout le territoire canadien (y compris les réserves autochtones) appartient au domaine de la Couronne, d’où sa capacité à prélever des impôts et à céder des droits d’exploitation minière ou autre à des compagnies privées.
C’est toujours elle qui a la responsabilité de lancer les poursuites judiciaires. Pour cette raison, notre système juridique compte des procureurs de la Couronne.
Tout compte fait, le monarque est souverain, et le peuple canadien ne l’est pas. La population peut simplement choisir qui exercera la plupart des pouvoirs de la Couronne.
Les traités et l’existence du Canada
Tant à l’époque de Louis XIV qu’à l’époque victorienne, l’entité politique qui s’appelle maintenant «Canada» s’est établie sur la base de traités qui reconnaissent au moins implicitement la souveraineté des peuples autochtones.
Étant donné le principe que les États successeurs maintiennent les obligations de ceux qui les précèdent, la Couronne britannique a hérité des traités négociés par la Couronne française, et la Couronne canadienne en est aujourd’hui la garante.
La souveraineté à proprement dite canadienne ne s’établit qu’à partir du début du XXe siècle, alors que la Couronne a pris pour conseiller non plus le gouvernement de la Grande-Bretagne, mais bien celui du Canada. La reine Elizabeth II fut ainsi la première reine du Canada.
Cette souveraineté canadienne s’établit toutefois sur des fondations instables.
D’abord, les traités avec les Premiers Peuples n’ont pas inclus la négociation d’une cession des terres (à part peut-être certains des «traités modernes»).
Le territoire demeure ainsi autochtone, malgré le fait que le transfert des terres ait été ajouté au texte des traités après les négociations, comme le montre l’historien Sheldon Krasowski et comme l’affirment depuis longtemps les Premiers Peuples.
Ces derniers n’ont jamais accepté de devenir des sujets britanniques ni des citoyens canadiens, mais devaient plutôt maintenir leur propre souveraineté.
Ensuite, les traités ont souvent été brisés ou violés, ce qui remet en question la validité de la souveraineté qu’ils devaient rendre possible.
Le débat sur le serment, un simple contrespectacle
Il y a une forme d’hypocrisie dans la nouvelle loi québécoise qui retire l’obligation du serment au roi et chez les politiciens refusant de prêter ce serment, mais qui continuent de mettre de l’avant des projets dépendants de la souveraineté portée par la Couronne ou encore qui vont à l’encontre des traités.
C’est avant tout une manière de s’opposer à un Canada imaginaire – imaginé comme un Canada anglais et monarchiste, alors qu’une opposition à la monarchie est tout autant présente hors du Québec qu’elle ne l’est en son sein.
À l’extérieur du Québec, en langue anglaise, un débat sur la monarchie a cours depuis longtemps, et la question demeure avant tout de savoir par quoi remplacer la Couronne.
Ce qu’on abolirait avec la monarchie
Une véritable abolition de la monarchie supposerait plutôt l’invalidation de la souveraineté qui se trouve hors de la population canadienne, du régime de propriété des terres, ainsi que du système juridique en place.
Une telle abolition libèrerait l’imagination pour dépasser les tièdes propositions de réforme des institutions «démocratiques» actuelles.
Nous pourrions alors commencer par reprendre les traités, afin que la loi, la propriété et le pouvoir reviennent au peuple – et, dans le contexte d’un pays dont l’existence dépend de traités, qu’ils reviennent aux peuples qui le composent, en commençant par les Premiers Peuples.
Notice biographique
Jérôme Melançon est professeur agrégé en études francophones et interculturelles ainsi qu’en philosophie à l’Université de Regina. Ses recherches portent notamment sur la réconciliation, l’autochtonisation des universités et les relations entre peuples autochtones et non autochtones, sur les communautés francophones en situation minoritaire et plus largement sur les problèmes liés à la coexistence. Il est l’auteur et le directeur de nombreux travaux sur le philosophe Maurice Merleau-Ponty, dont «La politique dans l’adversité. Merleau-Ponty aux marges de la philosophie» (Metispresses, 2018).
Le bassin versant des Grands Lacs et du Saint-Laurent draine plus de 25 % des réserves mondiales d’eau douce.
Sur une carte, le bassin versant des Grands Lacs et du Saint-Laurent est un trait d’union géographique qui s’étire du nord de l’Ontario à la côte nord du Québec, en passant par Toronto et Montréal.
Cet enchevêtrement de lignes bleues aux innombrables ramifications représente à lui seul plus de 25 % de l’eau douce de la planète et alimente un territoire équivalent à la superficie du Québec tout entier.
L’eau s’écoule à travers les cinq Grands Lacs avant de prendre le chemin du fleuve Saint-Laurent jusqu’au golfe de l’Atlantique.
