Le 19 novembre dernier, les Argentins ont élu à la magistrature suprême Javier Milei. Politicien libertarien et populiste, il nous ferait presque regretter son acolyte Bolsonaro au Brésil. Le 22 novembre, lors des législatives, les Néerlandais portaient en tête du scrutin l’extrême droite de Geert Wilders, qui a recueilli 25 % des suffrages contre 11 % en 2021.
Un phénomène mondialisé
L’un des éléments qui nous permettent de saisir l’une des causes profondes de cette montée des populismes est le fait qu’elle s’observe sur tous les continents.
Que ce soit en Amérique du Sud avec Milei et Bolsonaro; en Amérique du Nord avec Trump – toujours aussi haut dans les sondages – et Poilievre; en Europe, où la liste serait trop longue à dresser; en Asie avec l’indéboulonnable Modi en Inde ou Marcos Junior aux Philippines; jusqu’en Afrique, où une série de coups d’État a propulsé aux manettes du pouvoir des caporaux aux discours simplistes pour ne pas dire simplets.
L’aspect mondialisé du populisme démontre le rôle clé joué par un système ultracapitaliste débridé, qui non seulement accroit toujours et encore plus l’écart entre le 1 % et le reste de la planète, mais qui en plus le fait en toute impunité et avec un culot effronté.
Sans honte ni vergogne
Un culot inégalé donc. Parce que non contents de s’en mettre plein les poches alors qu’ils demandent sans cesse aux petites gens de se serrer la ceinture, les rares bénéficiaires et artisans des systèmes populistes dévastateurs humilient.
Comment le personnel infirmier et le personnel enseignant du Québec, qui sont payés des clopinettes, pourraient-ils ne pas se sentir humiliés alors qu’en pleine négociation, le gouvernement annonce fièrement son intention de dépenser sept-millions de dollars pour deux matchs préparatoires de hockey d’une équipe américaine?
Comment les Franco-Ontariens pourraient-ils ne pas se sentir humiliés alors que des copains du gouvernement, dont certains sont parties prenantes du fiasco de l’Université Laurentienne, balancent un rapport inepte nous intimant d’oublier nos institutions francophones acquises récemment après des décennies de lutte?
Il n’y a jamais d’argent pour les services de santé, le logement, la transition écologique, l’éducation, mais les gouvernements de par le monde n’hésitent pas une minute à subventionner à coups de milliards les grandes compagnies pétrolières et retenir les services-conseils prétendument indispensables de la firme McKinsey.
Ce sans-gêne constant de la part des gouvernants pousse les citoyens vers les leadeurs populistes.
Il y a quelque chose de pourri au royaume du capitalisme ultralibéral que l’on ne retrouvait pas dans le capitalisme il y a un siècle quand les grands chefs d’entreprise se gardaient une petite gêne, même s’ils se frottaient les mains discrètement devant les boucheries de 1914-1918 qui faisaient accroitre leurs profits.
Le creusement des inégalités
La pandémie a mis en lumière comment les malheurs des uns (enfin de la plupart) faisaient le bonheur de (quelques-)uns. Le 1 % a accru ses richesses alors que des dizaines de millions de personnes ont glissé dans la pauvreté.
Depuis, l’envolée des prix de l’immobilier conjuguée à des taux d’intérêt à la hausse et à une inflation élevée fait en sorte qu’un nombre croissant de personnes des classes moyennes décrochent et rejoignent le lot des précaires.
L’ascenseur social qui avait fonctionné pendant les Trente Glorieuses est en panne.
Il est beaucoup plus difficile pour les deux dernières générations de vivre une mobilité sociale positive. Même la très conservatrice Organisation de coopération et de développement économiques le reconnait dans divers rapports.
Alors forcément cela est source de frustrations énormes pour toutes les générations. D’où un ras-le-bol généralisé, qui se traduit par une sanction électorale des élites politiques traditionnelles.
Selon Statistique Canada, «[l]’écart de la valeur nette entre les patrimoines les plus élevés et les plus bas a augmenté de 1,1 point de pourcentage au premier trimestre de 2023 par rapport au même trimestre un an plus tôt. Il s’agit de l’augmentation la plus rapide jamais enregistrée pour ces estimations, qui remonte à 2010».
Un soutien irrationnel aux populismes
Une chose demeure frappante quand on regarde les intentions de vote des citoyens en faveur des candidats populistes : l’irrationalité.
Qu’est-ce à dire? Tout simplement que ces personnes vont voter pour des candidats qui, loin de résoudre leurs problèmes, ne feront que les aggraver.
Trump n’a pas remis la classe ouvrière blanche au travail. Marine Le Pen, née dans une famille bourgeoise, ayant habité dans un château, ne sait pas ce qu’est le dur labeur. Pierre Poilievre a été élu député à 25 ans et depuis a écumé les maroquins ministériels et les bancs de la Chambre. Comment pourrait-il savoir ce qu’est le quotidien des travailleurs canadiens?
Si l’on veut combattre le populisme, il ne s’agit donc pas de continuer à prendre les électeurs pour des imbéciles, mais de commencer par les respecter; de s’attaquer réellement aux grands problèmes socioéconomiques; d’arrêter les collusions et corruptions entre petits amis; et de mettre en place un système fiscal juste permettant de réduire les inégalités.
Aurélie Lacassagne est politicologue de formation et doyenne des Facultés de sciences humaines et de philosophie de l’Université Saint-Paul à Ottawa. Elle est membre du Comité de gouvernance du Partenariat Voies vers la prospérité.
Une part importante des nouvelles dépenses de 13,4 milliards de dollars sur six ans annoncées dans l’énoncé économique du 21 novembre servira à financer la construction de nouveaux logements locatifs.
L’offre insuffisante de logements sur le marché explique en bonne partie l’envolée des prix qu’on observe au pays. Selon la Société canadienne d’hypothèques et de logement, il faudrait construire 3,5 millions de logements de plus que ce qui est prévu d’ici 2030 seulement pour retrouver l’équilibre sur le marché immobilier.
Pour s’attaquer à ce problème, le gouvernement bonifie de 15 milliards de dollars l’enveloppe du Programme de prêts pour la construction d’appartements. Le programme est maintenant doté d’une enveloppe de 40 milliards de dollars qui permet d’offrir un financement avantageux aux promoteurs immobiliers prêts à construire des logements locatifs.
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D’autres mesures bonifient des programmes qui financent l’établissement de coopératives d’habitation ou de logements abordables.
Le gouvernement a choisi une façon originale de s’attaquer au problème des logements locatifs à court terme (de type Airbnb ou Vrbo, par exemple). Les propriétaires de ces logements qui refusent de s’enregistrer ou qui font de la location dans des secteurs interdits par les municipalités ne pourront plus déduire leurs dépenses liées au logement.
En s’attaquant au portefeuille des propriétaires, le gouvernement espère voir ces logements retourner dans le parc locatif à long terme.
