le Mardi 17 février 2026
le Mardi 17 février 2026 6:30 Arts et culture

L’IA transforme le secteur créatif et peut servir les cultures autochtones

Pourquoi faire confiance à Francopresse.
Valoriser la créativité humaine à l’ère de l’IA était une conférence préparatoire au Sommet national sur l’intelligence artificielle et la culture, prévu à Banff les 16 et 17 mars 2026. Il réunira les ministres d’IA et de l’innovation numérique, ainsi que le ministre de l’Identité et de la Culture canadiennes.  — Photo : Dany Lepage – CDEC
Valoriser la créativité humaine à l’ère de l’IA était une conférence préparatoire au Sommet national sur l’intelligence artificielle et la culture, prévu à Banff les 16 et 17 mars 2026. Il réunira les ministres d’IA et de l’innovation numérique, ainsi que le ministre de l’Identité et de la Culture canadiennes.
Photo : Dany Lepage – CDEC

FRANCOPRESSE — L’IA pose des défis linguistiques, culturels et de souveraineté des données. Elle affecte aussi l’emploi et l’intérêt des jeunes pour les professions artistiques. Certains considèrent néanmoins qu’elle peut être un outil pour les cultures minoritaires, à condition qu’elles puissent contrôler leurs données.

L’IA transforme le secteur créatif et peut servir les cultures autochtones
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Selon la directrice générale de Coalition pour la diversité des expressions culturelles (CDEC), Marie-Julie Desrochers, l’intelligence artificielle (IA) générative a révolutionné les industries culturelles depuis son apparition, il y a à peine trois ans.

Pour Marie-Julie Desrochers, la culture a une double nature : économique, car elle crée des emplois, et identitaire. 

Photo : Dany Lepage – CDEC

Ce secteur «a généré 65 milliards de dollars en valeur ajoutée et a soutenu 1,1 million d’emplois à travers le pays» en 2024, selon un rapport de la CDEC. En contrepartie, la directrice générale indique que plusieurs personnes dans ce domaine ont perdu des contrats face à la montée de l’IA. Des jeunes ont décidé de changer de voie, car ils ne perçoivent aucun avenir dans les industries créatives, poursuit-elle.

Marie-Julie Desrochers souligne qu’il est donc important de prendre en compte la perspective des milieux culturels, des artistes et des entreprises qui les soutiennent. C’était l’idée de l’évènement Valoriser la créativité humaine à l’ère de l’IA, présenté par la CDEC le 11 février au Centre national des Arts, à Ottawa.

«On avait 150 inscriptions. Pour une organisation comme la nôtre, c’est beaucoup. On voit que c’est vraiment un sujet qui intéresse», souligne Marie-Julie Desrochers en entrevue avec Francopresse.

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À l’épreuve du système «colonial»

Derrière les chiffres et les panels, une autre voix se fait entendre : celle des experts inuits qui voient dans l’IA un outil de survie culturelle.

La vice-présidente inuite de Heritage Lab, Natasha Ita MacDonald, a affirmé que son organisme se sert de l’intelligence artificielle pour protéger l’identité de cette nation qui habite le Nord depuis des milliers d’années. Avec l’aide de ces outils, ils ont créé le Projet Ai!, un outil pour la préservation linguistique.

Les deux panélistes (Thomassie Mangiok à gauche et Natasha Ita MacDonald à droite) ont un héritage familial similaire : une mère inuite et un père non autochtone. À leur avis, cela leur permet de témoigner de leur expérience des deux sphères culturelles. 

Photo : Dany Lepage – CDEC

Lors d’un panel avec un des membres du conseil d’administration de Heritage Lab, Thomassie Mangiok, ils ont présenté comment l’IA peut être un levier pour la diversité linguistique et culturelle.

Selon Natasha Ita MacDonald, l’IA n’est pas une menace en soi. «C’est un outil pour nous; ce n’est pas pour nous remplacer.» Elle a insisté sur le fait qu’il faut pouvoir imaginer les utilisations de l’IA dans la société pour soutenir le travail effectué en relation avec la culture.