«Les habitants des Grands Lacs et du fleuve Saint-Laurent partagent la même ressource, mais ils n’en sont pas conscients. Ils vivent des réalités extrêmement différentes et n’ont pas de sentiment d’appartenance à un bassin versant», observe Lauren Touchant, professeure en études politiques à l’Université Vancouver Island.
«Les gens ne savent pas ce qu’est un bassin versant, ce n’est pas une unité territoriale ancrée dans l’imaginaire collectif», abonde Alexandre Lillo, professeur au Département des sciences juridiques de l’Université du Québec à Montréal.
Un bassin versant, qu’est-ce que c’est?
Un bassin versant est d’abord une notion géographique. C’est l’ensemble du territoire drainé par un cours d’eau principal et ses tributaires, lesquels s’écoulent et convergent vers un même point de sortie, appelé exutoire.
Le bassin versant a des frontières naturelles qu’on appelle lignes de partage des eaux et qui suivent la crête des montagnes. Nous habitons tous un bassin versant : celui d’un lac ou d’un ruisseau, qui s’imbrique dans celui d’une rivière, qui s’imbrique dans celui d’un fleuve ou encore d’une mer.
Kathryn Furlong, professeure titulaire au Département de géographie à l’Université de Montréal est aussi du même avis : «Les Canadiens ne pensent pas aux Grands Lacs et au fleuve Saint-Laurent comme à un seul système d’eau où tout est relié.»
Kathryn Furlong est professeure titulaire au Département de géographie à l’Université de Montréal.
Les catastrophes tissent des liens
«Les habitants du lac Huron ou du lac Érié ne réalisent pas que les activités dans leur région ont des conséquences sur la qualité et la quantité d’eau en aval, parfois jusqu’à l’embouchure du fleuve au Québec», poursuit la géographe.
Lauren Touchant explique, elle, que les riverains sont avant tout attachés à l’eau «qui est à proximité». Le lac Ontario est constitutif de l’identité torontoise, tandis que les habitants de Thunder Bay s’identifient au lac Supérieur, et ceux de Kingston à l’archipel des Mille-Îles.
En aval, les Québécois sont, eux, fortement liés au fleuve Saint-Laurent, «auquel ils accordent une valeur culturelle et patrimoniale très importante», détaille Alexandre Lillo.
Au-delà des clivages provinciaux et des différences culturelles, les habitants ont pourtant des préoccupations similaires. Les questions de transport maritime, de pollution des eaux, d’impacts des changements climatiques, d’érosion des côtes, d’inondation et de sècheresse se retrouvent ainsi aux quatre coins du bassin versant.
«Ce sont souvent les catastrophes naturelles qui rassemblent les riverains d’un bassin versant, constate Karine Dauphin, directrice générale du Regroupement des organismes de bassins versants du Québec (ROBVQ). Ils s’aperçoivent que leur eau vient d’ailleurs, de l’amont, et qu’ils vivent dans un système d’eau bien plus grand qu’ils ne l’imaginaient.»
«Il faut se servir de ces enjeux pour susciter un sentiment d’appartenance commun et développer une solidarité amont-aval», estime Lauren Touchant.
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Alexandre Lillo est professeur au Département des sciences juridiques de l’Université du Québec à Montréal.
Voyager dans son bassin versant
En réalité, rapprocher les riverains commence dès le plus jeune âge, à l’école, pendant les cours de géographie, d’histoire ou de sciences politiques.
«L’éducation, c’est la clé, affirme Alexandre Lillo. Si les élèves ont de bonnes connaissances de leur bassin versant, s’ils comprennent qu’ils le partagent avec d’autres Canadiens, ils développeront un sentiment identitaire fort.»
Les spécialistes reconnaissent néanmoins que cet enseignement théorique est insuffisant. Tisser des liens passe aussi par la promotion du tourisme local et le développement de programmes d’échanges interprovinciaux, à destination des jeunes notamment.
Les citoyens doivent voyager dans leur bassin versant pour apprendre à se connaitre, pour s’approprier le territoire et ses enjeux, pour agir ensemble face aux menaces.
Lauren Touchant évoque de son côté l’intérêt des projets de science participative à l’échelle du bassin versant pour encourager le dialogue entre citoyens.
Mais écrire une histoire collective reste un défi. La gouvernance fragmentée du bassin versant constitue le principal obstacle.
Un millefeuille administratif
Karine Dauphin est directrice générale du Regroupement des organismes de bassins versants du Québec.
Sept ordres administratifs, à cheval sur deux pays, se partagent la gestion. Ce millefeuille institutionnel comprend les organismes communautaires locaux, les Premières Nations, les municipalités, les régions, les provinces canadiennes, les États américains, les gouvernements fédéraux à Ottawa et Washington.
