le Lundi 21 septembre 2026

Bien que le monarque et sa représentation aux niveaux fédéral et provincial jouent un rôle limité dans les structures politiques, l’existence même du pays dépend du concept légal de la Couronne. Et l’abolition de la Couronne serait le véritable test de nos principes démocratiques.

Certes, il serait possible de faire disparaitre toute référence à la monarchie, faire du Canada (ou du Québec) une république, et transférer tous les pouvoirs et la propriété qui dépendent de la Couronne vers un autre concept ou corps politique. Mais rien ne changerait dans les faits ni dans la réalité juridique du pays.

Comme d’autres pays l’ont déjà fait, l’abolition de la monarchie et de la Couronne exigerait une révolution, c’est-à-dire une transformation entière de l’ordre politique et de l’ordre économique dont l’État est le garant. Et cette transformation commencerait par une renégociation des relations de nation à nation entre le Canada et les Premiers Peuples, qui n’ont jamais cédé leurs territoires.

On ne peut abolir la monarchie sans abolir la Couronne, et on ne peut abolir la Couronne sans prévoir un renouvèlement des traités avec les peuples autochtones qui ont permis la colonisation européenne puis canadienne.

— Jérôme Melançon, chroniqueur - Francopresse

Le mouvement Idle No More avait notamment demandé de rencontrer le gouverneur général David Johnston, en tant que représentant de la Couronne. Une délégation de chefs autochtones vient d’ailleurs tout juste de rencontrer le roi Charles III afin d’approfondir la relation avec la Couronne.

D’autres chefs autochtones espèrent que le nouveau monarque répudiera la doctrine de la découverte, tandis que la gouverneure générale Mary Simon met l’accent sur la discussion et la création d’une relation.

D’autres nations encore ont déclaré qu’elles auraient refusé de participer au couronnement si elles avaient été invitées.

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La Couronne, plus qu’une abstraction

Une excursion rapide dans le domaine du droit constitutionnel montre qu’il y a une différence entre le monarque et la Couronne.

Le monarque occupe une fonction, qui lui revient de manière héréditaire, tandis que la Couronne est plus vaste et a un ensemble de représentations (gouverneure générale, lieutenants-gouverneurs) et de pouvoirs qu’elle délègue ou qui sont simplement exercés par le gouvernement en son nom.

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La Couronne est à tel point imbriquée dans le fonctionnement de l’État et notamment du gouvernement qu’il serait impossible de la retirer sans tout bouleverser.

C’est la Couronne qui est propriétaire de 89 % du territoire canadien (ce sont les terres de la Couronne).

Et ce n’est pas tout : à proprement parler, tout le territoire canadien (y compris les réserves autochtones) appartient au domaine de la Couronne, d’où sa capacité à prélever des impôts et à céder des droits d’exploitation minière ou autre à des compagnies privées.

C’est toujours elle qui a la responsabilité de lancer les poursuites judiciaires. Pour cette raison, notre système juridique compte des procureurs de la Couronne.

Tout compte fait, le monarque est souverain, et le peuple canadien ne l’est pas. La population peut simplement choisir qui exercera la plupart des pouvoirs de la Couronne.

Les traités et l’existence du Canada

Tant à l’époque de Louis XIV qu’à l’époque victorienne, l’entité politique qui s’appelle maintenant «Canada» s’est établie sur la base de traités qui reconnaissent au moins implicitement la souveraineté des peuples autochtones.

Étant donné le principe que les États successeurs maintiennent les obligations de ceux qui les précèdent, la Couronne britannique a hérité des traités négociés par la Couronne française, et la Couronne canadienne en est aujourd’hui la garante.

La souveraineté à proprement dite canadienne ne s’établit qu’à partir du début du XXe siècle, alors que la Couronne a pris pour conseiller non plus le gouvernement de la Grande-Bretagne, mais bien celui du Canada. La reine Elizabeth II fut ainsi la première reine du Canada.

Cette souveraineté canadienne s’établit toutefois sur des fondations instables.

D’abord, les traités avec les Premiers Peuples n’ont pas inclus la négociation d’une cession des terres (à part peut-être certains des «traités modernes»).

Le territoire demeure ainsi autochtone, malgré le fait que le transfert des terres ait été ajouté au texte des traités après les négociations, comme le montre l’historien Sheldon Krasowski et comme l’affirment depuis longtemps les Premiers Peuples.

Ces derniers n’ont jamais accepté de devenir des sujets britanniques ni des citoyens canadiens, mais devaient plutôt maintenir leur propre souveraineté.

Ensuite, les traités ont souvent été brisés ou violés, ce qui remet en question la validité de la souveraineté qu’ils devaient rendre possible.

Le débat sur le serment, un simple contrespectacle

Il y a une forme d’hypocrisie dans la nouvelle loi québécoise qui retire l’obligation du serment au roi et chez les politiciens refusant de prêter ce serment, mais qui continuent de mettre de l’avant des projets dépendants de la souveraineté portée par la Couronne ou encore qui vont à l’encontre des traités.

C’est avant tout une manière de s’opposer à un Canada imaginaire – imaginé comme un Canada anglais et monarchiste, alors qu’une opposition à la monarchie est tout autant présente hors du Québec qu’elle ne l’est en son sein.

À l’extérieur du Québec, en langue anglaise, un débat sur la monarchie a cours depuis longtemps, et la question demeure avant tout de savoir par quoi remplacer la Couronne.

Ce qu’on abolirait avec la monarchie

Une véritable abolition de la monarchie supposerait plutôt l’invalidation de la souveraineté qui se trouve hors de la population canadienne, du régime de propriété des terres, ainsi que du système juridique en place.

Une telle abolition libèrerait l’imagination pour dépasser les tièdes propositions de réforme des institutions «démocratiques» actuelles.

Nous pourrions alors commencer par reprendre les traités, afin que la loi, la propriété et le pouvoir reviennent au peuple – et, dans le contexte d’un pays dont l’existence dépend de traités, qu’ils reviennent aux peuples qui le composent, en commençant par les Premiers Peuples.

Notice biographique

Jérôme Melançon est professeur agrégé en études francophones et interculturelles ainsi qu’en philosophie à l’Université de Regina. Ses recherches portent notamment sur la réconciliation, l’autochtonisation des universités et les relations entre peuples autochtones et non autochtones, sur les communautés francophones en situation minoritaire et plus largement sur les problèmes liés à la coexistence. Il est l’auteur et le directeur de nombreux travaux sur le philosophe Maurice Merleau-Ponty, dont «La politique dans l’adversité. Merleau-Ponty aux marges de la philosophie» (Metispresses, 2018).

Les plans d’action quinquennaux pour les langues officielles sont le principal moyen du gouvernement fédéral pour définir ses priorités en la matière et mettre en place des outils et des programmes en vue d’appuyer la vitalité des communautés francophones en ciblant de multiples secteurs, dont l’éducation, l’immigration, la petite enfance, la justice, la santé, la culture, le développement économique, etc.

Depuis la publication du dernier plan quinquennal en 2018, le gouvernement a entrepris un travail de fond en matière de langues officielles dans le contexte de la modernisation de la Loi sur les langues officielles. D’importants besoins dans des secteurs-clés à la vitalité des communautés francophones ont ainsi été mis en lumière. 

