Cependant, ceci n’est pas possible quand nous remarquons que la jeunesse en générale attribue très peu d’importance à sa francophonie et à sa culture. De tels défis ne datent pas d’hier, ils préoccupent notre communauté depuis longtemps.
Le déclin du français parlé dans les écoles de langue française est un enjeu qui menace le bienêtre et la pérennité de la communauté franco-ontarienne. Ce déclin est attribuable à plusieurs choses : un manque de fierté chez les jeunes, le manque de sentiment d’appartenance, une insécurité linguistique ou même certains enjeux régionaux.
Le problème se manifeste dans les écoles partout en province. Les stéréotypes envers les francophones existent depuis des décennies, mais empirent de nos jours.
Insécurités linguistiques
On témoigne que des élèves francophones se font agacer pour leurs accents «trop français», mettant en évidence les préjugés que plusieurs jeunes portent contre la langue et la culture francophone.
Ils passent des commentaires défavorables contre la langue française, montrant à quel point ils se dissocient et manquent d’un sentiment d’appartenance à la communauté francophone.
Quand les jeunes attribuent peu d’importance à leur francophonie, ça présente un problème à plus grande échelle pour la communauté franco-ontarienne dans son entièreté. Une langue qui n’a pas de vie chez les jeunes n’a pas d’ancrage et ne sera donc pas durable.
Pour tenter de remédier à cette situation, certaines écoles limitent les apprentissages en français afin d’éviter de telles insécurités linguistiques, permettant aux jeunes de s’exprimer dans la langue de leur choix, alors qu’ils fréquentent une école francophone.
Cela fait en sorte que les écoles de langue française deviennent tranquillement des écoles bilingues, ou bien majoritairement anglophones.
Des écoles francophones en anglais
Certains enseignant·e·s, choisissent de distribuer des ressources, des devoirs ou même faire des leçons en anglais. Au lieu de traduire un texte en français et devoir l’expliquer à maintes reprises pour que l’élève comprenne, certains enseignants préfèrent passer de la matière en anglais.
Ceci cause un grand défi dans les écoles francophones, parce qu’on encourage les élèves à ne pas s’améliorer en français, à ne pas pratiquer, à ne pas comprendre l’importance d’une éducation en français.
Les élèves ne pourront jamais apprendre le français si on accommode la population d’étudiants qui sont dans les écoles françaises, mais ne comprennent pas aussi bien le français.
Il faut également normaliser les accents francophones en encourageant les élèves à parler le français malgré leurs accents. Après tout, on nous le chante depuis notre enfance, comme nous le dit le Notre Place par Paul Demers : il faut «mettre les accents là où il le faut»!
Dans plusieurs écoles, les rappels aux élèves de parler en français sont raréfiés. Ainsi, les élèves ne voient pas l’importance de parler en français, car souvent on finit par leur parler en anglais, afin de les accommoder.
Perte du français
Les élèves, malgré le fait qu’ils sont inscrits à des écoles de langue française, perdent leur français. Dans quelques écoles, on remarque que les profs parlent en anglais avec les élèves, dans les corridors et les salles de classe, manquant le vouloir de continuellement devoir rappeler aux élèves de parler en français.
Parfois, dans le cadre de certains cours, la musique, des films et vidéos sont joués en anglais. Pourtant, de simples gestes comme jouer de la musique en français lors d’évènements, de danses scolaires, dans le gymnase ou bien simplement parler à ses élèves en français en tout temps, encouragent les élèves d’accorder un sens d’appartenance à leur langue.
Si les élèves ne sont jamais exposés aux aspects culturels de leur langue, comme la musique, c’est certain qu’ils vont continuer à penser que le français n’est pas «cool». Il faut pouvoir montrer aux élèves que le français c’est plus que juste une langue parlée à l’école, mais qu’au fait, c’est une culture, une langue essentielle en Ontario.
Le manque d’utilisation de français n’a pas simplement lieu dans les salles de classes, mais aussi à l’extérieur de l’école. L’apprentissage débute à la maison. Si les élèves n’ont jamais été exposés à des apprentissages et des aspects culturels à la maison, ils auront de la misère d’avoir un sentiment d’appartenance lorsque le français n’est que parlé à l’école.
Consommer de la culture en français
Afin d’assurer que la future génération de Franco-Ontariens puisse aller à l’école française et se faire enseigner en français, il est important que les jeunes d’aujourd’hui trouvent et transmettent leur fierté francophone aux autres qui les entourent.
Même si la situation pourrait sembler désespérante, il y a des solutions. Pour mieux comprendre son histoire en tant que Franco-Ontarien, ça prend l’enseignement de l’historique de sa communauté. Cet enseignement devrait se faire dans les salles de classe, afin d’entrainer un sentiment d’appartenance chez les élèves.
Parlons de ressources culturelles ; il faut favoriser la consommation de la culture française dans les écoles. Le terme «culture» englobe la musique, les vidéos, les affiches, les médias, etc.
Dans ce même but, il faudrait offrir plus d’expériences d’apprentissage enrichissantes en français, comme des camps de leadeurship ou des activités dans les écoles. C’est pour cela qu’il est si important de reconnaitre l’importance de l’animation culturelle dans les écoles, qui permet la mise en œuvre de telles activités.
«Arrêter d’avoir peur»
D’ailleurs, il faut reprendre le contrôle des écoles françaises et arrêter d’avoir peur d’encourager l’utilisation du français. Il ne faut pas accommoder les anglophones au détriment des élèves francophones. Il faudrait faire des suivis dans les écoles afin d’assurer que l’enseignement et les devoirs soient toujours livrés en français.
Pour préserver notre identité franco-ontarienne, son existence doit se faire semer dans les écoles. Mais comment faire? Il faut encourager l’utilisation du français, commençant à la maison dès un jeune âge et continuant même au-delà du secondaire.
Il faut montrer l’importance du français ; démontrer que notre langue est belle et unique.
Il faut renforcer la notion que notre langue nous ouvre des portes et qu’il est important de l’implémenter dans son quotidien.
Il faut montrer que ça fait partie de son identité comme individu. Tout ça pour faire en sorte que les écoles francophones de la province redeviennent des pierres angulaires de la francophonie, afin qu’elles habilitent la construction identitaire, fassent naitre le sentiment d’appartenance et avivent la fierté.
L’état du français dans les écoles de langue française en Ontario est redoutable et franchement critique. Il est impératif qu’on amorce une réforme dans nos écoles, pour assurer la pérennité de la langue française.
Si on laisse la situation tranquille et qu’on ne fait rien, on va perdre toute une génération de francophones. Il faut alors encourager les jeunes, assurer que la fierté francophone soit transmise, qu’un sentiment d’appartenance à la communauté soit attribué et que même en contexte minoritaire, les francophones soient représentés et entendus.
Faut-il s’en étonner? Pas vraiment. C’est une tactique que l’entreprise de Mark Zuckerberg avait déjà empruntée en Australie en 2022, mais qui, au final, s’était soldée par la négociation d’une entente avec l’État.
Bref, il y a fort à parier, sans mettre une date sur la résolution de ce conflit, que le Canada et l’entreprise américaine réussiront sans doute à s’entendre, et ce, plus tôt que tard, afin que les Canadiens continuent de consulter leurs nouvelles sur Facebook.