La Commission mixte internationale, qui traite des enjeux transfrontaliers des Grands Lacs entre les États-Unis et le Canada, vient ajouter une énième strate administrative.
«Il y a un manque de stratégie et de leadeurship fédéral et provincial pour développer une vision commune à l’échelle du bassin versant, déplore Lauren Touchant. Dans les discours politiques, les responsables parlent seulement d’enjeux de proximité.»
La chercheuse pointe en particulier le manque de collaboration entre les provinces canadiennes. Elle plaide à cet égard en faveur de la mise en place de tables de concertation interprovinciales dédiées à la gouvernance de l’eau.
«C’est difficile pour le Québec de coopérer avec l’Ontario, on n’a pas la même langue et nos législations diffèrent fortement», réagit Karine Dauphin du ROBVQ.
Les maires prennent l’initiative
Les municipalités sont les premières à avoir pris conscience de la nécessité de repenser le territoire en fonction des écosystèmes. Elles sont devenues le fer de lance de la gestion intégrée du bassin versant.
Dès 2005, le maire de Toronto, David Miller, et celui de Chicago, Richard M. Daley, fondent l’Alliance des Villes des Grands Lacs et du Saint-Laurent, qui compte aujourd’hui 200 municipalités membres.
L’archipel des Mille-Îles est un ensemble d’iles situées dans le fleuve Saint-Laurent. Elles définissent la frontière entre le Canada et les États-Unis.
L’objectif de l’organisme est double : mener des initiatives de restauration de l’écosystème de manière coordonnée et parler d’une seule et même voix.
«Les villes se sont rendu compte que c’était le seul moyen efficace de protéger la nature, car les frontières provinciales et politiques ne représentent rien au niveau hydrographique», souligne Lauren Touchant.
La création d’une Agence nationale de l’eau, prévue dans le budget fédéral de 2023-2024, pourrait répondre à ce besoin de coopération et d’harmonisation de la gouvernance.
«Mais on a besoin de financements importants et d’une volonté politique forte», prévient le juriste Alexandre Millo.
La ministre des Langues officielles, Ginette Petitpas Taylor, a réitéré vendredi qu’elle veut «livrer la marchandise le plus vite possible», mais elle ne s’est pas avancée sur une sanction royale avant la fin de la session parlementaire, le 23 juin.
À l’étape de la troisième lecture de C-13, le directeur général de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) Alain Dupuis a surtout insisté sur la nécessité de passer le projet de loi au vote.
«Ces gains ne sont pas réels jusqu’au moment où ils sont mis en œuvre. Est-ce qu’il y a un risque de prolonger le processus plus longtemps et que ce ne soit pas adopté? Absolument! Il y a un risque majeur pour le projet de loi s’il n’est pas adopté dans les prochaines semaines».
D’autant qu’il reste le travail de règlementation après l’adoption finale du projet de loi. «Ça peut prendre plusieurs mois», observe-t-il encore.
De son côté, le porte-parole conservateur pour les langues officielles, Joël Godin, refuse toujours d’indiquer si son parti appuiera C-13. «La loi sera adoptée dans tous les cas, puisque les libéraux ont l’assurance que le NPD et le Bloc québécois vont voter avec eux. Que [les conservateurs] votent pour ou contre, ça ne change rien», note-t-il.
Vote libre des conservateurs?
La ministre des Langues officielles a pressé ce dernier, vendredi, pour connaitre les intentions de vote de son parti. Le député québécois l’a renvoyée dans ses cordes, lui rappelant le «droit parlementaire» de choisir de ne pas dévoiler la ligne du parti avant le vote officiel.
Pour lui, «un tiens vaut mieux que deux tu l’auras. Est-ce qu’on choisit un tiens, ou on veut être plus agressif et all in? La réponse, c’est lundi soir après la période de questions.»
Le porte-parole conservateur pour les langues officielles, Joël Godin, n’a pas confirmé l’unité du Parti conservateur du Canada sur le vote prochain de la Chambre des Communes sur C-13.
Selon le porte-parole conservateur, même si à ce stade aucun amendement à C-13 ne peut être accepté, les conservateurs vont continuer de réclamer le dénombrement des ayants droit, le rôle du Conseil du Trésor comme agence centrale et la révision de la loi tous les cinq ans.
En entrevue avec Francopresse, Joël Godin n’a toutefois pas pu assurer une unité du Parti conservateur sur le vote lundi : «Je ne peux pas vous dire ça parce que si c’est un vote libre, les gens sont libres de voter.»
Il a tout de même adressé une pointe aux libéraux en critiquant le député libéral anglo-québécois Anthony Housefather qui a voté contre la motion gouvernementale menant le projet de loi vers le vote final en chambre.