L’énoncé économique a aussi permis d’apprendre que le cout estimé du remboursement de la TPS aux promoteurs qui construisent des logements locatifs s’élèvera à 4,5 milliards de dollars sur six ans. Cette mesure annoncée en septembre est un des piliers du projet de loi C-56 que les libéraux souhaitaient faire adopter avant la fin de la session parlementaire.
Ces mesures sont certainement un pas dans la bonne direction. Le gouvernement prévoit qu’elles permettront d’ajouter des dizaines de milliers de logements dans le marché d’ici la fin de la décennie.
Cependant, vu l’ampleur du problème, elles apparaissent encore insuffisantes. Il s’est construit 270 000 logements au pays en 2022. Au rythme où croit la population, il faudrait en construire le double à chaque année.
La marge de manœuvre financière se rétrécit
Même si le gouvernement souhaitait en faire davantage pour s’attaquer à la pénurie de logements, sa marge de manœuvre financière ne le lui permettrait probablement pas.
Sans surprise, la hausse rapide des taux d’intérêt augmente aussi les charges de la dette fédérale. Lors de la présentation du budget en mars, le gouvernement prévoyait que les intérêts sur la dette en 2024-2025 s’élèveraient à 46 milliards de dollars.
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Dans l’énoncé économique de l’automne, ce montant est passé à 52,4 milliards. Ce sont plus de 6 milliards de dollars supplémentaires qui devront ainsi être absorbés par le gouvernement en intérêts par rapport à ce qui était prévu il y a seulement six mois!
Malgré un fort ralentissement économique causé par la hausse des taux d’intérêt, la situation financière du Canada est loin d’être catastrophique. Le pays devrait éviter la récession en 2024.
Le ratio de la dette par rapport au produit intérieur brut oscille autour de 40 % et devrait diminuer au cours des prochaines années, même si ce sera moins rapidement que prévu. C’est une situation enviable par rapport à la plupart des autres économies occidentales.
Mais il est peu probable que les conservateurs voient les choses d’un tel œil. La hausse des couts de la dette combinée aux nouvelles dépenses a fait perdre toute perspective de retour à l’équilibre budgétaire.
Cette nouvelle donne économique limite les capacités du gouvernement à intervenir et l’expose aux attaques de ses adversaires au moment où il apparait vulnérable.
Qu’adviendra-t-il de l’entente avec le NPD?
Il n’y a pas un mot dans l’énoncé économique sur le programme national d’assurance-médicaments souhaité par le Nouveau Parti démocratique (NPD). Ce dernier avait fait du financement de cette mesure une condition à son appui au gouvernement de Justin Trudeau.
La ministre des Finances, Chrystia Freeland, a esquivé les questions à ce sujet et a plutôt mis l’accent sur la prudence fiscale du gouvernement et sur l’efficacité des autres mesures mises en place dans le cadre de son accord avec le NPD, comme le régime d’assurance dentaire ou le programme national de garderies.
Selon le directeur parlementaire du budget, un programme national d’assurance-médicaments couterait annuellement de 12 à 13 milliards de dollars. Dans l’état actuel des finances publiques, il est presque acquis que ce programme ne verra pas le jour.
Dans ce contexte, il sera intéressant d’observer la réaction du chef du NPD, Jagmeet Singh, à l’énoncé économique. Le NPD pourrait-il renverser le gouvernement Trudeau sur une question de principe?
Cela apparait peu probable à court terme, mais l’illusion que le gouvernement pourra maintenir sa promesse de concrétiser le programme national d’assurance-médicaments ne pourra pas toujours tenir.
David Dagenais est journaliste économique indépendant et entrepreneur. Auparavant, il a été journaliste à Radio-Canada après avoir mené des études supérieures en économie politique à l’Université du Québec à Montréal et à l’Université d’Ottawa.
Alors que les Directives canadiennes en matière de mouvement sur 24 heures recommandent de faire en moyenne 60 minutes d’activité physique d’intensité moyenne à élevée par jour, on est loin du compte.
Selon le Bulletin de l’activité physique de 2022 chez les enfants et les jeunes de ParticipACTION, seuls 28 % des enfants âgés de 5 à 17 ans respectent cette préconisation. Un score en baisse de 11 % par rapport au précédent Bulletin de l’organisme.
Pire encore, seuls 16,5 % des enfants ne dépassaient pas la durée maximale de deux heures par jour recommandée pour le temps d’écran. Plus de temps d’écran, moins d’activité physique. Il va sans dire que l’équation est mal équilibrée. Et néfaste pour la santé des principaux concernés.
Espérance de vie et santé mentale
Les bienfaits de l’activité sportive chez les jeunes ne sont plus à démontrer : développement des habiletés motrices, meilleure santé osseuse, diminution du risque d’obésité et des risques cardiovasculaires… On ne le répètera jamais assez : pour vivre longtemps et en bonne santé, le sport est essentiel.
On a tous connu la difficulté de se remettre au sport après une longue coupure. Autant donc acquérir les bonnes pratiques dès un jeune âge.
D’autant que nos mauvaises habitudes de vie commencent à avoir des répercussions concrètes. Pour la deuxième année de suite, l’espérance de vie a diminué au Canada. L’une des causes principales de ce recul est attribuée aux maladies du cœur, que la pratique sportive tend pourtant à repousser.
Ce que l’on sait moins, en revanche, c’est que la pratique sportive a d’importants bénéfices sur le développement cognitif des enfants. Ceux qui sont actifs auraient plus de facilité à l’école. Ils dépenseraient leur trop-plein d’énergie pour ensuite être plus concentrés en classe.
Mieux, une récente étude montre que la pratique des sports collectifs améliore la santé mentale des enfants.
«Le contexte social que procurent les sports d’équipe favorise souvent un sentiment intrinsèque chez l’enfant selon lequel le groupe de pairs de l’activité est une partie intégrante de son réseau social, et il contribue même au développement de son identité», écrivent les auteurs de l’étude, Charles-Étienne White-Gosselin et François Poulin.
Avec un sport d’équipe, le jeune développe un sentiment d’appartenance à un groupe, ce qui limite le développement de symptômes dépressifs.
Le rôle de l’école
Mens sana in corpore sano. Cet adage latin (un esprit sain dans un corps sain) nous invite à nous préoccuper autant de notre santé physique que de notre santé mentale. Comment expliquer alors que l’école est bien davantage un temple de l’esprit qu’un temple du corps?
Cette institution incontournable dans le développement de nos enfants ne devrait-elle pas se soucier un peu plus de leur santé physique, comme le demande l’universitaire québécois Normand Baillargeon, spécialiste de l’éducation?
Au Québec, le ministère de l’Éducation recommande aux écoles primaires d’offrir deux heures par semaine d’éducation physique aux enfants. Une cible plutôt modeste, surtout si on la met en perspective avec les 60 minutes quotidiennes recommandées par les Directives canadiennes en matière de mouvement.
Pourtant, s’il est difficile de trouver des données très à jour sur le sujet, près d’un tiers des établissements n’arrivaient pas à assurer ce minimum en 2013, selon une étude de l’Université de Sherbrooke.
