Cependant, ceci n’est pas possible quand nous remarquons que la jeunesse en générale attribue très peu d’importance à sa francophonie et à sa culture. De tels défis ne datent pas d’hier, ils préoccupent notre communauté depuis longtemps.
Le déclin du français parlé dans les écoles de langue française est un enjeu qui menace le bienêtre et la pérennité de la communauté franco-ontarienne. Ce déclin est attribuable à plusieurs choses : un manque de fierté chez les jeunes, le manque de sentiment d’appartenance, une insécurité linguistique ou même certains enjeux régionaux.
Le problème se manifeste dans les écoles partout en province. Les stéréotypes envers les francophones existent depuis des décennies, mais empirent de nos jours.
Insécurités linguistiques
On témoigne que des élèves francophones se font agacer pour leurs accents «trop français», mettant en évidence les préjugés que plusieurs jeunes portent contre la langue et la culture francophone.
Ils passent des commentaires défavorables contre la langue française, montrant à quel point ils se dissocient et manquent d’un sentiment d’appartenance à la communauté francophone.
Quand les jeunes attribuent peu d’importance à leur francophonie, ça présente un problème à plus grande échelle pour la communauté franco-ontarienne dans son entièreté. Une langue qui n’a pas de vie chez les jeunes n’a pas d’ancrage et ne sera donc pas durable.
Pour tenter de remédier à cette situation, certaines écoles limitent les apprentissages en français afin d’éviter de telles insécurités linguistiques, permettant aux jeunes de s’exprimer dans la langue de leur choix, alors qu’ils fréquentent une école francophone.
Cela fait en sorte que les écoles de langue française deviennent tranquillement des écoles bilingues, ou bien majoritairement anglophones.
Des écoles francophones en anglais
Certains enseignant·e·s, choisissent de distribuer des ressources, des devoirs ou même faire des leçons en anglais. Au lieu de traduire un texte en français et devoir l’expliquer à maintes reprises pour que l’élève comprenne, certains enseignants préfèrent passer de la matière en anglais.
Ceci cause un grand défi dans les écoles francophones, parce qu’on encourage les élèves à ne pas s’améliorer en français, à ne pas pratiquer, à ne pas comprendre l’importance d’une éducation en français.
Les élèves ne pourront jamais apprendre le français si on accommode la population d’étudiants qui sont dans les écoles françaises, mais ne comprennent pas aussi bien le français.
Il faut également normaliser les accents francophones en encourageant les élèves à parler le français malgré leurs accents. Après tout, on nous le chante depuis notre enfance, comme nous le dit le Notre Place par Paul Demers : il faut «mettre les accents là où il le faut»!
Dans plusieurs écoles, les rappels aux élèves de parler en français sont raréfiés. Ainsi, les élèves ne voient pas l’importance de parler en français, car souvent on finit par leur parler en anglais, afin de les accommoder.
Perte du français
Les élèves, malgré le fait qu’ils sont inscrits à des écoles de langue française, perdent leur français. Dans quelques écoles, on remarque que les profs parlent en anglais avec les élèves, dans les corridors et les salles de classe, manquant le vouloir de continuellement devoir rappeler aux élèves de parler en français.
Parfois, dans le cadre de certains cours, la musique, des films et vidéos sont joués en anglais. Pourtant, de simples gestes comme jouer de la musique en français lors d’évènements, de danses scolaires, dans le gymnase ou bien simplement parler à ses élèves en français en tout temps, encouragent les élèves d’accorder un sens d’appartenance à leur langue.
Si les élèves ne sont jamais exposés aux aspects culturels de leur langue, comme la musique, c’est certain qu’ils vont continuer à penser que le français n’est pas «cool». Il faut pouvoir montrer aux élèves que le français c’est plus que juste une langue parlée à l’école, mais qu’au fait, c’est une culture, une langue essentielle en Ontario.
Le manque d’utilisation de français n’a pas simplement lieu dans les salles de classes, mais aussi à l’extérieur de l’école. L’apprentissage débute à la maison. Si les élèves n’ont jamais été exposés à des apprentissages et des aspects culturels à la maison, ils auront de la misère d’avoir un sentiment d’appartenance lorsque le français n’est que parlé à l’école.
Consommer de la culture en français
Afin d’assurer que la future génération de Franco-Ontariens puisse aller à l’école française et se faire enseigner en français, il est important que les jeunes d’aujourd’hui trouvent et transmettent leur fierté francophone aux autres qui les entourent.
Même si la situation pourrait sembler désespérante, il y a des solutions. Pour mieux comprendre son histoire en tant que Franco-Ontarien, ça prend l’enseignement de l’historique de sa communauté. Cet enseignement devrait se faire dans les salles de classe, afin d’entrainer un sentiment d’appartenance chez les élèves.
Parlons de ressources culturelles ; il faut favoriser la consommation de la culture française dans les écoles. Le terme «culture» englobe la musique, les vidéos, les affiches, les médias, etc.
Dans ce même but, il faudrait offrir plus d’expériences d’apprentissage enrichissantes en français, comme des camps de leadeurship ou des activités dans les écoles. C’est pour cela qu’il est si important de reconnaitre l’importance de l’animation culturelle dans les écoles, qui permet la mise en œuvre de telles activités.
«Arrêter d’avoir peur»
D’ailleurs, il faut reprendre le contrôle des écoles françaises et arrêter d’avoir peur d’encourager l’utilisation du français. Il ne faut pas accommoder les anglophones au détriment des élèves francophones. Il faudrait faire des suivis dans les écoles afin d’assurer que l’enseignement et les devoirs soient toujours livrés en français.
Pour préserver notre identité franco-ontarienne, son existence doit se faire semer dans les écoles. Mais comment faire? Il faut encourager l’utilisation du français, commençant à la maison dès un jeune âge et continuant même au-delà du secondaire.
Il faut montrer l’importance du français ; démontrer que notre langue est belle et unique.
Il faut renforcer la notion que notre langue nous ouvre des portes et qu’il est important de l’implémenter dans son quotidien.
Il faut montrer que ça fait partie de son identité comme individu. Tout ça pour faire en sorte que les écoles francophones de la province redeviennent des pierres angulaires de la francophonie, afin qu’elles habilitent la construction identitaire, fassent naitre le sentiment d’appartenance et avivent la fierté.
L’état du français dans les écoles de langue française en Ontario est redoutable et franchement critique. Il est impératif qu’on amorce une réforme dans nos écoles, pour assurer la pérennité de la langue française.
Si on laisse la situation tranquille et qu’on ne fait rien, on va perdre toute une génération de francophones. Il faut alors encourager les jeunes, assurer que la fierté francophone soit transmise, qu’un sentiment d’appartenance à la communauté soit attribué et que même en contexte minoritaire, les francophones soient représentés et entendus.
Faut-il s’en étonner? Pas vraiment. C’est une tactique que l’entreprise de Mark Zuckerberg avait déjà empruntée en Australie en 2022, mais qui, au final, s’était soldée par la négociation d’une entente avec l’État.
Bref, il y a fort à parier, sans mettre une date sur la résolution de ce conflit, que le Canada et l’entreprise américaine réussiront sans doute à s’entendre, et ce, plus tôt que tard, afin que les Canadiens continuent de consulter leurs nouvelles sur Facebook.
Cela dit, il ne faut pas croire que tous les médias récolteront une partie du pactole dans cette entente négociée avec Meta, et bien sûr ensuite avec Google.
Soyons lucides. Ce sont essentiellement les gros médias canadiens comme The Globe and Mail, La Presse, ou même le diffuseur public CBC/Radio-Canada qui arracheront une partie de l’enveloppe négociée.
Les plus petits joueurs, eux, déjà étranglés par les géants de l’internet qui vampirisent l’assiette publicitaire à hauteur d’environ 80 % depuis des années, devront pour leur part se contenter de… Euh! Probablement rien.
Il faut en effet être lucide. Que recevraient de toute façon comme rétribution trimestrielle, votre journal local ou encore votre radio communautaire, pour le partage d’une poignée de leurs articles dans Facebook ou affichés dans Google Actualités? À peine quelques dollars, sans doute.