«Les libéraux devraient contrôler leurs députés plutôt qu’essayer de savoir ce qui se passe dans notre cour. On n’a pas eu d’abstention ni de votre contre mercredi», ironise Joël Godin.
«C’est sûr que nous avons eu des discussions robustes», a affirmé Ginette Petitpas Taylor en mêlée de presse. «Comme parlementaires, nous sommes ici pour représenter nos commettants. Ça fait que les députés vont absolument choisir le vote qu’ils vont faire. Je me sens appuyée de mes collègues et de mon caucus», a-t-elle précisé.
Les communautés veulent de l’avancement
Joël Godin a assuré vendredi en chambre qu’«aucune des recommandations de la FCFA» n’a été acceptée dans son entièreté dans le projet de loi.
Le directeur général de la FCFA, Alain Dupuis, s’est pourtant dit satisfait du texte tel quel, peu après le discours de Joël Godin vendredi : «On n’est pas déçus, on est très heureux des progrès faits avec C-13. [Depuis le dépôt de] C-13 jusqu’à [son évolution] aujourd’hui, je suis confiant et capable de dire que la grande majorité de nos demandes ont été reflétées d’une manière ou d’une autre.»
Réticent à entrer dans le jeu politique, il a affirmé : «C’est un fait que 100 % de nos demandes n’ont pas été acceptées, mais ce n’est jamais le cas dans un projet de loi.»
Les «gains» des communautés
Alain Dupuis regrette qu’il n’y ait pas eu un gain «total» sur les clauses linguistiques pour les CLOSM. Il se satisfait toutefois de l’obligation de consulter les communautés lorsqu’il y a des transferts d’argent aux provinces : «On est confiants qu’il y aura beaucoup plus d’ententes avec les provinces qui tiendront compte des éléments pour les francophones au Canada.»
Un vote sur la troisième lecture de C-13 en chambre lundi fera passer le projet de loi en seconde lecture au Sénat. Suivront l’examen en comité et la troisième lecture de la Chambre haute, avant la sanction royale.
Selon Alain Dupuis, les effets de Mobilisation franco se feront sentir avec les années.
«L’objectif, à moyen long terme, c’est de voir comment la francophonie canadienne peut s’insérer dans les réseaux québécois, et vice versa, et créer de nouvelles occasions d’échanges qui dépassent l’évènement annuel», explique Alain Dupuis, directeur général de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA).
Lors de la première édition, en 2022, les enjeux culturels et touristiques ont fait l’objet de nombreuses discussions, précise-t-il.
«Il y a eu de la collaboration pour promouvoir nos artistes francophones hors Québec et au Québec et assurer de la mobilité aux artistes francophones aux pays», détaille Alain Dupuis.
L’évènement de cette année «va recevoir aussi un groupe de la Fédération des chambres de commerce du Québec, mais aussi les associations des personnes d’affaires de quelques autres régions et de quelques provinces et territoires qui se sont mis ensemble dans les derniers mois pour mettre en avant une nouvelle alliance économique francophone», ajoute-t-il.
Le président-directeur général du Centre de la francophonie des Amériques (CFA), Sylvain Lavoie, considère que l’évènement est un pas certain dans le rapprochement des francophonies du pays.
«Cette volonté s’inscrit dans le cadre de la politique québécoise en matière de francophonie canadienne qui vient marquer une politique d’action qui désire vraiment se rapprochement entre le Québec et la francophonie canadienne.»
Rapprocher le Québec des francophonies canadiennes : un défi
Si aujourd’hui les organismes sont un moyen de rapprocher les francophonies canadiennes, il fut un temps où ce n’était pas le cas, affirme le chroniqueur linguistique Jean-Benoît Nadeau au magazine L’actualité.
Je dirai que le gros problème de la relation entre le Québec et les francophones des autres provinces, ç’a été longtemps, je pense, les organismes.
Selon lui, les organismes n’œuvraient pas à préserver une connexion avec les francophones des autres provinces.
Il précise cependant qu’avec le temps Mobilisation franco «peut faire une différence».
«Si on parvient à créer des liens durables, des liens réels, des ponts dans les esprits, c’est ce qui manque à mon avis», ajoute le linguiste.
Celui qui observe la francophonie depuis plusieurs années différencie néanmoins le rôle du gouvernement de celui de la société civile. «On doit travailler ensemble, on doit apprendre les uns des autres et que la société civile, finalement, est le meilleur lieu pour ce dialogue-là.»
Mareva Cestor est directrice du Carrefour des savoirs de l’Université de l’Ontario français.
