le Lundi 18 mai 2026
le Lundi 18 mai 2026 5:00 Politique

Le logement est «fondamental» pour l’intégration des immigrants francophones

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Parler français pour les personnes immigrantes francophones en contexte minoritaire n’offre aucun avantage pour trouver un logement, car le marché locatif est souvent en anglais. — Victor de Domplablo – Pexels
Parler français pour les personnes immigrantes francophones en contexte minoritaire n’offre aucun avantage pour trouver un logement, car le marché locatif est souvent en anglais.
Victor de Domplablo – Pexels

FRANCOPRESSE – L’accès inégal au logement abordable éloigne les immigrants francophones en situation minoritaire de services pourtant essentiels à leur intégration – et maitriser la langue n’y change rien.

Le logement est «fondamental» pour l’intégration des immigrants francophones
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Lors d’une présentation au Congrès de l’Acfas à Trois-Rivières le 12 mai, Luisa Véronis, professeure agrégée en géographie, environnement et géomatique à l’Université d’Ottawa, a souligné le décalage entre les lieux de résidence des immigrants à faibles revenus et l’accès aux emplois et services essentiels. Elle a mené cette recherche avec l’un de ses étudiants, Abraham Alexander.

Pour les immigrants et immigrantes francophones, cet enjeu est accentué par la répartition inégale des services en français. Un logement abordable est souvent situé loin des institutions et des ressources francophones nécessaires à leur intégration, avance la professeure.

Cette dernière rappelle que 20 % des personnes immigrantes récentes ont un «besoin impérieux» de logement abordable, comparé à 9 % de la population totale, selon les données du recensement 2021.

Il y a une pénurie de logements abordables, insiste la chercheuse. «Cette soi-disant “crise” s’étend au-delà des grands centres», complète-t-elle, en pointant de petites localités, voire des villes rurales.

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Le lieu du logement, un déterminant pour l’accueil des immigrants

«Les recherches démontrent que le logement est fondamental pour l’intégration, parce que le lieu du logement, ce n’est pas juste l’acquisition du logement en soi pour avoir un toit et un abri et se sentir bien chez soi, mais aussi la location où est situé le logement, détaille la chercheuse. [Cela] donne accès à des opportunités d’emploi, des ressources, des infrastructures, des écoles par exemple, des transports, ainsi qu’à des réseaux.»

En Ontario, par exemple, 50 % des personnes immigrantes francophones installées à Ottawa et Toronto sont propriétaires. «C’est encourageant, mais bien en deçà comparé aux francophones nés au Canada», souligne Luisa Véronis.

D’après la littérature existante, les immigrants récents s’installent dans les banlieues proches des grandes villes, «où il y a du logement abordable, mais souvent vieux et mal entretenu».

Elle affirme que ce sont souvent les agents d’établissements – ceux qui renseignent les nouveaux arrivants, ainsi que les organismes communautaires – qui les orientent vers certains quartiers. «Parce qu’ils ont les contacts, ils connaissent les propriétaires et ce sont les logements abordables, souvent en périphérie», appuie Luisa Véronis.

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La langue française dessert en contexte minoritaire

Le fait que le marché du logement est en majorité contrôlé par des anglophones nuit aux personnes immigrantes francophones, malgré la présence d’organismes pour les aiguiller.

Parler français ne donne aucun avantage en contexte minoritaire pour trouver du logement.

— Luisa Véronis, professeure agrégée de géographie à l'Université d'Ottawa

Cette dernière affirme que certaines recherches montrent qu’au Québec, les immigrants qui parlent français sont «un peu plus outillés que ceux qui ne parlent pas français». En revanche, parler français ne sert pas les immigrants francophones en situation minoritaire, vu que le marché locatif est anglophone.

Les «filtres» des propriétaires et «itinérance cachée»

Une autre barrière à l’accès au logement : les propriétaires, qui jouent un rôle de «filtre».