Les excuses sont multiples : trop d’élèves, pas assez d’installations sportives, des parents réfractaires…
Toujours est-il qu’au vu de l’importance du sujet, les efforts fournis semblent bien dérisoires. Même si – il est toujours bon de le rappeler – l’activité des enfants ne se borne pas à l’enceinte de l’école et que les parents, ainsi que les clubs extrascolaires, ont leur rôle à jouer.
Le modèle slovène
Peut-être que le Canada pourrait s’inspirer d’un modèle qui a fait ses preuves. En tournant son regard vers un tout petit pays d’Europe, la Slovénie.
Dans cet État de 2,1 millions d’habitants, niché entre l’Italie, l’Autriche, la Croatie et la Hongrie, les élèves du primaire et du secondaire (environ 220 000 enfants) sont évalués annuellement sur la base d’une dizaine de tests d’aptitude sportive. Le but? «Amener toute la population à un haut niveau de développement physique et moteur.»
Par effet de ricochet, la Slovénie sort depuis quelques années un nombre de champions anormalement élevé pour un pays aussi peu peuplé. Signe que cette approche paie. Luka Doncic (basketball), Tadej Pogacar et Primoz Roglic (cyclisme) ou encore Janja Garnbret (escalade) font tous partie des tout meilleurs mondiaux dans leur discipline.
L’ex-triathlète canadien Pierre Lavoie, très sensible au sujet du développement de l’activité sportive, souhaiterait que l’on s’inspire de ce modèle. «Ce que j’aime, c’est que pour eux, les champions sont issus d’un système d’inclusion, pas d’un système d’exclusion», a-t-il ainsi déclaré à La Presse.
Car il ne faut pas oublier que la fabrique des champions est la partie immergée de l’iceberg et n’est pas une fin en soi. Le plus important est de rapprocher de la pratique ceux qui en sont les plus éloignés.
Si le modèle de la Slovénie peut être source d’inspiration, mieux vaut ainsi tourner le dos de celui du voisin américain, qui fait la part belle à l’excellence.
Timothée Loubière est journaliste pupitreur au quotidien Le Devoir. Avant de poser ses valises au Québec en 2022, il était journaliste sportif en France, notamment au journal L’Équipe.
Avez-vous pu accéder à une salle de bain propre et sécuritaire aujourd’hui? Si oui, vous avez de la chance : vous faites partie de la moitié de l’humanité qui dispose de ce privilège.
En effet, selon les dernières données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et du Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF), 3,5 milliards de personnes vivent sans accès à des toilettes salubres et sécuritaires. À l’occasion de la Journée mondiale des toilettes, penchons-nous – ou plutôt, assoyons-nous – sur ce sujet fondamental.
Quoi de plus banal dans nos vies confortables que d’accéder facilement à une salle de bain?
Véritables havres de paix pour certaines personnes, qui s’y enferment des heures durant pour améliorer leurs compétences en sudoku ou fuir l’agitation familiale, et dignes des meilleurs spas pour d’autres, qui y installent douchettes et sièges chauffants, nos toilettes font rarement l’objet de discussions en société.
Elles font partie de ces sujets dont on parle peu, si ce n’est pour quelques blagues en fin de soirée ou pour se plaindre d’un abattant non baissé.
Pourtant, à l’échelle mondiale, le sujet n’a rien de drôle ou de futile. La contamination de l’eau, la déficience des systèmes d’assainissement et le manque d’hygiène sont à l’origine de la mort de quelque 1 000 enfants de moins de 5 ans chaque jour.
Il s’agit donc d’un enjeu majeur de santé publique dont il est important de parler.
Impact disproportionné sur les femmes
Imaginez-vous devoir parcourir chaque jour des kilomètres pour trouver un endroit décent et sécuritaire pour vous soulager.
Ou devoir faire face à des situations dangereuses, comme du harcèlement sexuel, chaque fois que vous vous rendez dans les toilettes partagées de votre village.
Ou encore, risquer de contracter une maladie mortelle telle que le choléra ou des parasites intestinaux à cause d’installations sanitaires défectueuses et inadaptées dans votre lieu de vie.
Ceci est la réalité de nombreuses femmes et jeunes filles de partout dans le monde, touchées de manière disproportionnée par les conséquences d’un manque d’accès aux services d’hygiène. Cette situation peut avoir de graves conséquences sur leur santé, sur leur dignité et sur leurs chances de réussite.
En l’absence de toilettes dans les écoles, par exemple, les filles peuvent être obligées de manquer les cours pendant leurs règles, ce qui peut ainsi compromettre leur accès à l’éducation.
Aussi, comme le révèlent les chiffres de l’OMS et de l’UNICEF, dans 7 cas sur 10, les foyers sans point d’eau à domicile – une réalité pour 1,8 milliard de personnes dans le monde – s’en remettent aux femmes et aux filles pour la collecte de l’eau.
Celles-ci doivent parcourir des distances importantes pour s’acquitter de leur tâche, ce qui réduit le temps qu’elles peuvent consacrer à l’éducation, au travail ou aux loisirs, et perpétue le cycle de la pauvreté. Elles s’exposent également à de nombreux dangers lors de leurs déplacements.
Une question de dignité
Même chez nous, au Canada, l’accès à des toilettes propres et sécuritaires peut s’avérer un défi. Pensons notamment aux femmes sans-abris, qui doivent faire face à des obstacles uniques en matière d’hygiène et de dignité, ou aux personnes porteuses d’un handicap.
En mettant l’accent sur l’amélioration de l’accès à des installations sanitaires adéquates pour tout le monde, et en particulier pour les femmes et les filles, la Journée mondiale des toilettes contribue à sensibiliser à ces questions et à promouvoir des solutions inclusives.
Il s’agit d’une question de dignité, d’égalité des genres et de respect fondamental.
Originaire de Belgique, Julie Gillet est titulaire d’une maitrise en journalisme. Militante éprise de justice sociale, elle travaille depuis près de quinze ans dans le secteur communautaire francophone et s’intéresse aux questions d’égalité entre les genres. Elle tire la force de son engagement dans la convergence des luttes féministes, environnementales et antiracistes. Elle vit aujourd’hui à Moncton, au Nouveau-Brunswick.
Pendant plusieurs années, les gouvernements qui se sont succédé n’ont pas toujours pris conscience de l’importance des investissements publicitaires et de la mécanique derrière ses achats.
Au Québec, le gouvernement a passé un décret en février 1995, promettant d’investir 4 % annuellement au sein des médias communautaires québécois. Cet ajout a permis une plus grande équité envers la population, permettant la diffusion de message publicitaire dans l’ensemble des régions pour que les résidents des villes et des régions puissent avoir accès à ses messages d’intérêt public.
Au sein du gouvernement fédéral, il n’existe aucune mesure de la sorte et les Canadiennes et Canadiens, de partout au pays, se sont retrouvés avec des budgets publicitaires profitant à des entreprises étrangères, provoquant une sortie des capitaux au lieu de créer des emplois et des services dans nos communautés.