D’après Jean-Benoît Nadeau, le gouvernement du Québec «tente de corriger [cette situation] depuis 15 ans avec le Centre de francophonie des Amériques».
Résultats de la première édition
«On a eu de bons résultats au niveau des initiatives qui ont été proposées», affirme Sylvain Lavoie en faisant référence à la première édition de l’évènement.
Tout au long de l’année, la FCFA et le Centre de la francophonie des Amériques ont assuré un suivi auprès des participants de la première édition. «On a fait le tour sur tous les groupes qui étaient là pour essayer de voir trois mois plus tard et six mois plus tard qu’est-ce qui avait été fait», précise Alain Dupuis.
Lors de la première édition, l’Université de l’Ontario français (UOF) et l’Université de Montréal ont concrétisé un projet de mobilité étudiante lors de la première édition de Mobilisation franco. Mareva Cestor, directrice du Carrefour des savoirs de l’établissement, précise que «c’était une étape décisive».
Le programme consiste à développer un apprentissage expérientiel en milieu communautaire et de faire découvrir à la communauté étudiante la vie dans une province francophone en situation minoritaire et majoritaire, souligne Mareva Cestor.
Elle ajoute : «On fait partie du concept qu’il n’existait pas de programme canadien francophone de mobilité étudiante et encore moins dans le domaine de l’apprentissage expérientiel en milieu communautaire.»
L’UOF a reçu cinq membres de la communauté étudiante et l’Université de Montréal, quant à elle, en a reçu quatre. Mareva Cestor présentera les résultats de cette première expérience de collaboration aux participants de Mobilisation franco 2023.
L’évènement Mobilisation franco se termine le 9 mai.
L’esprit de famille, «l’enthousiasme» et «l’énergie» ont été le crédo des ministres lors des trois jours du congrès libéral. Empêtré dans plusieurs scandales, dont l’ingérence chinoise qui occupe le devant de la scène politique depuis février, le parti de Justin Trudeau avait besoin d’air frais.
C’est pourquoi, dès la toute première discussion entre les ministres François-Philippe Champagne, Chrystia Freeland, Mary Ng et Jonathan Wilkinson, le champ lexical de l’enthousiasme a été surdéveloppé. Les discussions, tables rondes et autres discours qui ont suivi les deux autres jours de rencontre se voulaient tout aussi vitaminés.
Lors de son discours, l’ex-premier ministre du Canada Jean Chrétien a intimé les membres du Parti de faire confiance aux libéraux à la prochaine élection.
Peu de place pour le français
Entre tous ces discours motivants pour leurs troupes venues des quatre coins du Canada, les ministres et autres intervenants en ont pour la plupart oublié leur français, notamment pendant la discussion entre l’ex-premier ministre Jean Chrétien et le ministre de l’Innovation, François-Philippe Champagne ; un des moments clés du congrès.
Une «surprise» pour Geneviève Tellier, professeure à l’École des études politiques de l’Université d’Ottawa : «Je pensais qu’on avait annoncé qu’ils allaient parler français. C’est un fait qu’il y avait une majorité de délégués anglophones, mais il y avait quand même des services d’interprétation.»
L’absence de français s’est fait sentir dès l’ouverture du congrès, avec une écrasante majorité des discussions et tables rondes qui se sont tenues en anglais.
Les deux langues officielles se sont uniquement côtoyées à égalité dans le discours du premier ministre. Justin Trudeau les a d’ailleurs évoquées à un seul moment. En anglais, le premier ministre a crié : «Nous voulons protéger et promouvoir les deux langues officielles – [Pierre Poilievre] dit non, il veut fermer CBC/Radio-Canada!».
Avant d’enchainer en français : «Radio-Canada joue un rôle essentiel dans la défense et la promotion de la langue française à travers le Canada.»
Par ailleurs, la ministre des Affaires étrangères Mélanie Joly a aussi parlé français, mais principalement pour s’adresser aux Québécois, pas aux francophones du pays.
Hillary Rodham Clinton, ex-Première dame des États-Unis et candidate aux présidentielles de 2016, a discuté des garderies à 10 $ avec Chrystia Freeland en évoquant les défis féministes en politique. L’ancienne Secrétaire d’État a assuré que «l’idée de politique féministe est la bonne voie pour créer des opportunités et des résultats économiques».
Des appels du pied aux électeurs d’autres partis
Fustigeant par la même occasion le Bloc québécois, la ministre des Affaires étrangères a souligné au passage que «les seuls qui ont livré pour le Québec, c’est nous».
Néanmoins, les discours de Justin Trudeau et de la vice-première ministre, Chrystia Freeland, ont ouvert la porte aux électeurs des autres partis, conservateurs inclus.
