le Jeudi 29 janvier 2026
le Jeudi 29 janvier 2026 6:30 Francophonie

Quand les organismes se regroupent sous un même toit pour la vitalité francophone

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La Place des Arts du Grand Sudbury a ouvert ses portes au public au lendemain de la levée des principales restrictions de santé publique liées à la COVID-19, au printemps 2022. Les discussions sur sa création avaient commencé en 2008.  — Photo : Courtoisie Place des Arts du Grand Sudbury
La Place des Arts du Grand Sudbury a ouvert ses portes au public au lendemain de la levée des principales restrictions de santé publique liées à la COVID-19, au printemps 2022. Les discussions sur sa création avaient commencé en 2008.
Photo : Courtoisie Place des Arts du Grand Sudbury

FRANCOPRESSE – La vitalité des communautés francophones en situation minoritaire repose-t-elle sur des lieux de regroupement d’organismes? Selon des experts, ces espaces renforcent la visibilité des services, le sentiment d’appartenance et facilitent l’accès à des ressources clés, comme les garderies.

Quand les organismes se regroupent sous un même toit pour la vitalité francophone
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L’avenir des communautés francophones en situation minoritaire se joue dans les espaces physiques, indique la professeure émérite en géographie de l’Université d’Ottawa, Anne Gilbert. Selon elle, la concentration géographique de la population, des organismes et des institutions constitue un levier de vitalité.

Anne Gilbert étudie les régions francophones du Canada, leur influence sur la vitalité de la communauté francophone et l’importance des espaces occupés et désirés. 

Photo : Courtoisie

Par exemple, si la population francophone de l’Ontario n’était pas regroupée dans des régions précises, son influence ne serait pas aussi importante. «Si on n’avait pas ces concentrations-là, la francophonie ontarienne serait probablement un phénomène assez marginal», affirme-t-elle. À ses yeux, les pôles de regroupement d’organismes créent une attractivité réelle qui permet de faire vivre les services et, plus largement, les communautés francophones.

Au-delà des services proposés, Anne Gilbert considère que les lieux qui réunissent des organismes francophones ont aussi une valeur symbolique. «Ça crée un genre de sentiment d’appartenance pour la communauté francophone, mais aussi, c’est comme une fierté.»

Elle indique qu’à long terme, ces endroits jouent un rôle déterminant pour leur région : ils agissent sur le plan de la géographie, en attirant la population, mais aussi sur celui des engagements, de l’utilisation du français et de la croyance dans l’avenir de cette langue.

«On est plus attiré par l’anglais, même dans les loisirs ou dans la musique qu’on écoute, […]. Donc, avoir un espace qui est beau, qui est accueillant, qui est convivial, ça peut aussi jouer dans l’appréciation publique [pour le français], et d’aider le français si on veut avoir davantage de prestige», croit Marie-Ève Forest, présidente de la firme de consultation Sociopol.

À lire aussi : Regroupement d’organismes francophones : les limites des subventions

Kip Daechsel, avocat torontois, considère la transmission du français comme une priorité familiale. Il est fier que ses fils et ses petits-enfants puissent parler en français. 

Photo : Courtoisie

La visibilité en question

Le professeur en sociologie à l’Université de Moncton, Mathieu Wade, indique que les lieux de regroupement d’organismes francophones permettent à la communauté de se voir. C’est une minorité audible, explique-t-il, donc on ne sait pas si une personne parle le français juste en la regardant.

Kip Daechsel nuance sur la question de visibilité : le Centre francophone du Grand Toronto se trouve actuellement dans un endroit « beaucoup moins accessible », au deuxième ou troisième étage.

Un moteur de collaborations

Selon Mathieu Wade, le regroupement d’organismes francophones répond aussi à la complexification du milieu associatif et facilite la collaboration entre services.

Pour Mathieu Wade, le milieu associatif francophone s’est diversifié et complexifié depuis environ 30 ans, donnant naissance à de nouveaux organismes sectoriels. Il y a donc des opportunités d’économies, car les moyens de l’associatif sont limités. 

Photo : Courtoisie

Cette proximité favorise une meilleure circulation de l’information et une coordination naturelle des actions : «[Dans ces lieux où on retrouve plusieurs services francophones], on a plein d’organismes qui se côtoient, qui cohabitent. Puis […] ils se voient, ils discutent des dossiers, ils peuvent avoir des rencontres informelles. Donc, sur le plan de la gouvernance, ça évite de travailler trop en silo», explique-t-il.

La Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse prépare un projet du genre à Halifax. Son directeur général, Jules Chiasson, explique que 12 organismes francophones sont actuellement dispersés à travers la ville.