Cette mesure d’établir un seuil minimum de l’investissement publicitaire gouvernemental vers les médias communautaires de partout au pays devrait s’imposer sur la scène fédérale.
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C-18 manque de sens pratique
Le gouvernement Trudeau semble impuissant, sans véritable plan, ni de connaissance du terrain.
Le projet de loi C-18 est un bel exemple. Le principe derrière cette loi est noble, mais la belle naïveté de croire qu’un tel projet allait rapidement et concrètement se mettre en place provient d’une déconnexion totale du terrain. Oui, il y a eu des concertations, mais l’idée du gouvernement Trudeau manquait visiblement d’un sens pratique et d’une vision des conséquences.
Tout en restant solidaires du principe derrière C-18, nous constatons que le gouvernement n’avait pas pensé aux conséquences que peuvent avoir des médias locaux et sa population qui a souvent besoin de l’information rapidement, dans des situations d’urgence, telles que des inondations ou des feux de forêt.
Nous avons salué le gouvernement fédéral et certaines provinces ainsi que certaines municipalités d’avoir décidé d’arrêter d’investir dans Meta, mais il y a eu un manque de planification pour la suite. Chaque jour, les stations de radios communautaires au pays reçoivent des commentaires de la part de leurs auditeurs et lecteurs qui demandent pourquoi les médias ne sont plus sur Facebook et Instagram. Les stations ont des messages en ondes, mais de là à avoir à expliquer continuellement C-18, démontre toute la faiblesse du plan.
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Campagne de sensibilisation urgente
Nos deux associations, représentant 65 stations de radio au pays, demandent plus que jamais qu’une campagne de sensibilisation auprès de la population soit mise en place.
Nos deux associations ont d’ailleurs eu des conversations avec des députés de partout au Canada, qui questionnent eux-mêmes leurs actions. «On a peut-être agi trop rapidement», nous disent certains. À preuve, à voir certains partis politiques et élus à continuer à investir argent et temps dans les plateformes de Meta, on se retrouve avec des réflexes qui perdurent. Certains élus préfèrent encore continuer à nourrir Facebook que de communiquer avec leurs médias locaux qui, pourtant, représentent l’intérêt du public.
Les stations de radio communautaire sont devenues, dans les dernières années, des producteurs importants de nouvelles locales autant à la radio que par l’écrit grâce au Web. Les plateformes de Meta permettaient de rendre le contenu plus accessible, surtout lorsqu’il y avait des situations d’urgence climatique.
À la veille de la menace de Google d’imiter son collègue de Meta, il est plus que temps que le gouvernement fédéral se penche sur des actions et les moyens à prendre. Nos collectivités francophones hors Québec et les communautés de partout au Québec veulent continuer à s’entendre et à avoir accès à de l’information de proximité.
Soyons tous conséquents, prenons les actions qui s’imposent.
Fondée en 1991, l’Alliance des radios communautaires du Canada (ARC du Canada) regroupe 28 radios communautaires de langue française en situation de minorité au pays. L’Association des radiodiffuseurs communautaires du Québec (ARCQ) a été fondée en 1979 et compte 37 membres. Les stations membres de ses deux associations emploient près de 600 employés avec un chiffre d’affaires de plus de 30 millions de dollars et un auditoire combiné dépassant largement le 1 00 000 d’auditeurs chaque semaine, selon les données et plus récentes études de StatsRadio.
C’est le premier ministre britannocolombien de l’époque, Gordon Campbell, qui a instauré cette mesure environnementale en 2008. Pourtant rien n’indiquait jusqu’alors qu’il était un ardent défenseur de l’environnement.
Il était à la tête du Parti libéral de la Colombie-Britannique, un parti connu pour ses positions de centre-droite, pour ne pas dire de droite. Il avait réduit les impôts, éliminé le déficit de la province, notamment en sabrant dans les dépenses, et il appuyait sans réserve le libre-échange.
Avant de se lancer en politique provinciale, il avait été maire de Vancouver. Là aussi, il était davantage connu pour ses réalisations économiques qu’environnementales.
Bref, l’environnement ne faisait pas partie de ses priorités.
Un leadeurship assumé
Pourtant, la lutte aux changements climatiques deviendra une cause personnelle pour le premier ministre.
Gordon Campbell raconte qu’un voyage en Chine en 2006, durant lequel il a été témoin des ravages causés par la pollution, lui a fait prendre conscience de l’importance d’agir pour lutter contre les changements climatiques.
En moins d’un an, une nouvelle taxe – la taxe carbone – allait être annoncée, adoptée et mise en œuvre dans la province.
À l’automne 2007, le gouvernement Campbell fait part de son intention d’adopter cette taxe. Les détails seront dévoilés lors du budget de février 2008. La nouvelle taxe entrera en vigueur rapidement, en juillet 2008.
Durant toute cette période, le premier ministre a travaillé à expliquer sa réforme à la population et aux milieux d’affaires ainsi qu’à mobiliser l’ensemble de son conseil des ministres pour faire avancer cette initiative.
Bien que l’opinion publique et les milieux d’affaires aient été favorables à la lutte au changement climatique, la taxe sur le carbone a néanmoins suscité des inquiétudes.
Le gouvernement a eu cependant le bon instinct de mettre en place une taxe «fiscalement neutre». Cette idée viendra des consultations menées avec divers groupes.
Les revenus supplémentaires obtenus par la taxe carbone sont donc remis aux contribuables, principalement par des baisses d’impôt. Ce faisant, le gouvernement ne pourrait pas être accusé de percevoir plus d’argent auprès des contribuables.
Mais il y a quand même eu de l’opposition. Les habitants des régions éloignées étaient particulièrement préoccupés par les couts supplémentaires que pourrait engendrer cette nouvelle taxe.
Ces inquiétudes étaient non fondées, mais elles ont été appuyées par le Nouveau Parti démocratique de la Colombie-Britannique qui, dans la foulée, pensait pouvoir réaliser des gains électoraux.
Il a échoué. Gordon Campbell et le Parti libéral ont été réélus en 2009, et la taxe sur le carbone est toujours en vigueur aujourd’hui dans cette province.
Les leçons à tirer
L’histoire de la taxe carbone de la Colombie-Britannique est intéressante, car elle offre plusieurs éléments de réflexion pour comprendre les effets de la récente décision du gouvernement Trudeau de suspendre temporairement l’application de sa taxe carbone sur le mazout, un combustible très polluant.
Le premier de ces éléments est le fait qu’une taxe n’est jamais populaire. C’est d’ailleurs pour cela qu’elle fonctionne. Si on veut modifier le comportement des consommateurs, il faut s’attaquer aux prix.
Une taxe carbone augmente donc le cout d’utilisation de biens qui provoquent des dommages environnementaux. On espère ainsi que les consommateurs seront sensibles à cette augmentation de prix et modifieront leurs comportements en conséquence.