Chrystia Freeland a même sonné le «moment d’avoir une conversation avec nos amis conservateurs», quand son chef expliquait que les Canadiens, libéraux, conservateurs, les ruraux, citadins devaient «être là les uns pour les autres».
Parti «de gauche»
Autre élément qui a fait parler, samedi matin : le rejet de la résolution 435 de l’aile québécoise du parti, qui visait le retour à l’équilibre budgétaire.
Geneviève Tellier, professeure à l’École des études politiques de l’Université d’Ottawa
«C’est clairement rendu un parti de gauche, analyse Geneviève Tellier. C’est étonnant, considérant le discours de M. Chrétien qui expliquait qu’il était fier d’avoir été le seul gouvernement qui avait présenté un surplus budgétaire.»
Selon la professeure, le Parti libéral se veut pourtant un parti «de centre, qui n’est ni à gauche ni à droite». Mais le discours et les actions de Justin Trudeau et ce vote illustrent «clairement des initiatives d’un gouvernement interventionniste, à gauche».
Le rejet de cette résolution venant du Québec confirme donc que la priorité n’est pas l’équilibre budgétaire, mais la volonté d’offrir des «programmes généraux» aux Canadiens, renchérit la politologue. Un cout qui pourrait retomber sur les épaules des générations futures, rappelle-t-elle.
L’absence de débat autour de cette résolution fait aussi penser à Geneviève Tellier que le Parti libéral n’écoute pas assez sa base. «C’est comme si on ne voulait pas en parler. Les résolutions étaient convenues, on les a votées très rapidement. C’est aussi étrange que ça se soit fait un samedi matin tôt», observe-t-elle.
«Je ne sais pas ce que les libéraux ont voulu faire»
Si en début de semaine, la professeure pensait que le congrès allait servir à «fouetter les troupes» en ces temps difficiles, elle en ressort plus confuse.
La salle était comble lors du discours de Justin Trudeau, le premier soir du congrès.
«J’ai l’impression que c’est une occasion manquée. Qu’est-ce que congrès-là voulait accomplir? On a très peu vu Justin Trudeau, on n’a pas eu de discussions politiques et pas eu de conférenciers si inspirants que ça. Il n’y a pas eu de grands thèmes qui ont émergé. On s’en va où, au Parti libéral?»
La veille, Justin Trudeau avait achevé son discours en se projetant, lui et son parti, dans le futur : «Mes amis, lorsque les élections viendront, quand les Canadiens devront faire un choix important, ce sera l’honneur de ma vie de nous mener à travers et de continuer de construire un meilleur futur!»
Le frère cadet du premier ministre Justin Trudeau a témoigné mercredi soir devant un comité parlementaire au sujet de l’ingérence chinoise à la Fondation Trudeau.
Alexandre Trudeau a nié les dires de l’ancienne PDG de la Fondation Pierre Elliott Trudeau, Pascale Fournier, qui a claqué la porte de l’organisme le mois dernier. Elle a également été entendue devant un comité parlementaire la semaine dernière, où elle a expliqué que les dons totalisant 140 000 dollars de deux hommes d’affaires chinois à la Fondation en 2016 lui semblaient irréguliers.
Elle a aussi expliqué qu’une association culturelle chinoise proche de Pékin donnait des instructions aux employés de la Fondation.
Selon Alexandre Trudeau, l’article du Globe and Mail paru en février dernier qui traitait de l’ingérence chinoise et de la situation de crise qui en a résulté à la Fondation ont contribué à jeter le discrédit sur cette dernière.
Il a ensuite blâmé l’ex-PDG, Pascale Fournier, d’être à l’origine d’une «crise de gestion», après les départs de membres du conseil d’administration.
Mercredi, Alexandre Trudeau s’est donc attelé à «défendre» la Fondation, assurant «qu’aucun État ou individu n’a tenté d’influencer le gouvernement canadien» par son entremise.
La veille, l’ex-PDG de la Fondation, Morris Rosenberg, a assuré avoir fait affaire avec les Chinois en pensant exercer une «influence» sur eux. Il a reconnu avoir été «naïf».
L’Alliance de la fonction publique du Canada, représentant 120 000 fonctionnaires fédéraux, a conclu une entente de principe lundi avec le Conseil du Trésor sur une augmentation salariale totale de 12,6 % «pour la durée des ententes», soit rétroactivement de 2021 à 2024.
À cela s’ajoutent notamment un montant forfaitaire unique de 2 500 dollars ouvrant droit à pension ainsi qu’un congé d’une journée pour permettre aux Autochtones d’honorer certaines pratiques traditionnelles, selon un communiqué du syndicat.
La grève prend fin avec une entente conclue en début de semaine qui a fait retourner 120 000 fonctionnaires au travail sur les 155 000 en grève environ.