Les attentes étaient donc élevées à l’égard du plan de la ministre Petitpas Taylor. Une reconduction des sommes précédentes aurait été loin d’être suffisante.

À lire aussi : La francophonie plutôt satisfaite du Plan d’action

Un investissement inégalé

Le nouveau plan d’action 2023-2028 prévoit un financement total de 4,1 milliards de dollars sur cinq ans, dont 1,4 milliard de nouveaux fonds.

Dans l’histoire du pays, il s’agit de l’investissement le plus important jamais consenti par le gouvernement fédéral pour les langues officielles, et ce, même en tenant compte de l’inflation.

Le record précédent à cet effet remontait au premier plan d’action pour les langues officielles 2003-2008, élaboré par Stéphane Dion, alors ministre dans le gouvernement libéral de Jean Chrétien.

Avant la publication du premier plan, en 2003, les dépenses quinquennales du gouvernement fédéral pour les langues officielles s’élevaient à environ 1,1 milliard de dollars. Cette somme a été bonifiée de 800 millions pour atteindre 1,9 milliard pour la période de 2003 à 2008.

Sous le gouvernement conservateur de Stephen Harper, les nouveaux investissements ont été beaucoup plus limités. Après une augmentation de 300 millions de dollars dans la Feuille de route 2008-2013, il n’y a eu qu’une reconduction des fonds dans celle de 2013-2018.

Après 10 ans de stagnation sous les conservateurs, les libéraux, de retour au pouvoir, ont cherché à rompre avec le gouvernement précédent en injectant 500 millions de dollars supplémentaires au plan d’action 2018-2023.

Une réforme qui n’est pas seulement législative

Le montant du financement cette année marquera certes l’histoire, mais le contexte dans lequel s’inscrit le lancement du plan restera aussi dans les annales.

Le Comité permanent des langues officielles a mené l’étude du projet de loi C-13 visant à moderniser la Loi sur les langues officielles. Le texte fera l’objet sous peu d’un vote en troisième lecture à la Chambre des communes.

Or, même si le volet législatif a fait couler beaucoup d’encre, la réforme des langues officielles à Ottawa n’est pas que législative. Elle doit s’accompagner d’actions concrètes pour protéger le français au Canada et appuyer la vitalité des communautés francophones.

Le guide de discussion qui a servi aux consultations pancanadiennes sur les langues officielles en 2022 soulignait d’ailleurs que la modernisation de la loi et la présentation du nouveau plan d’action «vont de pair et font partie d’un continuum».

Le tout s’inscrit dans un contexte où le gouvernement canadien a reconnu, dans le discours du Trône de septembre 2020, la situation particulière du français au pays. Bien que l’on ait deux langues officielles, c’est le français qui est dans une situation précaire et le gouvernement reconnait sa responsabilité «de protéger et de promouvoir le français non seulement à l’extérieur du Québec, mais également au Québec».

Vers une politique en immigration francophone à caractère réparateur

Cet engagement à protéger le français se reflète dans le contenu du plan d’action. Par exemple, par rapport au pilier sur l’immigration francophone, le premier ministre Trudeau a affirmé que l’objectif est le «rétablissement démographique des francophones au Canada».

Les données du recensement de 2021 ont montré que le poids démographique des francophones à l’extérieur du Québec poursuit son déclin, une tendance lourde observée depuis une cinquantaine d’années.

Rappelons que le Commissariat aux langues officielles a montré que la cible actuelle de 4,4 % en matière d’immigration francophone, atteinte pour la première fois en 2022, est largement insuffisante pour maintenir, et encore moins accroitre, le poids démographique des francophones.

À lire aussi : Un Plan d’action pour les langues officielles, à quoi ça sert?

Reste à voir les mesures concrètes qui seront mises en place pour atteindre un objectif très ambitieux à caractère réparateur concernant le poids démographique des francophones.

Pour ce faire, le plan d’action prévoit un financement total de 221,5 millions de dollars sur cinq à Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, dont 137,2 millions de nouveaux fonds.

L’ombre au tableau : le financement du postsecondaire

Malgré d’importantes avancées à noter, le principal point faible du plan d’action 2023-2028 est l’appui insuffisant prévu pour les établissements d’enseignement postsecondaire.

Le contenu du plan n’est pas à la hauteur des attentes pour ce secteur, et les libéraux n’ont qu’eux-mêmes à blâmer pour avoir rompu une promesse électorale.

De prime abord, les investissements de 128 millions de dollars sur quatre ans en appui au secteur peuvent paraitre importants, mais ils sont bien en dessous de ce que les libéraux avaient promis lors de la campagne électorale de 2021.

Dans leur plateforme, ils s’étaient engagés à octroyer un financement permanent de 80 millions de dollars par année aux établissements d’enseignement postsecondaire dans les communautés de langue officielle en situation minoritaire. Cela représente 400 millions de dollars sur cinq ans, une somme de largement supérieure à ce qui a finalement été annoncé.

Les États généraux sur le postsecondaire en contexte francophone minoritaire ont pourtant fait la preuve que les besoins dans le secteur sont réels et que les montants promis auraient été de l’argent bien investi.

NOTICE BIOGRAPHIQUE

Guillaume Deschênes-Thériault est doctorant en science politique à l’Université d’Ottawa. Il détient un baccalauréat de l’Université de Moncton et une maitrise de l’Université d’Ottawa. Dans le cadre de ses recherches, il s’intéresse aux communautés francophones en situation minoritaire, avec un intérêt particulier pour l’enjeu de l’immigration. Depuis mai 2021, il est conseiller à la municipalité de Kedgwick au Nouveau-Brunswick.

Une énergie contagieuse, des mots qui sonnent vrai

Le groupe de musique acadien Les Gars du Nord propose un nouvel opus, Les fils du Père

Photo : Julien Faugère

Le groupe de musique acadien Les Gars du Nord nous propose un nouvel opus, Les fils du Père. L’album met en vedette les voix puissantes de Danny Boudreau, Wilfred LeBouthillier et Maxime McGraw, accompagnés de musiciens talentueux.

Le disque à l’énergie contagieuse est réalisé par le duo Jean-Frédéric Lizotte et Wilfred LeBouthillier. Ce dernier a coécrit les musiques et les textes avec Danny Boudreau, l’un des meilleurs auteurs-compositeurs de l’Acadie.

Les textes travaillés nous transportent dans l’univers de la mer et des souvenirs ; ils nous parlent du quotidien des pêcheurs d’antan.

De la musique bretonne au country, en passant par le bluegrass, nous sommes emportés dans un univers puissant, aux influences acadiennes et celtiques.

Dès les premières notes, Les hardes cirées nous invitent à chanter en chœur avec Les Gars du Nord.

La magie opère à l’écoute de Je m’en souviens, une belle valse country dans laquelle le trio vocal chante en chœur. Le meilleur texte est sans aucun doute Le bar des naufragés, une autre excellente valse. L’album se termine par l’extrait Adieu, une interprétation à capella, suivie d’une musique instrumentale endiablée.

Les hardes cirées
Album : Les fils du Père

Des mots lourds avec un brin despoir

Marc Antoine Joly, dit Joly, est un guitariste et auteur-compositeur-interprète franco-ontarien. 

Photo : Mylène Desbiens

Membre de plusieurs formations rocks, le guitariste et auteur-compositeur-interprète Marc Antoine Joly, dit Joly, présente un premier opus en solo. Deuil est musicalement puissant et profond.