Cela dit, il ne faut pas croire que tous les médias récolteront une partie du pactole dans cette entente négociée avec Meta, et bien sûr ensuite avec Google.
Soyons lucides. Ce sont essentiellement les gros médias canadiens comme The Globe and Mail, La Presse, ou même le diffuseur public CBC/Radio-Canada qui arracheront une partie de l’enveloppe négociée.
Les plus petits joueurs, eux, déjà étranglés par les géants de l’internet qui vampirisent l’assiette publicitaire à hauteur d’environ 80 % depuis des années, devront pour leur part se contenter de… Euh! Probablement rien.
Il faut en effet être lucide. Que recevraient de toute façon comme rétribution trimestrielle, votre journal local ou encore votre radio communautaire, pour le partage d’une poignée de leurs articles dans Facebook ou affichés dans Google Actualités? À peine quelques dollars, sans doute.
Consultez le site de l’ARC du Canada
Un problème en partie alimenté par nos gouvernements
Je ne voudrais pas avoir l’air de lancer de roches à quiconque.
Mais, force est d’admettre que le problème des médias qui crèvent de faim en raison de la chute de leurs revenus publicitaires depuis des années est en partie alimenté par les gouvernements, et tout particulièrement le fédéral.
En partie du moins. Vous ne me croyez pas?
Pour vous en convaincre, sachez qu’en l’espace d’à peine 5 ans, les dépenses publicitaires du gouvernement du Canada dans les médias sociaux sont passées de 7,7 M$ en 2017-2018 à plus de 21 millions de dollars durant l’exercice 2021-2022. C’est pratiquement trois fois plus.
Et ça, c’est sans compter sur les dépenses faites dans les engins de recherche tels que Google et Bing de Microsoft.
Dans le Rapport annuel 2021-2022 sur les activités de publicité du gouvernement du Canada, on apprenait entre autres choses à la page 12 que le gouvernement du Canada avait dépensé par moins de 11,4 M$ de vos taxes et impôts en 2021-2022 pour des publicités dans les plateformes numériques appartenant à Meta, soit Facebook et Instagram.
C’est plus de la moitié (54 %) de toutes les dépenses publicitaires dans les médias sociaux cette année-là. Juste dans ces deux plateformes qui pénaliseront bientôt vos journaux, vos télés et vos radios.
Ça veut dire qu’en même temps que le gouvernement échafaudait son projet de loi pour contraindre Meta à rétribuer les éditeurs de contenus journalistiques, il continuait d’engraisser Facebook et Instagram pour plus de 11 millions de dollars. Je veux dire, vos dollars.
Ironiquement, pendant l’année 2021-2022, le gouvernement a mis 11,6 M$ en publicité… dans l’ensemble des stations radiophoniques canadiennes.
Songez-y deux secondes.
Le gouvernement a donné 11,4 M$ à une entreprise étrangère (Meta), qui est reconnue comme l’une des plus sournoises en matière d’évasion fiscale, au point où des enquêtes sont ouvertes sur ses malversations à plein d’endroits dans le monde.
Et, pendant ce temps-là, les plus ou moins 1 200 stations de radio titulaires d’une licence du CRTC en 2021-2022, qu’elles soient commerciales ou communautaires, se sont séparées ensemble un montant identique d’à peu près 11 millions.
Une année exceptionnelle, soit dit en passant. Dans la mesure où l’État a investi beaucoup d’argent pour diffuser de l’information sur la COVID-19. De là cette somme rondelette.
À preuve, les dépenses dans les radios en 2017-2018 et en 2018-2019 ne s’étaient élevées respectivement qu’à 391 916 $ (2017-2018) et 799 671 $ (2018-2019).
Ces mêmes années-là, Facebook/Instagram avait reçu 5,6 M$ en 2017-2018 et 5,4 M$ l’année suivante.
Comprenez-vous l’iniquité entre, d’un côté, engraisser une entreprise voyou à coups de millions à chaque année, et, de l’autre côté, appauvrir nos médias d’information?
Si demain matin le gouvernement fédéral (et vos gouvernements provinciaux aussi d’ailleurs) décidait de couper les vivres à Facebook et Instagram en réaction aux menaces de l’entreprise d’interdire l’accès aux nouvelles canadiennes à ses usagers du Canada, sans doute pourrions-nous voir l’ombre d’une solution pour les médias qui se font vampiriser par les géants du web.
Je me demande ce que le gouvernement attend pour envoyer la commande à son agence de placement publicitaire d’interrompre tout achat de publicités dans Instagram et Facebook.
Vous croyez qu’ils le feront? Le temps nous le dira. Ou pas.
Professionnel du domaine des médias électroniques avec plus de 30 ans d’expérience, Simon Forgues est à l’emploi de l’Alliance des radios communautaires du Canada depuis 2007. Diplômé en animation radio et télévision au Collège Radio Télévision de Québec, il possède aussi une attestation d’études en création de podcast du Collège Bart. Impliqué dans de nombreux projets liés à la radiodiffusion, et ce, de l’idéation de contenu jusqu’à la production, il a œuvré dans différentes radios du Québec et de l’Ontario, où il a cumulé également des tâches liées à la coordination musicale et à la programmation.
En résumé, la politique 713 du Nouveau-Brunswick, entrée en vigueur en aout 2020, établit les exigences minimales afin que les écoles publiques soient des milieux sécuritaires, inclusifs, et favorables à l’affirmation pour tous les élèves 2ELGBTQI+.
Malgré le fait que cette politique est généralement applaudie par les élèves, par une majorité de parents et intervenants du milieu scolaire néobrunswickois, l’administration du gouvernement en place a décidé d’en opérer une révision controversée.
À lire aussi : Politique 713 : des ministres protestent, Higgs affirme qu’une élection «est une possibilité» (Acadie Nouvelle)
Droits fondamentaux
Étaient mises en cause dans le cadre de cette révision : les dispositions qui traitent de l’accès aux toilettes sur la base de l’identité de genre, la participation aux sports d’équipe et la permission pour les élèves de moins de 16 ans de changer de prénom et de choisir leurs pronoms préférés sans aucune communication aux parents.
Bien que cette révision pouvait sembler assez inoffensive aux yeux de plusieurs, rappelons-nous que toute remise en question des droits de minorités constitue une menace pour l’intégrité du droit en question. Des droits fondamentaux peuvent être si facilement enlevés que nous ne pouvons les tenir pour acquis, même dans un pays comme le Canada. L’annonce de la nouvelle mouture de la politique 713 qui empêchera les élèves de moins de 16 ans d’utiliser le prénom ou pronom de leur choix à l’école si leurs parents ne l’ont pas autorisé ne fait que confirmer ce constat.
C’est dans ce contexte que nous souhaitons réitérer qu’en plus d’être tenu de respecter son propre cadre législatif en matière de droits de la personne, le gouvernement d’une province est assujetti aux dispositions de la Charte canadienne des droits et libertés (article 32) sous certaines réserves.
La Charte est on ne peut plus claire à l’effet que tous ont droit à la même protection et au même bénéfice de la loi, indépendamment de toute discrimination, notamment fondée sur la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, le sexe, l’âge ou les déficiences mentales ou physiques (article 15).
La Cour suprême a d’ailleurs été non équivoque à l’effet que l’orientation sexuelle est un motif sur lequel une plainte pour discrimination est fondée (Egan c. Canada). De plus, les tribunaux peuvent déterminer d’autres motifs illicites analogues à ceux énumérés à la Charte, notamment lorsqu’ils visent une caractéristique personnelle qui est immuable.