Mercredi, les quelque 35 000 fonctionnaires de l’Agence du revenu du Canada (ARC) ont à leur tour conclu une entente de principe avec les mêmes mesures. L’entente est soumise à la signature des employés représentés par l’Alliance de la Fonction publique du Canada et le Syndicat des employé-e-s de l’impôt (AFPC-SEI). Sur la question du télétravail, les parties s’entendent pour procéder à un examen de la directive et sur la création d’un comité-conseil.
Mercredi soir toutefois, le Syndicat de l’emploi et de l’immigration du Canada (SEIC) encourageait ses membres refuser l’entente fédérale.
Le bureau du ministre Sean Fraser a confirmé mardi que le ministère d’Immigration, réfugiés et citoyenneté Canada (IRCC) avait reçu environ 100 000 candidatures pendant la grève, toutes catégories confondues, qui n’ont pas pu être traitées.
En mêlée de presse, le ministre a toutefois assuré qu’il s’attendait à retrouver les niveaux de service d’avant la pandémie en termes de délai de traitement au cours des «prochains mois».
Nathalie Provost, la présidente de PolySeSouvient, a affirmé : «L’engagement de M. Trudeau par rapport aux armes d’assaut […], était qu’il y aurait une interdiction complète et totale. […] Aujourd’hui, on a un recul important, complet.»
La survivante de la tuerie de masse de 1989 à l’École Polytechnique de Montréal, Nathalie Provost, s’est dite «trahie» par le gouvernement fédéral et le Nouveau Parti démocratique en conférence de presse lundi.
Elle réagissait aux nouveaux amendements ajoutés par le gouvernement au projet de loi C-21 pour interdire les armes d’assaut. Le groupe PolySeSouvient, dont Nathalie Provost est présidente, assure que ces amendements vont permettre aux défenseurs de ces armes de contourner l’industrie.
Les amendements introduisent une nouvelle définition des armes prohibées. Mais celles-ci seront interdites sur le marché lors de l’entrée en vigueur du projet de loi C-21. Les armes qui circulent actuellement sur le marché ne sont donc pas concernées.
La nouvelle définition inclut plus précisément toutes les armes «qui ne sont pas des armes de poing», à la fois semi-automatiques, qui «tirent des munitions à percussion centrale» et ont été «originalement conçues avec un chargeur détachable d’une capacité de six cartouches ou plus».
Un amendement avait été déposé en décembre 2022 pour rectifier cette définition et restreindre la possession de modèles d’armes à feu semi-automatiques possédant un chargeur amovible et pouvant contenir plus de cinq cartouches. Mais cette action avait suscité la colère des défenseurs des armes et des Autochtones. Le gouvernement fédéral avait rétropédalé en février dernier en retirant deux amendements.
Le chef du Parti conservateur du Canada Pierre Poilievre a risqué l’expulsion de la Chambre des Communes, mardi. Ceci après avoir essuyé le refus du président de la Chambre Anthony Rota de tenir un débat d’urgence sur l’ingérence chinoise.
La veille, un article du Globe and Mail révélait que les services de renseignement chinois cherchaient à menacer le député conservateur Michael Chong et sa famille, une affaire qu’a souhaité évoquer Pierre Poilievre, dans une ambiance électrisée à la Chambre.
Selon le président de la Chambre, la demande du chef conservateur ne correspondait pas au règlement. Ce dernier a qualifié ce choix de «scandaleux».
Anthony Rota a justifié sa décision de ne pas tenir un débat d’urgence, car l’occasion d’en débattre dans un proche avenir se présentait. Ce qui constitue l’un des critères pour trancher sur la tenue d’un tel débat.
Le Congrès libéral 2023 se tient de jeudi à samedi à Ottawa, avec des têtes d’affiche telles que l’ancien premier ministre Jean Chrétien et l’ex-première dame des États-Unis et ancienne candidate aux élections présidentielles américaines Hillary Clinton.
Une occasion de «fouetter» les troupes, selon Geneviève Tellier, professeure à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa. «C’est l’occasion de montrer que l’image publique et la marque libérale se portent bien.»
Selon la politologue, le fait que le Congrès intervienne en plein contexte de soupçons d’ingérence étrangère constitue un «bon timing» pour redorer le blason du Parti.
Le premier ministre a nommé mercredi Jane MacAdam et Iris Petten à titre de sénatrices indépendantes, respectivement pour l’Île-du-Prince-Édouard et Terre-Neuve-et-Labrador.
Justin Trudeau a suivi les recommandations du Comité consultatif indépendant sur les nominations au Sénat.
Jane MacAdam est l’ancienne vérificatrice générale de l’Île-du-Prince-Édouard et Iris Petten est entrepreneure dans le secteur des pêches. Elle a également été présidente du conseil d’administration de l’Université Memorial de Terre-Neuve pendant presque 10 ans.