À cause de son impopularité, une taxe sur le carbone doit être mise en œuvre avec un plan d’acceptabilité sociale. Les libéraux fédéraux n’ont jamais réussi à convaincre la population qu’ils en avaient un.
Est-ce qu’ils auraient pu faire mieux? L’exemple de la Colombie-Britannique semble dire que oui.
Deuxièmement, il est important de présenter un plan de lutte au changement climatique qui est susceptible de produire les effets désirés.
Plusieurs études faites depuis l’instauration de la taxe carbone en Colombie-Britannique ont rapidement montré que celle-ci a mené à une réduction des émissions de gaz à effet de serre tout en préservant la croissance économique.
La taxe carbone fédérale existe maintenant depuis 2019, mais on peine à en voir les retombées. Les émissions de gaz à effet de serre continuent à augmenter au pays.
Les causes de cette augmentation sont nombreuses, mais comme le notait récemment le commissaire à l’environnement et au développement durable, plusieurs questions subsistent quant à l’atteinte des cibles de réduction des émissions. Bien des Canadiens, ne voyant pas de résultats tangibles, pourraient ainsi se demander si la taxe carbone est vraiment une bonne idée.
Troisièmement, Gordon Campbell avait fait preuve d’un très grand leadeurship. La lutte au changement climatique était devenue sa priorité. Ses actions l’ont démontré.
Jusqu’à tout récemment, le Parti libéral du Canada faisait de la protection de l’environnement l’un des piliers de son programme. Mais en décidant de ne pas défendre bec et ongles sa taxe sur le carbone, c’est-à-dire en permettant des exceptions, Justin Trudeau a semé le doute.
Ce gouvernement est-il encore prêt à se porter à la défense de l’environnement? Ce ne semble plus être le cas.
Une fédération ingouvernable?
Il existe cependant une très grande différence entre la Colombie-Britannique et le gouvernement fédéral.
Gordon Campbell était à la tête d’une province qui compte environ cinq-millions d’habitants, alors que Justin Trudeau dirige un État de 40 millions d’habitants regroupant dix provinces, trois territoires et des milliers de municipalités.
Gouverner une fédération peut devenir rapidement très complexe, surtout lorsqu’il s’agit d’établir des consensus entre les différentes régions du pays.
En faisant une exception pour le mazout, Justin Trudeau vient peut-être tout simplement nous dire qu’un programme national de lutte aux changements climatiques est impossible à mettre en œuvre au Canada.
Cependant, si nous croyons à la faisabilité d’une action concertée de toutes les provinces et tous les territoires, ce serait à nous de le dire, à Justin Trudeau et à tous les autres chefs de parti politique.
Geneviève Tellier est professeure à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa. Ses recherches portent sur les politiques budgétaires des gouvernements canadiens. Elle commente régulièrement l’actualité politique et les enjeux liés à la francophonie dans les médias de tout le pays.
Le 20 octobre 2023, le gouvernement du Parti saskatchewanais a adopté un projet de loi baptisé «Déclaration des droits des parents» ou «Parents’ Bill of Rights». Cette loi fait suite à une directive en éducation prévoyant qu’une école doit consulter les parents avant d’utiliser de nouveaux pronoms ou un nouveau nom pour leur enfant.
Cette mesure législative prévoit aussi que les parents doivent être avertis deux semaines à l’avance lorsque la santé sexuelle sera abordée en classe, et ce, afin qu’ils puissent retirer leur enfant de ces cours.
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Ces éléments sont inclus dans la nouvelle loi, aux côtés d’autres «droits» de consultation, d’information et de décision.
Un contexte constitutionnel et politique éclairant
Toutefois, le contexte et la manière d’adopter cette loi en disent beaucoup sur ce qu’elle doit véritablement accomplir.
Le 28 septembre, l’organisme saskatchewanais UR Pride, soutenu par l’organisme pancanadien Égale, a obtenu une injonction de la Cour du Banc du Roi quant à l’application de cette directive. Ces organismes visaient à protéger les droits des personnes 2ELGBTQIA+ en contestant la constitutionnalité de la directive.
Or, dès la loi adoptée, la Saskatchewan a annulé la directive contestée en cours. La province tentait de ce fait d’annuler les procédures judiciaires.
À la suite de cette injonction, le gouvernement a annoncé qu’il rappellerait l’Assemblée législative pour une session d’urgence, avant la session d’automne. Il cherchait ainsi à contourner le processus parlementaire habituel pour une question qui ne relève aucunement de l’urgence.
La loi elle-même incluait le recours à la clause dérogatoire de la Charte canadienne des droits et libertés, ce qui contourne le processus habituel d’adoption et de contestation des lois.
Le discours du trône du 25 octobre n’a pas fait mention de cette nouvelle loi, mais est rempli d’allusions au rôle néfaste que jouerait le gouvernement fédéral, qui devient un bouc émissaire pour les problèmes que le gouvernement provincial n’a pas pu, su ou tenté de résoudre.
On voit ainsi un refus de l’autorité des tribunaux, un mépris pour les processus législatifs, ainsi qu’une attaque contre un gouvernement vu comme un rival. Toute une vision de la politique est mise en œuvre avec cette nouvelle loi.
Une Charte contestée
L’intitulé de la mesure législative «Bill of Rights» n’est pas innocent. Il renvoie à l’ancêtre de la Charte canadienne des droits et libertés. Une Déclaration sous forme de loi peut être aisément transformée et annulée par le gouvernement. Au contraire, une charte enchâssée dans une constitution doit passer par plusieurs étapes.
Pour cette raison, l’adoption de la Charte canadienne des droits et libertés en 1982 n’a pas été aisée. Lors des négociations constitutionnelles de 1980-1981, les premiers ministres provinciaux s’y opposaient.
La première ministre de la Grande-Bretagne de l’époque, Margaret Thatcher, aurait même cherché un avis pour savoir si elle était en position de l’empêcher. Après tout, la loi constitutionnelle canadienne était jusqu’à ce moment une loi du Parlement britannique.
La disposition dérogatoire a répondu à la peur qu’avaient plusieurs politiciens de mettre les décisions dans les mains des juges. Elle permet en effet aux gouvernements de maintenir une loi en vigueur malgré un jugement de la Cour Suprême qui affirmerait que la mesure législative contrevient à la Charte.
Mais cette disposition devait aussi avoir ses limites et être une mesure exceptionnelle afin de protéger les populations vulnérables.
Depuis, le recours à la Charte est devenu une stratégie politique. On a critiqué la juridicisation de la politique qu’elle a entrainée, c’est-à-dire le fait de remettre à la Cour des décisions qui devraient plutôt revenir au gouvernement.
Toutefois, on peut tout aussi bien voir dans le refus de certains gouvernements de légiférer et de plutôt attendre un jugement de la Cour une manière d’éviter à devoir payer aux urnes le cout de politiques plus inclusives.
Une attaque ciblée contre les droits
L’usage de la disposition dérogatoire en Saskatchewan en octobre 2023 répète une expérience québécoise au moment de l’adoption de la loi 21. Dans les deux cas, le recours à la disposition s’est fait dans le texte même de la loi, de manière préventive.
Par un tel recours, le gouvernement reconnait tacitement qu’il contrevient aux droits des personnes affectées par la loi.
Cette attaque contre les droits des enfants a d’ailleurs poussé l’une des commissaires des droits de la personne de la province à démissionner.
Ce recours marque plus encore. L’on s’attendait à ce que les gouvernements qui invoquent la disposition soient vus d’un mauvais œil par l’électorat.
Ces deux exemples nous montrent des gouvernements qui courtisent plutôt un certain vote et qui comptent sur le fait d’être récompensés par la majorité pour cette violation des droits de minorités ciblées.
C’est que l’emploi de la disposition ne se fait pas dans un milieu neutre. Dans les deux cas, il suit de longues campagnes de démonisation de groupes minoritaires et une montée des discours islamophobes et antiimmigrants au Québec pour la loi 21, et transphobes et homophobes en Saskatchewan pour la loi sur les «droits des parents».
La menace autoritaire
Les processus législatifs et politiques en place sont déjà fort insuffisants pour défendre les droits de groupes minoritaires et surtout des plus vulnérables.
Combattre cette loi et critiquer les étapes qui ont mené à son adoption devient alors nécessaire non seulement pour défendre les enfants et leurs droits, mais aussi se défendre contre la menace autoritaire.
Les droits enchâssés dans la Charte canadienne, comme dans plusieurs déclarations internationales, sont un outil qui vise à limiter le pouvoir de la majorité et la capacité d’un gouvernement à retourner cette loi contre des minorités pour son gain.
Ils sont loin d’être parfaits, mais ils permettent une participation active de la population au moment de la contestation.
En empêchant cette participation même minimale, le gouvernement de la Saskatchewan se place au-delà des lois et refuse que la population puisse avoir son mot à dire sur les lois qui la touchent directement.
Cette participation est encore plus importante lorsqu’une loi cible une population aussi précise et aussi vulnérable.
Jérôme Melançon est professeur agrégé en études francophones et interculturelles ainsi qu’en philosophie à l’Université de Regina. Ses recherches portent notamment sur la réconciliation, l’autochtonisation des universités et les relations entre peuples autochtones et non autochtones, sur les communautés francophones en situation minoritaire et plus largement sur les problèmes liés à la coexistence. Il est l’auteur et le directeur de nombreux travaux sur le philosophe Maurice Merleau-Ponty, dont «La politique dans l’adversité. Merleau-Ponty aux marges de la philosophie» (Metispresses, 2018).
Au début d’octobre, j’ai eu l’occasion de me rendre en Louisiane pour aider la jeune équipe du Louisianais à lancer son média numérique francophone. Les membres de l’équipe du journal se donnent le mandat d’écrire en français louisianais – et ils y tiennent – pour assurer la pérennité de leur langue et de leur culture.
Ils vont même plus loin en faisant paraitre certains articles en créole louisianais. L’article Ki çé Kouri-Vini? est le premier texte publié entièrement dans cette langue sur le site du journal.
L’article s’amorce ainsi : «Ent 1791 é 1815, dê mil zimmigran ki sòr ansyin kolonni-la de Sin-Doming, ça yé pèl Ayiti ojòddi, té rivé endan Lalwizyàn.» Vous comme moi, en lisant à voix haute, pouvons comprendre qu’entre 1791 et 1815, deux-mille immigrants de l’ancienne colonie de Saint-Domingue, qui s’appelle Haïti aujourd’hui, sont arrivés en Louisiane.
Choisir de publier en français et créole louisianais est un geste d’affirmation clairement indiqué dans la mission du journal :
«Le français louisianais est un dialecte régional du français, porteur d’une culture forte et rassembleuse, mais aussi immergé dans une mer anglophone qui menace sa survie. […] Le Louisianais met également en valeur le créole louisianais, une de nos langues patrimoniales, en couvrant des histoires sur la communauté créolophone ou en rédigeant des articles en créole louisianais.»
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Symbole d’une résistance
La réalisation de ce projet montre la résilience, ou plutôt la résistance, du peuple cajun au cours du dernier siècle.
En 1812, lors de son annexion aux États-Unis, la Louisiane était le seul État américain où l’anglais n’était pas la langue de la majorité. Le français est même demeuré langue majoritaire jusqu’en 1940.
Mais, en 1921, la nouvelle constitution de la Louisiane stipulait que l’anglais devenait la seule langue d’usage enseignée à l’école publique, interdisant ainsi l’enseignement du français, du créole et des langues autochtones. C’était le début d’une lente assimilation.
Cent ans plus tard, malgré ces tentatives d’assimilation, la Louisiane compte environ 200 000 personnes qui parlent le français ou le créole.
Aujourd’hui, les Franco-Louisianais ont leur journal, mais ils ont aussi leur chaine de télévision, Télé-Louisiane, et ils ont accès à des programmes en français à l’Université de la Louisiane.
Cent ans plus tard, des parents font des pieds et des mains pour fonder des écoles d’immersion française où l’on y enseigne le français de la Louisiane. Aujourd’hui, il y aurait 5 000 enfants qui apprennent la langue de leurs ancêtres.
Tout ça existe parce que des gens ont le désir profond de pouvoir vivre dans leur langue et leur culture et parce qu’ils se donnent les moyens de le faire.
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Parler français sans s’excuser
Au-delà des institutions officielles, le français se vit aussi en communauté et sans jugement.
Pendant mon court séjour à Lafayette, j’ai rencontré des gens natifs de la région qui renouent avec la langue de leurs parents ou de leurs grands-parents. Au cours de ces conversations, personne ne s’est excusé de ne pas parler «un français sans faute».
Ils ont cette fierté de pouvoir parler une langue qui trouve racine dans leur histoire, dans leur identité. Ils sont conscients qu’elle a évolué dans une direction bien à elle, qu’elle est différente du français normatif. Mais qu’importe, ils vont de l’avant et parlent français, point final.
On est loin du «sorry, my French is not good enough» qui s’entend trop souvent au Canada.
L’identité franco-louisianaise ne passe pas que par la langue. En fait, savoir s’exprimer en français n’est même pas un prérequis. L’identité s’exprime par la culture, la musique et la cuisine ; elle passe par la danse, le zydeco et le gombo. C’est là la recette secrète pour gagner le cœur des gens.
Contrairement à ce que nous vivons ici, le français de la Louisiane n’est pas politisé. Il ne divise pas. La langue et la culture se vivent par choix et surtout avec plaisir.
Nous devons nous inspirer de cette fierté et ignorer le jugement d’autrui, cesser de nous empêcher de reconnecter avec qui nous sommes, et nous exprimer sans nous excuser.