Consultez le site de l’ARC du Canada
Un problème en partie alimenté par nos gouvernements
Je ne voudrais pas avoir l’air de lancer de roches à quiconque.
Mais, force est d’admettre que le problème des médias qui crèvent de faim en raison de la chute de leurs revenus publicitaires depuis des années est en partie alimenté par les gouvernements, et tout particulièrement le fédéral.
En partie du moins. Vous ne me croyez pas?
Pour vous en convaincre, sachez qu’en l’espace d’à peine 5 ans, les dépenses publicitaires du gouvernement du Canada dans les médias sociaux sont passées de 7,7 M$ en 2017-2018 à plus de 21 millions de dollars durant l’exercice 2021-2022. C’est pratiquement trois fois plus.
Et ça, c’est sans compter sur les dépenses faites dans les engins de recherche tels que Google et Bing de Microsoft.
Dans le Rapport annuel 2021-2022 sur les activités de publicité du gouvernement du Canada, on apprenait entre autres choses à la page 12 que le gouvernement du Canada avait dépensé par moins de 11,4 M$ de vos taxes et impôts en 2021-2022 pour des publicités dans les plateformes numériques appartenant à Meta, soit Facebook et Instagram.
C’est plus de la moitié (54 %) de toutes les dépenses publicitaires dans les médias sociaux cette année-là. Juste dans ces deux plateformes qui pénaliseront bientôt vos journaux, vos télés et vos radios.
Ça veut dire qu’en même temps que le gouvernement échafaudait son projet de loi pour contraindre Meta à rétribuer les éditeurs de contenus journalistiques, il continuait d’engraisser Facebook et Instagram pour plus de 11 millions de dollars. Je veux dire, vos dollars.
Ironiquement, pendant l’année 2021-2022, le gouvernement a mis 11,6 M$ en publicité… dans l’ensemble des stations radiophoniques canadiennes.
Songez-y deux secondes.
Le gouvernement a donné 11,4 M$ à une entreprise étrangère (Meta), qui est reconnue comme l’une des plus sournoises en matière d’évasion fiscale, au point où des enquêtes sont ouvertes sur ses malversations à plein d’endroits dans le monde.
Et, pendant ce temps-là, les plus ou moins 1 200 stations de radio titulaires d’une licence du CRTC en 2021-2022, qu’elles soient commerciales ou communautaires, se sont séparées ensemble un montant identique d’à peu près 11 millions.
Une année exceptionnelle, soit dit en passant. Dans la mesure où l’État a investi beaucoup d’argent pour diffuser de l’information sur la COVID-19. De là cette somme rondelette.
À preuve, les dépenses dans les radios en 2017-2018 et en 2018-2019 ne s’étaient élevées respectivement qu’à 391 916 $ (2017-2018) et 799 671 $ (2018-2019).
Ces mêmes années-là, Facebook/Instagram avait reçu 5,6 M$ en 2017-2018 et 5,4 M$ l’année suivante.
Comprenez-vous l’iniquité entre, d’un côté, engraisser une entreprise voyou à coups de millions à chaque année, et, de l’autre côté, appauvrir nos médias d’information?
Si demain matin le gouvernement fédéral (et vos gouvernements provinciaux aussi d’ailleurs) décidait de couper les vivres à Facebook et Instagram en réaction aux menaces de l’entreprise d’interdire l’accès aux nouvelles canadiennes à ses usagers du Canada, sans doute pourrions-nous voir l’ombre d’une solution pour les médias qui se font vampiriser par les géants du web.
Je me demande ce que le gouvernement attend pour envoyer la commande à son agence de placement publicitaire d’interrompre tout achat de publicités dans Instagram et Facebook.
Vous croyez qu’ils le feront? Le temps nous le dira. Ou pas.
Professionnel du domaine des médias électroniques avec plus de 30 ans d’expérience, Simon Forgues est à l’emploi de l’Alliance des radios communautaires du Canada depuis 2007. Diplômé en animation radio et télévision au Collège Radio Télévision de Québec, il possède aussi une attestation d’études en création de podcast du Collège Bart. Impliqué dans de nombreux projets liés à la radiodiffusion, et ce, de l’idéation de contenu jusqu’à la production, il a œuvré dans différentes radios du Québec et de l’Ontario, où il a cumulé également des tâches liées à la coordination musicale et à la programmation.
Ce n’est un secret pour personne : les interprètes de la Colline souffrent de problèmes auditifs à cause de la mauvaise qualité du matériel qui leur a été fourni depuis que le Parlement est passé en mode hybride, au début de la pandémie. Mais aussi à cause d’un «manque de volonté politique» affirme Nicole Gagnon, porte-parole de l’Association internationale des interprètes de conférence (AIIC).
Certains interprètes souffrent de problèmes auditifs temporaires comme la fatigue ou la présence d’un son aigu dans l’oreille. D’autres sont confrontés à des problèmes plus sérieux comme de violents maux de tête, des acouphènes ou des hyperacousies.
Or, selon Nicole Gagnon, le Bureau de la traduction et l’Administration de la Chambre assurent «que tout est beau, que les blessures diminuent et que le système est en amélioration continue».
Le Bureau de régie interne (BRI) fait partie de l’Administration de la Chambre des Communes et gère, entre autres, les équipements et les ressources humaines et financières du Parlement.
Une élimination des incidents «illusoire»
À la dernière réunion du Bureau de régie interne (BRI), le 15 juin, le PDG du Bureau de la traduction, Dominic Laporte, a assuré que des incidents continuent de se produire à cause de la mauvaise manipulation des équipements par les témoins en comité parlementaire.
Le PDG a toutefois affirmé qu’il y avait «moins de blessures qu’auparavant» et qu’il était «impossible d’évaluer les risques» : «Il est illusoire de penser que nous pourrons éliminer les incidents liés au son pour les interprètes.»
Selon lui, le Bureau de la traduction étudiera les recommandations des tests de son effectués au printemps dernier.
Près de 140 interprètes travaillent en langues officielles au Parlement. Environ la moitié d’entre eux sont pigistes, l’autre moitié sont des employés permanents.
Dans un courriel adressé à Francopresse, Services publics et Approvisionnement Canada rapporte avoir enregistré une baisse du nombre d’incidents entre 2020 et 2021.
Signalements à Services publics et Approvisionnements Canada à la suite de problèmes de son impliquant une blessure invalidante ou mineure
«Des tests préalables, menés en 2022 par le Conseil national de recherches du Canada (CNRC), ont confirmé que le système audiovisuel en personne à la Chambre des communes est conforme à la norme ISO sur l’interprétation simultanée», a défendu le ministère par courriel à Francopresse, début juin.
Mais le son de la plateforme Zoom continuerait à être coupé «à des fréquences beaucoup plus élevées», selon les résultats de tests réalisés le 21 avril dernier, dont Francopresse a obtenu copie.
Le ministère a ajouté que le Bureau de la traduction a pris de nombreuses mesures pour protéger les interprètes : «Le Bureau a récemment engagé un nouveau directeur des Affaires parlementaires et du Bien-être des interprètes, qui a entre autres le mandat d’assurer la liaison avec les administrations du Sénat et de la Chambre des communes, pour veiller à ce que les protocoles et les procédures en place assurent la santé et la sécurité des interprètes.»
Tenus au secret
Dans la majorité des incidents, mineures ou non, les interprètes sont tenus au secret.
L’Association canadienne des employés professionnels (ACEP), qui les représente, est le seul moyen pour eux de se faire entendre. Mais dans de rares cas, certains brisent le silence, comme Elisabeth Seymour.
Pour cette interprète indépendante au Parlement, le son reste toxique.
Le Parlement n’a pas encore adopté les mesures nécessaires pour un son respectant les normes ISO. Notre son est compressé.
À l’automne dernier, Elisabeth Seymour a subi un retour de son toxique, lors d’un comité sénatorial. Sa supérieure a repris le micro, et c’est une sénatrice qui lui a apporté de l’eau et l’a fait sortir de la salle pour l’emmener aux toilettes, où elle s’est effondrée au sol.
«Je tremblais violemment, je ne pouvais même pas porter une bouteille d’eau à mes lèvres, j’avais un violent mal de tête», raconte-t-elle.