Ce disque concept parle de santé mentale, de perte de repères et de vide soudain. Une intro instrumentale précède chaque chanson, installant une émotion propice à l’écoute des paroles. Ce procédé intéressant amène souvent de belles petites trouvailles musicales.

Au niveau de la plume, Joly réussit à livrer des textes profonds et touchants sur la santé mentale et les blessures intérieures, tout en gardant une lueur d’espoir. Des jeux de guitares solides accompagnent la voix singulière et envoutante de l’artiste franco-ontarien.

Quelques chansons m’ont énormément touché, entre autres Rêve d’enfant. Quelle que soit la situation, ce morceau nous rappelle qu’il est important de s’accrocher à ses rêves.

Dans Les murs saignent, la pièce maitresse de l’album, les fondations d’une maison abimée évoquent les blessures de l’intérieur. Il s’agit d’un crescendo d’une immense intensité.

Tu t’en fous, l’un des succès du disque, a des sonorités plus folks aux couleurs rocks. On y remarque la puissante voix de Céleste Lévis dans le refrain.

Les murs saignent
Album : Deuil

Souvenir dune dualité de styles et de mots

Pochette de l’album Le détroit, de l’artiste franco-albertain Paul Cournoyer.

Photo : paulcournoyer.ca

Il y a quatre ans, l’auteur-compositeur-interprète franco-albertain Paul Cournoyer nous offrait son album Le détroit. Dans cet opus, l’artiste au timbre de voix tout en retenue, presque un chuchotement, livre une dizaine de chansons, fruit d’une plume remplie de tendresse et d’espoir.

Les mélodies captivantes, parfois folks, parfois pop, tantôt guitare, tantôt piano, s’enchainent parfaitement du début à la fin. Pièce après pièce, des paroles poétiques et engagées nous interpellent.

Sale serpent, qui prend sa force dans la puissance d’un solide riff de guitare, est l’un de mes coups de cœur. Il s’agit d’un superbe texte sur ceux qui sont en faveur du pétrole brut, ceux pour qui la planète vaut moins que les revenus tirés de l’exploitation de l’or noir.

S’il y a une chanson qui a tout d’un succès radio, c’est bel et bien Fou. Le ver d’oreille est garanti avec le riff très pop et la mélodie accrocheuse, qui ne manquera pas de tourner en boucle dans toutes les têtes.

J’adore Le vent, les champs pour son beau crescendo, qui passe aisément d’un folk doux à une pop rock très rythmique. La pièce titre, Le détroit, vaut également le coup d’être écoutée pour la profondeur du texte et l’émotion de l’interprétation.

Fou
Album : Le détroit

Marc Lalonde, dit Lalonde des ondes, est chroniqueur musical depuis plus de 25 ans au sein de la francophonie musicale canadienne et animateur de l’émission radiophonique Can-Rock. Il se fait un malin plaisir de partager cette richesse dans 16 stations de radio à travers le pays chaque semaine.

L’usine de St. Thomas devrait être opérationnelle en 2027 et pourrait créer jusqu’à 3 000 emplois. Une petite règle de trois permet vite de conclure que chacun de ses présumés emplois coutera un peu plus de 4,5 millions de dollars. Ça fait cher la job… mais il serait réducteur d’analyser cette subvention seulement à la lumière des emplois créés.

Parier sur l’effet structurant

L’objectif du gouvernement fédéral est de créer un maillon clé de la chaine de production des véhicules électriques au pays. Le Canada est déjà un joueur majeur dans l’industrie automobile nord-américaine, mais rien ne garantit que cette position enviable se perpétuera avec l’électrification du secteur.

Les batteries sont la principale composante technologique des véhicules électriques. Le Canada a les ressources nécessaires à la production des cellules de batteries – lithium, graphite, cobalt, etc. –, mais sans une industrie de transformation locale de ces composants, le pays risque de devenir un simple exportateur de matières premières et de passer à côté de la plus-value importante générée par leur transformation.

Plus de 75 % des batteries conçues pour les véhicules électriques dans le monde sont produites en Chine. La domination chinoise sur toute la chaine de production est sans commune mesure.

C’est donc la crainte de devenir une simple succursale minière qui a poussé le gouvernement fédéral à sortir le chéquier. À cette raison s’ajoutait aussi la concurrence créée par les Américains avec leurs subventions à cout de centaines de milliards de dollars au secteur des énergies vertes.

L’Inflation Reduction Act américain adopté à l’été 2022 pose un défi unique au Canada. C’est que les Américains ont prévu de généreuses subventions à la production ; le gouvernement octroie un montant pour chaque éolienne, panneau solaire, voiture électrique qu’une entreprise produit.

Traditionnellement, le gouvernement canadien subventionne les investissements en capitaux ou en recherche et développement des entreprises. Vous voulez construire une usine ou remplacer votre machinerie, vous obtenez un crédit d’impôt.

Ce type de subvention est moins onéreux et plus propice à générer des investissements à long terme, mais leur montant total est bien moins grand que ce qui est prévu dans la loi américaine.

Le gouvernement Trudeau a donc décidé de jouer à armes égales avec Washington et prévoit des subventions à la production pour l’usine de Volkswagen, ce qui fait gonfler la facture.

D’un autre côté, Ottawa a limité ses risques en prévoyant une clause d’arrimage de ses subventions à celles des États-Unis. Si le gouvernement de l’Oncle Sam change et revoit à la baisse le montant de son aide financière, les sommes versées par Ottawa à Volkswagen seront réduites d’autant.

Un jeu risqué

Néanmoins, le jeu est risqué pour le gouvernement fédéral qui allonge l’essentiel de l’argent. Il avance des retombées de 30 000 emplois indirects, des investissements dans l’extraction des matières premières, dans le développement des piles qui composent les batteries ou dans l’assemblage de véhicules, mais rien ne garantit que tous ces investissements se réaliseront.

Vous vous attendriez peut-être à ce que les gouvernements examinent attentivement si les subventions sont rentables avant de distribuer des milliards de dollars à une entreprise privée comme Volkswagen.

Les plus cyniques d’entre vous ne seront pas surpris d’apprendre qu’il n’en est rien.

Le gouvernement ne fournit aucune information à ce sujet. La littérature économique nous met en garde contre ce genre de subvention, mais de s’attarder sur ces questions rationnelles et scientifiques serait mal comprendre la nature de la bête.

Dans les secteurs économiques mondialisés comme l’automobile, non seulement les entreprises magasinent les subventions, mais elles en tiennent compte dans leur cout de production.

Les gouvernements nationaux sont divisés en deux camps : soit ils sont dans le groupe des pays qui peuvent compétitionner pour obtenir l’usine, soit ils sont dans le groupe des pays moins développés qui ne peuvent pas se le permettre.

On peut certainement déplorer cette situation qui donne un pouvoir démesuré aux grandes multinationales, mais c’est un fait.

Ce qui n’empêche pas de se demander si le Canada peut se permettre de jouer ce jeu.

Il y a deux grands joueurs dans le secteur des énergies vertes. La Chine a un avantage concurrentiel évident, avec son gouvernement totalitaire qui dirige ses énormes ressources où bon lui semble et qui fait peu de cas des droits des travailleurs ou de l’environnement.