Un contexte «inquiétant»
En tant que législateurs, nous sommes d’avis que toute démarche législative, règlementaire ou politique devrait en tout temps tendre vers la progression des droits plutôt que de les faire régresser.
En 2020, la politique 713 a été mise en œuvre pour faire exactement cela : s’assurer que les étudiants 2ELGBTQI+ sont en mesure d’apprendre, de vivre et de s’épanouir dans des espaces éducatifs surs et positifs.
La régression des droits des étudiants 2ELGBTQI+ devrait tous nous inquiéter. Nous ne devrions en aucun cas priver les étudiants de leur droit à la non-discrimination et à des environnements d’apprentissage surs.
À notre point de vue, si la révision de la politique 713 se veut sérieuse et légitime, nous estimons qu’elle devrait faire l’objet d’un processus de consultation rigoureux des parties prenantes et le résultat devrait tendre vers le progrès et l’égalité, en conformité avec les impératifs législatifs qui l’imposent.
Considérant ce qui précède et comme la nouvelle mouture de la politique 713 n’entrera en vigueur qu’au 1er juillet 2023, nous ne pouvons qu’espérer comme dénouement positif, une volteface quant à la disposition traitant de l’auto-identification ci-dessus mentionnée.
Alors que le contexte actuel entourant la nouvelle mouture de la politique 713 nous inquiète, tout comme le climat dans lequel s’inscrit la saison de la Fierté 2023, nous souhaitons rappeler qu’il est du devoir de tout un chacun d’œuvrer à rendre notre société plus ouverte et inclusive. Il est de la responsabilité des parlementaires, gouvernements, parents, organismes de la société civile et citoyens, d’être bienveillants, de reconnaitre les réalités des personnes 2ELGBTQI+ et de s’engager dans la progression de leurs droits par des actions concrètes.
Le Canada s’est bâti comme un pays européen, une nouvelle France (et un Québec dont le Code civil est inspiré de celui de la France), puis il a adopté un système reposant sur les mêmes principes que le Royaume-Uni.
Les impératifs de la colonisation et du développement économique capitaliste ont été renforcés par les attitudes que disséminaient les organisations religieuses qui ont participé à la construction du pays.
Le résultat de cette fondation économique et idéologique du pays est l’exclusion de plusieurs formes de vies non seulement de l’espace public, mais aussi de l’espace privé.
Il n’a jamais été suffisant pour les groupes dominants que les membres des communautés 2ELGBTQIA+ gardent leur sexualité dans la chambre à coucher ou que les Premiers Peuples demeurent isolés dans des réserves.
Une répression souvent violente trouvait les membres de ces groupes et nations pour les punir et empêcher qu’ils aient des pratiques jugées contraires à celles du reste de la population – et surtout pour qu’ils se conforment aux normes et à l’ordre que l’on cherchait à imposer.
Cette visée de faire disparaitre les personnes 2ELGBTQIA+ et les Premiers Peuples n’a malheureusement pas été abandonnée par toutes les parties de la population.
Des changements qui tardent à se faire sentir
Ce n’est que très récemment que l’interdiction constitutionnelle de discriminer sur la base de l’orientation sexuelle a été reconnue par la Cour suprême (2006) et qu’une loi protégeant la diversité de genre a été adoptée (2017).
On voit également un désir d’inclusion plus grand au sein de plusieurs organismes, comme au sein de l’Assemblée communautaire fransaskoise.
Toutefois, les avancées ne sont pas acquises pour de bon. Un mouvement homophobe et transphobe plus large a notamment mené des conseils scolaires en Ontario et en Saskatchewan à signaler leur opposition à la reconnaissance des personnes 2ELGBTQIA+.
Et il ne faut pas oublier que l’interdiction de la participation de policiers et policières en uniforme par les comités d’organisation des défilés de la Fierté à Toronto et à Vancouver ces dernières années répond à une histoire de violence et de persécutions policières.
Et la question du racisme autochtone
La Loi sur les Indiens régit la vie seulement des personnes autochtones et demeure toujours en vigueur aujourd’hui, malgré quelques modifications qui ne font que l’adoucir sans éliminer la discrimination envers les femmes qu’elle renferme.
Par ailleurs, les droits que la Constitution devait définir par le biais d’une conférence constitutionnelle – donc une négociation qui reconnaitrait la souveraineté autochtone – n’ont fait l’objet d’une véritable discussion qu’à la Cour Suprême.
Le racisme et la discrimination envers les personnes autochtones demeurent par ailleurs bien ancrés dans la société canadienne. Le sociologue Brieg Capitaine a pu montrer comment ce racisme, tout en se manifestant de plusieurs manières, est lié aux enjeux politiques et économiques.
Le racisme n’est pas seulement une question de préjugés; il permet aussi à la majorité de continuer à exercer un contrôle sur les groupes minorisés et, ici, à empêcher le partage des ressources et la détermination par les Premiers Peuples de leur propre destinée.
Des enjeux démocratiques en commun
Il demeure aujourd’hui difficile pour les personnes 2ELGBTQIA+ et pour les personnes autochtones de participer à la vie politique commune.
Des enjeux démocratiques en commun
Il demeure aujourd’hui difficile pour les personnes 2ELGBTQIA+ et pour les personnes autochtones de participer à la vie politique commune. Peu de personnes appartenant à ces groupes siègent au Parlement. Pourtant, leur présence permet de porter certains des problèmes qui touchent leurs communautés à l’attention du gouvernement.
Il en va de même pour les Autochtones. Les premières femmes autochtones à siéger au Parlement d’une province ont été élues seulement en 2022 au Québec et le mois dernier en Alberta.
Même après avoir remporté une élection, il est difficile pour une personne autochtone d’être en politique. L’ancienne députée fédérale du Nunavut, Mumilaaq Qaqqaq, a expliqué qu’elle avait quitté la vie politique à cause du profilage, du racisme et de la discrimination dont elle a été victime pendant tout son mandat.
Et tandis qu’elle a pu amener une autre perspective au Parlement, la possibilité d’y apporter des changements demeurait limitée.
Ainsi, l’élection de membres des communautés 2ELGBTQIA+ et des nations autochtones ne signifie pas que les intérêts de ces groupes seront représentés. Il faut encore que ces personnes puissent porter la voix de leur communauté ou nation et puissent en mettre les intérêts devant certaines questions chères à leur parti, que leur parti soit enclin à les écouter, et que les plateformes incluent des politiques favorisant l’égalité.
Autodétermination et fierté
Plusieurs des enjeux propres aux communautés de la diversité sexuelle et de genre diffèrent de ceux au centre des préoccupations des Premiers Peuples. Mais de part et d’autre, au cœur des revendications se trouvent le désir et le droit à l’autodétermination et à la fierté.
La Fédération des nations autochtones souveraines a récemment affirmé que la fierté d’être soi-même et d’appartenir à une communauté est un enjeu commun aux deux groupes et que ce sentiment est nécessaire à la contribution de chaque personne à ses communautés d’appartenance.
La fierté n’est pas, ou pas seulement, une question d’identité. En termes politiques, elle est plutôt liée au sentiment d’être respecté·e tant par ses droits que par le traitement réservé par autrui.