Elisabeth Seymour soutient que, normalement, dans un cas comme celui-ci, la séance aurait dû être arrêtée. Elle affirme que le rapport d’incident n’a pas reconnu de faute. «Le rapport est très incomplet et dilué, il n’y a pas tous les faits», fait-elle valoir.
«Le Bureau de la traduction ne veut pas reconnaitre de responsabilité. Parce qu’à mon avis, il devra en reconnaitre pour beaucoup», glisse-t-elle encore.
Effets sur les travaux parlementaires
Ouverture d’un précédent
En 2023 que la Commission de la sécurité professionnelle et de l’assurance contre les accidents du travail (WSIB) de l’Ontario a reconnu un accident de travail pour une interprète.
André Picotte est le vice-président de l’Association canadienne des employés professionnels (ACEP), syndicat des interprètes qui avait déposé plainte à l’encontre du Bureau de la traduction en février 2022, après plusieurs blessures.
«Ç’a ouvert un précédent», croit André Picotte, vice-président de l’ACEP. Le syndicat avait lui-même déposé une plainte à l’encontre du Bureau de la traduction en février 2022, après plusieurs blessures auditives et signalements de la part des interprètes.
À la suite de cette plainte, le Programme du travail du ministère d’Emploi et Développement social Canada (ESDC) a conclu que le Bureau de la traduction était en violation avec le Code du travail, par rapport à la santé et la sécurité de ses employés.
Le Programme a émis deux ordonnances pour améliorer les normes ISO du son et mener des tests pour «s’assurer que le système est sécuritaire pour le système auditif de ses employés», affirme Services publics et Approvisionnement Canada.
Pression de parlementaires
Si André Picotte concède qu’il y a eu certaines améliorations à la suite des réajustements du Bureau, il arrive selon lui que «des parlementaires ne respectent pas les directives».
Certains députés demanderaient ainsi de continuer les réunions malgré les plaintes des interprètes, afin de ne pas perdre de séance de travail en cours et faire revenir les témoins.
La décision de continuer une séance revient normalement au président du comité. Mais souvent, celui-ci insiste pour continuer, confirment l’ACEP et Elisabeth Seymour.
«On se force quelquefois à continuer et il arrive des choses comme il m’est arrivé, commente de son côté Elisabeth Seymour. C’était vraiment sous pression, on avait dit plusieurs fois au président [du comité, NDLR] que le son n’était pas bon.»
Ce dernier aurait répondu qu’il fallait demander aux témoins de parler lentement. «C’est ridicule, réagit l’interprète. [En parlant lentement], peut-être que les gens dans la salle peuvent comprendre un peu, oui, mais ça n’empêche pas que le son est dégueulasse et que ça nous blesse les oreilles!»
Flou sur la suffisance des ressources cet automne
L’une des solutions proposées pour préserver la santé des interprètes serait que le Parlement revienne entièrement en personne.
Courtoisie Chambre des Communes : Claude DeBellefeuille, députée du Bloc québécois, membre du Bureau de régie interne, assure que le «manque de volonté politique» est latent pour régler la situation.
Mais les espoirs ont été douchés par une motion adoptée le 15 juin par les députés pour que le Parlement hybride devienne permanent. Pour Claude DeBellefeuille, whip du Bloc québécois, «le leadeurship politique est en jeu» car les «whips devront discipliner [les] députés à être présents».
«Si la capacité du Bureau n’augmente pas pour septembre, on accepte ensemble que c’est correct que des activités parlementaires n’aient pas lieu, parce qu’il y a une incapacité de votre bureau à recruter, former et accréditer le nombre d’interprètes dont on a besoin pour faire notre travail», a critiqué Claude DeBelleufeuille, à la réunion du BRI de juin.
Le Bureau de la traduction a l’intention d’augmenter les heures d’interprétation de 4 à 6 heures par jour, dans un contexte de pénurie d’interprètes. Selon Elisabeth Seymour, la décision d’augmenter les heures d’interprétation aurait été prise sans les informer.
Déjà en avril, un sondage de l’AIIC intitulé «Augmenter les heures de travail en mode hybride ne mettra pas fin à la pénurie des interprètes, tout le contraire» pointait que huit répondants sur dix (81 %) affirmaient qu’il est «peu probable qu’ils augmentent leurs disponibilités pour le travail sur la Colline».
«Malgré [les progrès] dont vous nous parlez, M. Aubé, ça reste un fait : les interprètes se blessent, a conclu Claude DeBellefeuille. Donc il y en a moins pour desservir les parlementaires et votre volume n’est pas suffisant. On va arriver en septembre et on va frapper un mur […] car les interprètes veulent se préserver.»
La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor a célébré mardi une «journée historique», peu après que la gouverneure générale ait accordé la sanction royale au projet de loi C-13.
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Entourée des députés francophones en situation minoritaire, auteurs d’amendements de poids en comité, la ministre a également souligné des «gains très importants pour la communauté anglophone du Québec».
La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor entourée de députés francophones après l’obtention de la sanction royale.
Sur les langues autochtones, la ministre a reconnu «avoir encore beaucoup de travail à faire», en expliquant que son bureau pouvait offrir des noms «d’experts dans le domaine des langues officielles» pour aider le Commissaire aux langues autochtones dans son travail.
Pressée par des journalistes sur la question mardi, la députée libérale fraichement élue dans la circonscription anglophone de Notre-Dame-de-Grâce—Westmount à Montréal, Anna Gainey, n’a jamais répondu.
Un silence remarqué, au lendemain de l’officialisation de la Loi sur les langues officielles.
Anna Gainey, la députée nouvellement élue de la circonscription de Notre-Dâme-de-Grâce–Westmount, a évité les questions des journalistes sur le déclin du français.
Le prédécesseur d’Anna Gainey, l’ex-ministre Marc Garneau, avait démissionné en mars, après plusieurs sorties contre le projet de loi C-13. La nouvelle loi comprend des mentions à la Charte de la langue française du Québec, pomme de discorde entre anglophones et francophones au Québec.
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«J’ai des collègues ici aussi qui aimeraient parler. Je ne suis pas la seule», a-t-elle répondu aux journalistes en riant. Ses collègues nouvellement élus, Ben Carr au Manitoba et David Hilderley en Ontario se sont contentés de sourire avant de quitter la mêlée de presse aux côtés d’Anna Gainey.
Le 15 juin, le ministre d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) Sean Fraser a annoncé une expansion de deux ans du programme Mobilité francophone.
Le programme vise à faciliter l’embauche de travailleurs francophones, notamment en exemptant les employeurs de payer l’Étude d’impact sur le marché du travail (EIMT) d’environ 1000 $.
Deux conditions sont posées : une maitrise au minimum «modérée» du français et la détention de certification d’un métier des catégories 4 et 5 de la Classification nationale des professions.
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Fin des travaux, élections partielles fédérales et nouvelles en ligne
Le ministre de Patrimoine canadien, Pablo Rodriguez, a fait passer cette année deux lois importantes : une sur les nouvelles en ligne et l’autre relative à la radiodiffusion.
Le projet de loi C-18 qui contraint les géants du Web à rétribuer les médias en ligne a obtenu l’aval du Sénat jeudi, avec 56 voix en faveur, 22 contre et une abstention de la sénatrice québécoise Julie Miville-Dechêne.
Dans la foulée de son adoption, l’entreprise Meta a annoncé le retrait de l’accès aux nouvelles des médias canadiens sur Instagram et Facebook au Canada.
La veille, les députés avaient renvoyé le texte au Sénat après avoir adopté une motion d’acceptation d’une série d’amendements provenant du Sénat, sauf celui de la sénatrice québécoise Julie Miville-Dechêne.
Celle-ci demandait que les avantages tirés par les médias, lorsque leur contenu est partagé en ligne, entrent en compte lors des négociations avec les géants du Web, comme c’est le cas en Australie.
La nuit de mercredi à jeudi a sonné la fin des travaux de la Colline.
Les députés de tous les partis ont adopté une motion pour terminer les travaux avant la date prévue, soit le 23 juin. Ces derniers y auraient consenti après un accord en coulisses portant sur la tenue d’une enquête publique sur l’ingérence chinoise.