De l’autre côté, les États-Unis peuvent se permettre de payer la facture à cause du rôle du dollar américain comme devise de réserve. Il n’y a presque aucune conséquence aux déficits budgétaires astronomiques que Washington accumule année après année.

Le Canada n’est pas du même calibre. Le gouvernement fédéral fait cependant le pari qu’il peut compétitionner coup pour coup dans des secteurs précis de l’économie.

Espérons qu’il ait raison, parce que le nombre de subventions de cette ampleur qu’Ottawa peut sortir de sa bourse est limité. Le Canada n’a pas le luxe de manquer son coup dans ce genre de jeu.

David Dagenais est journaliste économique indépendant et entrepreneur. Auparavant, il a été journaliste à Radio-Canada après des études supérieures en économie politique à l’Université du Québec à Montréal et à l’Université d’Ottawa.

À la mi-avril, l’UNICEF faisait état de son inquiétude dans un rapport soulignant qu’au Canada 82,5 % des Canadiens interrogés pensaient que la vaccination était importante contre 90,5 % en 2019, des chiffres comparables à ceux de l’Allemagne, mais une baisse modérée comparée à celle de 13,6 points de pourcentage observés aux États-Unis ou encore de 20,6 points aux Pays-Bas.

Cet effritement de la confiance se retrouve également dans certains pays africains, mais aussi dans les pays riches d’Asie (-33,1 points au Japon par exemple).

On remarque que, c’est heureux, les deux pays les plus peuplés de la planète, voient eux une augmentation de la confiance envers les vaccins : la confiance est passée de 86 à 94,9 % en Chine et de 95,1 à 97,6 % en Inde.

Le rapport de l’UNICEF montre aussi que cette tendance inquiétante est plus marquée chez les moins de 35 ans, ceux qui naturellement sont plus susceptibles d’avoir des enfants qu’il faudrait vacciner.

Comment expliquer cette détérioration?

Les vaccins traditionnels (rougeole-oreillons-rubéole (ROR), diphtérie-tétanos-coqueluche (DTC) et poliomyélite) ont fait les frais des doutes farfelus exprimés à l’encontre des vaccins contre la COVID-19. Il y a eu une libération de la parole délétère antivaccin et beaucoup de confusion.

Si l’on peut comprendre des doutes exprimés sur des vaccins efficaces à 60 ou 70 %, produits très rapidement et sans que l’on soit en mesure d’en connaitre tous les effets à long terme, cela n’a strictement rien de comparable avec les vaccins infantiles utilisés depuis des décennies et dont l’efficacité se situe bien au-delà de 90 %.

La pandémie de COVID a entrainé un déchainement des discours antiscientifique et les médias sociaux avec leurs chambres d’écho ont fait le reste. Ajoutez à cela la montée du populisme et un individualisme postmoderne forcené promouvant l’idée que seule sa personne compte et que toutes les opinions se valent et vous avez tous les ingrédients réunis.

Il y a là une importante leçon à retenir pour les décideurs publics. Plutôt que des injonctions, il aurait fallu beaucoup plus de sensibilisation auprès des citoyens pendant la pandémie. Certains gouvernements ont aussi fait preuve d’antiscience pour défendre leurs mesures prises à la hâte.

Pourquoi l’enjeu est-il important?

Il faut tout d’abord souligner que ces mauvais chiffres sur la confiance vaccinale arrivent au pire moment puisqu’en raison de la pandémie, l’accès aux réseaux de la santé a diminué et que donc la couverture vaccinale a elle aussi baissé.

Dans beaucoup de pays, les services de vaccination ont été mis sur pause, tout comme les grandes campagnes de vaccination dans les pays pauvres.

En juillet 2022, l’OMS et l’UNICEF tiraient déjà la sonnette d’alarme sur le fait que la pandémie était responsable du plus grand recul en 30 ans de la vaccination dans le monde. Ils soulignaient qu’en 2021, 25 millions de nourrissons n’avaient pas reçu les vaccins vitaux.

Le rapport d’avril 2023 de l’UNICEF a actualisé ces chiffres : 67 millions d’enfants ont été privés de leurs vaccins entre 2019 et 2021. La couverture vaccinale a baissé dans 112 pays, y compris au Canada.

Or, si l’on prend le cas de la rougeole, maladie extrêmement contagieuse et mortelle, il faut que 95 personnes dans un groupe de 100 soient vaccinées pour éviter la propagation de la maladie.

Il y a donc un important effort de rattrapage à effectuer dans un contexte difficile étant donné que les systèmes de santé sont tous, et partout, en déliquescence, et justement en mode rattrapage dans tous les domaines.

Les conséquences sanitaires n’ont pas tardé à se manifester. Toujours d’après le rapport de l’UNICEF, en 2022, les cas de rougeole ont été multipliés par deux par rapport à l’année précédente. La polio est elle aussi en forte augmentation.

On assiste, notamment en Afrique, à une multiplication des épidémies, car seuls 67 % des enfants d’Afrique de l’Ouest et du Centre ont reçu leur vaccination contre la DTC, par rapport à 80 % en moyenne dans le monde.

Faut-il rappeler que ces maladies infantiles sont mortelles dans de nombreux cas et laissent de très graves séquelles dans bien d’autres?

Comment remédier au problème?

Dans les pays riches comme le Canada, ces maladies ont été quasiment éradiquées grâce à la vaccination. Dans les pays pauvres, des millions d’enfants meurent encore chaque année de ces maladies.

Cette iniquité est une des plus grandes injustices du monde.

Il faudrait vraiment peu si l’on voulait sincèrement vacciner tous les enfants dans le monde. Il suffirait de quelques voyages en moins dans l’espace. Ce serait bien peu cher payé.

Alors voilà que, pour des raisons parfaitement absconses, la population dans les pays du Nord fait maintenant la fine bouche sur des vaccins qui lui sont offerts gratuitement.

C’est le symbole même de l’hyperindividualisme crasse. Sous prétexte d’avoir le droit de «croire ce que l’on veut», on fait fi de l’intérêt général. Se faire vacciner sert d’abord et avant tout à protéger les autres.

Il y a plusieurs pistes d’action possibles. La première consiste à revenir à de véritables politiques de vaccination obligatoire pour la fréquentation des établissements scolaires. Il ne devrait pas être possible de contourner cette obligation en signant une simple lettre argüant de motifs religieux ou pseudoreligieux.

La France, par exemple, exige que les enfants soient vaccinés pour l’entrée à l’école, sans dérogation possible «sauf contrindication médicale».

Certains trouveront qu’il s’agit d’une mesure qui va trop loin, mais pensons-y un instant. Quand les employeurs, notamment le gouvernement canadien, ont rendu la vaccination de leurs employés obligatoire pendant la pandémie, les tribunaux leur ont donné raison.

La deuxième piste d’action concerne la mobilisation des chefs de file cultuels pour que l’argument religieux ne soit pas utilisé à des fins d’évitement de la vaccination.

La troisième piste, plus radicale certes, mais très séduisante, a trait à un aspect pécuniaire et repose sur une logique simple. Si une personne refuse de faire vacciner son enfant, elle doit payer une taxe (quand le gouvernement du Québec avait proposé une telle taxe pour le vaccin contre la COVID, avant de faire marche arrière, les sondages montraient qu’une forte majorité de Québécois appuyaient cette idée).

Les sommes perçues par cette taxe seront entièrement affectées à l’achat de vaccins pour les enfants des pays pauvres.