Elle se ressent aussi par le sentiment de compter pour l’autre, qui passe par le droit et la possibilité pour une personne non seulement d’apparaitre dans l’espace public et d’être entendue et prise en compte, mais aussi de pouvoir y demeurer en vie, comme l’a montré le mouvement Black Lives Matter.
La question de l’autodétermination se pose alors de manière individuelle et collective.
Au niveau individuel, il s’agit de pouvoir prendre ses propres décisions et de participer pleinement aux décisions collectives.
Et au niveau collectif, à plus forte raison pour les Premiers Peuples, ce pouvoir de décision renvoie à la capacité de vivre selon ses propres lois et structures politiques – ensemble, avec ceux et celles qui désirent vivre comme soi, et sans ceux et celles qui empêchent cette forme de vie.
Notice biographique
Jérôme Melançon est professeur agrégé en études francophones et interculturelles ainsi qu’en philosophie à l’Université de Regina. Ses recherches portent notamment sur la réconciliation, l’autochtonisation des universités et les relations entre peuples autochtones et non autochtones, sur les communautés francophones en situation minoritaire et plus largement sur les problèmes liés à la coexistence. Il est l’auteur et le directeur de nombreux travaux sur le philosophe Maurice Merleau-Ponty, dont «La politique dans l’adversité. Merleau-Ponty aux marges de la philosophie» (Metispresses, 2018).
La pauvreté d’information et le désert médiatique se définissent par l’absence de médias qui couvrent les institutions communautaires ou la faible couverture journalistique des divers enjeux qui touchent une communauté ou une région.
Les institutions communautaires renvoient notamment aux conseils municipaux, aux conseils scolaires, aux établissements d’enseignement ou aux associations qui représentent divers intérêts pour les collectivités.
Les médias locaux rapportent bien sûr les changements d’horaire de la collecte des ordures, l’augmentation des impôts fonciers ou le changement de nom d’une école. Ce sont là des informations d’intérêt public qui ont une incidence directe sur le quotidien d’une collectivité.
Mais les médias locaux ont aussi un important rôle de chien de garde, un rôle trop souvent mésestimé. Ils surveillent les décisions et actions des institutions de proximité pour veiller à ce qu’elles s’acquittent en bonne et due forme de leur devoir de transparence et de leur obligation de rendre des comptes aux citoyens ou aux administrations gouvernementales.
C’est souvent grâce au travail de journalistes locaux que la population découvre, par exemple, que la personne à la tête de la municipalité a accordé un contrat faramineux à un membre de sa famille.
Sans la présence de journalistes sur le terrain, ce genre de situation peut passer sous silence et laisser une trop grande liberté d’action aux élus.
Moins de médias, moins de couverture journalistique
En tant que francophones vivant en contexte minoritaire, nous nous retrouvons souvent dans une zone de pauvreté de nouvelles ou dans un désert médiatique.
Pourquoi? Les médias francophones en milieu minoritaire sont moins nombreux que leurs contreparties anglophones. Aussi, ils ont souvent moins de ressources ; c’est une réalité avec laquelle même Radio-Canada doit composer.
Et, c’est un secret de Polichinelle que le francophone en contexte minoritaire est généralement bilingue et s’abreuve aussi d’informations en anglais.
La couverture des institutions locales est d’ailleurs souvent assurée par les médias anglophones, vu qu’ils sont plus nombreux. En revanche, la perspective journalistique francophone risque de passer sous le tapis.
Par exemple, s’il est question d’octroyer des fonds municipaux à une activité destinée aux francophones, il est probable que le journaliste d’un média anglophone ne traite pas de la nouvelle parce qu’elle ne s’adresse pas à la majorité de son lectorat. Voilà à quoi peut ressembler la pauvreté de nouvelles.
Comprenons-nous bien, ce n’est pas par manque de volonté de la part de votre journal ou de votre radio s’il y a des zones ou des thèmes qui ne sont pas couverts. Tout est une question de ressources humaines et financières.
Les journalistes locaux sont souvent des hommes-orchestres et des femmes-orchestres. En plus de produire des textes journalistiques – ce qui n’est déjà pas une mince affaire –, ils doivent souvent assumer d’autres tâches, comme la mise en ligne des articles, les publications dans les médias sociaux et la parution de l’infolettre.
Pour accomplir toutes ces tâches, les journalistes doivent parfois sacrifier la couverture de certains évènements. Après tout, il n’y a que 24 heures dans une journée… même pour les journalistes les plus dévoués.
Les citoyens font partie de la solution
L’une des clés du succès en journalisme est d’avoir un réseau de contacts. Ces personnes-ressources jouent souvent un rôle officiel auprès d’une institution. Elles permettent au journaliste de confirmer des informations ou de faire le point sur divers dossiers.
Cependant, dans le respect de leurs compétences, ces personnes livrent rarement des informations en dehors du discours officiel de l’institution qu’elles représentent.
C’est ici que la population entre en jeu. L’information ne se fait pas à sens unique, c’est-à-dire du média vers le citoyen. Le citoyen est un observateur important de l’actualité locale et prête mainforte aux journalistes.
Vous l’ignorez peut-être, mais vous êtes sans doute déjà une sentinelle de l’information locale.
Les journalistes n’ont souvent pas la possibilité de sillonner continuellement toute la région à laquelle ils s’adressent – surtout s’il s’agit d’une province ou d’un territoire en entier – et d’entretenir constamment leurs réseaux de contacts.
Parfois, ils doivent se rabattre sur les réseaux sociaux, comme les divers groupes Facebook, pour savoir ce qui se passe en dehors de leur zone de mobilité.
Il s’agit d’une façon de développer un réseau de contacts et de profiter de vos yeux et de vos oreilles pour savoir ce qui se passe dans votre coin du monde.
Mais l’engagement citoyen dans le monde de l’information peut aller encore plus loin. Vous pouvez prendre le téléphone, envoyer un courriel et communiquer directement avec les journalistes.
Étant des bêtes de nature curieuse, ils vont porter attention à ce que vous avez à raconter. Ils iront enquêter, poser des questions et finiront peut-être par écrire un article. Par un simple geste, vous aurez, à votre façon, participé à la vitalité de l’information locale.
Finalement, vous faites partie de la solution pour assurer la couverture journalistique en français.
Les élections turques montrent plus que jamais la polarisation du pays. Les résultats du deuxième tour qui se déroule le 28 mai ne sont pas seulement importants pour l’avenir démocratique du pays, mais aussi pour la région dans son ensemble.
Résultats des élections
Le séisme d’Antakya, en février dernier, qui a fait plus de 42 000 morts a exposé au grand jour l’incurie du régime d’Erdogan et le niveau très élevé de corruption dans le pays.
Ajoutez à cela l’explosion des prix, comme un peu partout sur la planète, et on sentait un vent de colère inédit en Turquie.
Par ailleurs, pour une fois, plusieurs partis d’opposition s’étaient accordés sur une candidature commune afin de maximiser les chances de se débarrasser de Recep Erdogan, un président dont les tendances autoritaires se multiplient.
À la veille du premier tour, non seulement il ne faisait plus aucun doute qu’un second tour serait nécessaire, mais les observateurs commençaient à croire que Kemal Kiliçdaroglu, le candidat représentant une bonne partie de l’opposition, pourrait remporter les élections.
Une remontée de dernière minute
Las, dans les derniers miles, Erdogan et tout son système ont mis le paquet pour renverser la tendance. Il faut dire que, à force de virer des dizaines de milliers de fonctionnaires pour placer des fidèles, le président sortant a atteint un contrôle sans précédent sur les appareils non seulement sécuritaires mais aussi, sociaux, économiques, éducatifs, bureaucratiques et médiatiques du pays.
En répétant sans cesse que l’inflation n’était pas un problème mais que le vrai problème était les questions de genre et la menace que cela faisait peser sur la Turquie et sa culture, Erdogan a tenu un discours surréaliste qui a réussi à rentrer dans la tête de nombreux Turcs.
Résultats des courses : Recep Erdogan a récolté 49,5% des voix contre 44,9% pour Kemal Kiliçdaroglu.
Erdogan rate donc d’un coche son pari d’être élu au premier tour, mais le résultat est serré et le troisième candidat, Sinan Ogan, avec ses 5%, se place donc en faiseur de roi.
Cela n’a rien d’une bonne nouvelle puisqu’Erdogan est qualifié d’ultranationaliste à faire pâlir une Marine Le Pen. Il veut que la Turquie expulse quelque 3,5 millions de réfugiés.
La question kurde comme symbole des polarisations de la société turque
Plus que jamais la société turque apparait polarisée avec des lignes de divisions nombreuses : population urbaine contre population rurale, personnes instruites contre population non instruite, religieux contre laïcs, démocrates contre partisans d’un régime fort, etc.
Les jeunes en particulier ont fait les frais des politiques conservatrices d’Erdogan, que ce soit le contrôle des universités, l’interdiction des festivals qui a créé un très grand mécontentement, le resserrement des droits fondamentaux, une économie au ralenti.
Tout cela fait en sorte qu’un grand nombre de jeunes Turcs choisissent la voie de l’exil. Le désenchantement est grand pour toute une génération qui vote pour la première fois et qui n’a connu qu’Erdogan au pouvoir.
Ces divisions de la société turque ne sont pas nouvelles, tout comme la question kurde. Les Kurdes sont en fait, on le sait, une force politique de premier plan qui peut véritablement faire pencher la balance.
Contrairement à ce que diffusent les médias occidentaux qui définissent le parti du HDP comme le parti prokurde, la situation politique est plus complexe.
En effet, le parti du HDP (dont le coprésident, Selahattin Demirtas, a été emprisonné pour des raisons fallacieuses par Erdogan) recueille aussi un appui chez les Turcs non kurdes grâce à ses prises de position progressistes, féministes, écologistes et prônant la démocratie participative.
Toujours est-il que les Kurdes, qui ont soutenu ce partisan d’un apaisement (et notons qu’il a effectivement mis en place dans les années 2000 des politiques de libéralisation pour les Kurdes), se sont détournés d’Erdogan depuis qu’il est revenu aux bonnes vieilles habitudes de répression dans le contexte du conflit syrien.
Par conséquent, une mobilisation forte des Kurdes (et de la diaspora) en faveur du candidat de l’opposition pourrait changer la donne, d’autant que Kiliçdaroglu, pourtant à la tête du parti héritier d’Atatürk, a tenu pendant la campagne un discours plutôt favorable aux Kurdes.
Turquie : une puissance régionale au pouvoir de nuisance important
Une chose est sure : quels que soient les résultats, l’avenir de la Turquie ne sera pas synonyme de stabilité.
Si Kemal Kiliçdaroglu remporte les élections, il devra gouverner avec un Parlement acquis au parti d’Erdogan, qui a raflé 266 sièges, avec les 50 sièges du MHP (Parti d’action nationaliste), ce qui lui assure une majorité confortable.
Pas facile dans de telles conditions de détricoter le système mis en place pour revenir à des institutions au fonctionnement démocratique.
Si Erdogan l’emporte, il pourra continuer à transformer la Turquie en démocratie illibérale, voire en régime vraiment autoritaire. Et cela aurait des conséquences sur la scène politique régionale.
En effet, depuis 20 ans qu’Erdogan est aux manettes politiques, il a su habilement accroitre l’influence de son pays partout au Moyen-Orient. Il a usé et abusé de la traditionnelle politique étrangère multivectorielle de la Turquie pour tirer tous azimuts, quitte à opérer des renversements d’alliances fulgurants.
Il tient en joue l’Union européenne en se servant de l’arme migratoire. En échange de gros chèques, Erdogan promet à Bruxelles de prévenir des entrées massives de réfugiés sur le sol européen.
Dans le conflit ukrainien, Ankara s’est posé en médiateur incontournable pour permettre les livraisons de céréales et ainsi éviter une grande famine mondiale et une flambée des prix encore plus importante.
En ouvrant des bases militaires en Lybie et en apportant son soutien depuis 2020 au Gouvernement d’union nationale contre l’Armée nationale libyenne, la Turquie fait partie intégrante du blocage institutionnel du pays qui attend encore des élections.
Dans la crise qui sévit actuellement au Soudan, là encore, la Turquie est une des forces médiatrices qui pourrait être acceptée par les deux parties.
Dans le conflit du Haut-Karabagh, le pouvoir turc reste un allié fidèle et de poids à l’Azerbaïdjan.
Et puis bien sûr, les autorités turques sont toujours prêtes à mater les rébellions kurdes, que ce soit en Syrie ou en Irak.
Si l’Union européenne reste de très loin le premier partenaire commercial de la Turquie, les échanges commerciaux ont été multipliés par dix avec l’Afrique, de même qu’avec la Russie depuis 2003.
On le voit la Turquie est devenue un acteur géopolitique incontournable.
Cependant, étrangement, mais pas inhabituellement, Bruxelles est inaudible dans le dossier turc.
Or, plus que jamais, il aurait fallu envoyer un signal clair aux quelque 64 millions d’électeurs turcs, et encore plus à la jeunesse turque, indiquant qu’ils ont une place en Europe, que le destin de la Turquie et de l’Europe est inextricablement lié, comme il l’est depuis des siècles. Encore une occasion ratée.
Notice biographique
Aurélie Lacassagne est politicologue de formation et doyenne des facultés de Sciences humaines et de Philosophie de l’Université Saint-Paul à Ottawa. Elle est membre du Comité de gouvernance du Partenariat Voies vers la prospérité.
À moins que les élus républicains et démocrates ne parviennent à s’entendre d’ici le 1er juin, les États-Unis pourraient se retrouver en défaut de paiement. C’est l’équivalent pour un État de déclarer faillite. Les conséquences économiques advenant que la première puissance mondiale ne parvienne plus à payer les intérêts sur sa dette de plus de 31 billions (31 mille-milliards) de dollars sont difficiles à imaginer.
Cela causerait une crise financière majeure qui entrainerait assurément une récession aux États-Unis, la mise à pied de millions de travailleurs, une chute radicale des indices boursiers ainsi qu’une forte hausse des taux d’intérêt. De plus, le statut exceptionnel de devise de réserve dont jouit le dollar américain serait mis à mal.
Les États-Unis n’ont pourtant aucune difficulté à financer leur dette à cout très bas. Ceci n’est pas une crise économique, mais une crise politique créée de toute pièce par les républicains. Il est dur de croire que les élus à Washington risqueraient une telle catastrophe, et pourtant…
Rehaussement du plafond de la dette 101
Dans la plupart des pays, le Parlement n’a pas à rehausser le plafond de la dette. C’est le cas au Canada où il n’existe pas de tel plafond. Lorsque les élus votent le budget, ils approuvent les dépenses du gouvernement.
À moins d’un grave imprévu, ils savent déjà dans quelle mesure le budget sera déficitaire ou non. Le gouvernement s’endette ensuite au besoin pour acquitter ses obligations.
Mais aux États-Unis, les membres du Congrès, en plus de voter le budget, doivent augmenter le plafond de la dette. La limite de la dette fédérale a été augmentée 78 fois depuis 1960. C’est donc une simple formalité.
Vous vous rappelez la crise entourant le rehaussement du plafond de la dette sous Donald Trump? Non? Et bien c’est normal, il n’y en a pas eu.
Lorsque les républicains ont le contrôle du Congrès et de la présidence, ils augmentent le plafond de la dette sans broncher. Mais lorsqu’ils ont le contrôle du Congrès et que la présidence est démocrate, comme c’est le cas actuellement, ils se servent de ce pouvoir pour faire du chantage et tenter d’imposer leurs priorités budgétaires.
Cette dynamique est renforcée par la division de la société américaine depuis l’émergence du Tea Party et ensuite de Donald Trump et de ses partisans du mouvement Make America Great Again (MAGA).
Une crise qui prend ses racines sous Obama
Déjà en 2011, les États-Unis avaient frôlé la catastrophe. Joe Biden, alors vice-président de Barack Obama, était parvenu à une entente in extrémis avec les élus républicains qui avaient forcé le gouvernement à réduire ses dépenses de centaines de milliards de dollars. Ces compressions avaient mis un frein à l’importante bonification du filet social entamée par le président Obama.
Même si les États-Unis avaient évité le défaut de paiement, la réaction des marchés à cette incertitude et au recul des dépenses avait été très négative. Les principaux indices boursiers avaient dégringolé et l’agence Standard and Poor’s avait réduit la cote de crédit des États-Unis, ce qui a augmenté le cout des emprunts du gouvernement. Joe Biden s’était promis qu’on ne le reprendrait plus à faire des concessions aussi importantes.
Aujourd’hui, Joe Biden est président et les républicains sont encore plus radicaux qu’il y a douze ans. En échange d’augmenter le plafond de la dette, ils exigent que l’administration Biden abandonne la plupart de ses mesures phares, notamment les centaines de milliards que le gouvernement a promis d’investir pour lutter contre les changements climatiques.
Les premières rencontres entre le président Biden et le leadeurship républicain n’ont servi qu’à montrer le gouffre qui sépare les deux parties. Plus que jamais, l’impasse politique pourrait mener les États-Unis vers un défaut de paiement, même si cette option reste peu probable.
Les constitutionnalistes et les économistes débattent depuis déjà plusieurs semaines de voies de contournement possibles. Est-ce que le Trésor américain pourrait frapper une pièce de 1 billion de dollars? Est-ce que le gouvernement pourrait contester la constitutionnalité du pouvoir du Congrès à rehausser le plafond de la dette?
Plusieurs possibilités sont sur le tapis, mais il serait étonnant que l’administration Biden risque les conséquences désastreuses d’un défaut.
Pourquoi s’en faire au Canada?
L’adage veut que quand les États-Unis éternuent, le Canada attrape la grippe. C’est une façon imagée d’exposer la relation de dépendance économique du Canada avec son voisin du Sud.
Malgré tous les efforts de diversification économique déployés par nos gouvernements, les États-Unis sont la destination de la grande majorité de nos exportations (76,4 %). C’est le principal marché pour l’exportation du pétrole canadien, la vache à lait du gouvernement fédéral.
Les succursales et les filiales de multinationales américaines sont très présentes au pays. Les réserves en devises étrangères du gouvernement fédéral sont principalement en dollars américains (71 %).
Si l’impensable venait à se produire, la première répercussion au Canada serait une hausse des taux d’intérêt parce que les chaines de crédit entre institutions financières seraient déstabilisées.
La hausse des couts d’emprunt réduirait la croissance. La baisse des exportations suivrait rapidement et réduirait encore l’activité économique au Canada. Les épargnants devraient s’attendre à voir la valeur de leur portefeuille grandement affectée par la chute des indices boursiers et de la valeur des bons du Trésor américain.
L’ampleur de ces chocs éventuels est difficile à prévoir. Une chose est certaine, le Canada se tire plutôt bien d’affaire malgré la hausse des taux d’intérêt actuelle et n’a pas les moyens de subir un tel choc.
Il reste à souhaiter que les élus républicains retrouvent la raison et que le gouvernement américain trouve une solution à long terme à ces crises récurrentes et auto-infligées.
David Dagenais est journaliste économique indépendant et entrepreneur. Auparavant, il a été journaliste à Radio-Canada après avoir terminé des études supérieures en économie politique à l’Université du Québec à Montréal et à l’Université d’Ottawa.
Bien que le monarque et sa représentation aux niveaux fédéral et provincial jouent un rôle limité dans les structures politiques, l’existence même du pays dépend du concept légal de la Couronne. Et l’abolition de la Couronne serait le véritable test de nos principes démocratiques.
Certes, il serait possible de faire disparaitre toute référence à la monarchie, faire du Canada (ou du Québec) une république, et transférer tous les pouvoirs et la propriété qui dépendent de la Couronne vers un autre concept ou corps politique. Mais rien ne changerait dans les faits ni dans la réalité juridique du pays.
Comme d’autres pays l’ont déjà fait, l’abolition de la monarchie et de la Couronne exigerait une révolution, c’est-à-dire une transformation entière de l’ordre politique et de l’ordre économique dont l’État est le garant. Et cette transformation commencerait par une renégociation des relations de nation à nation entre le Canada et les Premiers Peuples, qui n’ont jamais cédé leurs territoires.
On ne peut abolir la monarchie sans abolir la Couronne, et on ne peut abolir la Couronne sans prévoir un renouvèlement des traités avec les peuples autochtones qui ont permis la colonisation européenne puis canadienne.
Le mouvement Idle No More avait notamment demandé de rencontrer le gouverneur général David Johnston, en tant que représentant de la Couronne. Une délégation de chefs autochtones vient d’ailleurs tout juste de rencontrer le roi Charles III afin d’approfondir la relation avec la Couronne.
D’autres chefs autochtones espèrent que le nouveau monarque répudiera la doctrine de la découverte, tandis que la gouverneure générale Mary Simon met l’accent sur la discussion et la création d’une relation.
D’autres nations encore ont déclaré qu’elles auraient refusé de participer au couronnement si elles avaient été invitées.
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La Couronne, plus qu’une abstraction
Une excursion rapide dans le domaine du droit constitutionnel montre qu’il y a une différence entre le monarque et la Couronne.
Le monarque occupe une fonction, qui lui revient de manière héréditaire, tandis que la Couronne est plus vaste et a un ensemble de représentations (gouverneure générale, lieutenants-gouverneurs) et de pouvoirs qu’elle délègue ou qui sont simplement exercés par le gouvernement en son nom.
La Couronne est à tel point imbriquée dans le fonctionnement de l’État et notamment du gouvernement qu’il serait impossible de la retirer sans tout bouleverser.
C’est la Couronne qui est propriétaire de 89 % du territoire canadien (ce sont les terres de la Couronne).
Et ce n’est pas tout : à proprement parler, tout le territoire canadien (y compris les réserves autochtones) appartient au domaine de la Couronne, d’où sa capacité à prélever des impôts et à céder des droits d’exploitation minière ou autre à des compagnies privées.
C’est toujours elle qui a la responsabilité de lancer les poursuites judiciaires. Pour cette raison, notre système juridique compte des procureurs de la Couronne.
Tout compte fait, le monarque est souverain, et le peuple canadien ne l’est pas. La population peut simplement choisir qui exercera la plupart des pouvoirs de la Couronne.
Les traités et l’existence du Canada
Tant à l’époque de Louis XIV qu’à l’époque victorienne, l’entité politique qui s’appelle maintenant «Canada» s’est établie sur la base de traités qui reconnaissent au moins implicitement la souveraineté des peuples autochtones.
Étant donné le principe que les États successeurs maintiennent les obligations de ceux qui les précèdent, la Couronne britannique a hérité des traités négociés par la Couronne française, et la Couronne canadienne en est aujourd’hui la garante.
La souveraineté à proprement dite canadienne ne s’établit qu’à partir du début du XXe siècle, alors que la Couronne a pris pour conseiller non plus le gouvernement de la Grande-Bretagne, mais bien celui du Canada. La reine Elizabeth II fut ainsi la première reine du Canada.
Cette souveraineté canadienne s’établit toutefois sur des fondations instables.
D’abord, les traités avec les Premiers Peuples n’ont pas inclus la négociation d’une cession des terres (à part peut-être certains des «traités modernes»).
Le territoire demeure ainsi autochtone, malgré le fait que le transfert des terres ait été ajouté au texte des traités après les négociations, comme le montre l’historien Sheldon Krasowski et comme l’affirment depuis longtemps les Premiers Peuples.
Ces derniers n’ont jamais accepté de devenir des sujets britanniques ni des citoyens canadiens, mais devaient plutôt maintenir leur propre souveraineté.
Ensuite, les traités ont souvent été brisés ou violés, ce qui remet en question la validité de la souveraineté qu’ils devaient rendre possible.
Le débat sur le serment, un simple contrespectacle
Il y a une forme d’hypocrisie dans la nouvelle loi québécoise qui retire l’obligation du serment au roi et chez les politiciens refusant de prêter ce serment, mais qui continuent de mettre de l’avant des projets dépendants de la souveraineté portée par la Couronne ou encore qui vont à l’encontre des traités.
C’est avant tout une manière de s’opposer à un Canada imaginaire – imaginé comme un Canada anglais et monarchiste, alors qu’une opposition à la monarchie est tout autant présente hors du Québec qu’elle ne l’est en son sein.
À l’extérieur du Québec, en langue anglaise, un débat sur la monarchie a cours depuis longtemps, et la question demeure avant tout de savoir par quoi remplacer la Couronne.
Ce qu’on abolirait avec la monarchie
Une véritable abolition de la monarchie supposerait plutôt l’invalidation de la souveraineté qui se trouve hors de la population canadienne, du régime de propriété des terres, ainsi que du système juridique en place.
Une telle abolition libèrerait l’imagination pour dépasser les tièdes propositions de réforme des institutions «démocratiques» actuelles.
Nous pourrions alors commencer par reprendre les traités, afin que la loi, la propriété et le pouvoir reviennent au peuple – et, dans le contexte d’un pays dont l’existence dépend de traités, qu’ils reviennent aux peuples qui le composent, en commençant par les Premiers Peuples.
Notice biographique
Jérôme Melançon est professeur agrégé en études francophones et interculturelles ainsi qu’en philosophie à l’Université de Regina. Ses recherches portent notamment sur la réconciliation, l’autochtonisation des universités et les relations entre peuples autochtones et non autochtones, sur les communautés francophones en situation minoritaire et plus largement sur les problèmes liés à la coexistence. Il est l’auteur et le directeur de nombreux travaux sur le philosophe Maurice Merleau-Ponty, dont «La politique dans l’adversité. Merleau-Ponty aux marges de la philosophie» (Metispresses, 2018).
Les plans d’action quinquennaux pour les langues officielles sont le principal moyen du gouvernement fédéral pour définir ses priorités en la matière et mettre en place des outils et des programmes en vue d’appuyer la vitalité des communautés francophones en ciblant de multiples secteurs, dont l’éducation, l’immigration, la petite enfance, la justice, la santé, la culture, le développement économique, etc.
Depuis la publication du dernier plan quinquennal en 2018, le gouvernement a entrepris un travail de fond en matière de langues officielles dans le contexte de la modernisation de la Loi sur les langues officielles. D’importants besoins dans des secteurs-clés à la vitalité des communautés francophones ont ainsi été mis en lumière.
Les attentes étaient donc élevées à l’égard du plan de la ministre Petitpas Taylor. Une reconduction des sommes précédentes aurait été loin d’être suffisante.
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Un investissement inégalé
Le nouveau plan d’action 2023-2028 prévoit un financement total de 4,1 milliards de dollars sur cinq ans, dont 1,4 milliard de nouveaux fonds.
Dans l’histoire du pays, il s’agit de l’investissement le plus important jamais consenti par le gouvernement fédéral pour les langues officielles, et ce, même en tenant compte de l’inflation.
Le record précédent à cet effet remontait au premier plan d’action pour les langues officielles 2003-2008, élaboré par Stéphane Dion, alors ministre dans le gouvernement libéral de Jean Chrétien.
Avant la publication du premier plan, en 2003, les dépenses quinquennales du gouvernement fédéral pour les langues officielles s’élevaient à environ 1,1 milliard de dollars. Cette somme a été bonifiée de 800 millions pour atteindre 1,9 milliard pour la période de 2003 à 2008.
Sous le gouvernement conservateur de Stephen Harper, les nouveaux investissements ont été beaucoup plus limités. Après une augmentation de 300 millions de dollars dans la Feuille de route 2008-2013, il n’y a eu qu’une reconduction des fonds dans celle de 2013-2018.
Après 10 ans de stagnation sous les conservateurs, les libéraux, de retour au pouvoir, ont cherché à rompre avec le gouvernement précédent en injectant 500 millions de dollars supplémentaires au plan d’action 2018-2023.
Une réforme qui n’est pas seulement législative
Le montant du financement cette année marquera certes l’histoire, mais le contexte dans lequel s’inscrit le lancement du plan restera aussi dans les annales.
Le Comité permanent des langues officielles a mené l’étude du projet de loi C-13 visant à moderniser la Loi sur les langues officielles. Le texte fera l’objet sous peu d’un vote en troisième lecture à la Chambre des communes.
Or, même si le volet législatif a fait couler beaucoup d’encre, la réforme des langues officielles à Ottawa n’est pas que législative. Elle doit s’accompagner d’actions concrètes pour protéger le français au Canada et appuyer la vitalité des communautés francophones.
Le guide de discussion qui a servi aux consultations pancanadiennes sur les langues officielles en 2022 soulignait d’ailleurs que la modernisation de la loi et la présentation du nouveau plan d’action «vont de pair et font partie d’un continuum».
Le tout s’inscrit dans un contexte où le gouvernement canadien a reconnu, dans le discours du Trône de septembre 2020, la situation particulière du français au pays. Bien que l’on ait deux langues officielles, c’est le français qui est dans une situation précaire et le gouvernement reconnait sa responsabilité «de protéger et de promouvoir le français non seulement à l’extérieur du Québec, mais également au Québec».