Sans dévoiler de détails, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet a parlé mercredi dans son bilan de «la mise en place d’une commission d’enquête indépendante et publique, d’ici quelques jours […] dont tous les partis politiques seraient appelés à cautionner la présidence».
Le chef du Parti conservateur du Canada Pierre Poilievre a de son côté envoyé une lettre au ministre des Affaires intergouvernementales, Bill Blair, pour réitérer sa demande.
Le rapporteur spécial indépendant sur l’ingérence chinoise, David Johnston, avait démissionné le 9 juin, après avoir essuyé des critiques sur son rapport, dans lequel il ne préconisait pas d’enquête publique.
Mardi, les Chefs de l’Ontario étaient présents sur la Colline pour contester le projet de loi C-53 introduit dès le lendemain par le gouvernement. Ce dernier y reconnait «certains gouvernements métis en Alberta, en Ontario et en Saskatchewan».
Mais selon certains Chefs de l’Ontario, ce projet de loi pourrait menacer leurs terres et leurs droits.
Selon la Nation métisse de l’Ontario, dans un communiqué [lien en anglais], la loi «ne traite pas des terres, des récoltes ou de tout autre droit lié à la terre. Elle n’a aucune incidence sur les droits des Premières Nations».
Les quatre élections partielles du 19 juin n’apportent aucun changement de couleur politique à la carte électorale.
Le chef du Parti populaire, Maxime Bernier, a subi une défaite cuisante dans la circonscription de Portage-Lisgar au Manitoba. Le conservateur Branden Leslie a obtenu près de 70 % des voix, tandis que son adversaire n’en recueillait que 17,4 %.
La circonscription d’Oxford en Ontario a été récupérée par le conservateur Arpan Khanna.
Le libéral Ben Carr, fils de l’ancien ministre Jim Carr décédé en fin d’année dernière, a été élu sans surprise dans la circonscription Winnipeg–Centre-Sud.
Sous la bannière rouge toujours, Anna Gainey a remporté la circonscription de Notre-Dame-de-Grâce–Westmount, à Montréal, succédant ainsi à l’ancien ministre des Affaires étrangères Marc Garneau. Ce dernier avait démissionné en mars dernier.
Une élection partielle aura lieu dans la circonscription vacante de Calgary-Heritage le 24 juillet.
Christine Dunbar, 26 ans
Christine Dunbar habite à Yellowknife dans les Territoires du Nord-Ouest (T.N.-O.) Elle est autochtone du côté de sa mère, ukrainienne et écossaise du côté de son père. Sa mère, Inuvialuit, est née à Inuvik, une ville à l’extrême nord des T.N.-O., proche de l’océan Arctique.
Christine travaille pour le ministère de l’Environnement et du Changement climatique des T.N.-O. Elle est également la coordonnatrice locale du Global Youth Biodiversity Network (GYBN), un réseau d’organisations de jeunesse en faveur de la biodiversité. En décembre dernier, elle a participé à la 15e conférence mondiale sur la biodiversité (COP15), organisée à Montréal.
«Les communautés autochtones connaissent la terre mieux que quiconque»
«Je n’ai pas grandi sur la terre de mes ancêtres, j’ai toujours vécu à Yellowknife. Mais je suis en contact avec la culture autochtone depuis mon enfance. L’école nous emmenait souvent dans des camps en pleine nature où l’on apprenait à tanner des peaux d’orignaux, où l’on écoutait les anciens parler de leurs expériences et de leurs connaissances de la vie sur terre. Les communautés autochtones connaissent la terre mieux que quiconque.
Christine Dunbar a obtenu un diplôme en gestion des ressources naturelles, avant de travailler au ministère de l’Environnement et du Changement climatique des Territoires du Nord-Ouest.
Il y a deux ans, lorsque je suis allée pour la première fois à Inuvik d’où vient ma mère, j’ai ressenti un profond sentiment d’appartenance. J’ai pu visiter une cabane que ma famille possède depuis près de 100 ans. J’ai pu passer du temps avec certains membres de ma famille qui vivent encore là-bas. Ils m’ont fait visiter le delta du fleuve Mackenzie.
Mes grands-parents maternels étaient des gens très traditionnels. Ils vivaient dans la nature, partaient chasser et pêcher avec leurs enfants, confectionnaient des vêtements traditionnels. Mais ma mère n’était pas intéressée par ce mode de vie et elle a quitté Inuvik très tôt pour s’installer à Vancouver.
Maintenant, mes grands-parents sont décédés et je n’ai plus personne pour me montrer ces traditions, m’apprendre la langue. C’est difficile d’essayer de reconstituer son identité quand on n’a personne à ses côtés. Je suis un peu livrée à moi-même pour découvrir mon côté autochtone.
«La terre autour de moi change tellement vite»
Je suis aussi très préoccupée par l’avenir des peuples autochtones. Le changement climatique les frappe de plein fouet, nous frappe tous de plein fouet. J’y pense tout le temps, c’est triste et effrayant. La terre autour de moi change tellement vite.
Christine Dunbar a participé à la 15e conférence mondiale sur la biodiversité (COP15), organisée à Montréal en décembre 2022.
Dans le Nord, nous subissons des changements climatiques de façon quatre fois plus importante que dans le reste du Canada. Je le constate chaque jour, dans ma vie privée, dans mon travail. La neige fond beaucoup plus vite. Le printemps est toujours plus chaud, surtout la nuit. Le pergélisol est en train de fondre, ce qui provoque de l’érosion et libère des gaz néfastes dans l’atmosphère. Ces dernières années ont également été désastreuses en matière d’incendies et d’inondations.
La biodiversité s’effondre. Les caribous sont particulièrement menacés. Leur population a chuté de 90 % depuis les années 1990.
Cet automne, je vais commencer une maitrise de deux ans pour étudier comment les changements climatiques affectent leur aire de répartition. Dans le même temps, de nouvelles espèces font leur apparition, elles sont chassées par la montée des températures plus au sud.
En tant qu’Autochtone, ça me fait mal. Je repense à mes grands-parents qui vivaient de la chasse et de la pêche. Je sais à quel point l’environnement est important, à quel point les peuples autochtones dépendent de la terre pour se nourrir.
«J’ai l’impression que la majorité des Canadiens oublie notre territoire»
Nous avons tellement à apprendre d’eux, ils en savent tellement sur la terre. Ils doivent nous servir de guide pour protéger la biodiversité. C’est important de les écouter, car ils ont été réduits au silence pendant trop longtemps.
Christine Dunbar s’est rendue à Inuvik, une ville tout au nord des Territoires du Nord-Ouest, proche de l’océan Arctique, où est née sa mère Inuvialuit.
Dans mon travail, j’ai la chance de collaborer étroitement avec les Premières Nations et je trouve que le gouvernement des T.N.-O. les écoute aussi de plus en plus. C’est une bonne chose. Par contre, j’ai l’impression que la majorité des Canadiens oublie notre territoire et ses enjeux.
Les plus hauts responsables politiques du pays doivent travailler davantage pour protéger le Nord contre la perte d’une grande partie de la biodiversité. On arrive à un point de non-retour, il faut agir tout de suite.
Je veux que les jeunes aient leur mot à dire dans tout ça, qu’ils fassent entendre leur voix, car ce sont les leadeurs de demain. Nous n’avons pas d’autre choix que de garder espoir.»
Gillian Staveley, 34 ans
Gillian Staveley est Kaska Dena. Depuis trois ans, elle habite avec ses enfants sur la terre de ses ancêtres, à Faro au Yukon.
Le territoire traditionnel des Kaska Dena, appelé Dena Kayēh ou pays du peuple, s’étend sur le nord de la Colombie-Britannique, le sud-est du Yukon et une petite partie des Territoires du Nord-Ouest.
Gillian travaille pour l’Institut Dena Kayeh, un organisme sans but lucratif géré par les Kaska Dena. Elle est impliquée dans des projets liés au savoir traditionnel, au patrimoine culturel et à la gestion des terres.
«Le lien avec la terre fait partie de mon ADN»
«Le lien avec la terre constitue une part essentielle de mon identité autochtone, ça fait partie de mon ADN. J’ai été élevée par des femmes très fortes qui m’ont transmis leur vision du monde. Elles m’ont enseigné le respect que l’on doit à la terre et aux autres. C’est quelque chose que j’essaie d’inculquer à mon tour à mes enfants.
