La série documentaire consacrée aux réalités des francophones en situation minoritaire au Canada suit un fil conducteur. Le premier revient sur les grandes luttes des francophones en situation minoritaire. Le deuxième s’intéresse aux relations linguistiques au Canada. Le plus récent aborde notamment l’insécurité linguistique, l’assimilation et les différentes façons de parler français.
Entrevue avec Phil Rivière, un créateur qui veut donner la parole aux communautés francophones d’un bout à l’autre du pays.
Fracnopresse : Avec Donner sa langue au chat, vous êtes allé à la rencontre de dizaines de francophones d’un bout à l’autre du pays pour raconter leurs réalités. Pourquoi était-ce important pour vous de leur donner la parole?
Phil Rivière : «Quand j’étais jeune, j’avais l’impression qu’il n’y avait pas beaucoup de représentation des francophones en milieu minoritaire. À 10 ans, j’ai quitté le Québec pour m’installer en Ontario, sans même parler anglais. C’est là que j’ai découvert qu’il existait une francophonie bien vivante à l’extérieur du Québec. Au Québec, on en parle très peu.
En arrivant en Ontario, je me suis aussi mis à me poser des questions sur mon identité. Est-ce que je parle bien? Est-ce que je suis un «vrai» francophone? Cette insécurité linguistique fait partie du parcours de beaucoup de gens.
Au départ, je voulais créer la représentation que j’aurais aimé avoir en étant jeune. Je ne voulais pas faire un documentaire qui explique les réalités des francophones; je voulais leur donner la parole».
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Les deux premiers épisodes sont sortis en 2022 et 2023, puis il a fallu attendre plus de trois ans avant de découvrir ce troisième chapitre. Que s’est-il passé pendant cette période?
Ce délai fait aussi partie de l’histoire du projet. Je dis souvent que Donner sa langue au chat est un projet de résilience, autant dans son contenu que dans la façon dont il a été produit.
Créer en français en milieu minoritaire, ce n’est jamais simple. Le milieu est fragile et il y a beaucoup de défis. Pendant cette période, la maison de production avec laquelle je travaillais, Le Réveil, a fermé ses portes. Je n’ai donc pas eu le choix de lancer ma propre compagnie pour reprendre le projet. J’ai réembauché la même équipe afin qu’on puisse terminer cette aventure ensemble.
Pendant cette période, je terminais aussi mes études, j’essayais aussi de trouver ma place comme jeune adulte et, surtout, le projet est devenu beaucoup plus ambitieux.
Je voulais représenter toutes les provinces et tous les territoires, donner la parole au plus grand nombre de francophones possible et respecter les histoires qu’on m’avait confiées. Je ne pouvais pas me contenter de leur offrir 30 secondes de visibilité. Je voulais vraiment plonger dans leur réalité.
Je dois aussi beaucoup aux organismes qui nous soutiennent. Sans les subventions, je ne pense pas que cette série aurait pu voir le jour. Beaucoup de créateurs francophones ne pourraient tout simplement pas créer sans ces ressources.
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La production du troisième épisode a été ralentie par les aléas de la vie. Mais Phil Rivière compte bien terminer le quatrième et dernier épisode de la série.
Pour réaliser cette série, vous êtes allé à la rencontre de francophones partout au pays. Y a-t-il une rencontre ou un témoignage qui vous a particulièrement marqué?
C’est difficile d’en choisir un!
Il y a quand même deux personnes qui m’ont particulièrement marqué. D’abord, Michel Bénac, du groupe Swing. C’est le premier artiste franco-ontarien que j’ai découvert quand je suis arrivé en Ontario. Pouvoir mener une entrevue avec lui des années plus tard, c’était très spécial.
L’autre personne, c’est la dragqueen Xénia Gould, aussi connue sous le nom de Chiquita Mère. En tant que jeune homme gai franco-ontarien, je ne me suis pas toujours senti représenté et son témoignage sur l’insécurité linguistique m’a énormément touché. Cette rencontre m’a rappelé qu’on n’est jamais seul.
Vous avez déjà annoncé qu’un quatrième et dernier épisode paraitra en 2027. Après avoir exploré le passé, les relations linguistiques et les réalités d’aujourd’hui, vers quoi souhaitez-vous amener les auditeurs dans ce dernier chapitre?
Avec le quatrième chapitre, on regarde vers l’avenir. On va parler de transmission du français, d’éducation, d’arts, de culture et, surtout, de jeunesse.
J’ai envie de réfléchir à ce qu’on peut faire pour renforcer nos communautés. Je veux terminer cette série avec une note d’espoir. Ce ne sont pas seulement des constats : il nous reste encore toute une histoire à écrire.
Finalement, quel message espérez-vous laissé aux francophones en situation minoritaire, mais aussi aux personnes qui connaissent moins leur réalité?
J’espère d’abord que les gens vont se reconnaitre dans cette série et qu’ils se sentiront moins seuls.
Je veux qu’ils soient plus fiers de leur accent, plus fiers de leur francophonie, plus fiers de leur langue. Pas la langue de quelqu’un d’autre : la leur.
Il n’existe pas une seule bonne façon de parler français. Nos accents, nos dialectes et nos façons de parler sont une richesse. Si quelqu’un termine cette série en se sentant un peu moins seul et un peu plus fier de parler français, pour moi, le projet sera accompli.
Et j’espère que les gens qui connaissent moins nos communautés découvriront toute la richesse, mais aussi les défis de la francophonie canadienne.
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