Pression financière, concurrence des géants du numérique, formation de la relève : le monde de la culture au Canada fait face à une myriade de défis. Lors du Comité permanent du patrimoine canadien, le 9 juin, les témoins ont partagé leurs préoccupations quant à l’avenir des infrastructures de leurs lieux culturels.
Tous se sont accordés à dire qu’ils manquaient de ressources afin d’assurer à la fois l’entretien des bâtiments, mais aussi la pérennité de leur mission. Si le public est toujours au rendez-vous, les fonds le sont beaucoup moins.
Nancy Juneau rappelle qu’en vertu de la Loi sur les langues officielles, les institutions fédérales doivent reconnaitre la nature asymétrique des réalités et des caractéristiques des communautés minoritaires.
«Dans nos communautés, les infrastructures culturelles jouent un rôle essentiel dans la construction identitaire et la cohésion sociale, puisqu’elles représentent souvent les seuls points d’accès à une offre culturelle en français», a souligné devant les parlementaires la présidente de la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF), Nancy Juneau. L’organisme représente environ 350 organismes.
Ces lieux contribuent à l’attractivité et à la rétention des populations francophones et francophiles, a-t-elle fait valoir. Or, ces écosystèmes sont fragilisés.
À lire aussi : Regroupement d’organismes francophones : les limites des subventions
Baisse de financement
«Les récents changements au Fonds du Canada pour les espaces culturels (FCEC), géré par Patrimoine canadien, suscitent des inquiétudes légitimes quant à la capacité et à l’engagement du gouvernement fédéral de répondre aux besoins spécifiques de nos communautés en matière d’infrastructures culturelles», rapporte la Nancy Juneau.
Dans une publication datant du 1er avril 2026, le gouvernement indique qu’en «raison du financement limité, les projets pour la réalisation des documents de planification et de conception d’infrastructures, les études de faisabilité et les évaluations d’installations ne sont plus acceptés. Les projets de construction ne sont plus acceptés. Des circonstances exceptionnelles peuvent toutefois s’appliquer.»
«Au courant des deux prochains exercices financiers, le FCEC ne financera que l’acquisition d’équipements spécialisés», ajoute Nancy Juneau. Les autres besoins en matière d’infrastructures seront dirigés vers le nouveau Fonds pour bâtir des collectivités fortes (FBCF), géré par Logement, Infrastructures et Collectivités Canada.
Le secteur culturel et artistique aurait à compétitionner avec des besoins en infrastructures comme des ponts. Alors qu’on ne représente pas les mêmes intérêts. Oui, un pont, c’est important, on en convient, mais les lieux de diffusion, les lieux de production, les lieux de création sont tout aussi importants à la santé de notre nation.
Nancy Juneau déplore le fait que ce nouveau financement ne soit plus exclusivement consacré à l’industrie culturelle : «Aucun financement minimal n’est réservé à notre secteur au sein de ce nouveau programme. Il existe une crainte réelle de sous-financement des infrastructures culturelles du pays, d’autant plus que la demande pour le FCEC a traditionnellement dépassé ses ressources et ça depuis plusieurs années.»
À lire aussi : Immigration francophone : quand la culture favorise l’intégration et la rétention
Des fonds dédiés à la francophonie
C’est pour toutes ces raisons que la FCCF demande au gouvernement fédéral de réserver une part du FBCF aux infrastructures culturelles.
Conformément à la partie VII de la Loi sur les langues officielles, l’organisme exige également des fonds dédiés à la francophonie canadienne, qui fait face à des enjeux propres et à un contexte souvent marqué par l’éloignement des grands centres, avec des communautés de petite taille.
«Les institutions fédérales doivent reconnaitre la nature asymétrique des réalités et des caractéristiques des communautés minoritaires, entre elles et par rapport aux communautés majoritaires, afin de prendre des mesures positives qui permettront de mettre en œuvre les engagements du gouvernement du Canada en matière de langues officielles», insiste Nancy Juneau.
Besoin de données
La FCCF réclame que le gouvernement fédéral finance, «par la voie qu’il estime la plus appropriée», des travaux de recherche permettant de disposer de données fiables et régulièrement mises à jour sur les infrastructures culturelles à travers le pays et dans l’ensemble des disciplines artistiques, dont les réalités et les besoins diffèrent.
Là encore, Nancy Juneau fait référence à la Loi sur les langues officielles, qui stipule que les institutions fédérales doivent, «dans la mesure du possible, fonder leurs mesures positives sur des analyses issues de recherche et de données propres et de données probantes», a rappelé la responsable en comité.
«Or, à l’heure actuelle, ce portrait demeure incomplet et ne permet pas d’appuyer une prise de décision pleinement éclairée», estime-t-elle.
À lire aussi : Les francophones en milieu minoritaire, orphelins de données