Gillian Staveley est Kaska Dena. Depuis trois ans, elle habite avec ses enfants sur la terre de ses ancêtres, au Yukon.
Je n’ai pas grandi sur le territoire traditionnel de mes ancêtres, mais j’y retournais régulièrement avec mes parents quand j’étais enfant. Je me sens intimement liée aux endroits où ils ont vécu.
J’ai aussi eu la chance de passer beaucoup de temps avec des anciens qui m’ont transmis leurs savoirs sacrés. J’en suis reconnaissante, car l’un des impacts les plus dommageables de la colonisation a été la disparition de nos systèmes de connaissances. Une grande partie de mon travail consiste aujourd’hui à retrouver ce savoir.
Depuis la COP 15, il y a eu des engagements fédéraux importants en faveur de la biodiversité. Le gouvernement a notamment octroyé 800 millions de dollars pour soutenir la conservation menée par les Autochtones.
Je constate donc des changements positifs dans la manière dont le gouvernement collabore avec nous. Mais j’attends de voir la mise en œuvre concrète des projets.
Les aires protégées autochtones : «un outil de conservation puissant»
En ce moment, les Premières Nations accomplissent un travail incroyable pour protéger la biodiversité. Ce sont elles qui font avancer d’importantes initiatives de gestion des terres. Les aires protégées et de conservation autochtones sont un bon exemple.
Dans ces aires protégées, les communautés autochtones protègent les écosystèmes par le biais de leur système juridique, de leur gouvernance et de leur savoir. Chaque aire a son propre mandat et ses propres principes de gestion. C’est un outil de conservation puissant parce qu’il est fondé sur la vision des gens qui habitent les lieux.
Ces aires protégées apparaissent un peu partout au Canada. Rien qu’en Colombie-Britannique, il y a une soixantaine de propositions pour en établir.
Il existe également le programme des gardiens autochtones, lancé en 2017 par Ottawa. Les projets permettent aux Premières Nations de surveiller la santé écologique et les sites culturels de leurs communautés, ainsi que de protéger les zones et les espèces vulnérables. C’est un mouvement qui prend de l’ampleur, 150 initiatives ont été financées jusqu’à maintenant.
«Les femmes autochtones sont les cheffes de file de la conservation des terres»
Je suis moi-même gardienne depuis sept ans dans un programme du nord de la Colombie-Britannique. Au niveau national, je suis aussi membre du conseil des gardiens pour la terre, le réseau qui regroupe les gardiens autochtones de tout le pays.
Gillian Staveley est impliquée dans le programme de gardiens autochtones en Colombie-Britannique et au niveau national.
Les femmes autochtones sont les cheffes de file naturelles de la conservation des terres. Elles déploient des efforts novateurs pour garantir la sécurité de leur peuple. Elles ressentent une grande responsabilité comme si la vie matérielle et spirituelle de leurs enfants en dépendait.
C’est un rôle qu’elles assument depuis des milliers d’années. De nombreuses communautés autochtones sont des sociétés matrilinéaires, qui valorisent les femmes en tant que donneuses de vie, guérisseuses et dirigeantes.
Les changements environnementaux qui se produisent en ce moment sont anxiogènes, surtout pour la vie de mes enfants. Mais je reste optimiste, car les Premières Nations sont enfin assises à la table des discussions sur le changement climatique et la perte de biodiversité. Nous avons l’impression d’avoir repris notre avenir entre nos mains. Nous devons nous accrocher à cet espoir, rester forts et résilients.»
Les propos ont été réorganisés pour des raisons de longueur et de clarté.
«Le visage de la biodiversité est en train de changer, avec des gagnants et des perdants», résume Dominique Robert, professeur à l’Institut des sciences de la mer de l’Université du Québec à Rimouski.
Les espèces d’eau froide sont les premières victimes du réchauffement du golfe du Saint-Laurent. Les stocks de crevettes nordiques et de flétans du Groenland, deux espèces d’eau profonde, sont ainsi en train de chuter.
«Les individus qui réussissent à survivre sont plus petits et pondent moins d’œufs, car ils investissent le peu d’énergie qui leur reste pour s’alimenter», détaille Denis Chabot, chercheur émérite en écophysiologie à l’Institut Maurice-Lamontagne de Pêches et Océans Canada.
Chaine alimentaire
Le déclin de la crevette affecte aussi les petits poissons comme le hareng, le lançon ou le capelan qui s’en nourrissent.
Dominique Robert est professeur en écologie halieutique à l’Institut des sciences de la mer de l’Université du Québec à Rimouski.
«Dès qu’une espèce est fragilisée par des changements environnementaux, il y a des impacts sur toute la chaine alimentaire avec des effets en cascade sur les proies et les prédateurs», souligne Dominique Robert.
Quant au fameux crabe des neiges, friand d’eau glacée, il pourrait voir son aire de distribution se réduire à cause du réchauffement de la couche intermédiaire froide, en raison du manque de glace hivernale.
À l’inverse, le homard et le sébaste prolifèrent à la faveur des courants chauds. Depuis 2011, le nombre de sébastes explose alors que ce poisson de fond avait pratiquement disparu il y a 20 ans à cause de la surpêche. Il envahit aujourd’hui le golfe.
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Les baleines noires, des «réfugiées climatiques»
«On a fait des échantillons avec un chalut ; 90 % de la biomasse qu’on a capturée, c’était du sébaste. C’est plus que ce qu’on n’a jamais vu», rapporte Denis Chabot. À long terme, cette surabondance pourrait perturber l’équilibre de l’écosystème.
Le réchauffement des eaux du golfe du Saint-Laurent semble favoriser la présence des baleines noires de l’Atlantique Nord, qui sont à la limite de l’extinction.
Du côté des cétacés, le réchauffement semble attirer les baleines noires de l’Atlantique Nord, à la limite de l’extinction. Chaque été, depuis 2015, elles font leur apparition dans le golfe en quête de nourriture.
«On peut les voir comme des réfugiées climatiques», affirme Robert Michaud, président et directeur scientifique du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM).
L’été, les baleines noires migrent habituellement vers le golfe du Maine et la baie de Fundy, dont les eaux sont normalement très riches en copépodes. Ces petits crustacés constituent la principale ressource alimentaire de l’espèce.
Mais, ces dernières années, l’abondance des copépodes a fortement chuté dans ces zones à cause des changements climatiques, comme l’ont révélé plusieurs études.
«Les baleines ont donc modifié leurs routes migratoires vers le golfe du Saint-Laurent», explique Robert Michaud.
Aux yeux du spécialiste, la quinzaine d’autres cétacés qui viennent dans le golfe chaque été pourraient également changer leurs migrations saisonnières : «Ils pourraient prolonger leur séjour, car les hivers sont de plus en plus doux.»
Analyses et éclaircissements
Moins d’oxygène qu’«au sommet de l’Everest»
En revanche, pour le bélouga, une espèce d’origine arctique, le recul du couvert de glace semble constituer une menace supplémentaire à son rétablissement.
Robert Michaud est président et directeur scientifique du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins.
Robert Michaud observe que la glace «pourrait permettre aux bélougas de se protéger des tempêtes hivernales» et d’économiser de l’énergie.
La disparition de la glace épuise donc les animaux et pourrait accroitre la mortalité des femelles prêtes à vêler ou en phase postvêlage après 14 mois et demi de gestation. Depuis 2010, cette mortalité est six fois plus importante.
«Une hypothèse suggère que la diminution du couvert de glace obligerait les femelles à faire des déplacements plus longs en hiver et réduirait leur protection contre les mers plus agitées, avance Robert Michaud. Cela pourrait avoir des effets sur la condition physique des femelles et leur succès en termes de reproduction.»
La diminution constante de la quantité d’oxygène dissout dans les eaux profondes du golfe préoccupe également les chercheurs. Dans certaines zones, de l’estuaire notamment, l’oxygène est tellement rare que c’est comme «au sommet de l’Everest», s’alarme Denis Chabot.
«Les poissons et les crustacés sont des athlètes, capables de survivre avec très peu d’oxygène, poursuit le chercheur. Mais les concentrations sont devenues si faibles qu’eux-mêmes ne peuvent plus respirer. C’est létal.»
