Avec les informations de Julien Cayouette.
Le Canada affiche un déficit de près de 67 milliards de dollars, selon le gouvernement, soit moins que les 75 milliards prévus dans le budget 2025 présenté en novembre. Ottawa attribue ce déficit moins élevé aux démarches du gouvernement Carney pour conclure de nouvelles ententes économiques, notamment avec la Chine et l’Inde.
La réduction des dépenses – entre autres par la baisse des effectifs dans différents ministères – de 60 milliards de dollars est maintenue pour laisser place aux investissements, notamment avec des stratégies structurées dans les minéraux critiques et la défense.
La mise à jour économique, déposée le 28 avril, poursuit ce que le gouvernement avait commencé à mettre en œuvre dans le budget 2025. Comme la diminution drastique du recours à des services externes de conseillers en gestion, qui ajoute une épargne de 450 millions cette année et 900 millions par année dès 2028, sans échéance.
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Déficit plus bas
Le gouvernement canadien prévoit que le déficit fédéral atteindra 53,2 milliards de dollars d’ici 2030-2031. Ce chiffre se trouve entre le scénario idéal, qui table sur un déficit de 50 milliards, et le scénario où une «perturbation de l’approvisionnement mondial» plus importante ferait grimper le déficit à 56 milliards de dollars.
Dans ce second cas de figure, le ratio de la dette afficherait une très légère baisse entre 2025 et 2026, passant de 41,1 % du PIB à 41 %, avant de remonter à 42,1 % en 2029-2030, puis d’amorcer un repli.
Autres mesures
Crédit de TPS : Ottawa prévoit une aide supplémentaire de plus de 11 milliards de dollars sur six ans pour l’Allocation canadienne pour l’épicerie et les besoins essentiels, qui remplacera le Crédit pour la taxe sur les produits et services (TPS) et la taxe de vente harmonisée (TVH). Le 5 juin 2026, les Canadiens éligibles recevront un versement correspondant à 50 % du montant annuel du crédit pour la TPS en 2025-2026.
Fonds souverain : Le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, avait pris les devants la veille de l’énoncé économique, en annonçant un Fonds souverain de 25 millions de dollars pour investir dans les projets et les entreprises qui transformeront économiquement le Canada. En conférence de presse le 28 avril, le ministre s’est fait reprocher le manque de détails sur la ventilation de ce fonds.
Travailleurs : Le gouvernement annonce également une enveloppe de plus de 6 milliards entre 2026 et 2031 pour soutenir les travailleurs et les travailleuses, notamment via les formations et le prolongement de l’assurance-emploi.
La francophonie : pas pour tout de suite
L’énoncé économique du 28 avril porte davantage sur le financement des grands projets et la croissance économique. La francophonie est pour l’instant mise de côté.
Une situation qui est sans doute temporaire, puisque le ministère de l’Identité et de la Culture canadiennes, responsable également des Langues officielles, se penchera dès cet été sur les consultations pour le Plan d’action pour les langues officielles 2028-2033.
L’actuel plan, qui couvre la période de 2023 à 2028, prévoyait une somme inédite de 4 milliards de dollars pour diverses initiatives liées aux langues officielles, comme les services, l’immigration francophone (196 millions, dont plus de 180 ont été dépensés), postsecondaire francophone hors Québec, la santé, la culture et les médias.
La veille de la mise à jour économique, le ministre Marc Miller, qui comparaissait devant le Comité sénatorial permanent des langues officielles, a toutefois prévenu : «Je ne peux pas garantir que les sommes vont être les mêmes.»
La seule référence à la francophonie concerne l’exclusion de la Loi sur les langues officielles des lois considérées pour faire un «test» de modernisation. Un concept introduit au début 2026, via le projet de loi C-15.
Et la culture?
La culture a reçu des fonds dans le budget 2025, mais la mise à jour économique de ce printemps n’indique rien de plus.
La semaine dernière, les ministres Dominic LeBlanc et Marc Miller ont réitéré en Chambre que «l’exception culturelle» n’est pas sur la table des négociations sur les tarifs, avec les États-Unis.
À la poursuite de la réduction de l’immigration temporaire
Autre point d’intérêt pour les francophones : Mark Carney poursuit la volonté, affichée à la fin du mandat de Justin Trudeau, de réduire l’immigration temporaire.
Le gouvernement se félicite que «les mesures prises récemment pour contrôler les niveaux d’immigration fonctionnent».
«De janvier à février 2026, par rapport à la même période en 2024, le nombre de demandes d’asile a chuté de 64 % et les arrivées de travailleurs étrangers temporaires et d’étudiants internationaux, de 71 % et de 75 %, respectivement.»
Le statut de réfugié devrait être accordé à un maximum de 115 000 personnes «reconnues comme ayant besoin de protection» par le Canada, soit environ le tiers des 295 000 demandes en «instance» en mars.
Le but est de miser sur 33 000 résidents temporaires déjà au pays en leur octroyant la résidence permanente, notamment dans les régions rurales.
Le gouvernement ajoute, via le ministère Emploi et développement social Canada (EDSC), deux fois 88 millions de dollars pour maintenir le Programme de travailleurs étrangers temporaires (PTET), la plupart dans les domaines agricoles, de transformation alimentaire ou de la construction.
Un statut considéré par précaire par la section canadienne francophone d’Amnistie internationale.
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Le programme fédéral de santé intérimaire, remis en place par les libéraux de Justin Trudeau après le démantèlement par Stephen Harper, sera à nouveau démantelé, compliquant l’accès à des soins de santé et à des médicaments pour les réfugiés.
Prolongation de l’assurance-emploi saisonnière
La mise à jour économique annonce aussi la prolongation d’une règle temporaire de l’assurance-emploi introduite en 2018.
Grâce à cette modification, les travailleuses et travailleurs saisonniers de 13 régions peuvent recevoir cinq semaines supplémentaires de prestations. La mesure devait prendre fin en octobre 2026. Le gouvernement a l’intention de la prolonger jusqu’en octobre 2028.
Les régions concernées à l’extérieur du Québec sont l’Est et l’Ouest de la Nouvelle-Écosse, toute l’Île-du-Prince-Édouard, Madawaska – Charlotte (N.-B.), Terre-Neuve-et-Labrador (sauf St. John’s), Restigouche – Albert (N.-B.) et le Yukon (sauf Whitehorse).
Multiples appuis aux Autochtones
Les Premières Nations et les Autochtones sont très présents dans la mise à jour économique.
Le document revient sur plusieurs mesures mises en place par le budget et l’importance de leur participation à l’économie, surtout avec les grands projets nationaux. De nouveaux investissements à hauteur de 4,3 milliards de dollars sont ainsi annoncés.
Entre autres, Services aux Autochtones Canada obtiendra 601 millions de dollars en 2026-2027 pour l’enseignement primaire et secondaire. Un montant de 700 millions sur six ans est octroyé à partir de 2025-2026 pour la mise en place de mesures de protection de l’enfance et des familles mieux adaptées.
En santé, 794 millions seront versés pour le Programme des services de santé non assurés, qui couvre une gamme de services périphérique à la santé pour les Premières Nations et les Inuit.
Un montant de 2,8 milliards de dollars sera partagé entre plusieurs organismes qui améliorent l’accès aux logements.
De plus, plusieurs autres investissements incluent une portion pour les Autochtones ou peuvent aussi leur être profitables. Comme pour l’entretien des ports pour les petits bateaux.