Selon l’OMS, 33 millions d’enfants africains doivent être vaccinés d’ici à 2025 pour atteindre «les objectifs mondiaux de vaccination pour 2030, notamment la réduction de la morbidité et de la mortalité dues aux maladies évitables par la vaccination».

Aurélie Lacassagne est politicologue de formation et doyenne des facultés de Sciences humaines et de Philosophie de l’Université Saint-Paul à Ottawa. Elle est membre du Comité de gouvernance du Partenariat Voies vers la prospérité.

La dernière année n’a pas été de tout repos pour la ministre Petitpas Taylor. Au moment du dépôt du projet de loi C-13 modernisant la Loi sur les langues officielles, le 1er mars 2022, peu de personnes s’attendaient à ce qu’un an plus tard, cette mesure législative ne soit toujours pas adoptée.

Après plusieurs retards, et des débats parfois houleux, l’examen du projet de loi au Comité permanent des langues officielles s’est enfin conclu le 31 mars dernier. Le texte de loi pourra maintenant faire l’objet d’un troisième et dernier vote aux Communes avant d’être envoyé au Sénat.

L’élément qui a permis en grande partie de faire débloquer les travaux est une entente entre les gouvernements du Canada et du Québec concernant une série d’amendements sur l’usage du français au sein des entreprises privées de compétence fédérale.

Au départ, le gouvernement québécois souhaitait que les entreprises situées au Québec soient obligatoirement assujetties à la Charte de la langue française du Québec. Ce ne sera pas le cas. Toutefois, les amendements adoptés font en sorte que le projet de loi C-13 comprend désormais des obligations très similaires à la législation québécoise sur ce sujet.

La ministre Petitpas Taylor et le ministre québécois de la Langue française, Jean-François Roberge, ont tous deux mis de l’eau dans leur vin pour trouver un terrain d’entente plutôt que de rester campés sur leur position de départ.

Dans une époque marquée par le cynisme en politique, ce type d’entente est un vent de fraicheur. Ce sont les francophones de partout au pays et la langue française qui en ressortent gagnants.

À lire aussi : Langues officielles : le projet de loi reprend le chemin des Communes

Une stratégie politique à point

En obtenant l’appui du gouvernement du Québec à son projet de loi, la ministre Petitpas Taylor s’assure de son adoption aux Communes.

Sur Twitter, le ministre Roberge a qualifié la version amendée du projet C-13 «d’avancée majeure pour la vitalité du français au Québec et au Canada».

Les troupes de Pierre Poilievre souhaitent faire des gains au Québec lors des prochaines élections fédérales. Ce serait partir d’un bien mauvais pied pour eux que de voter contre un projet qui renforce la protection du français, pas seulement selon les dires des libéraux, mais aussi ceux du gouvernement du Québec.

— Guillaume Deschênes-Thériault, chroniqueur - Francopresse

Des élus conservateurs du Québec se sont d’ailleurs posés à plusieurs reprises en tant que défenseurs des communautés francophones au Canada dans les derniers mois.

Cette entente à caractère historique entre Québec et Ottawa sur la protection du français place le Bloc québécois dans une position délicate. La formation politique exploite généralement à son avantage les désaccords entre les deux ordres de gouvernement, en particulier sur les questions linguistiques ou identitaires.

Après cette sortie du ministre Roberge, il serait aussi malaisé pour les bloquistes de voter contre le projet de loi C-13 sans entacher leur crédibilité.

Un vote contre le projet serait associé à une préférence pour la perpétuation des disputes entre Ottawa et Québec plutôt que la recherche de solution gagnant-gagnant.

Enfin, l’appui des néodémocrates au projet ne fait aucun doute.

Un vote unanime?

Rappelons qu’au cours des derniers mois, ce ne sont pas seulement les partis d’opposition qui ont mis des bâtons dans les roues au gouvernement dans le dossier de la modernisation de la Loi sur les langues officielles. Des députés libéraux montréalais ont remis en question publiquement le projet de loi au nom de la protection de la minorité anglophone du Québec.

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Le premier ministre Justin Trudeau devrait imposer la ligne de parti à l’ensemble de son caucus. Il s’agirait d’une reconnaissance du travail accompli par la ministre Petitpas Taylor, qui a mené à bien un engagement électoral du Parti libéral.

De plus, un vote unanime de la Chambre des communes sur le projet de loi C-13 aurait une forte portée symbolique quant à l’importance des langues officielles au Canada. Il serait malvenu que les seuls votes défavorables à ce projet proviennent des rangs des libéraux.

Des fonds supplémentaires pour les langues officielles

Par un concours de circonstances, quelques jours avant la fin des travaux en comité entourant C-13, la ministre des Finances, Chrystia Freeland, a dévoilé le budget fédéral de 2023.

Ce budget prévoit une enveloppe de 1,1 milliard de dollars supplémentaires pour les langues officielles au courant des cinq prochaines années.

Les détails concernant ces nouveaux investissements seront dévoilés lors du dépôt du Plan d’action pour les langues officielles, prévu en principe d’ici la fin avril. Une partie de ces fonds pourrait aussi être consacrée à la mise en œuvre de la loi modernisée.

Pour la ministre Petitpas Taylor, l’obtention de fonds supplémentaires dans cet exercice financier est un autre bon coup. Il s’agit certainement du fruit d’un important travail en coulisses pour s’assurer que les langues officielles obtiennent leur part du gâteau.

NOTICE BIOGRAPHIQUE

Guillaume Deschênes-Thériault est doctorant en science politique à l’Université d’Ottawa. Il détient un baccalauréat de l’Université de Moncton et une maitrise de l’Université d’Ottawa. Dans le cadre de ses recherches, il s’intéresse aux communautés francophones en situation minoritaire, avec un intérêt particulier pour l’enjeu de l’immigration. Depuis mai 2021, il est conseiller à la municipalité de Kedgwick au Nouveau-Brunswick.

Je ne répèterai pas les énormités et les mensonges qui servent à soutenir les mouvements antitrans ni les calomnies qui se répandent. Je rappellerai plutôt que les personnes trans ont toujours existé, même si leurs modalités d’expression et de compréhension de leur genre ont pu changer au fil des époques et des cultures.

Toutefois, leur présence au sein de la société canadienne n’est souvent soulignée publiquement que par une participation mitigée à la journée du souvenir trans, qui marque la violence inouïe à laquelle les personnes trans sont exposées, ou encore à la journée de la visibilité transgenre, visibilité qui peut d’ailleurs ouvrir à de nouvelles menaces lorsqu’elle ne s’accompagne pas de davantage de mesures pour assurer leur sécurité.

Comme l’explique la militante et autrice Lexie, «[o]n ne voit pas les personnes trans, on voit ce qui intéresse les personnes cisgenres sur les personnes trans» : les questions «choquantes», les suicides, les assassinats.

Être visible dans un contexte où la violence demeure encore plus présente que pour la plupart des autres catégories sociales reste un danger ; mais n’être visible que par ces dangers ne contribue pas à faire connaitre les diverses manières de vivre et de comprendre le genre qui ont pu exister au fil de l’histoire. Il en faut encore davantage pour appuyer les personnes trans, qu’elles soient jeunes ou vieillissantes.

Le Canada peut-il répondre à la situation américaine?