Natasha Ita MacDonald explique que quatre régions inuites existent actuellement. Dans les communautés du Nunavut, environ 90 % de la population locale parle toujours l’inuktitut, au Labrador, c’est 22 % et, dans l’Ouest, 21 %. Toutefois, ces chiffres sont en baisse constante.

«[La culture et la langue] sont en train de se perdre. Cela pourrait se faire en une seule génération», s’inquiète Natasha Ita MacDonald. Elle a également constaté un autre changement : les élèves de ces communautés parlent anglais à la maison; qui n’est pas leur langue maternelle.

Parmi les causes, la vice-présidente de Heritage Lab a souligné la présence de la langue «coloniale» dans le monde numérique. Les étudiants inuits utilisent l’intelligence artificielle comme tout le monde, mais ils accèdent seulement à des versions «coloniales», et non à des versions développées par les Inuit pour les Inuit, dit-elle.

Natasha Ita MacDonald refuse l’idée que la modernité efface l’identité de sa communauté : «Chaque nouvelle technologie […] ne nous a pas rendus moins Inuit. Nous nous sommes simplement approprié ces technologies pour répondre à nos besoins. C’est ainsi que je vois l’IA.»

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Heritage Lab partage son modèle Projet Ai! avec d’autres communautés autochtones afin de protéger et de préserver leur langue et leur culture. Par exemple, l’organisme collabore actuellement avec les Anishinaabé. 

Photo : Dany Lepage – CDEC

L’IA par et pour les Inuit

Pour Natasha Ita MacDonald, le cœur du problème est celui du contrôle : la communauté inuite doit effectuer le développement de son IA. «Nous devons donc assurer un contrôle autochtone, car nous ne voulons pas que notre langue, notre culture et nos valeurs soient emballées et revendues.»

Au cours de la conférence, elle a abordé les dérives des grandes entreprises, comme Meta et Microsoft; notamment un manque de respect pour les coutumes et traditions inuites. Elle a raconté : «À peine avions-nous terminé notre présentation [sur le Projet AI! de Heritage Lab] que Microsoft et Meta sont venus directement à notre table : “Que pouvons-nous faire pour vous?” Ma question a été : “Qu’est-ce que vous y gagnez ?” Ils n’ont pas su, ou pas voulu, répondre.»

La réponse passe par l’autonomie selon elle : les données du Projet AI! sont hébergées sur des terres autochtones, plutôt que dans des serveurs aux États-Unis. Elle indique que le gouvernement chinois et l’armée américaine tentent de collecter des données auprès des organisations inuites. Elle est convaincue que cet intérêt est dû à la course à l’Arctique. La souveraineté des données inuites est ainsi de la plus grande importance.

Natasha Ita MacDonald a ajouté que son projet compte actuellement plus de 3000 entrées terminologiques dans sa base de données, toutes collectées avec les autorisations nécessaires.

Une voix inuite encore fragile

Le colonialisme systémique persiste encore aujourd’hui, a soutenu Natasha Ita MacDonald, citant les systèmes scolaires, de santé et de justice. «La décolonisation consiste donc à repenser et à redessiner les systèmes pour qu’ils répondent aux besoins des Inuit.»

Pour l’experte, les Inuit doivent concilier deux réalités : «Nous devons maitriser les langues coloniales […] mais nous devons aussi trouver le moyen de préserver notre identité et notre fierté».

Elle a néanmoins rappelé la fragilité financière de son organisme : comme c’est à but non lucratif et compte seulement trois employés, son équipe cherche de nouveaux financements tous les deux mois.

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Type: Actualités

Actualités: Contenu fondé sur des faits, soit observés et vérifiés de première main par le ou la journaliste, soit rapportés et vérifiés par des sources bien informées.

Déclaration sur les sources et la méthode:

Déclaration IA : Le présent article a été rédigé par une journaliste. Un outil d’intelligence artificielle a été utilisé pour appuyer la transcription des entrevues, faire de la traduction, faire de la correction et générer des intertitres. La journaliste a vérifié l’exactitude des propos.

Données de parution:

Ottawa

Lê Vu Hai Huong

Journaliste junior

Adresse électronique: