le Samedi 14 février 2026

Directement du frigo à la poubelle. Les ménages canadiens jettent en moyenne 140 kg de nourriture par an, soit l’équivalent de 1300 dollars. Tels sont les résultats d’une enquête menée par le Conseil National Zéro Déchet.

Selon une autre étude de l’organisme Deuxième récolte, 11,2 millions de tonnes d’aliments comestibles sont gaspillées chaque année au pays.

Pour en finir avec le gaspillage alimentaire, des voix s’élèvent pour que le gouvernement fédéral revoie la pratique des dates de péremption «meilleur avant».

«La mauvaise compréhension de cet étiquetage entraine beaucoup de gaspillage, assure Lori Nikkel, directrice générale de Deuxième Récolte. Les consommateurs considèrent ces dates comme des suggestions de “jeter après”.»

Le gaspillage alimentaire partout dans le monde

L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) estime qu’un tiers de la production alimentaire dans le monde est perdu ou gaspillé, soit 1,3 milliard de tonnes par an. Le cout estimé est de 750 milliards de dollars par an.

Pour Pascal Thériault, économiste à l’Université McGill de Montréal, la tendance est néanmoins en train de changer : «Avec la hausse du cout de la vie et l’augmentation du prix du panier d’épicerie, les consommateurs font de plus en plus attention.»

Au Canada, le gouvernement fédéral s’est fixé pour objectif de réduire de moitié le gaspillage alimentaire d’ici à 2030.

Lori Nikkel est directrice générale de l’organisation Deuxième Récolte. 

Photo : Courtoisie

Confusion autour du «meilleur avant»

La mention «meilleur avant» ne signifie pas nécessairement que les aliments représentent un risque pour la santé et ne sont plus comestibles une fois la date dépassée, insiste Lori Nikkel.

«Ça se réfère avant tout à un niveau de fraicheur maximale et de qualité d’un produit non ouvert», explique-t-elle.

«Ça entraine beaucoup de confusion, car le “meilleur avant” ne veut pas dire la même chose selon le type d’aliments. Ce n’est pas toujours un enjeu de salubrité et de sécurité alimentaire», confirme Pascal Thériault, agronome et économiste à l’Université McGill de Montréal.

La loi oblige les fabricants à afficher des dates de péremption uniquement sur les produits périssables dont la durée de conservation est inférieure ou égale à 90 jours. Entrent notamment dans cette catégorie les œufs, les produits laitiers et ceux contenant des viandes.

Aux yeux de Christine Jean, vice-présidente du Conseil de la transformation alimentaire du Québec (CTAQ), cet étiquetage est «pertinent» pour un morceau de viande très périssable, pour lequel le «risque de contamination bactérienne est important».

En revanche, pour un yogourt, elle estime que ça l’est beaucoup moins : «Il peut se manger longtemps après, il n’est pas impropre à la consommation. Ce sont seulement le gout et la texture qui changent tranquillement.»

Les autres denrées, qui ne sont pas susceptibles de se gâter avant 90 jours, n’ont pas besoin de date de péremption.

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«Mieux préciser l’étiquetage»

«Et pourtant, nous en avons partout. J’en ai même vu sur du sel, de l’eau ou du vinaigre, c’est une aberration, regrette Lori Nikkel. Trop souvent, les fabricants en ajoutent sur leurs emballages alors même qu’ils n’y sont pas tenus.»

Pascal Thériault est agronome et économiste à l’Université McGill de Montréal.

Photo : Courtoisie

«Certains distributeurs font carrément retirer les produits secs des tablettes de supermarché quand la date de péremption approche pour faciliter la rotation des stocks», révèle Pascal Thériault.

Deuxième Récolte propose ainsi de modifier la terminologie en utilisant des expressions comme «consommer avant», «consommer de préférence avant», «date limite de congélation» ou «a meilleur gout avant».

L’idée est d’indiquer le moment où l’aliment peut avoir perdu ses qualités gustatives, sans pour autant représenter un risque sanitaire.

«Il faut mieux préciser l’étiquetage, rendre les formulations plus claires», indique Pascal Thériault.

Un avis que partage Christine Jean : «Il faut y aller par groupe de produits et avoir des mentions qui laissent plus de marges de manœuvre aux consommateurs. Ils sont capables de juger par eux-mêmes.»

Le Comité permanent de l’agriculture et de l’agroalimentaire de la Chambre des Communes semble avoir entendu ces demandes.

Dans son rapport intitulé «L’abordabilité de l’épicerie : un examen de l’augmentation du cout des aliments au Canada», le Comité recommande aux autorités fédérales d’examiner «l’élimination de la date de péremption affichée sur les produits alimentaires et l’impact de cette mesure pour les Canadiens».

«Certaines compagnies pourraient s’opposer à cette suppression. Elles ne voudront pas que leur image soit entachée par des aliments qui perdent certaines de leurs qualités gustatives et nutritives», prévient Pascal Thériault.

Réapprendre à conserver les aliments

Mais les acteurs du secteur sont unanimes : enlever les dates «meilleur avant» ne suffira pas. Réduire le gaspillage alimentaire passera aussi par une meilleure éducation de la population.

Christine Jean est vice-présidente du Conseil de la transformation alimentaire du Québec.

Photo : CTAQ

«Les consommateurs ne sont pas beaucoup informés, on doit mener des campagnes de sensibilisation, y compris dans les écoles», considère Christine Jean.

«Nous achetons souvent trop et les choses se gâtent plus vite. Nous ne savons plus comment gérer et stocker nos aliments de manière sécuritaire», observe de son côté Lori Nikkel. Elle prend l’exemple de la viande : «Si vous mettez votre viande au congélateur, elle ne s’abimera pas et se conservera très longtemps sans danger pour la santé, jusqu’à six mois, voire un an.»

En attendant, l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) a lancé en juin dernier une consultation sur le sujet.

L’organisme fédéral souhaite notamment obtenir des commentaires de l’industrie agroalimentaire sur les mesures pour réduire le gaspillage alimentaire, «y compris la possibilité de revoir la règlementation en matière d’étiquetage de la date de péremption (date “meilleur avant”).»

«Il y a urgence à une époque où l’insécurité alimentaire n’a jamais été aussi forte, alerte Lori Nikkel. Des personnes qui n’ont déjà pas les moyens de se procurer de la nourriture la jettent sur la base d’une date arbitraire.»

La chasse au gaspi est lancée au Royaume-Uni

Depuis septembre 2022, les supermarchés britanniques Waitrose ont supprimé les mentions «meilleur avant» sur près de 500 produits frais, en particulier les fruits et les légumes sous emballage.

Cette mesure «vise à réduire le volume de gaspillage alimentaire des ménages britanniques en invitant les clients à faire preuve de jugement» au moment de décider si un produit est encore consommable.

Cette chaine de supermarchés haut de gamme estime ainsi être en mesure d’économiser l’équivalent de 7 millions de paniers de nourriture de la poubelle.

Rencontre de deux âmes aux sonorités communes

Pochette de l’album Two Lips.

Photo : beaunectar.ca

Le duo Beau Nectar nous offre aujourd’hui Two Lips, un univers électropop au service d’une plume écoféministe inspirante. Beau Nectar c’est la rencontre improbable entre la Fransaskoise Éemi et la Franco-Ontarienne Marie-Clô, deux univers séparés par la distance d’une francophonie bien vivante.

Malgré l’éloignement, les deux auteures-compositrices-interprètes proposent un son solide et accrocheur. Des claviers bien dosés révèlent des mélodies qui nous captivent tout au long de cet opus.

Les prestations vocales d’Éemi et Marie-Clô sont assez puissantes. Elles s’accordent assez bien avec l’univers électronique des claviers, ce qui crée un tout homogène des plus captivants. Les meilleures prestations vocales sont celles de Sous leau, Soleil des loups et Le noyer.