«Sans justice, il ne peut y avoir de paix.» C’est par ces mots que le révérend Mitri Raheb, docteur en théologie et recteur de l’Université Dar Al-Kalima de Bethléem, concluait son message envoyé aux participants du congrès «Land, People and Culture» auquel j’ai participé il y a quelques semaines.
Ce message nous informait que tous les conférenciers étaient parvenus à rentrer à bon port et que Bethléem était coupé du monde par le blocage des sorties de la ville instauré par l’armée israélienne, comme toutes les autres villes de la Cisjordanie occupée.
Aucune justification
Rien ne justifie les atrocités commises par le Hamas.
Rien.
Même pas les souffrances, nombreuses, atroces et injustifiables, subies par le peuple palestinien depuis 75 ans.
Même pas le fait que la bande de Gaza, avec ses 2,2 millions d’habitants sur 365 km2 (à titre de comparaison, le Grand Sudbury, en Ontario, fait 3 228 km2!), ait été transformée en prison à ciel ouvert depuis le blocus imposé par Israël en 2007.
Même pas la résistance à l’oppression. Il ne faut pas salir l’esprit de la résistance, un acte notable qui n’a rien à voir avec des attaques sauvages et délibérées sur des civils.
Rien ne justifie le siège décrété par les autorités israéliennes de la bande de Gaza et les nombreuses violations du droit international humanitaire commises par les forces de l’État hébreu depuis une semaine.
Cette spirale de violence, dans laquelle Tel-Aviv est tombée, le piège grossier tendu par le Hamas, ne mènera à rien. Elle ne fera revenir ni les morts ni les otages. Elle ne sert qu’à alimenter la haine et à former une nouvelle génération de militants qui, à leur tour, prendront les armes.
Elle souligne cependant un premier point fondamental à comprendre : le fait que les actes abjects commis de part et d’autre relèvent d’une logique fondamentaliste religieuse. Ce que l’on voit à l’œuvre, c’est l’odieuse loi du Talion.
Il s’agit d’une très ancienne ineptie que l’on retrouve déjà à l’époque de Babylone, que les rédacteurs de la Torah, le Pentateuque pour les chrétiens, ont reprise à leur compte, et qui sera logiquement reprise dans le Coran. D’où une première porte de sortie : exclure tous discours et acteurs religieux des discussions.
Rentrer dans la modernité
On n’en serait pas là si, depuis deux décennies, les fondamentalistes religieux des deux côtés ne menaient pas le bal.
Le Hamas s’est évertué depuis plus de 30 ans à voiler les femmes palestiniennes et à défendre un projet politicoreligieux néomédiéval qui n’a aucun intérêt pour penser le politique ni la paix, au XXIe siècle.
Les fondamentalistes religieux juifs ont de leur côté durablement affaibli Israël, aujourd’hui une société profondément divisée. D’une part, il y a une majorité (encore) d’Israéliens qui travaillent, se comportent en citoyens modernes, débattent et souhaitent une solution politique.
D’autre part, il y a des communautés ultraorthodoxes qui passent leurs journées à étudier les textes religieux et qui ne contribuent que très peu à l’édification d’un pays, ni en travaillant, ni en payant des impôts, ni en faisant le service militaire.
Dire que les tensions en Israël entre ces groupes sont fortes serait un euphémisme.
Le problème c’est qu’au fil du temps, ces communautés ultraorthodoxes se sont installées dans le paysage politique israélien et que leurs partis servent de forces d’appoint aux gouvernements successifs dirigés par Nétanyahou.
Le signal était pourtant clair
Le monde aurait dû comprendre que la situation avait atteint un point de non-retour il y a près d’un an quand le gouvernement Nétanyahou VI a nommé le chef du Parti sioniste religieux, Bezamel Smotrich, comme ministre des Finances et le chef du parti Force juive, Itamar Ben Gvir – qui, précisons-le, n’a jamais fait son service militaire –, comme ministre de la Sécurité nationale.
Ces deux sinistres personnages d’extrême droite ne sont en fait que les deux faces d’une même pièce de monnaie avec le Hamas.
Smotrich est un suprémaciste juif défendant ouvertement la ségrégation (qui, de toute façon, est un fait accompli, comme j’ai pu le constater en Cisjordanie et en Israël pendant une semaine) et souhaitant l’annexion pure et simple des territoires palestiniens.
Quant à Ben Gvir, il s’agit d’un multirécidiviste dont on ne compte plus les condamnations notamment pour racisme, et dont le président israélien Isaac Herzog disait en novembre dernier que «le monde entier s’inquiétait de ce personnage».
Eh bien non, M. Herzog, le monde ne s’en est pas inquiété!
Les Occidentaux se sont entêtés dans leur soutien inconditionnel au premier ministre Nétanyahou, malgré toutes les bavures des derniers mois.
Parmi ces bavures, deux doivent être soulignées.
Premièrement, il y a les changements législatifs visant à diminuer le rôle de la Cour suprême israélienne. Primo, ces changements témoignent de l’effacement de la démocratie israélienne (déjà parcellaire) et secundo ils ont affiché au grand jour la coupure claire et nette du pays en deux.
Deuxièmement, la présence de ces extrémistes, de ces fondamentalistes messianiques, au gouvernement a poussé Nétanyahou à se concentrer uniquement sur la Cisjordanie, l’objet des convoitises de ces colons, et donc à ignorer tous les signes avant-coureurs de ce qui se tramait à Gaza, y compris les avertissements de l’Égypte.
Laisser la place aux gens de raison pour négocier la paix
Dès le premier jour, toutes les voix israéliennes de la raison ont souligné la responsabilité immense que Nétanyahou portait dans cette effroyable catastrophe.
Un sondage mené pour le compte du Jerusalem Post confirme qu’un nombre écrasant d’Israéliens (65 % des répondants) sont de cet avis. Et 56 % des répondants pensent que Nétanyahou doit démissionner.
Ce serait la moindre des choses.
Ce n’est pas tant pour le fait qu’il a ignoré les avertissements, déjà en soi un acte criminel, que pour ses politiques absolument calamiteuses des 20 dernières années qui ont conduit Israël au bord du gouffre, qui nous ont éloignés comme jamais de la paix.
Il se trouve en Israël, encore, bien des personnes de bonne volonté et raisonnables, des personnes qui savent que non seulement une paix est possible, mais qu’elle constitue la seule voie de sortie.
Des personnes qui savent que la colonisation des terres palestiniennes au profit d’illuminés religieux ne peut pas continuer.
Des personnes qui savent que la solution vient du dialogue avec leurs voisins palestiniens et non de Washington.
Des personnes qui savent qu’ériger des murs ne garantit pas la paix.
Il se trouve en Palestine, encore, plein de personnes de bonne volonté et raisonnables, qui veulent la paix.
Des personnes qui savent que les Israéliens juifs sont là pour de bon et qu’il faudra coexister.
Des personnes qui savent que la coexistence est possible puisqu’elles la vivent au quotidien ; à Bethléem où Arabes musulmans, protestants et catholiques vivent ensemble et étudient ensemble ; à Majdal Shams où Druzes, chrétiens et musulmans survivent ensemble.
