Selon le professeur titulaire de science politique au Campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta, Frédéric Boily, l’élection de Paul St-Pierre Plamondon aux commandes du gouvernement du Québec n’est «pas forcément» une bonne nouvelle pour les francophones.
Le chef du Parti québécois souhaite tenir un référendum sur la question de la séparation du Québec avec le Canada après le départ du président des États-Unis, Donald Trump.
«Cette élection remet la question du référendum au cœur de la dynamique politique entre le Québec et Ottawa. Du côté des francophones, ça crée davantage d’incertitudes et tout particulièrement, évidemment, pour les francophones albertains, où il y a déjà un processus référendaire en place.»
Frédéric Boily affirme que les questions séparatistes albertaine et québécoise ne sont de toute façon pas «deux mouvements qui marchent de front», et donc, constituent «deux problèmes différents pour le premier ministre canadien».
Il reconnait toutefois que les deux ont une «source commune» : l’unité nationale canadienne.
Comment maintenir l’unité nationale canadienne quand vous avez deux mouvements dans deux régions du pays et qui ont des récriminations qui ne sont pas les mêmes, des griefs qui ne sont pas les mêmes? On ne peut pas apporter une seule et même réponse pour les deux.
À lire aussi : Référendum de 1995 : «une question de vie ou de mort» pour la francophonie canadienne
Une solidarité, mais peu de place pour les francophones en situation minoritaire
Pour le professeur, «du côté du Parti québécois, on n’est pas contre les francophones vivant à l’extérieur du Québec [mais] on ne s’en préoccupe pas».
Que ce soit pendant la campagne, dans sa plateforme ou dans le Livre bleu sur l’indépendance du Québec, le Parti québécois a peu ou pas parlé de la francophonie canadienne.
En revanche, lors d’une visite en Alberta en septembre 2025, Paul St-Pierre Plamondon avait affirmé en entrevue avec le journal Le Franco que «c’est déjà dans notre programme de soutenir les francophones hors Québec». «Juste par solidarité dans la conception que nous avons la même histoire et les mêmes expériences.»
À lire aussi : Rencontre avec Paul St-Pierre Plamondon : Un nouveau dialogue Québec-Alberta (Le Franco)
Selon lui, le déclin du français au Canada et au Québec est dû à un problème structurel. «J’aime mieux en sortir et devenir un joueur de soutien pour chacune des communautés francophones.»
Paul St-Pierre Plamondon est tout de même très au fait du combat des francophones hors Québec. «C’est un modèle de courage. En même temps, ça devrait réveiller certains Québécois, parce que souvent je trouve que le traitement antifrancophone est intolérable», a-t-il déclaré en entrevue avec Francopresse en mars 2024.
Sans parler de ce que ferait un gouvernement du Parti québécois pour les francophones du Canada en tant que gouvernement provincial, il soutenait qu’«il n’y a pas mal plus de possibilités si le Québec se donne l’entièreté des pouvoirs et commence une diplomatie très active dans chaque province au soutien des francophones, qu’il y a des possibilités dans la posture de déclin et de défense dans laquelle le Québec se trouve en ce moment».
Les organismes francophones utilisent les fils de l’Histoire pour appeler à la collaboration
La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada espère de son côté que, comme dans le passé, le premier ministre québécois travaillera de près avec la francophonie canadienne pour la défense du français.
«Historiquement, la FCFA a eu d’excellentes collaborations avec les gouvernements péquistes. C’est notamment le gouvernement de Jacques Parizeau qui a lancé en 1995 la première Politique du Québec à l’égard des communautés francophones et acadiennes.»
La FCFA ajoute déjà entretenir de bonnes relations avec le chef du PQ, Paul St-Pierre Plamondon.
Pour la question de la souveraineté du Québec, Liane Roy dit que le choix appartient aux Québécoises et aux Québécois. «Mais il y a un espace où on peut faire front commun, à 11 millions de personnes parlant le français, et je souhaite sincèrement que nos relations se bâtissent dans cet espace.»
De leur côté, la Société Nationale de l’Acadie (SNA) et la Coalition des organisations acadiennes du Québec (COAQ) appellent le nouveau gouvernement québécois à poursuivre dans la voie de la collaboration.
«L’histoire acadienne fait partie intégrante de l’histoire de la nation québécoise. La présence des Acadiens sur les plaines d’Abraham et leur participation à la révolte des Patriotes en témoignent. Il est important que cette contribution soit davantage reconnue et enseignée aux nouvelles générations. La COAQ souhaite poursuivre ce travail avec le gouvernement du Québec», affirme Marc Thériault, président de la COAQ, par voie de communiqué.
Unité économique
Le Réseau de développement économique et d’employabilité du Canada (RDÉE Canada) entend profiter de l’occasion pour rappeler que la francophonie canadienne est également une force économique que le gouvernement québécois doit prendre en compte.
«Juste leur dire qu’il y a 116 000 entreprises francophones à l’extérieur du Québec, que la majorité de celles-ci sont bilingues, ça peut ouvrir des opportunités, un fait que beaucoup de gens ignorent.»
«Nous sommes d’avis, comme réseau national, que la meilleure circulation des biens et services, de la main-d’œuvre au sein du Canada, c’est dans l’intérêt supérieur du pays, de la francophonie canadienne et, à nos yeux, ça inclut la francophonie québécoise.»