Ce nouveau produit à mi-chemin de la Fransaskoisie et de la Francophonie ontarienne est des plus intéressants et semble être un gage d’un avenir captivant.

Buds
Album : Two Lips

Virtuosité à six cordes

Le guitariste virtuose acadien Shaun Ferguson nous revient avec La lumière de l’ombre – L’ombre de la lumière, un album de contrastes, d’émotions et de réflexions. Ce nouveau disque est un exercice d’exploration de gammes et d’émotions.

Dès les premières notes de Flying Black Crows, on ressent la dualité entre les différents enchainements musicaux proposés. Cette dualité est également palpable dans le fingerpicking Sound Mind et l’air islamique Ressac.

Pochette de l’album La lumière de l’ombre – L’ombre de la lumière.

Photo : Stéphane Lévesque et Gen Diotte

La lumière de l’ombre et L’ombre de la lumière en sont d’autres bons exemples. Dans la première, l’auditeur s’imagine voler au-dessus des grands espaces sauvages du Grand Nord, alors que dans la deuxième, plus saccadée, l’urbain prend toute la place. Je tiens à faire mention spéciale à l’unique chanson de l’album, Heal, qui possède une lourdeur résumant bien le propos du disque.

Dans ce travail d’exploration, Shaun Ferguson réussit à nous garder attentifs aux multiples enchainements musicaux, tout en démontrant la grandeur de son talent. Il passe aisément d’un style plus expérimental à un folk tout en douceur pour finir avec une ballade plus mélancolique.

Le guitariste réussit encore une fois à nous transmettre sa passion pour la guitare. Cet artiste crée un rendez-vous intense avec les auditeurs.

Flying Black Crows
Album : La lumière de l’ombre – L’ombre de la lumière

Un souvenir heureux d’une émotion aux tendances folk

Pochette de l’album La promesse.

Photo : kristinestpierre.com

Déjà six ans que l’album La promesse de l’auteure-compositrice-interprète Kristine St-Pierre a été lancé sur le marché. Cette réflexion sur la vie, l’amour et la mort est toujours du velours à l’écoute.

La pièce titre dresse bien la table. Il s’agit d’un univers folk aux orchestrations solides et efficaces. Du violoncelle au piano, des guitares aux percussions, tout est finement bien dosé pour obtenir l’émotion recherchée.

Kristine St-Pierre y est en plein contrôle de sa voix. Elle est tantôt douce, tantôt enflammée, mais toujours juste afin de nous livrer des textes qui nous interpellent.

Les pièces maitresses de cet opus sont entre autres, Toutes les choses, qui nous parle de l’importance des souvenirs pour se rappeler qui nous sommes, ou encore, Les femmes, qui rend hommage à ces femmes se battant pour leur dignité.

35 000 mots est également un superbe crescendo sur le silence qui pèse lourd dans une relation amoureuse.

L’intensité de la trame musicale rend bien justice au propos. Si je n’te dis plus je t’aime, un cri du cœur sur le mal d’amour, est dévoilé sur une trame de piano remplie de mélancolie. Il est livré avec une profondeur hors du commun.

La promesse est une parcelle de vie sur des mélodies très bien peaufinées. Des orchestrations intenses rendent justice aux émotions de chaque chanson.

Si je n’te dis plus je t’aime
Album : La promesse

Marc Lalonde, dit Lalonde des ondes, est chroniqueur musical depuis plus de 25 ans au sein de la francophonie musicale canadienne et animateur de l’émission radiophonique Can-Rock. Il se fait un malin plaisir de partager cette richesse dans 16 stations de radio à travers le pays chaque semaine.

L’objectif du cadre règlementaire, selon le ministère du Patrimoine canadien, est de préciser quelles plateformes seront soumises à la Loi sur les nouvelles en ligne et le processus d’exemption de négociation avec les médias canadiens.

La Loi s’appliquera aux plateformes qui remplissent les critères suivants :

Afin d’obtenir une exemption de négociation, les plateformes «doivent conclure des accords dans le cadre desquels elles appuient la production diversifiée de nouvelles canadiennes dans les communautés à travers le Canada», peut-on lire dans un communiqué.

Ouverture du dialogue selon le ministère

Patrimoine canadien considère que les plateformes Google et Facebook à elles seules pourraient générer un total de 230 millions de dollars canadiens pour les médias du pays.

La ministre du Patrimoine a présenté le cadre règlementaire de la Loi sur les nouvelles en ligne. 

Photo : Marianne Dépelteau – Francopresse

«Les recettes publicitaires en ligne s’élevaient à 14 milliards de dollars en 2022, dont Google et Meta détiennent une part combinée de 80 %», indique le ministère dans un document d’information.

«La consultation sur les règlements proposés d’aujourd’hui vise à clarifier la situation pour les plateformes et les entreprises de nouvelles, tout en ouvrant un dialogue afin d’obtenir des résultats concrets», a indiqué la ministre par voie de communiqué.

Depuis le 1er août, Meta bloque la plupart des nouvelles des médias canadiens sur Facebook et Instagram. Le conglomérat Alphabet, dont fait partie Google, a indiqué au gouvernement fédéral son intention de bloquer les nouvelles canadiennes lors de l’entrée en vigueur de la Loi, soit en décembre.

Selon le ministère, si l’entreprise Meta maintient son blocage des contenus médiatiques au pays, la plateforme Facebook ne sera pas assujettie à cette loi. Il en sera de même pour le moteur de recherche Google, si l’entreprise décide de bloquer à son tour les nouvelles canadiennes sur sa plateforme.

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Les journaux francophones optimistes

Le président par intérim de Réseau.Presse, René Chiasson, perçoit tout même une lueur d’espoir dans les règlements proposés.

Le président par intérim de Réseau.Presse, René Chiasson, voit des mesures de protection dans le cadre réglementaire. 

Photo : Courtoisie

«C’est sûr qu’il y a du bon, indique-t-il, c’est juste que si on pense que ça va être le Klondike au niveau revenus, vous me permettrez d’en douter avec l’information qu’on a présentement.»

Réseau.Presse, qui représente 21 journaux de la francophonie canadienne et qui est aussi éditeur de Francopresse, collabore avec Google depuis quelques années, notamment en formation numérique pour les journalistes.

«Il ne semble pas y avoir de grosses sommes en jeu pour les journaux comme nous. Mais le processus nous protège dans le sens qu’on peut continuer à faire ce qu’on faisait déjà avec Google par exemple.»

René Chiasson qui soutient que l’organisme est prêt à poursuivre sa collaboration avec Google, déplore l’entêtement de l’entreprise Meta, maison mère de Facebook et Instagram, de continuer de bloquer les contenus médiatiques au Canada, et ce depuis le 1er aout dernier.

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«Meta ne semble pas souhaiter négocier […]. En plus de nous bloquer l’accès à publier nos choses, il semblerait qu’on ne peut plus récupérer nos bases de données», précise-t-il.

Les consultations publiques sur la règlementation de la Loi sur les nouvelles en ligne sera ouvert pour une période de 30 jours à compter du 2 septembre.

Les libéraux chutent dans les sondages, le ministre de l’Environnement invité en Chine et l’identité de genre divise en politique.

Selon un sondage Abacus Data, paru le 25 aout, le Parti libéral du Canada (PLC) accumule un retard de 12 points de pourcentage sur les conservateurs dans les intentions de vote.

Selon des informations obtenues par Radio-Canada, le Nouveau Parti démocratique (NPD) cherche à tirer parti de la vulnérabilité des libéraux en essayant d’obtenir davantage de concessions de leur part dans le cadre de l’entente qui lie les deux partis.

Le parti de Jagmeet Singh essaierait d’obtenir «des engagements supplémentaires en matière de logement et le cout de la vie en échange de son appui», rapporte Radio-Canada.

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Le ministre de l’Environnement et du Changement climatique, Steven Guilbeault, était à Pékin du 28 au 30 aout pour participer à la réunion du Conseil de la Chine qui vise à aider le gouvernement chinois en matière de politique environnementale.

Steven Guilbeault, ministre de l’Environnement et du Changement climatique. 

Photo : Alex Tétrault

Les critiques à l’égard de ce voyage à saveur diplomatique ont été vives, alors que le gouvernement canadien se prépare à entamer une enquête publique indépendante sur l’ingérence chinoise lors des dernières élections fédérales.

Dans une publication sur la plateforme X le 19 aout dernier, le chef conservateur, Pierre Poilievre, a accusé les libéraux de trahison : «Le fait qu’un ministre travaille pour cette dictature sur la politique “environnementale” alors qu’elle ferme nos industries et taxe notre énergie est une trahison pure et simple.»

Lundi, le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et la Citoyenneté (IRCC), Marc Miller, a annoncé sur la plateforme X qu’il refusait la résidence temporaire à Seyed Hassan Ghazizadeh Hashemi, ancien ministre de la Santé de l’Iran.

«La décision elle-même, telle qu’elle a été communiquée à l’intéressé, est liée au mépris de l’Iran à l’égard des droits de la personne, écrit-il. Les actions du régime iranien sont répréhensibles, et ceux qui en portent la responsabilité n’ont pas leur place au Canada.»

La décision est valable pour une durée de 36 mois. L’ancien ministre pourra ensuite refaire une demande en indiquant avoir été refusé auparavant.

Ottawa a émis mardi un avertissement pour les voyageurs 2ELGBTQI+ qui se rendent aux États-Unis. Sur son site Web, Affaires mondiales Canada avertit que «certains États ont adopté des lois et des politiques susceptibles d’affecter [ces] personnes».

Pendant ce temps au pays, sans préciser s’il y aura un projet de loi ou une révision des politiques, le ministre de l’Éducation de l’Ontario, Stephen Lecce, a annoncé le 28 aout qu’il respectait le droit des parents à être informés sur les nouveaux pronoms de leurs enfants.

La province rejoint ainsi le Nouveau-Brunswick, où la politique 713 sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre dans les écoles a lancé un débat sur le droit des parents à être informés des changements en la matière chez leurs enfants.

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En Saskatchewan, le gouvernement a annoncé la semaine dernière une nouvelle politique qui oblige l’obtention du consentement des parents des élèves de moins de 16 ans pour l’éducation à la sexualité et l’utilisation de nouveaux pronoms.

Des dizaines de manifestants se sont réunis dimanche devant le bureau du ministre responsable des sociétés d’État, Don Morgan, pour contester cette mesure.

La première ministre du Manitoba, Heather Stefanson, a promis quant à elle de s’attarder à l’élargissement des droits des parents dans les écoles si elle est réélue après les prochaines élections qui auront lieu le 3 octobre.

Nominations de juges, le 24 Sussex en décrépitude et excédents budgétaires revus à la baisse

Le ministre de la Justice, Arif Virani, a annoncé lundi la nomination de 15 juges à travers le système judiciaire canadien. Le 1er juillet, 81 postes attendaient d’être pourvus.

Arif Virani est devenu ministre de la Justice lors du dernier remaniement ministériel, le 26 juillet.

Photo : Marianne Dépelteau – Francopresse

Dans une lettre adressée au premier ministre au printemps dernier, le juge en chef de la Cour suprême, Richard Wagner, déplorait le nombre de postes vacants dans la magistrature canadienne et craignait une crise du système judiciaire.

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La résidence officielle du premier ministre du Canada, située au 24 promenade Sussex à Ottawa, pourrait changer d’adresse. Le gouvernement évalue d’autres endroits pour construire une maison plus grande, plus sécuritaire et plus accessible.

Au-delà du bâtiment, qui a besoin de sérieuses rénovations, le terrain du 24 promenade Sussex ne répond apparemment plus aux normes actuelles de sécurité.

Questionné sur le sujet en conférence de presse mardi, Pierre Poilievre a affirmé que l’«on n’a pas besoin d’une nouvelle maison pour le premier ministre, on a besoin de logements pour les Canadiens de la classe ouvrière».

En novembre dernier, la Commission de la capitale nationale a entrepris le processus de mise hors service de la résidence officielle du premier ministre afin d’y entreprendre des travaux majeurs.

Le gouvernement fédéral a enregistré un excédent budgétaire de 3,62 milliards de dollars pour les trois premiers mois de son exercice financier 2023-2024.

À la même période l’année dernière, le gouvernement affichait un excédent budgétaire de 10,20 milliards.

Les recettes pour la période 2023-2024 totalisent 110,58 milliards de dollars, par rapport aux 107,88 milliards l’année dernière.

Le ministère des Langues officielles était le portefeuille principal de Ginette Petitpas Taylor, dont le mandat a mené à la modernisation de la Loi sur les langues officielles.

Selon Frédéric Boily, professeur de science politique au Campus Saint-Jean en Alberta, il y a un lien fort entre l’emploi, le développement de la main-d’œuvre et les langues officielles. 

Photo : Courtoisie

Lors du remaniement de juillet, le ministère des Langues officielles a été confié au Franco-Albertain Randy Boissonnault, en supplément de celui de l’Emploi et du Développement de la main-d’œuvre.

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Frédéric Boily, professeur de science politique au Campus Saint-Jean en Alberta, est d’avis que «nommer Randy Boissonnault pour s’occuper des langues officielles, ça reste une bonne idée de la part du premier ministre».

Selon lui, «on a quelqu’un qui connait très bien la francophonie de l’Ouest canadien […] les enjeux particuliers de cette francophonie qui ne sont pas les mêmes que les autres».

Randy Boissonnault est ministre de l’Emploi et du Développement de la main-d’œuvre et ministre des Langues officielles. 

Photo : Marianne Dépelteau – Francopresse

Randy Boissonnault a représenté la circonscription d’Edmonton-Centre, en Alberta, de 2015 à 2019, puis a été de nouveau élu en 2021. Il a été ministre associé des Finances et ministre du Tourisme.

En tant que secrétaire parlementaire de la ministre du Patrimoine canadien (Mélanie Joly) en 2015, il a participé à l’élaboration du plan d’action pour les langues officielles de 2018.

Dix ans auparavant, il a présidé le comité d’organisation des Jeux de la francophonie canadienne à Edmonton.

Frédéric Boily ne voit pas le mariage des portefeuilles comme une rétrogradation : «Je pense plutôt qu’il y a une volonté de lier les dossiers.»

Une tête, trois chapeaux

Le professeur se doute bien que les langues officielles pourraient bien être reléguées à l’arrière-plan. «Mais cette possibilité ne se matérialisera pas automatiquement, nuance-t-il. Ça va dépendre du doigté de Randy Boissonnault.»

François Charbonneau, professeur d’études politiques à l’Université d’Ottawa, partage cet avis.

C’est difficile d’imaginer que ça va changer quoi que ce soit dans la livraison des services. Il faut quand même garder en tête que, quand un ministre partage plusieurs responsabilités, ses capacités d’attention et de pousser les dossiers peuvent être limitées.

Frédéric Boily voit un troisième chapeau que devra porter Randy Boissonnault : celui de porte-parole de l’Alberta, un rôle qui pourrait être exigeant vu les objectifs libéraux de transition énergétique et qui pourrait aisément avoir des points communs avec le dossier de la main-d’œuvre.

«Il peut y avoir quand même un effet d’une certaine subordination de ses responsabilités en matière de Langues officielles, prévient le professeur. C’est clair que ça va poser un défi pour lui. Il devra trouver une manière de lier les dossiers.»

À lire aussi : Langues officielles : les dossiers chauds de Randy Boissonnault

Des dossiers congruents

Les responsabilités d’un ministère ne doivent pas forcément nuire à celles de l’autre. D’après Frédéric Boily, «les questions de l’emploi et de la main-d’œuvre peuvent être liées aux langues officielles». 

Liane Roy, présidente de la FCFA, est heureuse que le ministre Randy Boissonnault soit issu d’une communauté francophone en situation minoritaire. 

Photo : Courtoisie FCFA

Liane Roy, présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), compte «donner la chance au coureur». «Madame Petitpas Taylor avait aussi [la responsabilité de] l’Agence de promotion économique du Canada atlantique», fait-elle remarquer. 

La pénurie de main-d’œuvre est une question importante pour la FCFA. «Étant donné la conjoncture actuelle […], ce sont des dossiers que nous trouvons qui se marient bien, affirme Liane Roy. Ça pourrait possiblement venir nous aider qu’il ait ces dossiers-là.»

François Charbonneau fait remarquer que les ministères collaborent constamment entre eux et qu’il incombe à tous de tenir compte des langues officielles. «Il faut bien séparer ce qui relève de la dynamique interne du gouvernement fédéral […] des sommes d’argent transférées.»

«En matière de langues officielles, une partie de ce qu’on fait au gouvernement fédéral, c’est transférer de l’argent aux provinces, dit-il. Que ça passe par un ministère ou un autre, c’est essentiellement les mêmes fonctionnaires avec les mêmes enveloppes. L’argent va continuer d’aller aux provinces.»

Ce qui peut changer en fonction des personnes au pouvoir, c’est l’utilisation du français à l’interne, un sujet qui fait encore du bruit.

«C’est un secret de Polichinelle, mais au gouvernement fédéral, ça se passe en anglais, assure François Charbonneau. La volonté de transformer l’appareil fédéral pour atteindre ce qu’on a appelé l’égalité réelle se réalise. C’est très difficile à faire si vous êtes un sous-ministère.»

Qui prendra le flambeau?

«La question, c’est qui porte le flambeau à l’interne. Qui fait faire des progrès ou des gains?»

François Charbonneau est professeur d’études politiques à l’Université d’Ottawa. 

Photo : Archives Francopresse

François Charbonneau accorde moins d’importance à l’annexe des langues officielles à un autre portefeuille qu’aux gens au pouvoir. Mona Fortier, qui a été destituée de ses fonctions ministérielles, était à ses yeux une porteuse du flambeau francophone.

«Pour les principaux conseillers qui entourent le premier ministre, qui sont souvent des gens de Toronto et ainsi de suite, la position des langues officielles dans leur échelle de priorités est limitée.»

La composition du ministère revêt aussi une grande importance pour la présidente de la FCFA : «On a travaillé de près avec [Marie-France] Lalonde, avec [Marc] Serré, Francis Drouin, mais là on a hâte de voir s’ils vont changer et qui ça va être.»

Elle insiste pour préciser «qu’il y a les ministres, mais il y a aussi les staffers et les secrétaires parlementaires […] On va voir aussi ce qu’il y a dans les lettres de mandat.»

Il y a quelques semaines, j’ai quitté mon emploi à la direction d’un organisme féministe. J’adorais ce travail qui me permettait de mettre mes compétences au service de la cause qui me tient le plus à cœur, et qui m’offrait la chance de pouvoir faire une réelle différence dans ma communauté.

Mais après trois ans de labeur, j’étais à bout, physiquement et mentalement. Épuisée face à l’ampleur de la tâche, face à l’indécence d’un système capitaliste patriarcal qui ne faiblit pas et face aux positions réactionnaires d’un gouvernement déconnecté de nos réalités.

Cet épuisement porte un nom : le burnout militant. Il fait référence à un état d’épuisement physique, émotionnel et psychologique qui peut toucher les personnes fortement engagées dans des causes sociales, politiques ou militantes en raison du stress chronique et de la pression associés à leur engagement.

Cet épuisement, je suis loin d’être la seule à l’avoir vécu.

Elles sont nombreuses, les personnes brillantes et compétentes, à avoir jeté l’éponge au fil des années. Je les ai vues quitter le navire les unes après les autres, à bout de souffle, pour des jobs plus reposantes ou de meilleures conditions de travail.

Selon un rapport de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, dans les deux tiers des organismes, la durée moyenne en poste est inférieure à trois ans. Ce chiffre est révélateur de la fragilité de nos organismes communautaires.

Les gouvernements se déresponsabilisent de leurs obligations de fournir des services essentiels à la population, mais refusent de rétribuer à leur juste valeur les organismes et les personnes qui assurent ce travail.

Lorsqu’on sait que 80 % des employé·es des organismes communautaires et de bienfaisance sont des femmes, on voit là l’injustice et les logiques patriciales qui permettent et maintiennent cette situation.

Le privé est politique

Les multiples oppressions que j’observe au quotidien forgent ma vision du monde. Elles affectent également ma santé mentale.

Oui, bien sûr, j’ai eu de la joie à militer aux côtés de personnes incroyables, passionnées et déterminées à faire changer les choses. Je suis fière de ce que nous avons accompli ensemble et je reconnais et célèbre nos victoires et nos avancées. Mais je ne peux passer sous silence la lassitude, le découragement, le désespoir qui accompagnent nos combats. Mes émotions sont inextricablement liées à mon engagement. La colère qui nourrit mon activisme est aussi celle qui me tient éveillée la nuit.

Et je ne peux que constater qu’autour de moi, tout le monde se noie.

L’anxiété, la dépression, les surmenages gangrènent nos lieux de travail et s’insinuent jusque dans nos maisons. Ces maux ne relèvent pas de l’intime, du personnel : ils sont le résultat d’un système profondément malsain et d’une stratégie visant à nous affaiblir.

«Le privé est politique» est une expression qui a été popularisée par les féministes dans les années 1970. Elle signifie que les problèmes qui affectent les individus au niveau personnel ont souvent des implications politiques et peuvent être influencés par des structures sociales et des systèmes de pouvoir en place.

Cette expression a souvent été utilisée pour souligner le fait que les problèmes tels que l’oppression de genre, les violences domestiques, les inégalités économiques et les discriminations raciales ne sont pas seulement des problèmes personnels : ils sont liés à des structures sociales et politiques plus larges.

Garder espoir

Prendre conscience du caractère systémique et collectif de nos malêtres m’a beaucoup aidée à remonter la pente.

Aujourd’hui, j’ai appris à retrouver la joie dans la douceur et la solidarité, aux côtés d’autres qui imaginent des futurs plus joyeux en refusant d’obéir. Aux côtés de celles et ceux qui tissent des réseaux d’entraide dans les marges et résistent dans chacun de leurs gestes, en cultivant des jardins ou en brandissant des pancartes.

Parce que les révolutions sont déjà là. Parce que perdre espoir, c’est accepter la victoire du patriarcat et du capitalisme. Parce que l’avenir appartient à celleux qui luttent.

Originaire de Belgique, Julie Gillet est titulaire d’une maitrise en journalisme. Militante éprise de justice sociale, voici près de quinze ans qu’elle travaille dans le secteur communautaire francophone et s’intéresse aux questions d’égalité entre les genres. Elle tire la force de son engagement dans la convergence des luttes féministes, environnementales et antiracistes. Elle vit aujourd’hui à Moncton, au Nouveau-Brunswick.

Depuis la déclaration du ministre fédéral du Logement, Sean Fraser, d’étudier la possibilité de limiter l’émission de visas aux étudiants étrangers, de nombreuses voix s’élèvent dans les communautés francophones en milieu minoritaire.

Le directeur de la recherche stratégique et des relations internationales à l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC), Martin Normand, s’oppose à l’idée d’un plafond pour les établissements membres.

Le directeur de la recherche stratégique et des relations internationales à l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne Martin Normand soutient la nécessité d’avoir des partenariats entre les établissements postsecondaires francophones hors Québec et le secteur privé afin de trouver des solutions en termes de logements pour les étudiants étrangers. 

Photo : Guillaume Lamy

Toutefois, il reconnait que le nombre d’étudiants étrangers au Canada a augmenté considérablement dans les dix dernières années. «C’est une question en soi qui va au-delà des questions de logement : est-ce que c’est soutenable d’avoir une croissance aussi rapide et continue du nombre d’étudiants étrangers?»

Pour Martin Normand, avant de plafonner le nombre d’étudiants étrangers dans les établissements canadiens, il serait nécessaire de considérer les différentes réalités des universités et des collèges des communautés francophones en milieu minoritaire.

«Il ne peut pas y avoir une seule solution pancanadienne, maintient-il. Il faut qu’il y ait des solutions nuancées, ajustées au contexte, et trouver précisément des solutions et des approches qui sont distinctes pour les établissements de la francophonie canadienne».

Nombre d’étudiants étrangers au Canada

Selon le Bureau canadien de l’éducation internationale (BCEI), il y a eu plus de 807 750 étudiants étrangers au Canada, tous niveaux d’instruction confondus, à la fin de l’année 2022. Entre 2021 et 2022, la population d’étudiants en provenance de l’étranger a augmenté de 31 %.

«À la fin de 2022, le Canada a connu une croissance de 43 % au cours des cinq dernières années, et de près de 170 % au cours de la dernière décennie», peut-on lire sur le site internet du BCEI.

Un atout démographique pour les communautés francophones

Pour Mariève Forest, présidente et chercheuse pour la firme de recherche sociale appliquée Sociopol, l’immigration est une manière importante pour les communautés francophones en milieu minoritaire de combler les enjeux démographiques. «Une proportion significative des étudiants internationaux transite vers la résidence permanente», explique-t-elle.

Mariève Forest, présidente et chercheuse à Sociopol, croit qu’il est légitime d’instaurer une mesure pour limiter le nombre d’étudiants étrangers, cependant elle ne devrait pas s’appliquer aux établissements des communautés francophones. 

Photo : Courtoisie Sociopol

Par conséquent, une telle mesure appliquée aux établissements postsecondaires de langues françaises hors Québec contribuerait «à réduire ces possibilités de combler les lacunes démographiques causées par un manque à gagner en immigration francophone depuis des dizaines d’années».

Mariève Forest rappelle que «la politique fédérale en matière d’immigration francophone prévue dans le projet de loi C-13 gagne à inclure un volet concernant l’accueil, l’appui au logement et l’appui à l’obtention de la résidence permanente des étudiants internationaux qui étudient en français à l’extérieur du Québec».

Même son de cloche chez Martin Normand. «L’idée d’un plafond pour les étudiants internationaux francophones à l’extérieur du Québec est incompatible avec ces objectifs-là, lance-t-il en entrevue».

À lire aussi : La volonté du fédéral de plafonner le nombre d’étudiants internationaux préoccupe l’U de M et le CCNB (Acadie Nouvelle)

Un plafond : un enjeu financier pour certains établissements?

Dans sa réflexion, Mariève Forest redoute aussi des conséquences financières de la mesure de plafonnement pour les établissements postsecondaires en contexte minoritaire.

Selon une étude préparée par sa firme, la part du budget provenant des droits de scolarité des étudiants étrangers est plus grande qu’auparavant, alors que le financement des gouvernements provinciaux et fédéral n’a augmenté que très peu depuis les années 2000. Cela dit, les frais de scolarité des étudiants étrangers représentent une proportion considérable des budgets des universités et collèges.

«Pour les établissements postsecondaires en situation minoritaire, l’enjeu financier est déjà énorme, constate-t-elle. La plupart ont une situation financière qui est assez précaire […], c’est une pérennité qui peut être mise en péril à court et à moyen terme».

Selon le directeur de la recherche stratégique et des relations internationales à l’ACUFC, un plafond équivaudrait à limiter le type de revenus que les établissements francophones peuvent aller chercher.

Alors que les établissements anglophones ont un plus grand bassin d’étudiants étrangers, Martin Normand soutient qu’«il ne faut pas créer un déséquilibre en développant des politiques publiques qui s’appliquent de la même façon partout au pays».

Une aide est nécessaire pour soutenir les établissements

Le député libéral Francis Drouin, qui a suivi le processus de modernisation de la Loi sur les langues officielles, soutient qu’un avantage devrait être accordé aux établissements qui offrent du logement sur leurs campus. 

Photo : Page Facebook de Francis Drouin

Selon le député libéral de Glengarry-Prescott-Russell, Francis Drouin, les universités et les collèges doivent prendre leurs responsabilités afin d’assurer un accueil adéquat en matière de logement pour les étudiants étrangers.

«On devrait favoriser les universités et les collèges qui, eux, bâtissent du logement pour leurs étudiants, plutôt que ceux et celles qui le laissent à main libre et qui causent des pressions sur nos communautés».

Mais pour Martin Normand, les universités et les collèges membres de son association font le travail nécessaire dans ce sens.

«Ce n’est pas nécessairement une course effrénée aux étudiants internationaux, on est vraiment dans une perspective où on veut les attirer, les retenir et s’assurer qu’il y a des conditions de vie décentes. Et dans ce contexte-là, le logement fait partie de la réflexion.»

Bien que les universités et les collèges membres soient conscients de la disponibilité de logements dans leurs régions respectives, selon Martin Normand, un dialogue est tout de même nécessaire entre les établissements, les différents paliers gouvernementaux et les acteurs du secteur privé afin de soutenir les projets de logements pour les étudiants.

Francis Drouin conçoit que les étudiants en provenance de l’étranger peuvent jouer un rôle important, notamment pour lutter contre la pénurie de main-d’œuvre dans les communautés francophones. Francis Drouin, qui est membre du Comité permanent des langues officielles, assure qu’il viendrait protéger les établissements francophones en milieu minoritaire si une telle décision était prise au sein de son gouvernement.

Dans un courriel à Francopresse, la porte-parole du ministre de l’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) soutient que le gouvernement fait face à de nombreux défis liés à l’immigration nécessitant la mise en place d’un plafond, «mais cela ne peut pas être la seule mesure, car cela ne résout pas l’ensemble du problème».

Toujours en quête de rassemblement, des passionnés de cosplay se sont réunis de façon informelle, mais costumés, sur une plage d’Ottawa au début juillet.

En raison de la pandémie, au cours des dernières années, les adeptes se sont surtout rassemblés virtuellement. Le retour des rencontres en personne fait une grande différence pour plusieurs d’entre eux.

Ces rencontres redonnent confiance à Emma Huston. «Avant, je détestais prendre des photos de moi, aujourd’hui j’adore ça, car je peux montrer mon cosplay

Les comiccons et le cosplay

Les comiccons, des termes en anglais comics et convention, sont des conventions culturelles qui rassemblent des amateurs de cosplay et des professionnels du domaine de la bande dessinée.

Les participants à l’évènement incarnant des personnages de bandes dessinées sont appelés des «cosplayers».

Lors de sa 12e édition en 2022, le Comiccon de Montréal a reçu plus de 62 000 visiteurs et amateurs de cosplay.

L’enfer des réseaux sociaux

Si le cosplay aide Emma Huston à se sentir mieux, elle se dit victime d’intimidation régulièrement par des personnes hors de la communauté.

«J’ai été harcelée sur les réseaux sociaux, car c’est plus facile de le faire derrière les écrans. Ils font ça car ils ne comprennent pas ce que c’est, mais je m’en fiche. Le cosplay me rend heureuse», témoigne la jeune femme.

Durant la rencontre à la plage, les amateurs ont confié que l’intimidation faisait partie des défis auxquels ils étaient confrontés au quotidien. Les femmes semblent en être particulièrement la cible.

Selon Emma Huston, le cosplay lui a redonné confiance en elle.

Photo : Eya Ben Nejm – Francopresse

Face aux critiques, Emma Huston n’hésite pas à parler parfois avec ses détracteurs pour leur expliquer le sens du cosplay, mais «certaines personnes ne veulent juste pas accepter», précise-t-elle.

D’autres individus malveillants s’amusent quant à eux à voler des photos des créations des cosplayers sur les réseaux sociaux, pour se faire un gain d’argent.

Cierra Abel fait du cosplay et crée des costumes depuis 8 ans. Ce sont des proches qui l’ont avisée qu’elle avait été victime d’usurpation d’identité.

«Quelqu’un a volé un tas de photos sur mon compte Instagram et les a publiées sur OnlyFans [réseau social à contenu notamment érotique et pornographique] pour gagner de l’argent», déplore-t-elle.

Des images qui dérangent

De nombreux préjugés plombent l’image des amateurs dont les attributs physiques ne correspondent pas à ceux des personnages fictifs qu’ils incarnent.

Cortina Sparks encourage les personnes de grandes tailles intéressées par le cosplay à ne pas écouter les critiques.

Photo : Eya Ben Nejm – Francopresse

«Je suis plus grande et je me fais humilier à cause de mon poids, car certains pensent que si tu n’as pas le profil exact du personnage, tu n’as pas le droit de jouer, déplore Athena Sparks. Ces critiques ont des conséquences sur l’estime de soi.»

«J’ai entendu des personnes dire : “je veux tellement faire du cosplay, mais je n’ai pas le corps qui convient ou les compétences, car je ne veux pas qu’on se moque de moi”», ajoute-t-elle.

Sa sœur, Cortina Sparks, a elle aussi subi des moqueries en raison de son poids, mais ces critiques ne l’ont pas empêchée de poursuivre sa passion.

«Je voudrais leur dire [aux personnes de grandes tailles] de suivre leur cœur et d’ignorer les commentaires méchants. Restez concentrés sur ce que vous faites», encourage-t-elle.

Création et débrouillardise

Les costumes et accessoires flamboyants utilisés dans la fabrication des costumes peuvent laisser croire aux amateurs potentiels que le cosplay est un passetemps onéreux. Une idée reçue que déconstruit Alexander Orton, qui appuie l’organisation du Comiccon d’Ottawa.

«Il n’est pas nécessaire d’acheter des costumes dispendieux […] La plupart des personnes commencent leur premier contact avec le monde du cosplay en s’achetant des costumes trouvés dans un magasin d’Halloween.»

Pour se présenter aux compétitions de cosplay et gravir les niveaux de la pratique, Alexander Orton recommande de fabriquer au moins un aspect du costume.

Selon Alexander Orton, il n’est pas question d’argent, mais de créativité pour commencer le cosplay.

Photo : Eya Ben Nejm – Francopresse

D’ailleurs, la fabrication d’un costume peut se faire avec des objets du quotidien. «Ça peut être aussi simple que d’assembler différents éléments avec du ruban adhésif ou à partir de pièces achetées au Village des valeurs», souligne-t-il.

Les créateurs de costumes de cosplay se retrouvent sur les réseaux sociaux pour partager leurs trucs et astuces pour créer des costumes à petit prix. Certains créateurs de contenus mettent en ligne des vidéos «pour montrer comment faire un cosplay pour juste 50 $», poursuit Alexander Orton.

Les cosplayeurs présents à l’évènement imaginent eux-mêmes des techniques pour reproduire le plus fidèlement possible certains détails de leurs costumes. Athena Sparks confie avoir conçu elle-même son masque pour un prix raisonnable.

Son masque inspiré du personnage de l’infirmière dans le jeu vidéo et le film Silent Hill est «fait avec des bandes de tissu enroulées tout autour de ma tête et collées à l’aide de latex liquide. Puis je l’ai peint et je l’ai aussi rembourré pour qu’il ait des joues. J’ai ajouté le chapeau. Les dents sont en fait scotchées, car le latex liquide ne colle pas à la colle chaude», décrit Athéna Sparks.

Athena Sparks, l’organisatrice de l’évènement, a conçu elle-même son masque pour moins de 50 $.

Photo : Eya Ben Nejm – Francopresse

«Ce n’était vraiment pas cher, ç’a dû me couter entre 25 $ et 30 $. Le plus cher était d’acheter le latex liquide. La création m’a pris 4 heures pour ce masque», détaille-t-elle.

Les créateurs trouvent leur plaisir dans la confection, mais aussi dans la communauté de cosplayeurs créateurs.

L’organisatrice de l’évènement de juillet souhaite programmer d’autres rassemblements avant la fin de l’été pour permettre aux amateurs du cosplay de montrer une nouvelle fois leurs créations et d’échanger ensemble.

Jennifer Skene est gestionnaire de solutions pour la lutte contre les changements climatiques au sein de l’organisme américain National Resources Defense Council. 

Photo : Courtoisie

À l’heure où la nature sauvage disparait sous nos yeux, les forêts primaires sont encore indemnes, jamais défrichées, exploitées ou modifiées. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) les définit comme «des forêts naturellement régénérées d’essences indigènes où aucune trace d’activité humaine n’est clairement visible et où les processus écologiques ne sont pas sensiblement perturbés».

À l’échelle du globe, le Canada possède environ 16 % de ces écosystèmes vierges, principalement en Colombie-Britannique et dans les latitudes élevées du pays.

Outre leur valeur culturelle et patrimoniale, les grands arbres pluricentenaires jouent un rôle écologique essentiel. Ils constituent une gigantesque réserve de biodiversité et font le bonheur de toutes sortes d’insectes, d’oiseaux et de mammifères.

Ils stockent aussi du carbone, ce qui en fait des atouts précieux dans la lutte contre le réchauffement climatique.

«La forêt boréale canadienne intacte stocke plus de carbone par hectare que tout autre écosystème terrestre, entre 30 % et 50 % de plus que celles qui sont exploitées et deux fois plus que celles en zone tropicale», relève Michael Polanyi, responsable de la campagne pour les solutions climatiques naturelles à Nature Canada.

«Le Canada est considéré comme l’un des principaux puits de carbone de la planète», renchérit Jennifer Skene, gestionnaire de solutions pour la lutte contre les changements climatiques au sein de l’organisme américain National Resources Defense Council (NRDC).

Consultez aussi notre dossier «Une saison en forêt»

Les forêts boréales canadiennes stockent plus de carbone par hectare que tout autre écosystème terrestre. 

Photo : Wikimedia Commons

Bataille de chiffres

Les frontières des forêts primaires ne cessent pourtant de reculer. En se basant sur des données de Global Forest Watch, le NRDC a classé le Canada au 3e rang mondial en matière de perte de forêts primaires et intactes, derrière le Brésil et la Russie. Et ce, en raison de l’exploitation forestière.

Patrick M.A. James est professeur adjoint à la faculté de foresterie de l’Université de Toronto. 

Photo : Courtoisie

L’organisme avance qu’en 2021, pas moins de 550 000 hectares de forêts mixtes et boréales canadiennes ont fait l’objet de coupes massives.

«Le Canada reste dans un modèle où la majorité de l’exploitation forestière se fait dans les forêts primaires», appuie Michael Polanyi.

La «grande valeur économique» d’arbres vieux de plusieurs siècles explique cette convoitise des compagnies forestières, soutient Patrick M.A. James, professeur adjoint à la faculté de foresterie de l’Université de Toronto.

L’industrie forestière conteste totalement ces critiques. «C’est inapproprié de le présenter comme ça, les plus grandes étendues qu’on perd, c’est dû aux feux de forêt», défend Étienne Bélanger, vice-président de l’Association des produits forestiers du Canada (APFC).

Dans son rapport de 2022 sur l’état des forêts, Ressources naturelles Canada indique de son côté que sur 348 millions d’hectares de forêts, seulement 710 333 hectares ont été récoltés (0,20 %), et à peine 49 352 hectares déboisés (0,01 %). Les autorités fédérales soutiennent ainsi que le taux annuel de déforestation du pays est inférieur à 0,2 %.

Grandes absentes du paysage administratif

Étienne Bélanger est vice-président de l’Association des produits forestiers du Canada (APFC), responsable des relations avec les Autochtones et foresterie.

Photo : Courtoisie

Mais impossible de savoir si ce déboisement affecte les forêts primaires, car aucune mention n’en est faite dans les documents officiels.

Pour Michael Polanyi, il s’agit d’une «lacune» connue et préoccupante : «Le fédéral n’utilise jamais ce terme. Il y a un manque de transparence, il ne donne pas d’informations sur la proportion de forêts primaires qui disparait.»

Les écarts de chiffres s’expliquent aussi par la méthode de calcul d’Ottawa. Le gouvernement fédéral considère que les territoires déboisés dont l’usage demeure réservé à l’exploitation forestière sont toujours des forêts. Seules les zones rasées et converties en espaces agricoles ou urbains sont considérées comme déboisées.

Aux yeux des scientifiques et environnementalistes interrogés, cette méthodologie tente de masquer une autre menace moins connue que la déforestation : la dégradation des forêts, due entre autres à l’exploitation du bois.

Janette Bulkan est professeure adjointe à la faculté de foresterie de l’Université de Colombie-Britannique.

Photo : Courtoisie

Des règlementations en développement

L’Union européenne vient d’adopter un règlement qui vise à assurer que les produits forestiers vendus sur le continent ne proviennent pas de forêts primaires. À compter du 30 décembre 2024, les entreprises canadiennes devront prouver que le bois qu’elles exportent vers l’Europe n’est pas issu de terres déboisées après décembre 2020.

«Cela va changer la donne, les compagnies ne pourront plus se contenter de dire que leur bois est certifié par des labels environnementaux», se félicite Janette Bulkan, professeure adjointe à la faculté de foresterie à l’Université de Colombie-Britannique.

La règlementation, parmi les plus ambitieuses au monde, considère notamment les forêts dégradées comme des terres déboisées. Selon le journal britannique The Guardian, le Canada aurait tenté sans succès de faire retirer cette notion de forêts dégradées.

«Nous sommes inquiets, ce n’est pas une vision adaptée à la situation canadienne», partage Étienne Bélanger de l’APFC.

«L’écosystème met des siècles à se reconstituer»

Michael Polanyi assure que près de 80 % des forêts exploitées sont coupées à blanc. Autrement dit, la totalité des arbres d’une parcelle est abattue avant d’en planter de nouveaux.

«Cette pratique n’est pas durable, elle cause des dommages irrémédiables et met en péril l’habitat d’espèces menacées comme le caribou», estime-t-il.

Michael Polanyi est responsable de la campagne pour les solutions climatiques naturelles à Nature Canada. 

Photo : Courtoisie

Ressources naturelles Canada affirme au contraire par courriel que la législation forestière canadienne, «l’une des plus strictes au monde […] protège les forêts et garantit le respect de pratiques de gestion forestière durable dans tout le pays».

Même discours du côté de l’industrie forestière. Si l’APFC reconnait que les coupes à blanc constituent toujours la norme, Étienne Bélanger parle d’aménagement forestier durable et rappelle que les exploitants ont l’obligation légale de replanter.

«Après avoir coupé les arbres, nous régénérons la forêt pour la ramener en production après 100 ans, voire plus», souligne le responsable.

Les chercheurs récusent ce raisonnement. «Des arbres millénaires disparaissent irrémédiablement, l’écosystème met des siècles à se reconstituer», insiste Patrick M.A. James. 

Le professeur explique que les forêts secondaires replantées ont une valeur écologique moindre que celles perdues. Elles sont, selon lui, moins diversifiées, plus vulnérables au feu, recèlent une biodiversité moins élevée et stockent moins de carbone.

Là encore, Étienne Bélanger réfute : «On replante les mêmes espèces locales et diversifiées pour ramener les écosystèmes tels qu’ils existaient avant la coupe.»

À lire aussi : Feux de forêt : comment s’adapter?

Urgence climatique

Face à l’urgence climatique, la communauté scientifique appelle à la mise en place de mécanismes de conservation, en particulier sous la gouverne des Premières Nations.

Shane Moffatt est responsable de la campagne nature et alimentation de Greenpeace Canada.

Photo : Courtoisie

En mars 2022, 90 scientifiques ont adressé une lettre ouverte en ce sens au premier ministre Justin Trudeau. Les signataires demandent que les forêts primaires soient protégées dans le cadre du nouveau plan national de réduction des gaz à effet de serre.

Une responsabilité particulière pèse également sur les provinces et les territoires, qui gèrent l’immense majorité des forêts primaires. Pour le moment, aucun gouvernement n’a eu le courage de se priver de cette ressource souvent essentielle à l’économie.

«Il existe quelques règlementations, mais elles sont peu contraignantes et inadéquates. Les différents niveaux de gouvernements se renvoient la balle», déplore Shane Moffatt, responsable de la campagne nature et alimentation de Greenpeace Canada.

Signes d’espoir

Certains signes et avancées satisfont cependant les acteurs de terrain. 7 % de la superficie forestière du pays sont d’ores et déjà protégés.

En 2016, la Colombie-Britannique a fini par sanctuariser 85 % de la forêt humide du Grand-Ours, la plus vaste forêt primaire pluviale tempérée de la planète. Plus de trois-millions d’hectares sont désormais interdits de coupe.

L’accord a mis fin à une guerre du bois de vingt ans entre les compagnies forestières et les groupes environnementaux et autochtones.

À l’occasion de la 15e Conférence des Nations unies sur la biodiversité (COP 15), le Canada s’est engagé à restaurer 19 millions d’hectares de terres dégradées et déboisées d’ici à 2030.

«La protection des forêts semble de nouveau être à l’ordre du jour», veut croire Shane Moffatt. Le Canada s’est engagé à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 40 à 45 % d’ici à 2030. Le temps presse.

À lire aussi : Biodiversité : le défi de protéger les terres

Janvier : 11 % du personnel de Postmedia est mis à pied.

Février : Québecor annonce la suppression de 240 postes et l’entreprise ne paie plus son loyer à Québec depuis aout. 

Juin : Bell supprime 1300 postes et ferme 6 stations de radio. 

11 aout : le journal Métro au Québec suspend ses activités.

En francophonie minoritaire, Le Franco se relève d’un début d’année difficile et des radios communautaires de l’Atlantique et de l’Ouest sont sur le respirateur artificiel.

Depuis le début de l’année, le secteur des médias encaisse à nouveau le coup, alors que les géants du Web récoltent jusqu’à 80 % des revenus publicitaires en ligne.

À lire aussi : Abonnez-vous donc à vos journaux!

À qui la facture?

Pour Jean-Hugues Roy, professeur à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), la responsabilité de financer les médias reste «partagée».