La mécompréhension et la haine n’existent pas que du fait de l’ignorance.

Aux États-Unis, une jeune personne trans sur quatre vit dans des États où les soins d’affirmation de genre ont été bannis, et une autre sur les mêmes quatre risque de perdre l’accès à ces soins. Dans certains cas, un enfant trans pourrait même être enlevé à ses parents.

Ces lois et projets de loi sur les soins de santé ne représentent qu’environ un quart des mesures législatives qui visent les personnes trans ou non conformes au genre.

Notons que si certains États – comme le Minnesota – avancent dans la direction opposée, se présentant même comme États refuges pour les personnes trans et leur famille, il est loin d’être certain que ces mesures suffiront à les protéger.

Heureusement, la situation est tout autre au Canada.

Une loi adoptée en 2017 a rendu illégale la discrimination ainsi que la propagande haineuse sur la base de l’identité ou de l’expression de genre, et fait des préjugés et de la haine en relation au genre, une circonstance aggravante lorsqu’un crime est commis.

Afin d’étendre ces protections aux populations des États-Unis et du Royaume-Uni, où des mesures législatives similaires à celles des États-Unis sont en cours de préparation, une pétition a récemment été lancée afin de faciliter l’accès au statut de réfugié pour les personnes trans de ces pays jugés sécuritaires – et de tout pays.

Mais même si, à terme, la pétition pourrait mener à des mesures législatives, il faudra plusieurs changements pour offrir un refuge aux Américains et Américaines, qui se le voient refuser la plupart du temps.

Le Canada répond-il à sa propre situation?

Notons toutefois que l’état des choses au Canada est loin d’être si propice à une bonne vie pour les personnes trans et plus largement pour les communautés de la diversité sexuelle et de genre.

Les délais demeurent longs pour avoir accès aux chirurgies d’affirmation de genre : il faut environ deux ans simplement pour avoir accès aux cliniques spécialisées de Montréal et de Vancouver – les deux seules au pays. Les personnes réfugiées 2ELGBTQIA+ ne reçoivent pas le soutien nécessaire pour surmonter les obstacles posés par une discrimination qui demeure bien réelle.

Cette discrimination s’étend aux soins de santé – et même au système juridique, qui devrait pourtant servir à l’enrayer.

Une campagne est en cours pour influencer les conseils scolaires et les conseils d’école, voire prendre leur contrôle afin d’empêcher l’enseignement des connaissances liées au genre et à la sexualité.

Et on voit aussi au Canada une augmentation du nombre de crimes haineux commis contre les personnes trans, en particulier et plus généralement contre les personnes 2ELGBTQIA+.

Comment savoir?

Ces remises en question des connaissances qui ont été développées au sein des milieux médicaux ainsi que les communautés de la diversité sexuelle et de genre sèment la confusion et la haine. Elles contribuent à réduire l’appui pour les mesures qui visent à protéger les personnes trans et pour les programmes qui cherchent à démanteler les obstacles aux services dont profite déjà le reste de la population (pensons au traitement hormonal substitutif).

C’est ainsi qu’une centaine de personnes se sont exprimées à Saskatoon sur la question de l’accès aux toilettes : on y a créé un débat qui fait place autant aux perspectives informées qu’à celles qui sont la conséquence de préjugés et de l’incitation à la haine.

Pourtant, y a-t-il mieux comme spécialistes de ces enjeux que les personnes qui vivent une vie trans, c’est-à-dire qui ont eu à se questionner, à faire des essais, à se renseigner, à théoriser, à échanger avec leurs proches, à créer de nouvelles relations ; qui ont dû tenir ferme souvent devant l’abandon par leurs proches ou encore devant le harcèlement, la perte d’emploi, les menaces, la violence subie, la mort violente des autres personnes trans?

Il faut ainsi célébrer la création d’un programme de mentorat par les pairs à Regina (notamment grâce au soutien de l’entreprise bilingue Ivy + Dean Experts-Conseils) ou encore l’embauche (en 2017) du professeur transgenre Alexandre Baril à l’Université d’Ottawa.

Avec le succès de la littérature trans, on peut également se tourner vers le roman de Gabrielle Boulianne-Tremblay ou encore les recueils de poésie de Pascale Bérubé et de Xavier Gould, dans lesquels ces artistes littéraires explorent tant les réalités vécues que leurs espoirs.

Jérôme Melançon est professeur agrégé en études francophones et interculturelles ainsi qu’en philosophie à l’Université de Regina. Ses recherches portent notamment sur la réconciliation, l’autochtonisation des universités et les relations entre peuples autochtones et non autochtones, sur les communautés francophones en situation minoritaire et plus largement sur les problèmes liés à la coexistence. Il est l’auteur et le directeur de nombreux travaux sur le philosophe Maurice Merleau-Ponty, dont «La politique dans l’adversité. Merleau-Ponty aux marges de la philosophie» (Metispresses, 2018).

Dans certaines communautés du Népal, par exemple, les femmes sont contraintes de s’exiler dans une hutte à l’écart du village durant toute la durée de leurs règles. Une pratique dangereuse interdite par la loi, mais qui semble perdurer, hélas, dans certaines régions reculées.

Cette notion d’impureté se retrouve dans la plupart des religions, qui ont interdit ou interdisent encore l’accès de leurs lieux sacrés aux personnes menstruées.

Plus proche de nous, un sondage américain montre que plus d’une femme sur deux se sent honteuse pendant ses règles, et qu’une sur dix a déjà été humiliée par un membre de sa famille à ce sujet.

Au Canada, un récent rapport révèle qu’à peine 46 % de la population se sent à l’aise de parler ouvertement de menstruations. Les jeunes filles apprennent d’ailleurs vite à utiliser des métaphores pour désigner leurs règles : avoir ses «ragnagnas» ou «être dans sa semaine», par exemple.

Même les publicités pour protections hygiéniques évitent soigneusement de décrire les menstruations, préférant souvent un liquide bleu jugé moins choquant.

Si ces pratiques peuvent sembler inoffensives, elles renforcent l’idée que les règles sont quelque chose de sale, dont on ne peut parler en public – une stigmatisation qui puise ses origines dans le patriarcat et qui vise à contrôler le corps des femmes en les obligeant à se plier à certaines normes sociales.

Cette stigmatisation entraine un retard dans les connaissances et un manque d’information quant à la santé menstruelle, tant parmi le grand public que chez les spécialistes. Elle peut se traduire par des jours d’école et de travail manqués, des infections et des grossesses non désirées.

Les maladies liées aux menstruations sont elles aussi régulièrement passées sous silence ou ignorées. Par exemple, on a découvert qu’au Canada, plus de 500 000 femmes, soit 7 % des Canadiennes, souffrent d’endométriose, un trouble courant qui cause des douleurs menstruelles intenses, des crampes, des règles abondantes et l’infertilité.

Vu que cette maladie est méconnue, il faut généralement plus de cinq ans avant que les femmes obtiennent un diagnostic, ce qui les prive d’un traitement approprié.

La stigmatisation des règles peut également avoir des répercussions économiques et pratiques. Suivant les produits menstruels choisis, les dépenses à l’échelle d’une vie peuvent atteindre 5 000 $ pour les personnes menstruées, et ce, sans compter les éventuels médicaments contre la douleur et les lessives supplémentaires nécessaires.

