Selon l’étude La concordance de la langue patient-médecin et mortalité sur le long terme : une étude de cohorte rétrospective canadienne (traduction libre) publiée début juillet, les francophones de l’extérieur du Québec voient leur risque de décès – toutes causes confondues – diminuer en moyenne de 11 % lorsqu’ils reçoivent des soins dans leur langue. Les chiffres varient lorsqu’il s’agit de cancer (2 % de réduction) ou de problème cardiovasculaire (18 %).
En comparaison, la recherche n’a pas décelé d’effet similaire chez les anglophones du Québec : leur taux de survie serait le même avec un ou une médecin qui parle anglais ou français.
Plus de données pour plus de précision
L’auteur principal de l’étude, le docteur Michael Reaume, est un médecin francophone. Sa recherche est une collaboration entre l’Université d’Ottawa, où il a fait ses études, et l’Université du Manitoba, où il est actuellement chercheur postdoctoral. Il est aussi néphrologue – spécialiste des reins – à l’Hôpital général Seven Oaks à Winnipeg.
Ce qui différencie cette recherche des précédentes qui ont été faites sur le même sujet, selon lui, c’est la taille de l’échantillon, la plus longue période de suivi, ainsi que la précision et la fiabilité des sources de données utilisées.
Grâce à l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC) de Statistique Canada et aux données de l’Institut canadien d’information sur la santé, l’équipe de recherche a pu suivre 16 100 francophones de 2003 à 2017. Elle avait entre autres accès à l’information sur leurs hospitalisations et, le cas échéant, sur les causes de leur décès.
«Nous avons assumé que la langue parlée le plus souvent à la maison [dans l’ESCC], c’est la langue de préférence pour l’accès aux soins. Ensuite, avec la question qui demande quelle langue est-ce que les répondants parlent avec leur médecin, on est capable de déterminer s’il a une concordance linguistique avec le médecin», explique Michael Reaume en entrevue avec Francopresse.
En nettoyant les données pour tenir compte d’autres variables ou facteurs qui peuvent influencer la mortalité puis en comparant les francophones qui parlent français avec leur médecin et ceux et celles qui parlent anglais, «on a vu qu’il y avait une différence de mortalité relative de 11 %» entre les deux.
Pour profiter davantage des retombées positives de la concordance de la langue, les auteurs de l’étude fournissent quelques pistes de solutions, comme un accès plus équitable à des services de santé dans sa langue, le recensement systématique de la langue de préférence des patients sur leur carte de santé et des langues parlées par les fournisseurs de soins. Un accès plus facile à des services d’interprétation pourrait également avoir des retombées positives.
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La pertinence de la fréquence des décès pour évaluer la qualité des soins peut être controversée, mais Michael Reaume croit qu’elle est importante, puisque ces données sont déjà utilisées pour des études cliniques sur des traitements et des médicaments.
De nouvelles données à explorer
Dans le rapport Impact des barrières linguistiques sur la sécurité des patients et la qualité des soins, réalisé pour la Société Santé en français par Sara Bowen en 2015, l’autrice indiquait qu’il ne semblait pas encore y avoir d’études permettant de conclure à un risque accru de décès lorsqu’il y a une barrière linguistique. Certaines semblaient même démontrer le contraire.
En revanche, des complications plus fréquentes et des séjours à l’hôpital plus longs étaient fréquemment détectés.
Dans une autre étude publiée en 2024, pour laquelle Michael Reaume était aussi l’auteur principal, il avait déjà constaté que «les risques de préjudices et de mortalité à l’hôpital étaient diminués de 36 %» lorsqu’il y avait concordance de la langue. Cependant, la cohorte étudiée était seulement composée de 5118 francophones de l’Ontario pour une période plus courte de 12 ans.
Lorsqu’il a constaté que Statistique Canada venait de lier des bases de données qui permettraient de suivre une cohorte pendant au moins 15 ans, il s’est dit : «On a finalement une cohorte qui est assez grande, on a une période de suivi qui est assez longue pour démontrer s’il une différence au niveau de la survie.»
Michael Reaume se demande maintenant si les conclusions seraient différentes avec des données plus récentes. «Il y a quand même beaucoup de politiques qui ont changé. Par exemple, il y a des provinces comme le Manitoba où la langue de préférence est marquée sur la carte santé. En théorie, ça peut aider à jumeler des patients qui veulent recevoir des soins dans une langue minoritaire à des médecins qui ont des compétences linguistiques dans ces langues-là.»
Il aimerait également être capable de calculer les couts pour le système de santé. Par exemple, est-ce qu’il y a des économies à faire lorsque les soins sont prodigués dans la langue préférée du patient?
L’un des freins à la collecte de données sur la langue demeure le cout lié à la modification des systèmes de collecte d’information. «Mais si les patients reçoivent des soins qui sont de qualité inférieure en raison de la discordance linguistique, qui amène à plus de visites à l’urgence, plus d’hospitalisations, plus de maladies cardiovasculaires, ça a un cout important pour les systèmes de santé aussi», avance le médecin et chercheur.
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Les allophones encore plus à risque
La recherche a aussi étudié les bénéfices pour les allophones, c’est-à-dire les personnes qui n’ont ni l’anglais ni le français comme langue la plus parlée à la maison. Dans les rares cas où le personnel parlait leur langue, l’étude a décelé une réduction du risque de décès, toutes causes confondues, de 27 %.
Les allophones sont donc encore plus vulnérables que les francophones. Les auteurs avancent comme explication que les francophones en situation minoritaire ont une meilleure compréhension de l’anglais que les allophones, qui sont majoritairement des immigrants (88,1 %) et ont possiblement appris l’anglais plus tard dans leur vie.
Une cohorte autochtone faisait aussi partie de l’étude, mais les nombres étaient trop bas pour que les résultats soient assez fiables.
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