«Historiquement, ça a beaucoup été financé par la publicité, mais ce modèle n’est plus viable, affirme-t-il. Dans les régions où les francophones sont en situation minoritaire, c’est encore plus difficile.»

La solution qu’il propose : diversifier les sources de financement. «La publicité, il y en a encore un peu. Certains ont des modèles d’abonnement, […] des dons […] En milieu francophone minoritaire, ça pourrait être une bonne source de revenus.»

Nicolas Servel est directeur général de Médias ténois, qui inclue le journal L’Aquilon et Radio Taïga dans les Territoires du Nord-Ouest.

Photo : Courtoisie

C’est d’ailleurs ce que fait Nicolas Servel, directeur de Médias ténois, aux Territoires du Nord-Ouest, qui comprend le journal francophone L’Aquilon et Radio Taïga. Le financement du journal et de la radio vient principalement de subventions fédérales et territoriales, de projets spéciaux et de publicité.

Mais dans tous les cas, les Médias ténois ont du mal à s’en sortir.

En réévaluant son modèle d’affaires, l’équipe de Médias ténois envisage notamment d’offrir des services de formation, du contenu audiovisuel pour d’autres secteurs comme le cinéma, ou encore de se tourner vers les marchés privé et associatif.

Selon Jean-Hugues Roy, l’appui communautaire ne doit pas être négligé.

Les médias répondent aux besoins d’une communauté. Il faut que la communauté fasse sa part d’une certaine manière. […] Les gens doivent s’abonner.

— Jean-Hugues Roy, professeur à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM)

Pour Marie-Linda Lord, professeure titulaire en information-communication à l’Université de Moncton, c’est tout à fait envisageable en milieu francophone minoritaire.

«Les communautés sont attachées à leurs médias régionaux. Si on prend l’exemple, au Nouveau-Brunswick, de Radio-Canada Acadie ou l’Acadie Nouvelle, ce sont deux médias importants en Acadie au Nouveau-Brunswick qui ont un public très loyal.»

À lire aussi : Quel avenir pour les médias d’information locaux et nos communautés? (Acadie Nouvelle)

La responsabilité gouvernementale

Mais pour Jean-Hugues Roy, le fédéral en fait déjà beaucoup avec, entre autres, l’Initiative de journalisme local (IJL) et les crédits d’impôt.

Sur les 29 journaux locaux francophones hors Québec, dont les 21 membres de Réseau.Presse, sept sont admissibles au crédit d’impôt du fédéral et seulement trois (La Liberté, l’Acadie Nouvelle et Le Droit) y ont accès en ce moment.

Le Québec est la seule province à avoir superposé un programme de crédits d’impôt à celui du fédéral, mais le professeur croit que les autres provinces pourraient lui emboiter le pas, selon la situation politique.

«L’Alberta n’a peut-être pas un gouvernement très favorable aux médias en ce moment. En Ontario, je pense que le gouvernement conservateur ne serait pas forcément favorable […] par rapport aux Franco-Ontariens. Mais il faut demander, il faut que les élus soient redevables», martèle-t-il.

L’auteur de Pour un Fonds des médias nouveau et amélioré estime aussi que les compagnies de télécommunications comme Bell, Vidéotron, Shaw et Rogers ont une part de responsabilité, car ils font de l’argent sur le dos des médias en vendant les moyens de diffusion des nouvelles.   

C–18 «à repenser»

La Loi sur les nouvelles en ligne (C-18) a poussé Meta à bloquer les nouvelles canadiennes sur ses plateformes Facebook et Instagram.

D’après Jean-Hugues Roy, «il faut repenser cette loi, ou à plus court terme, trouver une façon de s’entendre avec les plateformes».

Jean-Hugues Roy, professeur à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), croit qu’il faut diversifier les sources de financement. 

Photo : Émile Tournevache

L’une des choses à rectifier à son avis est la part du gâteau que prend Radio-Canada.

«Radio-Canada, c’est une grande institution et on l’adore. Mais le fait qu’elle puisse bénéficier des sommes prévues dans le cadre de la loi C-18, pour moi, c’est une erreur. Ça détourne des sommes qui devraient bénéficier aux médias francophones en milieu minoritaire.»

«Il y a d’autres aberrations à Radio-Canada ; le fait qu’elle sollicite de la publicité, poursuit-il. Ça prive des médias de publicité. Le journal Métro me l’a bien dit : Radio-Canada nuisait à leur campagne pour solliciter de la publicité dans bien des marchés. […] Ça n’a pas de sens pour moi.»

«Il y a d’autres aberrations à Radio-Canada ; le fait qu’elle sollicite de la publicité, poursuit-il. Ça prive des médias de publicité. Le journal Métro me l’a bien dit : Radio-Canada nuisait à leur campagne pour solliciter de la publicité dans bien des marchés. […] Ça n’a pas de sens pour moi.»

Le gouvernement maintient le cap

Le premier ministre Justin Trudeau s’est prononcé lundi sur le blocage des nouvelles en ligne, lors d’un point de presse à Charlottetown en marge de la retraite de son cabinet.

«[META] refuse d’assurer que les journalistes locaux soient payés de façon adéquate pour informer et partager les nouvelles des Canadiens. Il préfère laisser des personnes en danger plutôt que de faire sa juste part pour appuyer la démocratie et le journalisme local», a-t-il lancé.

«Dans une démocratie, un journalisme local de qualité est important, et il l’est aujourd’hui plus que jamais, alors que les gens s’inquiètent pour leur maison, pour leur communauté. C’est le pire été que nous ayons connu depuis longtemps en termes d’évènements météorologiques extrêmes.»

À lire aussi : Feux dans les T. N.-O. : le gouvernement rassemble ses forces

Nouvelles habitudes de consommation

Marie-Linda Lord croit aussi qu’il faut un nouveau modèle de financement des médias, mais adapté aux nouvelles habitudes de consommation. «Les gens aiment pouvoir consulter sur leurs tablettes, leurs téléphones.»

Selon elle, les habitudes de consommation ont trop changé pour revenir en arrière, vers le 100 % non numérique. «Quand je pose la question en classe “qui écoute la radio?”, j’ai peut-être 30 % de mes étudiants qui le font, alors qu’il y a 30 ans, c’était 100 %.»

Tout en maintenant l’impression de l’édition papier de L’Aquilon «pour ceux qui aiment encore le papier», Nicolas Servel doit attirer le nouveau public : «On essaie d’évoluer et d’être plus présents en ligne, d’explorer la voie des balados, des réseaux [sociaux] et d’expérimenter avec divers formats.»

«Le tissu même de notre société»

Pour Marie-Linda Lord, professeure en information-communication, les médias locaux doivent trouver un nouveau modèle économique qui tienne compte des nouvelles habitudes de consommation de l’information.

Photo : Courtoisie

Si la crise se poursuit, la disparition des médias locaux pourrait entrainer de graves conséquences.

«C’est le tissu même de notre société, souligne Jean-Hugues Roy. Ce serait dramatique si, par exemple, Le Voyageur disparaissait.»

«Dans quel miroir les francophones en milieu minoritaire pourraient se regarder? Oui, il y aurait encore Radio-Canada, mais je pense que c’est bon de ne pas avoir un seul miroir.»

Pour Marie-Linda Lord, c’est également une question d’accès à l’information : «Il y a des informations qui se trouvent dans les médias locaux et pas ailleurs.»

«Je suis à Moncton, au Nouveau-Brunswick, et je suis abonnée à L’Aquilon, raconte-t-elle. Il faut qu’on soit informés les uns des autres, mais le point de départ pour ça, c’est le média local.»

«Il y a des exemples de succès, mais aussi de défis, comme des causes scolaires [francophones] à Yellowknife. Si L’Aquilon n’en parle pas, qui va en parler?»