Des couts que tout le monde ne peut pas se permettre : une enquête a montré qu’une personne menstruée sur cinq au Canada a du mal à s’offrir les produits hygiéniques dont elle a besoin, et que 34 % des Canadiennes ont déjà dû sacrifier quelque chose dans leur budget pour pouvoir s’offrir des produits menstruels.

Ce phénomène porte un nom : la précarité menstruelle. Elle a d’importantes répercussions psychologiques, sociales, scolaires et professionnelles, notamment en raison du double tabou des règles et de la précarité.

Pour pallier ce problème, en Écosse, des tampons et serviettes hygiéniques sont offerts gratuitement depuis 2022 à toutes les personnes qui en ont besoin, grâce à l’entrée en vigueur d’une loi contre la précarité menstruelle.

Au Canada, dans certaines provinces, comme en Colombie-Britannique, en Ontario et en Nouvelle-Écosse, les établissements scolaires distribuent gratuitement des produits menstruels aux élèves.

Il est grand temps que d’autres provinces emboitent le pas. Que les personnes puissent avoir accès à des informations claires et précises sur leur santé et leur corps, et qu’elles n’éprouvent aucune gêne à parler de leurs règles.

Julie Gillet est directrice du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick. Ses chroniques dans Francopresse reflètent son opinion et non celle de son employeur.

On peut lire dans le budget fédéral que vient de déposer la ministre des Finances, Chrystia Freeland, que «l’accélération de la transition vers la carboneutralité a déclenché une course mondiale pour attirer les investissements à mesure que nos alliés bâtissent leur économie propre».

Et le gouvernement Trudeau n’avait visiblement pas envie d’être largué à l’arrière du peloton.

Ottawa prévoit investir pas moins de 80 milliards de dollars sur 10 ans pour inciter les entreprises établies en sol canadien à développer des technologies vertes et de l’énergie à faible émission de carbone.

Le gouvernement actuel souhaite faire du Canada une superpuissance énergétique et doubler, voire tripler, la capacité de production d’électricité au pays d’ici 2050 pour répondre aux besoins des industries de pointe qui chercheront encore davantage à réduire leur empreinte carbone.

Des entreprises dans des secteurs cibles, comme l’extraction de minéraux critiques, la filière des batteries ou de leurs composantes et l’industrie automobile, profiteront ainsi de conditions financières privilégiées pour se développer.

Pour parvenir à cette transformation du tissu industriel canadien, le gouvernement offrira surtout des crédits d’impôt et du financement avantageux, notamment par l’entremise de la Banque de l’infrastructure du Canada.

Outre la tarification du carbone, les Libéraux souhaitent éviter de réguler trop étroitement le marché. Ils veulent aussi éviter les subventions directes, quoique le gouvernement a déjà montré sa souplesse en ce sens avec l’implantation de la méga-usine de batteries de Volkswagen en Ontario.

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Un coup de barre nécessaire

Il faut dire qu’un coup de barre s’imposait en raison de la pression venue du sud de la frontière.

Le gouvernement Trudeau a beau s’en défendre, la Reduction Inflation Act, loi phare de l’Administration Biden adoptée à l’été 2022 qui prévoit subventionner les technologies vertes à hauteur de 370 milliards de dollars américains au cours des 10 prochaines années, risquait de faire pencher la balance en faveur des États-Unis quand viendrait le temps pour les entreprises de choisir où investir.

Dans un contexte géopolitique incertain, où la mondialisation se transforme sous nos yeux et où les puissances occidentales cherchent à rapatrier leurs chaines de production névralgiques plus près de chez elles (et plus loin de la Chine!), il n’est pas étonnant de voir le Canada emboiter le pas aux États-Unis.

L’autre facteur, c’est qu’au rythme actuel, le Canada est loin d’être sûr d’atteindre ses objectifs climatiques à long terme.

Malgré un rapport encourageant à cet effet publié par le ministère de l’Environnement en début d’année, le Canada continue d’avoir une empreinte carbone insoutenable, près de dix fois plus élevée que le niveau nécessaire pour limiter l’augmentation de la température du globe à 1,5 °C.

En misant sur la production d’énergie propre et les technologies vertes, le gouvernement fait le pari du technosolutionnisme. Tout va très bien, Madame la Marquise. Pas besoin de changer nos habitudes de vie, on aura tous une voiture électrique, on enfouira tout ce carbone, et puis hop, le problème sera réglé.

Si la solution proposée par le gouvernement est séduisante dans une optique économique à court et moyen terme, elle ne garantit pas que le Canada réussira à faire sa juste part dans la lutte aux changements climatiques.

— David Dagenais, chroniqueur - Francopresse

Il n’est pas certain non plus qu’elle ait l’effet voulu. Pour profiter de crédits d’impôt, des entreprises doivent être prêtes à investir ici, et l’attrait du géant américain restera certainement fort.

Néanmoins il faut reconnaitre qu’il y a longtemps que le Canada ne s’était pas doté d’une politique industrielle digne de ce nom. Et si le gouvernement fédéral souhaite à terme se défaire de sa dépendance financière aux énergies fossiles, le développement des technologies vertes constitue probablement un pas dans la bonne direction.

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Des finances publiques déficitaires, mais viables

Les finances publiques se sont détériorées depuis la dernière mise à jour économique du gouvernement à l’automne. On y prévoyait un déficit d’un peu plus de 30 milliards de dollars pour l’exercice financier de 2023-2024. Six mois plus tard, le déficit prévu atteint maintenant 40 milliards de dollars.

Cette dégradation des comptes publics s’explique entre autres par quelques nouvelles dépenses, dont les 7,3 milliards de dollars ajoutés au nouveau régime canadien de soins dentaires. Ce programme est au cœur de l’entente entre les Libéraux et le NPD et devrait garantir au gouvernement Trudeau l’adoption de son budget aux Communes.

Il y a aussi quelques mesures ciblées, telle la bonification du crédit de TPS pour aider les contribuables les plus pauvres à boucler leurs fins de mois, qui coutera 2,5 milliards de dollars au gouvernement cette année.

Il faut ajouter à cela l’incertitude économique qui continue de peser lourd dans les comptes du gouvernement. L’augmentation des taux d’intérêt se répercute sur les paiements de la dette, et la croissance anémique prévue en 2023 (à peine 0,3% du produit intérieur brut [PIB]) limitera les revenus.

Pour compenser ces dépenses et ces baisses de revenus, le gouvernement Trudeau fera des compressions dans la fonction publique, qui était en croissance continue depuis son arrivée au pouvoir. Malgré cela, sa marge de manœuvre sera plus mince qu’il y a quelques mois.

Même si le gouvernement ne prévoit plus revenir à l’équilibre budgétaire dans un avenir prévisible, le déficit reste soutenable par rapport à la taille de l’économie canadienne.

— David Dagenais, chroniqueur - Francopresse

Un déficit prévu équivalent à 1,5% du PIB en 2023 reste enviable. Par exemple, les spécialistes prévoient que le déficit sera de 5,3% du PIB aux États-Unis et de 5,1% du PIB au Royaume-Uni en 2023.

L’inflation est en voie de se résorber et aucun analyste ne s’attend à ce que les banques centrales conservent des taux directeurs élevés au-delà de 2023.

La situation économique du gouvernement canadien devrait donc s’améliorer dans les années à venir, mais aujourd’hui sa marge de manœuvre est certainement réduite.