C’est dans une salle comble que s’est tenue la cérémonie canadienne de couronnement du Roi Charles III, quelques heures après le couronnement officiel au Royaume-Uni. Les ministres fédéraux Bill Blair, Dominic LeBlanc, Helena Jaczek et Gudie Hutchings ont participé à la cérémonie de même que l’ingénieure en aérospatiale Farah Alibay et le conseiller spirituel algonquin et poète officiel d’Ottawa Albert Dumont.
Les maitres de cérémonie, le secrétaire canadien du roi, Donald Booth, et la sous-ministre adjointe du Sport, des évènements majeurs et des commémorations, Emmanuelle Sajous, ont relevé que «cette cérémonie marque le début du règne de Sa Majesté le roi Charles III en tant que roi du Canada et souligne la relation privilégiée que le Souverain entretient avec le Canada depuis plus de 50 ans».
Dans sa déclaration poétique, le conseiller spirituel Algonquin Albert Dumont a rappelé au roi sa volonté affichée et affirmée d’établir des «liens humains solides entre la monarchie et les peuples du Commonwealth».
L’ingénieure en aérospatiale, Farah Alibay, a vanté l’importance de la communauté dans son message.
À sa suite, l’ingénieure en aérospatiale Farah Alibay, fille d’immigrants et personne queer, qui a piloté le robot Perseverance sur Mars, a surtout vanté la double importance de la communauté dans son intégration réussie. «Aujourd’hui, je vous invite à prendre un moment pour reconnaitre la communauté qui a contribué à vous élever et au chemin que vous avez parcouru pour être ici», a-t-elle déclaré.
La cérémonie a été animée par des interludes musicaux, notamment du groupe algonquin Eagle River Singers et de l’auteure-compositrice-interprète Florence K. La poétesse-slameuse Sabrina Benaim, qui a proposé une ode à l’environnement, a rappelé l’importance de nos petits gestes dans la conservation de notre environnement.
Des objets commémoratifs canadiens
Pour l’occasion, la présidente de la Monnaie royale canadienne Marie Lemay a dévoilé une série de pièces commémoratives et la ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Helena Jaczek, a présenté le nouveau timbre permanent de Poste Canada.
Dévoilement de la pièce commémorative du couronnement par la présidente de la Monnaie royale canadienne, Mélanie Lemay, et la ministre Helena Jaczek.
Le ministre de la Protection civile et président du Conseil privé du Roi, Bill Blair, a dévoilé le nouveau drapeau du Roi et de la couronne royale canadienne. «Le couronnement fait partie de notre identité nationale et contribue à un sentiment d’unité et de fierté parmi les tous les Canadiens», a-t-il déclaré.
Pour sa part, le ministre des Affaires intergouvernementales Dominic LeBlanc a annoncé que plus de 30 000 médailles seront remises, sans partisanerie, à des Canadiennes et Canadiens de partout au Canada pour leurs contributions majeures et exceptionnelles aux plans national et international.
La place de la diversité discutée
Le directeur général du Congrès canadien sur la diversité, l’inclusivité et l’équité en milieu de travail, Nosakhare Alex Ihama, regrette «l’absence de représentativité équilibrée dans les services, dans les participants. J’aurais espéré que dans une telle occasion, il y aurait des personnes noires, indiennes, des musulmans, des personnes portant un hijab. Donc, c’était une cérémonie spectaculaire, mais pas de diversité.»
Mélanie Kwong, directrice générale Événements majeurs, commémorations et expérience de la Capitale.
Il espère que ce couronnement du roi Charles III va apporter au Canada «unité, harmonie, diversité, solidarité, réparation, excuses publiques, réconciliation. En un mot, rassembler les citoyens, c’est le rôle du roi. J’espère qu’il sera ouvert à de nouveaux changements».
Lorenzo O. Grandini, un nouveau Canadien, a tout de même senti une place pour la diversité pendant la cérémonie. «Je suis content d’être ici. Pour moi, comme nouveau Canadien, cette cérémonie est la manifestation du multiculturalisme canadien, de l’inclusion, et elle représente le symbole de l’unité.»
Mélanie Kwong, directrice générale Événements majeurs, commémorations et expérience de la Capitale, qualifie la cérémonie de réussite. «C’est un moment de réflexion. Ce que nous sommes venus chercher, ce sont les thèmes de l’environnement, la communauté. Tout un chacun peut prendre un moment de réflexion à ce que ça veut dire pour eux.»
Une salve de 21 coups de canon sur la colline du Parlement en l’honneur du roi Charles III a retenti pour conclure cette cérémonie.