Crainte de désert écologique
Aucune amélioration ne se dessine à l’horizon. À l’entrée du golfe du Saint-Laurent, le courant du Labrador, qui apporte de l’eau froide et bien oxygénée, est de plus en plus remplacé par un apport d’eau plus chaude, plus salée et moins oxygénée provenant du Gulf Stream.
Denis Chabot est chercheur émérite en écophysiologie pour Pêches et Océans Canada.
«C’est une tendance lourde, ça va aller en s’amplifiant, prévient Dominique Robert. L’hypoxie [absence d’oxygène] va entrainer une perte d’habitat presque irréversible. On va se retrouver avec des zones écologiquement mortes.»
À la surface, une autre inquiétude émerge. Avec la réduction du couvert de glace année après année, les eaux se réchauffent plus tôt au printemps.
«Ce réchauffement devrait s’accompagner d’une production précoce de phytoplancton, à la base de la chaine alimentaire de toute la vie marine, relève Dominique Robert. Il y a donc un risque pour que cette production ne soit plus en phase avec les espèces qui en dépendent pour se nourrir.»
Des études sont encore nécessaires sur le sujet, selon Denis Chabot, chercheur émérite en écophysiologie pour Pêches et Océans Canada : «On ne sait pas encore si les poissons et les crustacés seront capables d’ajuster à temps leurs dates d’accouplement et de ponte pour que leurs larves éclosent plus tôt au printemps.»
En attendant, Pêches et Océans Canada revoit ses politiques afin de prendre en compte les changements environnementaux dans l’évaluation des stocks et l’établissement des quotas de pêche.
«Cela va permettre d’avoir des estimations plus robustes, de préserver l’écosystème tout en conservant une pêche viable», conclut Denis Chabot.
Dans l’optique de répondre aux besoins en immigration économique, le ministère d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) se concentre une nouvelle fois sur les francophones. Le ministre Sean Fraser a annoncé, le 15 juin, l’expansion du programme Mobilité francophone pour les deux prochaines années.
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La mesure touche aussi les employeurs canadiens qui se retrouvent déchargés de certaines lourdeurs du processus d’immigration de leurs futurs employés. Ils sont ainsi exemptés de payer la couteuse Étude d’impact sur le marché du travail (EIMT) – environ 1000 $ – nécessaire pour justifier que la ressource humaine n’est pas disponible pour ce poste au Canada.
Deux conditions sont toutefois imposées aux futurs employés : avoir au minimum une «maitrise modérée» de la langue française et exercer un métier des catégories 4 et 5 de la Classification nationale des professions. Les emplois en agriculture primaire sont exclus.
Les immigrants francophones visés par IRCC dans le programme Mobilité francophone sont ceux qui ont un niveau de diplômes du secondaire, d’études collégiales ou d’apprentissage de deux ans, entre autres.
Ces deux catégories exigent au moins un diplôme d’études secondaires ou une formation professionnelle de quelques semaines. Les emplois visés sont notamment les gardiens d’enfants, les vendeurs ou les métiers spécialisés, comme boulanger par exemple.
«Un progrès»
Les candidats visés par l’annonce doivent avoir une compréhension et une expression orales modérées du français. Cela équivaut au niveau 5 des exigences linguistiques.
Ils doivent aussi fournir une preuve qu’ils répondent aux exigences linguistiques, comme leurs résultats au «Test d’évaluation de français ou au Test de connaissance du français, un diplôme ou grade d’un collège ou d’une université francophone, ou un document qui confirme des études dans un établissement francophone», détaille le communiqué de presse du ministère.
Sur cette exigence de la simple «connaissance modérée» du français, Liane Roy, présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) dit s’être interrogée : «Il reste encore beaucoup d’inconnu», a-t-elle confirmé.
Elle se pose les mêmes questions sur les deux ans que doit durer l’expansion du programme. «La pénurie n’aura pas cessé dans deux ans. Pour moi, il faut un programme continu. Mais peut-être qu’IRCC prévoit de faciliter la résidence permanente à travers plusieurs programmes», avance-t-elle.
Les futurs employés peuvent acquérir de l’expérience de travail au Canada et prétendre à la résidence permanente. Auparavant, la mesure était réservée aux travailleurs étrangers temporaires francophones hautement qualifiés. L’annonce est un progrès, estime Liane Roy.
Pourquoi nous avons choisi d’en parler?
La question des droits des jeunes personnes trans en Atlantique soulève les passions en Atlantique.
En Nouvelle-Écosse, en avril, le Conseil scolaire acadien provincial a dû suspendre des ateliers destinés aux élèves de la maternelle à la cinquième année à l’école Beaubassin à Halifax, après la tenue d’une activité sur l’identité de genre.
Dans les semaines qui ont suivi, la question de l’enseignement de l’identité de genre a animé les discussions dans les autres provinces de l’Atlantique.
Depuis quelques semaines, la classe politique du Nouveau-Brunswick se déchire autour de la révision de la politique 713 sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre. Si adoptée, la nouvelle mouture de la politique interdirait aux élèves de moins de 16 ans de changer de prénom ou de pronom sans l’accord de leurs parents.
À Terre-Neuve-et-Labrador, au début juin, une école a subi les foudres en ligne pour avoir organisé un évènement pour souligner le mois de la Fierté. Une centaine de personnes se sont réunies le 9 juin à St. John’s devant l’Assemblée législative pour freiner une manifestation contre l’éducation inclusive sur les questions LGBTQ.
À l’Île-du-Prince-Édouard, des dépliants s’opposant aux lignes directrices de la province en appui aux personnes LGBTQ ont été distribués dans les boites aux lettres et sur les parebrises des voitures au début juin. Le document incitait les parents à garder leurs enfants à la maison en guise de protestation.
Dans le cadre du mois de la Fierté, Le Courrier de la Nouvelle-Écosse et Francopresse ont uni leurs forces pour traiter de l’enseignement de l’identité de genre à travers trois articles.
Tout d’abord, la journaliste Marine Ernoult expose la situation qui prévaut en Nouvelle-Écosse avec L’enseignement de l’identité de genre provoque des remous en Nouvelle-Écosse. Dans un deuxième temps, dans Identité de genre et orientation sexuelle : les programmes scolaires néoécossais passés au crible propose une analyse des programmes scolaires de la province permet de mieux comprendre l’enseignement de l’identité de genre. Finalement, la journaliste s’est entretenue avec deux spécialistes sur la question de l’identité de genre dans Enseignement de l’identité de genre : comment s’y prendre?
Analyses et éclaircissements
Marine Ernoult – Collaboration spéciale Le Courrier de la Nouvelle-Écosse et Francopresse
«Régulièrement, des parents retirent leurs enfants des écoles quand ils apprennent qu’on vient parler de sexe assigné à la naissance, de pluralité et d’expression des genres et de diversité sexuelle», raconte Tiana Meralli Ballou, éducatrice communautaire francophone au sein de Youth Project.
Tiana Meralli Ballou est éducatrice communautaire francophone au sein de Youth Project.
L’organisme à but non lucratif intervient sur les questions d’orientation sexuelle et d’identité de genre dans les écoles néoécossaises francophones et anglophones, de la maternelle au secondaire, depuis plus de 30 ans.
«Lorsque des écoles organisent des journées de célébration de la communauté 2SLGBTQIA+, certains parents demandent souvent de garder leurs enfants à la maison», confirme Cynthia Sweeney, fondatrice de Simply Good Form.
L’entreprise offre notamment des formations sur l’inclusivité aux élèves et au personnel enseignant d’établissements scolaires de Nouvelle-Écosse.
Dans le même temps, les actes de haine et de discrimination à l’encontre de la communauté 2SLGBTQIA+ se multiplient dans la province.
Drapeau de la Fierté brulé
En avril, des élèves appartenant à la communauté 2SLGBTQIA+ ont affirmé que l’intimidation est en hausse à l’école Riverview au Cap-Breton. Le drapeau de la Fierté a également été brulé à l’école Bay View, près d’Halifax.