Vers une politique en immigration francophone à caractère réparateur
Cet engagement à protéger le français se reflète dans le contenu du plan d’action. Par exemple, par rapport au pilier sur l’immigration francophone, le premier ministre Trudeau a affirmé que l’objectif est le «rétablissement démographique des francophones au Canada».
Les données du recensement de 2021 ont montré que le poids démographique des francophones à l’extérieur du Québec poursuit son déclin, une tendance lourde observée depuis une cinquantaine d’années.
Rappelons que le Commissariat aux langues officielles a montré que la cible actuelle de 4,4 % en matière d’immigration francophone, atteinte pour la première fois en 2022, est largement insuffisante pour maintenir, et encore moins accroitre, le poids démographique des francophones.
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Reste à voir les mesures concrètes qui seront mises en place pour atteindre un objectif très ambitieux à caractère réparateur concernant le poids démographique des francophones.
Pour ce faire, le plan d’action prévoit un financement total de 221,5 millions de dollars sur cinq à Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, dont 137,2 millions de nouveaux fonds.
L’ombre au tableau : le financement du postsecondaire
Malgré d’importantes avancées à noter, le principal point faible du plan d’action 2023-2028 est l’appui insuffisant prévu pour les établissements d’enseignement postsecondaire.
Le contenu du plan n’est pas à la hauteur des attentes pour ce secteur, et les libéraux n’ont qu’eux-mêmes à blâmer pour avoir rompu une promesse électorale.
De prime abord, les investissements de 128 millions de dollars sur quatre ans en appui au secteur peuvent paraitre importants, mais ils sont bien en dessous de ce que les libéraux avaient promis lors de la campagne électorale de 2021.
Dans leur plateforme, ils s’étaient engagés à octroyer un financement permanent de 80 millions de dollars par année aux établissements d’enseignement postsecondaire dans les communautés de langue officielle en situation minoritaire. Cela représente 400 millions de dollars sur cinq ans, une somme de largement supérieure à ce qui a finalement été annoncé.
Les États généraux sur le postsecondaire en contexte francophone minoritaire ont pourtant fait la preuve que les besoins dans le secteur sont réels et que les montants promis auraient été de l’argent bien investi.
NOTICE BIOGRAPHIQUE
Guillaume Deschênes-Thériault est doctorant en science politique à l’Université d’Ottawa. Il détient un baccalauréat de l’Université de Moncton et une maitrise de l’Université d’Ottawa. Dans le cadre de ses recherches, il s’intéresse aux communautés francophones en situation minoritaire, avec un intérêt particulier pour l’enjeu de l’immigration. Depuis mai 2021, il est conseiller à la municipalité de Kedgwick au Nouveau-Brunswick.
Une énergie contagieuse, des mots qui sonnent vrai
Le groupe de musique acadien Les Gars du Nord propose un nouvel opus, Les fils du Père.
Le groupe de musique acadien Les Gars du Nord nous propose un nouvel opus, Les fils du Père. L’album met en vedette les voix puissantes de Danny Boudreau, Wilfred LeBouthillier et Maxime McGraw, accompagnés de musiciens talentueux.
Le disque à l’énergie contagieuse est réalisé par le duo Jean-Frédéric Lizotte et Wilfred LeBouthillier. Ce dernier a coécrit les musiques et les textes avec Danny Boudreau, l’un des meilleurs auteurs-compositeurs de l’Acadie.
Les textes travaillés nous transportent dans l’univers de la mer et des souvenirs ; ils nous parlent du quotidien des pêcheurs d’antan.
De la musique bretonne au country, en passant par le bluegrass, nous sommes emportés dans un univers puissant, aux influences acadiennes et celtiques.
Dès les premières notes, Les hardes cirées nous invitent à chanter en chœur avec Les Gars du Nord.
La magie opère à l’écoute de Je m’en souviens, une belle valse country dans laquelle le trio vocal chante en chœur. Le meilleur texte est sans aucun doute Le bar des naufragés, une autre excellente valse. L’album se termine par l’extrait Adieu, une interprétation à capella, suivie d’une musique instrumentale endiablée.
Des mots lourds avec un brin d’espoir
Marc Antoine Joly, dit Joly, est un guitariste et auteur-compositeur-interprète franco-ontarien.
Membre de plusieurs formations rocks, le guitariste et auteur-compositeur-interprète Marc Antoine Joly, dit Joly, présente un premier opus en solo. Deuil est musicalement puissant et profond.
Ce disque concept parle de santé mentale, de perte de repères et de vide soudain. Une intro instrumentale précède chaque chanson, installant une émotion propice à l’écoute des paroles. Ce procédé intéressant amène souvent de belles petites trouvailles musicales.
Au niveau de la plume, Joly réussit à livrer des textes profonds et touchants sur la santé mentale et les blessures intérieures, tout en gardant une lueur d’espoir. Des jeux de guitares solides accompagnent la voix singulière et envoutante de l’artiste franco-ontarien.
Quelques chansons m’ont énormément touché, entre autres Rêve d’enfant. Quelle que soit la situation, ce morceau nous rappelle qu’il est important de s’accrocher à ses rêves.
Dans Les murs saignent, la pièce maitresse de l’album, les fondations d’une maison abimée évoquent les blessures de l’intérieur. Il s’agit d’un crescendo d’une immense intensité.
Tu t’en fous, l’un des succès du disque, a des sonorités plus folks aux couleurs rocks. On y remarque la puissante voix de Céleste Lévis dans le refrain.
Souvenir d’une dualité de styles et de mots
Pochette de l’album Le détroit, de l’artiste franco-albertain Paul Cournoyer.
Il y a quatre ans, l’auteur-compositeur-interprète franco-albertain Paul Cournoyer nous offrait son album Le détroit. Dans cet opus, l’artiste au timbre de voix tout en retenue, presque un chuchotement, livre une dizaine de chansons, fruit d’une plume remplie de tendresse et d’espoir.
Les mélodies captivantes, parfois folks, parfois pop, tantôt guitare, tantôt piano, s’enchainent parfaitement du début à la fin. Pièce après pièce, des paroles poétiques et engagées nous interpellent.
Sale serpent, qui prend sa force dans la puissance d’un solide riff de guitare, est l’un de mes coups de cœur. Il s’agit d’un superbe texte sur ceux qui sont en faveur du pétrole brut, ceux pour qui la planète vaut moins que les revenus tirés de l’exploitation de l’or noir.
S’il y a une chanson qui a tout d’un succès radio, c’est bel et bien Fou. Le ver d’oreille est garanti avec le riff très pop et la mélodie accrocheuse, qui ne manquera pas de tourner en boucle dans toutes les têtes.
J’adore Le vent, les champs pour son beau crescendo, qui passe aisément d’un folk doux à une pop rock très rythmique. La pièce titre, Le détroit, vaut également le coup d’être écoutée pour la profondeur du texte et l’émotion de l’interprétation.
Marc Lalonde, dit Lalonde des ondes, est chroniqueur musical depuis plus de 25 ans au sein de la francophonie musicale canadienne et animateur de l’émission radiophonique Can-Rock. Il se fait un malin plaisir de partager cette richesse dans 16 stations de radio à travers le pays chaque semaine.