Notice biographique

David Dagenais est journaliste économique indépendant et entrepreneur. Auparavant, il a été journaliste à Radio-Canada après avoir terminé des études supérieures en économie politique à l’Université du Québec à Montréal et à l’Université d’Ottawa.

En quoi consiste le régime des retraites en France?

Le système des retraites en France est un legs de la Seconde Guerre mondiale.

En 1945, la France a mis en place la Sécurité sociale et, dans ce cadre, un régime d’assurance vieillesse.

À cette époque, l’âge légal de la retraite était de 65 ans, mais il a été abaissé à 60 ans en 1983.

Le système français de retraite par répartition repose sur la solidarité intergénérationnelle. On peut le qualifier à la fois de régime juste, a priori égalitaire et relativement généreux mettant de l’avant le bien commun. En 1956, le gouvernement français a également mis en place un minimum vieillesse.

Le principe de solidarité intergénérationnelle signifie que les cotisations au régime d’assurance vieillesse versées par les travailleurs actifs servent à payer les retraites des personnes inactives.

Or, si en 1950 il y avait 4 actifs pour 1 retraité, en 2020 il y avait moins de 3 actifs pour 1 retraité. Selon les prévisions de l’OCDE, ce rapport s’établira à 1,8 pour 1 en 2050. Autant dire aujourd’hui, puisque le système repose sur une logique intergénérationnelle.

En 1991, un livre blanc fort important a mis en lumière l’incidence des changements démographiques à venir sur ce système basé sur le principe de répartition. De là découle une première réforme, en 1993, qui fait passer la durée de cotisation pour obtenir une retraite pleine de 37,5 ans à 40 ans.

Cependant, cette réforme ne touchait pas au problème épineux des régimes spéciaux, qui se comptent par dizaines en France.

Ces régimes spéciaux visent notamment certaines catégories professionnelles, telles que les cheminots de la Société nationale des chemins de fer français, les employés de la société Électricité de France et de la Régie autonome des transports parisiens, et les élus.

D’autres réformes ont suivi, comme celle de 2010, qui a reculé à nouveau l’âge de la retraite pour la fixer à 62 ans.

Chaque fois qu’un gouvernement a tenté de modifier en profondeur l’assurance vieillesse afin d’harmoniser les différents régimes et de maintenir le financement du système, la fronde s’est organisée, et les grèves ont habituellement eu raison des grandes ambitions de réforme.

Autrement dit, depuis trois décennies, les gouvernements successifs n’ont pu faire que des réformettes.

Que propose la réforme actuelle?

Depuis sa première élection à la magistrature suprême en 2017, le président Macron s’attèle à une nouvelle réforme qui permettrait de répondre aux besoins du régime.

Sa proposition consiste principalement à faire passer l’âge légal de la retraite de 62 à 64 ans et la durée de cotisation à 43 années. Non pas pour embêter les Français, mais tout simplement parce que la réalité démographique fait en sorte que la pérennité du régime est en jeu à terme.

De la part des syndicats, des manifestants et de la majorité des Français opposés à cette réforme, il y a donc un déni flagrant de la réalité.

La France n’a certainement pas le meilleur système au monde, mais quand on se compare, on se console.

Le système français correspond, régimes spéciaux mis à part, à l’idéal républicain d’égalité et de fraternité. Il mutualise le risque vieillesse. Il réduit considérablement la pauvreté des personnes âgées (4,1% des plus de 75 ans ont un revenu inférieur à 50% de la médiane nationale par comparaison à 16,2% dans les autres pays de l’OCDE).

Il est à bien des égards à l’opposé du régime de pensions du Canada qui repose largement sur un principe de capitalisation individuelle selon lequel plus on est riche, plus on peut mettre de l’argent dans ses REER pour se faire une retraite dorée.

Le régime de base de pensions du Canada permet à peine de vivre au-dessus du seuil de pauvreté, le montant mensuel de la pension de la Sécurité de la vieillesse en 2023 étant de 687,56 $ pour les 65 à 74 ans et de 756,32 $ pour les 75 ans et plus; en France le minimum vieillesse au 1er janvier 2022 était de 916,78 € (soit environ 1 353 $ CA).

Par ailleurs, le Canada ne prend pas en compte le fait d’avoir eu des enfants dans le calcul de la retraite, alors qu’en France, huit trimestres (soit deux ans) de cotisation sont octroyés pour chaque enfant.

Enfin, la plupart des pays de l’OCDE ont un âge de départ à la retraite qui s’établit à 65 ans, voire 67 ans. Il ne semble donc pas complètement aberrant de travailler jusqu’à 64 ans pour conserver un régime qui fait l’envie de plusieurs.

L’impasse démocratique

Cela étant dit, vu ce que ce système représente dans l’imaginaire des Français, une réforme comme celle souhaitée par l’exécutif français exige l’adhésion d’une majorité de la population.

Force est de constater que ce n’est pas le cas.

Il aurait fallu que le gouvernement fasse preuve d’un effort pédagogique soutenu pour convaincre la population française du bienfondé de cette réforme, et notamment du recul de l’âge de départ à la retraite.

On le sait, le président Macron a été «mal élu». Il n’est pas le pire, mais en aucun cas, il n’a recueilli un large appui parmi l’électorat. Son gouvernement est minoritaire à l’Assemblée nationale.

Il aurait donc fallu que Macron prenne le temps de bâtir un consensus politique.

Alors soit, le gouvernement Borne a bien tenté de créer ce consensus, mais il n’est pas facile dans un parlement où rivalisent les discours populistes de trouver des élus qui pensent encore à l’intérêt général.

L’utilisation de l’article 49.3 (qui, pour faire court, permet l’adoption d’un projet de loi sauf si une motion de censure est déposée puis adoptée à la majorité) est une faute politique dont le gouvernement et le président ne se remettront pas.

Mais surtout, le recours à cet article vient enfoncer un peu plus le clou dans le cercueil de la démocratie française, déjà bien malade.

Les Français aiment manifester. C’est un droit sacrosaint dans ce pays depuis 1789, et tant mieux.

Néanmoins, on ne peut que désavouer les saccages de bâtiments publics, les feux de poubelles, les dégradations, tout comme il faut condamner l’usage excessif des forces de maintien de l’ordre.

La sortie d’Emmanuel Macron sur la foule était plus que maladroite et déplacée.

En revanche, oui, il y a danger quand le peuple, le corps citoyen, se transforme en foule. Mais justement, c’est parce que la France n’a jamais été aussi proche du renversement de sa démocratie qu’il est du devoir des responsables politiques de ne pas jeter de l’huile sur le feu et de montrer l’exemple.

Ni Macron ni les partis d’opposition ne semblent comprendre l’urgence qu’il y a à ramener l’ordre, mais surtout à réparer la démocratie, à recréer du lien social, à rebâtir la confiance entre les citoyens et leurs élus.

Le climat délétère qui sévit actuellement est extrêmement inquiétant et on peine de plus en plus à voir comment la France évitera l’arrivée des forces néofascistes au pouvoir lors des prochaines élections.

Notice biographique

Aurélie Lacassagne est politicologue de formation et doyenne des facultés de Sciences humaines et de Philosophie de l’Université Saint-Paul à Ottawa. Elle est membre du Comité de gouvernance du partenariat Voies vers la prospérité.