Le centre régional d’éducation d’Halifax, qui regroupe 135 écoles et 57 000 élèves anglophones, se veut rassurant et affirme, par courriel, que «la plupart des élèves comprennent la nécessité de créer un espace sûr pour tous leurs camarades de classe».
Le même son de cloche se fait entendre du côté du Centre régional d’éducation du Cap-Breton-Victoria et du Conseil scolaire acadien provincial (CSAP). Le CSAP compte 22 établissements francophones, fréquentés par plus de 6 500 élèves.
Les deux centres tiennent des propos identiques dans leur courriel de réponse : «Tous les élèves doivent se sentir à l’aise à l’école et avoir le sentiment d’appartenir à leur école.» Le CSAP veut «permettre à tous les jeunes de s’épanouir dans un environnement accueillant, sain et sécuritaire».
Exprimer son «vrai moi»
Des organismes représentants des enseignants, des parents et la jeunesse plaident, eux aussi, en faveur de l’enseignement de l’identité de genre.
Laurie Martin-Muranyi est directrice générale du Conseil jeunesse provincial de la Nouvelle-Écosse.
«C’est important de développer l’empathie et la sensibilité des élèves, de promouvoir l’acceptation de la diversité et les valeurs de vivre-ensemble», insiste Nicole Dupuis, directrice générale de la Fédération des parents acadiens de la Nouvelle-Écosse (FPANÉ).
«Les écoles doivent être des lieux surs et inclusifs pour que tous les élèves puissent exprimer leur vrai moi et se sentir eux-mêmes», renchérit Ryan Lutes, président du Syndicat des enseignants de la Nouvelle-Écosse (NSTU).
Laurie Martin-Muranyi, directrice générale du Conseil jeunesse provincial de la Nouvelle-Écosse (CJP), abonde dans le même sens : «C’est essentiel d’aborder ces questions qui touchent à la définition de soi. Et pouvoir le faire dans sa langue, c’est encore plus important.»
Même au sein de la chrétienté, des voix s’élèvent en faveur de cet enseignement en milieu scolaire.
«Notre style de vie hétérosexuel s’est imposé dans notre culture, mais nous devrions tous nous affirmer indépendamment de notre orientation sexuelle, parce que c’est ainsi que Dieu nous a créés», confie Kevin Little, pasteur de l’Église Unie Bethany à Halifax.
En réalité, les tensions se cristallisent surtout autour de l’enseignement aux plus jeunes.
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Analyses et éclaircissements
Constance MacLeod est mère de deux enfants scolarisés à l’école francophone de Beaubassin d’Halifax et présidente du Comité de parents.
Des ateliers pour tout-petits annulés
En avril, le CSAP a ainsi dû suspendre des ateliers destinés aux élèves de la maternelle à la cinquième année à l’école Beaubassin à Halifax, après la tenue d’une première activité.
Dans une lettre ouverte adressée à la communauté scolaire de l’établissement, Michel Collette, directeur général du CSAP, évoque de «vives réactions de la part des membres de la communauté» et s’excuse de ne pas avoir prévenu les parents.
«Ça devrait être un sujet normal. Il ne devrait pas y avoir besoin d’annoncer ce type d’activités», considère Constance MacLeod, mère de deux enfants scolarisés à l’école Beaubassin en deuxième et quatrième année et présidente du comité de parents. Ses enfants ont pu assister à l’atelier avant sa suspension.
«Ils ont trouvé ça intéressant. Ils m’ont expliqué avec leurs mots qu’on pouvait naitre fille ou garçon, mais qu’on pouvait se sentir différent à l’intérieur», raconte-t-elle, se disant «déçue» de la tournure prise par les évènements.
Elle soutient qu’au sein du comité de parents, tous les membres sont favorables à cet enseignement.
Le contenu des ateliers est adapté à chaque âge, rappelle Tiana Meralli Ballou de Youth Project.
Les plus petits, jusqu’en deuxième année, peuvent écouter des histoires, tandis que les plus grands peuvent manipuler des poupées, les habiller, leur donner leurs pronoms, leur sexe assigné à la naissance, leur identité et expression de genre.
Points de vue irréconciliables
Veronica Merryfield, fondatrice du Cape Breton Transgender Network (CBTN), insiste sur l’importance de parler du genre dès le plus jeune âge.
«Les personnes transgenres ont conscience de leur transidentité très tôt et les enfants commencent à explorer leur identité de genre vers 3 ans, relève la militante. Si on n’en parle pas au primaire ou même pendant la petite enfance, certains élèves sentiront que leur identité n’est pas correcte. Ils se sentiront oubliés et exclus.»
Veronica Merryfield est fondatrice du Cap Breton Transgender Network.
Un avis que partage Rohini Bannerjee, professeure et vice-présidente associée à la diversité à l’Université Saint-Mary’s : «Il n’est jamais trop tôt pour engager la conversation et casser les normes hétéronormées. L’intolérance commence chez les petits dans toutes les interactions du quotidien.»
Mais beaucoup de parents d’élèves contestent et pensent que ce n’est pas le rôle de l’école d’aborder ces sujets.
«C’est totalement inapproprié d’en parler avant la quatrième année, les enfants doivent être autorisés à rester des enfants aussi longtemps que possible. L’école devrait guider nos enfants, et non les manipuler», estime Michelle Weihers, une mère de famille, signataire de la pétition «Say no to drag events for children!». Cette pétition a été lancée à la suite de l’organisation d’un spectacle de dragqueens pour toute la famille à Kentville.
La Néoécossaise dénonce une «sexualisation des enfants» et craint une recrudescence des problèmes de santé mentale. «Personne au sein du système scolaire et du gouvernement de la province ne nous écoute», regrette-t-elle.
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«Peur de l’inconnu»
Qu’est-ce qui fait si peur dans la question de l’enseignement de l’identité de genre?
«C’est un sujet sensible et délicat, car l’identité est quelque chose de très personnel. La charge émotionnelle est forte, les parents veulent tout particulièrement consentir à ces choix d’éducation là», analyse Laurie Martin-Muranyi du CJP.
Cynthia Sweeney pointe également la «désinformation» qui se répand à l’extérieur des salles de classe : «Il y a un discours de haine en provenance des États-Unis qui occupe de plus en plus d’espace chez nous.»
Rohini Bannerjee est professeure et vice-présidente associée à la diversité à l’Université Saint-Mary’s.
«Le débat crispé traduit de la méconnaissance et une peur de l’inconnu, mais aussi des convictions culturelles et religieuses différentes», poursuit Rohini Bannerjee de l’Université Saint-Mary’s.
Elle rappelle à cet égard que la construction du genre est purement culturelle. «Le monde occidental met récemment des mots dessus, mais il y a plein de manières de vivre le genre selon plein de cultures», détaille l’universitaire. Elle prend l’exemple de la bispiritualité, cette identité de genre propre aux Autochtones.
En attendant, la Floride vient d’adopter une loi interdisant l’enseignement sur l’identité de genre et l’orientation sexuelle à l’école. Le débat risque de se polariser encore davantage en Nouvelle-Écosse, comme partout ailleurs au Canada.
Collaboration spéciale Le Courrier de la Nouvelle-Écosse et Francopresse
Les notions d’identité de genre et d’orientation sexuelle sont explicitement présentes dans les programmes scolaires de la Nouvelle-Écosse à partir de la quatrième année, que ce soit dans le cursus francophone ou anglophone.
Laurie Martin-Muranyi est directrice générale du Conseil jeunesse provincial de la Nouvelle-Écosse.
Côté anglophone, de la quatrième à la sixième année, ces questions sont abordées dans le programme d’éducation à la santé, refondu en 2021.
En quatrième année, les élèves sont censés discuter d’expressions de genre, de construction sociale du genre ou encore des préjugés liés aux genres. En cinquième année, ils doivent enquêter sur la représentation médiatique des genres. En sixième année, ils sont appelés à s’intéresser aux stéréotypes liés au langage.
En septième et huitième années, ces notions se retrouvent dans le programme intitulé «Vie saine», qui date de 2022. Les élèves doivent trouver des sources d’informations fiables sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre ou encore réfléchir aux conséquences sur la santé physique et mentale des attentes de la société en matière d’expressions de genre.
En revanche, il n’y a plus aucune trace de ces thématiques de la neuvième à la douzième année.