À son avis, leur rassemblement permettrait une synergie, une visibilité accrue auprès du gouvernement et un accès simplifié aux services pour les citoyens et les citoyennes francophones aux alentours.

«Il n’y aura pas besoin de se promener d’un bout à l’autre de la ville d’Halifax [pour accéder aux différents services]», souligne-t-il. Le futur centre – qui a reçu du financement du gouvernement fédéral – permettra, selon lui, d’offrir un point de repère pour la communauté.

À lire ailleurs : Le projet du Centre de services à la francophonie franchit une nouvelle étape

L’éducation comme facteur d’attraction

Mathieu Wade évoque le modèle des centres scolaires communautaires, très présent au Nouveau-Brunswick, mais aussi dans d’autres provinces et territoires. Dans celui-ci, l’école devient un lieu multifonctionnel ouvert à l’ensemble de la population après les heures de classe, donnant accès à des bibliothèques, des salles de spectacle et des services communautaires.

Pour Anne Gilbert, la présence d’écoles et de services de garde au sein de pôles francophones constitue un facteur d’attraction pour les familles. «Autour de ça, il y avait déjà un quartier français, de la langue française, et la population de langue française augmente ici parce que ça devient un facteur d’attractivité.»

L’ancien président du projet abandonné de Maison de la Francophonie à Toronto, Kip Daechsel, souligne que celui-ci prévoyait d’accueillir la garderie Les Bouts d’Choux comme locataire principal afin de répondre à la pénurie de services de garde francophones dans la ville.

Le projet de Maison de la francophonie à Toronto comptait acheter cet édifice sur la rue Isabella. 

Photo : Google Street View

Il explique que les programmes d’infrastructure torontois ne favorisent pas présentement la construction de garderies hors du milieu scolaire. Les garderies installées dans les écoles doivent restreindre le nombre de places par manque d’espace. Résultat : des familles francophones peinent à trouver des services de garde dans leur langue, surtout dans les quartiers centraux.

Dans le plan d’affaires du projet de Maison de la francophonie à Toronto, on retrouve cette citation provenant du Commissariat aux langues officielles du Canada : «Dans les cas où le français n’est pas parlé de manière dominante à la maison, la garderie peut constituer le principal lieu de socialisation en français dans les premières années d’un enfant.»

La Place des Arts du Grand Sudbury a mis en place cette approche intégrée dès sa conception, rappelle son directeur général, Denis Bertrand. L’édifice, qui abrite sept organismes culturels francophones depuis 2022, intègre un centre de la petite enfance. Il raconte que les enfants y sont régulièrement en contact avec des artistes professionnels de disciplines variées, qui viennent animer des activités et les initient aux arts dès le plus jeune âge.

À lire aussi : Pénurie de garderies francophones : 4 enfants sur 5 sans place en français

Quand les services sont dispersés

Kip Daechsel constate qu’à Toronto, plusieurs services francophones sont éparpillés entre le centre-ville et les grands axes routiers. À ses yeux, cette répartition géographique rend difficile l’émergence de quartiers de langue française.

Du même avis, Anne Gilbert explique que cette dispersion rend la francophonie torontoise moins visible et moins accessible au quotidien. Elle empêche aussi, d’après l’experte, le développement de quartiers où les francophones auraient tendance à se regrouper.

D’après ses observations, les francophones d’Edmonton, en Alberta, sont environ deux fois plus engagés dans leur communauté que ceux de Toronto. Un écart qu’elle attribue en partie à la concentration des institutions dans la ville albertaine.

Et le numérique?

Anne Gilbert estime que la proximité géographique importe moins qu’elle avait il y a 20 ou 30 ans, car beaucoup de choses peuvent être faites avec le téléphone aujourd’hui.

Par contre, «c’est une erreur à long terme» de croire que le numérique peut remplacer les espaces physiques pour favoriser la vitalité et l’épanouissement des communautés francophones. «C’est quelque chose qui nécessite, ultimement, des êtres humains en chair et en os qui se fréquentent», constate Marie-Ève Forest.

Type: Actualités

Actualités: Contenu fondé sur des faits, soit observés et vérifiés de première main par le ou la journaliste, soit rapportés et vérifiés par des sources bien informées.

Déclaration sur les sources et la méthode:

Déclaration IA : Le présent article a été rédigé par une journaliste. Un outil d’intelligence artificielle a été utilisé pour appuyer la transcription des entrevues. La journaliste a vérifié l’exactitude des propos.

Lê Vu Hai Huong

Journaliste junior

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