Des personnes qui savent qu’il faut commencer par nettoyer dans sa cour et se trouver un président digne de ce nom (il est plus que temps que le président palestinien Abbas prenne sa retraite).
Des personnes qui savent que ni l’Égypte, ni aucun autre État arabe, ni l’Iran ne se soucient réellement d’eux et que seul un processus local par des acteurs locaux non inféodés sera à même d’aboutir à une paix pérenne.
Ces personnes raisonnables savent aussi qu’il faut en finir avec les chimères des plans de partage. C’était inique en 1947 ; c’était ridicule à Oslo en 1995 ; cela ne sera pas plus censé demain.
La Palestine n’est pas un gruyère. Les ressources en eau sont trop rares pour envisager un partage territorial. Il faudra penser une solution à un État avec des mécanismes de partage du pouvoir. Les exemples sont nombreux. Ce n’est pas une solution idéale, mais c’est la moins pire.
Sans justice, sans égalité, sans liberté pour toutes et tous, entre toutes et tous, il ne peut y avoir de paix.
Aurélie Lacassagne est politicologue de formation et doyenne des Facultés de sciences humaines et de philosophie de l’Université Saint-Paul à Ottawa. Elle est membre du Comité de gouvernance du Partenariat Voies vers la prospérité.
Pierre Poilievre a beau répéter ad nauseam que le gouvernement Trudeau est responsable de la hausse du cout de la vie, non seulement déforme-t-il la réalité, mais les solutions qu’il propose sont loin d’être convaincantes.
Cela ne veut pas dire que le gouvernement libéral ne porte pas sa part de blâme, notamment en ce qui concerne l’abordabilité du logement. L’entrée massive d’immigrants, de travailleurs temporaires et de demandeurs d’asile depuis un an et demi et le financement inadéquat du logement abordable contribuent à la crise.
Sur ce dernier point, la situation dure depuis des décennies. C’est le gouvernement conservateur de Brian Mulroney qui a sabré les dépenses fédérales en logement dans les années 1980 et au début des années 1990.
Depuis, aucun gouvernement, ni libéral ni conservateur, n’a investi des sommes conséquentes dans le logement au pays.
En huit ans au pouvoir, le gouvernement Trudeau aurait certainement eu l’occasion d’en faire davantage, mais cela n’a jamais été une priorité avant cet automne.
Les gouvernements successifs ont été bien contents de laisser la responsabilité financière de bâtir des logements aux ménages. Dans un contexte de tendance à la baisse des taux hypothécaires depuis vingt ans, le Canada a développé l’une des plus importantes bulles immobilières de tous les pays de l’OCDE.
Aujourd’hui, la hausse rapide et probablement durable des taux d’intérêt menace l’accès au logement, et ni le compte d’épargne libre d’impôt pour l’achat d’une première propriété (CELIAPP) ni l’abolition de la taxe sur les produits et services sur les logements locatifs ne permettront de renverser la tendance à court terme.
Laisser la place aux promoteurs
La solution présentée par les conservateurs au problème est simpliste et, contrairement à ce qu’ils répètent sans cesse, est loin de relever du gros bon sens.
Elle se résume ainsi : les procédures administratives sont trop nombreuses et limitent la capacité des promoteurs à construire de nouveaux logements. Il faut donc réduire la taille du gouvernement (de la Société canadienne d’hypothèques et de logement) et contraindre les villes à accélérer l’émission de permis de construction.
Réduire la taille du gouvernement est une vieille rengaine de la droite populiste qui, si elle permet de réduire les dépenses gouvernementales, ne rend pas les fonctionnaires plus efficaces.
Retenir les transferts aux municipalités en échange d’accorder plus rapidement des permis de construction semble encore moins bien avisé quand les villes peinent déjà à boucler leur budget.
Les conservateurs fédéraux devraient tirer des leçons de la débâcle de la ceinture de verdure de Toronto.
Le gouvernement de Doug Ford tenait un discours très semblable à celui de ses collègues conservateurs à Ottawa avant qu’un rapport de la vérificatrice générale de l’Ontario ne révèle le copinage entre des membres de son cabinet et des promoteurs immobiliers.
Plutôt que d’encourager le développement d’habitations dans la ceinture de verdure, le gouvernement Ford a plutôt annoncé cette semaine qu’il faisait marche arrière et protègerait à nouveau le territoire.
Il y a de bonnes raisons pour lesquelles les villes possèdent des comités responsables de l’urbanisme et qu’on ne laisse pas le soin aux promoteurs privés de construire à leur guise.
Les conservateurs fédéraux ont cependant raison de montrer du doigt le cout des permis et des taxes des villes comme frein à la construction, mais s’ils veulent s’attaquer à ce problème, c’est du côté de la fiscalité municipale qu’il faut regarder.
Les villes dépendent essentiellement des taxes foncières pour se financer. Sans révision de la fiscalité des municipalités et des transferts conséquents des provinces et du fédéral, les villes devront continuer à se financer en taxant les propriétaires et les promoteurs.
S’attaquer à la taxe carbone
L’autre angle d’attaque des conservateurs consiste à accuser les libéraux de faire augmenter les prix au pays avec la taxe carbone.
Soyons clairs, l’inflation exceptionnelle que connait le Canada depuis deux ans n’a à peu près rien à voir avec les politiques fédérales. Ce sont principalement des facteurs extérieurs qui ont fait grimper et qui continuent de faire grimper les prix.
Et parmi les causes de l’inflation sur lesquelles le gouvernement fédéral a un tant soit peu d’emprise, la taxe sur le carbone a une incidence marginale.
Pour l’instant, l’essentiel de la taxe carbone est retourné aux contribuables sous forme de transferts ou de crédits d’impôt et est donc en moyenne à cout nul pour le consommateur.
Il est cependant vrai que, d’ici 2030, les différentes tarifications du carbone feront augmenter de 25 à 30 ¢ le prix du litre d’essence. D’ici là, l’électrification des transports devrait avoir beaucoup avancé, ce qui diminuera les répercussions de la taxe carbone sur le portefeuille des ménages.
On peut être d’accord ou non avec la stratégie déployée par le gouvernement Trudeau pour limiter les émissions de gaz à effet de serre, mais de dire que la taxe sur le carbone est responsable de l’inflation est au mieux une exagération grossière, au pire un argument fallacieux.
Peut-être que ce genre de lignes d’attaque fonctionne dans l’opposition et permettra aux conservateurs de prendre le pouvoir, mais il faudra faire beaucoup mieux comme politiques économiques s’ils remportent les élections fédérales dans les 18 prochains mois. Sans quoi, les Canadiens risquent de continuer à souffrir tant des couts élevés du logement que de l’inflation en général.
David Dagenais est journaliste économique indépendant et entrepreneur. Auparavant, il a été journaliste à Radio-Canada après avoir mené des études supérieures en économie politique à l’Université du Québec à Montréal et à l’Université d’Ottawa.