«Ils imposent, en demandant des références, une histoire de crédit au Canada, des preuves de revenus, etc. Et tout ça, ça parait naturel, mais ce sont des formes de discrimination dans une certaine mesure», affirme la professeure.

Selon elle, le statut migratoire joue un rôle et influence aussi un peu les trajectoires résidentielles.

Par exemple, les résidents permanents viennent souvent avec certaines ressources, parlent l’une des deux langues officielles et sont plus outillés ou avantagés pour se trouver un logement.

Les immigrants temporaires, quant à eux, vivent dans l’incertitude liée à leur statut, souvent lié à un employeur, valide pour un temps limité, «ce qui peut constituer une barrière» dans l’accès au logement. Et c’est encore plus vrai pour les personnes réfugiées, estime Luisa Véronis.

Lorsque des immigrants téléphonent pour se renseigner ou visiter un logement, «dès qu’on entend un accent ou dès que la personne explique son statut migratoire ou son pays d’origine, directement les propriétaires disent : “Ah non le logement n’est plus disponible”».

Par ailleurs, la chercheuse observe que, souvent, les propriétaires «préfèrent des personnes sans enfants», un désavantage pour les femmes immigrantes monoparentales.

La source de revenus est un autre filtre utilisé par les propriétaires ou les agences locatives pour rejeter les demandes de logement des personnes immigrantes, tous statuts confondus.

Les gens n’ont pas forcément un emploi. Dans le cas des réfugiés, ils dépendent d’une assistance du gouvernement […] et c’est là où les propriétaires se servent du filtre.

— Luisa Véronis, professeure agrégée de géographie à l'Université d'Ottawa

Une situation qui amène de multiples familles «à partager un logement» et vivre dans un endroit surpeuplé.

Luisa Véronis mentionne notamment une «itinérance cachée [avec] le couchsurfing» ou «l’utilisation des abris, un dernier recours quand toute autre stratégie a été exploitée».

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Sensibiliser les agences immobilières aux réalités de l’immigration

Ines Bouguerra est gestionnaire des programmes et services en immigration du Collège Boréal à North Bay, observe sur le terrain qu’une personne immigrante «ne peut pas être intégrée économiquement sans avoir un logement qui est habitable, qui répond aux critères les plus basiques pour vivre convenablement. Donc, ce n’est que lorsque ces besoins sont comblés de façon durable que l’intégration peut être durable».

Face à la crise du logement et aux obstacles rencontrés par les immigrants, la gestionnaire en poste depuis septembre 2025 a développé des partenariats avec huit agences immobilières locales pour les sensibiliser aux réalités des nouveaux arrivants francophones, à savoir : la barrière linguistique, l’absence de cote de crédit ou de références canadiennes ou la méconnaissance du système locatif.

Après ces contacts, les agences partenaires se montrent plus flexibles et adaptent leurs exigences lorsqu’elles reçoivent des demandes provenant des services d’immigration du Collège Boréal.

Lorsqu’un besoin en logement est identifié, l’équipe recueille les informations du client – soit son budget, le lieu de travail ou encore le type de logement recherché – et les transmet aux agences partenaires afin de faciliter la recherche.

Depuis le lancement des services, en septembre dernier, environ 50 dossiers ont été suivis, affirme Ines Bouguerra, dont une quinzaine concernait directement des besoins en logement. Tous ont trouvé un logement. 

Type: Actualités

Actualités: Contenu fondé sur des faits, soit observés et vérifiés de première main par le ou la journaliste, soit rapportés et vérifiés par des sources bien informées.

Déclaration sur les sources et la méthode:

Déclaration IA : Le présent article a été rédigé par une journaliste. Un outil d’intelligence artificielle a servi à la transcription des entrevues. La journaliste a révisé l’exactitude des extraits utilisés.

Données de parution:

Ottawa

Inès Lombardo

Francophonie canadienne

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