Analyses et éclaircissements
Des programmes en accord avec l’UNESCO
Côté francophone, la découverte des concepts d’identité de genre, d’orientation sexuelle et de sexualité fait clairement partie des résultats d’apprentissage de la quatrième année à la sixième année.
En septième et huitième années, les programmes d’études du Conseil scolaire acadien provincial (CSAP) n’en font plus mention.
En neuvième année, les adolescents réfléchissent à l’impact des stéréotypes des rôles attribués aux genres sur les relations. Mais, de la dixième à la douzième année, à nouveau, les curriculums ne traitent plus de ces enjeux.
«Tout n’est pas un résultat d’apprentissage, ça ne fait pas nécessairement partie des programmes au secondaire, mais c’est un sujet de conversation», explique Ryan Lutes, président du Syndicat des enseignants de Nouvelle-Écosse.
Ryan Lutes est président du Syndicat des enseignants de Nouvelle-Écosse.
Le ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance de Nouvelle-Écosse assure que les programmes suivent des lignes directrices nationales et internationales, y compris les principes directeurs de l’UNESCO sur l’éducation à la sexualité.
«Le document de l’UNESCO nous aide à nous assurer que les concepts et l’enseignement concernant le genre sont adaptés à l’âge et au développement», affirme le ministère par courriel.
Dans ce même courriel, le ministère met en avant la Politique provinciale sur l’éducation inclusive, entrée en vigueur en septembre 2020 : «Cette politique est en place pour s’assurer que l’apprentissage et l’enseignement dans toutes les matières confirment les expériences vécues de tous les élèves et de leurs familles.»
Le Centre régional d’éducation d’Halifax, celui du Cape Breton-Victoria et le CSAP affirment également que toutes leurs écoles veillent à ce que la diversité et l’équité fassent partie des programmes d’études.
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Le personnel enseignant coincé
«Nos ressources pédagogiques sont régulièrement révisées pour s’assurer qu’elles tiennent compte des réalités culturelles», précise le Centre régional d’éducation du Cape Breton-Victoria par courriel.
Rohini Bannerjee, professeure et vice-présidente associée à la diversité à l’Université Saint-Mary’s, estime ces mises à jour essentielles.
Rohini Bannerjee est professeure et vice-présidente associée à la diversité à l’Université Saint-Mary’s.
«Les curriculums doivent refléter la nouvelle réalité démographique de la Nouvelle-Écosse, avec des nouveaux arrivants qui viennent de cultures où les notions de deuxième ou troisième genre sont tout à fait normales», souligne l’universitaire.
Mais ces efforts restent insuffisants aux yeux de Veronica Merryfield, fondatrice du Cape Breton Transgender Network (CBTN) : «Le contenu des programmes souffre d’un manque de représentation de la communauté 2SLGBTQIA+ au sein des instances qui conseillent le ministère de l’Éducation.»
Aussi, dans les salles de classe, les moyens et les heures de cours ne suivent pas toujours.
Au sein du CSAP et des centres régionaux d’éducation, des équipes diversité et équité sont présentes pour appuyer le corps enseignant. Elles sont notamment formées pour offrir des ateliers sur l’identité de genre et la sexualité.
Mais le personnel enseignant demeure tiraillé entre l’urgence de rendre les écoles inclusives et l’urgence de boucler le programme.
«Certaines écoles font très bien, d’autres ne font rien»
«Il y a de fortes différences entre les écoles et au sein d’une même école. Tout va dépendre de la sensibilité du professeur et de ses valeurs personnelles. S’il n’est pas confortable avec le sujet, il va faire l’impasse», constate Tiana Meralli Ballou, éducatrice communautaire francophone au sein de Youth Project, un groupe de défense des droits 2SLGBTQIA+.
Veronica Merryfield est fondatrice du Cape Breton Transgender Network.
«Il n’y a aucune cohérence. Certaines écoles font très bien, d’autres ne font rien, que ce soit en milieu urbain ou rural. Les écoles se reposent souvent sur le travail d’organismes communautaires locaux», se désole Veronica Merryfield du CBTN.
L’organisme Youth Project intervient ainsi dans de nombreux établissements scolaires de la province.
«On vient à la demande des directions ou des enseignants, mais ça reste ponctuel. On aimerait mettre sur pied des tournées systématiques dans les écoles», observe Tiana Meralli Ballou.
«Les écoles doivent être proactives. Elles agissent trop souvent en réaction à quelque chose qui se passe mal», poursuit Cynthia Sweeney, fondatrice de Simply Good Form, qui offre des formations sur l’inclusivité aux élèves et au personnel enseignant des établissements scolaires néoécossais.
Les personnes interrogées sont unanimes : une réelle éducation passe par la formation du personnel enseignant.
L’an dernier, le Conseil jeunesse provincial de la Nouvelle-Écosse (CJP) a offert un atelier à une trentaine d’enseignants et enseignantes du CSAP sur ces questions.
Cet atelier, animé par une personne de la communauté 2SLGBTQIA+, a révélé un grand manque de connaissances, selon Laurie Martin-Muranyi, directrice générale du CJP.
Peur de mal faire
«On a vu à quel point les enseignants n’ont pas le même niveau de connaissance et de langage que la jeune génération, rapporte la responsable. Sans aucun jugement, il faut les outiller, leur donner des informations validées et actualisées afin de créer des ponts.»
Cynthia Sweeney est fondatrice de Simply Good Form.
«Parce que ce sont eux qui sont là au quotidien, on doit leur donner une base de connaissances solide pour leur donner confiance. Ils doivent se sentir prêts, car s’ils ont peur de mal faire, ils ne vont rien faire du tout», renchérit Tiana Meralli Ballou.
Les personnes interrogées plaident également en faveur d’une approche pluridisciplinaire. Autrement dit, elles invitent le personnel enseignant à parler d’identité de genre et d’éducation sexuelle dans toutes les disciplines et non pas à réserver cet enseignement à une matière précise.
«Ça doit faire partie de la façon de travailler des enseignants. Ça doit irriguer le contenu de leurs cours que ce soit en maths, en histoire ou en littératie», insiste Rohini Bannerjee.
Avec l’ambition d’aider le corps enseignant, certains centres régionaux d’éducation, comme celui du Cape Breton-Victoria, mettent déjà en ligne des ressources pédagogiques adaptées aux enjeux 2SLGBTQIA+.
«Pendant trop longtemps, les personnes de la communauté 2SLGBTQIA+ ont été effacées des curriculums», déplore Cynthia Sweeney.
Pour la fondatrice de Simply Good Form, il est nécessaire de mettre davantage en lumière des modèles queers, transgenres ou non binaires dans le matériel pédagogique.
Lexique
Diversité sexuelle et de genre : Expression englobant toutes les orientations sexuelles et la pluralité des identités et des expressions de genre. Ce terme rassemble les personnes homosexuelles, bisexuelles, trans et appartenant à d’autres communautés, comme les personnes queers, intersexes, asexuelles, bispirituelles, etc.
Expression de genre : Manière dont une personne se présente au monde, notamment en personnalisant son apparence (coiffure, vêtements, maquillage, etc.). Une personne peut avoir une expression de genre plutôt féminine, plutôt masculine ou un peu des deux (androgyne). L’identité de genre et l’expression de genre sont deux choses distinctes.
Identité de genre : Sensation intérieure qui amène une personne à définir son genre (à se définir, par exemple, comme homme, femme ou non-binaire). Il s’agit d’une connaissance intime, profonde et personnelle de soi qui peut continuer d’évoluer et de fluctuer tout au long de la vie. L’identité de genre n’est pas déterminée par le sexe biologique de la personne et peut ne pas correspondre au sexe assigné à la naissance.
Non-binaire : Personne dont l’identité de genre n’est ni exclusivement masculine, ni exclusivement féminine. Cette identité peut se définir comme un mélange de féminin et de masculin, à la fois féminin et masculin, ou aucun des deux. Cette identité peut également être fluide.
Orientation sexuelle : Attirance romantique ou sexuelle portée par une personne envers une autre personne en fonction de son identité de genre (attirance envers le même genre que le sien, un genre différent du sien, plusieurs genres, aucun genre).