le Samedi 14 février 2026

Stéphane Cormier, président du REFC, explique que les éditeurs tentent de s’adapter à un milieu en pleine transformation, avec des contenus littéraires qui se morcèlent. 

Photo : Myriam Caron Belzile

Les quinze maisons d’édition francophones hors Québec, dont la première est née en Acadie en 1972, ont un «capital symbolique immense», estime Lucie Hotte, professeure titulaire au Département de français de l’Université d’Ottawa.

«Nous sommes là pour que la parole des francophones en situation minoritaire existe, qu’elle soit transmise, entendue et écoutée», souligne Stéphane Cormier, président du Regroupement des Éditeurs franco-canadiens (REFC) et codirecteur général des Éditions Prise de parole, en Ontario.

D’une côte à l’autre, le processus est toujours le même, quelle que soit la maison d’édition. Des comités de lecture passent au tamis tous les manuscrits reçus, à la recherche de la perle rare, des écrits les plus prometteurs.

«À l’image de la francophonie canadienne, le profil des écrivains en herbe est très divers», observe Stéphane Cormier.

«On reçoit des centaines de propositions par an d’auteurs acadiens de notre région, mais aussi du reste de la francophonie canadienne, et même de toute la francophonie internationale», poursuit Marie Cadieux, directrice générale des Éditions Bouton dOr Acadie, au Nouveau-Brunswick.

Manque de relève

Bien souvent, les manuscrits retenus sont loin d’être aboutis et nécessitent de longs mois, voire des années d’édition avant d’être publiables. «Pour amener un texte à son plein potentiel, c’est une course de fond qui prend du temps et de l’expertise», confirme Stéphane Cormier.

Marie Cadieux, directrice générale des Éditions Bouton d’Or Acadie, insiste sur le grand travail d’accompagnement dont ont besoin les jeunes auteurs francophones. 

Photo : Daniel Beaudry

«On a un grand travail d’accompagnement à faire, car nous n’avons pas de pépinière de talents», renchérit Marie Cadieux.

Les éditeurs interrogés mettent en cause le manque de programmes en études et en création littéraire dans les universités francophones en situation minoritaire. «Nos jeunes auteurs évoluent dans un milieu universitaire plus pauvre», tranche Stéphane Cormier.

Un avis que partage Lucie Hotte. Elle cite le cas de l’Ontario, où seule l’Université d’Ottawa offre encore des cours de littérature franco-ontarienne.

La chercheuse constate également un manque de relève chez les romanciers.

«Les maisons d’édition publient moins d’ouvrages de création littéraire que par le passé.»

Selon Lucie Hotte, en 1998, plus de 80 % des écrits publiés par les Éditions Prise de parole en Ontario étaient des romans. En 2022 ce chiffre est tombé à 29 %. De même, les romans ne constituent plus qu’un quart des publications des L’Interligne, maison d’édition franco-ontarienne.

L’union fait la force

«On a surtout du théâtre et de la poésie», remarque Laurier Gareau, président des Éditions de la nouvelle plume en Saskatchewan.

Le rapport à la lecture, «plus complexe», selon Stéphane Cormier, explique le succès de ces styles littéraires chez les francophones en situation minoritaire. «Ce sont des arts de l’oralité que l’on peut voir et écouter sur scène. Ça permet à des francophones de famille, mais de culture bilingue, d’accéder à la littérature en français», considère-t-il.

Une fois publiés, les livres doivent tisser leur histoire hors des murs de leur maison d’édition.

Lucie Hotte, chercheuse à l’Université d’Ottawa, constate un manque de relève chez les romanciers francophones en situation minoritaire. 

Photo : Mélanie Provencher

Face au faible nombre de librairies francophones et à des collections réduites dans les bibliothèques, les éditeurs doivent faire preuve de créativité pour rejoindre les lecteurs. «Il y a de la compétition entre les maisons, c’est un défi de se faire une place sur le marché», relève Lucie Hotte.

En 1989, les éditeurs francophones en situation minoritaire ont néanmoins réussi à s’entendre au sein du Regroupement des éditeurs franco-canadiens (REFC). À l’époque, l’objectif était clair : accéder aux vitrines québécoises.

Avec son large bassin de locuteurs de langue française, le Québec constitue un marché de choix. Les Éditions Prise de parole vendent ainsi la moitié de leurs ouvrages dans cette province et ne réalisent qu’un peu plus d’un tiers de leur chiffre d’affaires en Ontario.

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Rayonnement à l’international

Les maisons d’édition vendent également leurs ouvrages en ligne partout au Canada, sur des sites comme leslibraires.ca. «Nous sommes particulièrement solidaires des libraires indépendants, car ce sont les plus sensibles à nos collections», précise Stéphane Cormier.

Les éditeurs diffusent même certaines de leurs publications aux États-Unis, grâce à un service mis sur pied par le REFC : l’impression à la demande. Un libraire, n’importe où aux États-Unis, peut déclencher l’impression d’un livre commandé par l’un de ses clients et le réceptionner dans les 48 heures.

«Ça nous permet de faire des économies, en limitant les structures de distribution qui coutent très cher en frais de transport et d’entreposage», se félicite Stéphane Cormier, qui parle de plusieurs dizaines de milliers de ventes de l’autre côté de la frontière. Ce système sera bientôt disponible pour l’Europe francophone.

Les maisons d’édition ne se limitent pas au papier, elles misent aussi sur les formats numériques et audios. Leurs livres sont ainsi nombreux à se retrouver sur le catalogue en ligne de la Bibliothèque des Amériques.

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Habitudes de lecture bouleversées

Le REFC aide actuellement ses membres à développer les livres numériques, enrichis de fonctions d’accessibilité, notamment pour les malentendants ou les personnes souffrant de dyslexie.

«On s’adapte à un milieu en pleine transformation avec des habitudes de lecture et des contenus littéraires qui se morcèlent», affirme Stéphane Cormier.

En Acadie, Marie Cadieux estime, de son côté, que l’audio ne remplacera jamais le papier.

Il y a un certain engouement, mais c’est loin d’être rentable, les couts de production sont trop élevés, et il faut voir comment faire la jonction avec le gout pour la lecture.

— Marie Cadieux

Susciter ce plaisir de lire est un autre cheval de bataille des éditeurs francophones en situation minoritaire. Le REFC mène un nombre incalculable d’activités de sensibilisation dans les salles de classe et les bibliothèques, collabore avec nombre d’enseignants et d’organismes de promotion de la lecture.

«Dans un contexte où l’offre culturelle en anglais est pléthorique, on doit surinvestir beaucoup de temps et d’argent pour créer des habitudes de lecture dès le plus jeune âge et les maintenir», insiste Stéphane Cormier.

Quelles que soient les difficultés, les maisons d’édition n’ont jamais cessé de se battre pour que la littérature franco-canadienne continue à exister.

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C’est le premier ministre britannocolombien de l’époque, Gordon Campbell, qui a instauré cette mesure environnementale en 2008. Pourtant rien n’indiquait jusqu’alors qu’il était un ardent défenseur de l’environnement.

Il était à la tête du Parti libéral de la Colombie-Britannique, un parti connu pour ses positions de centre-droite, pour ne pas dire de droite. Il avait réduit les impôts, éliminé le déficit de la province, notamment en sabrant dans les dépenses, et il appuyait sans réserve le libre-échange.

Avant de se lancer en politique provinciale, il avait été maire de Vancouver. Là aussi, il était davantage connu pour ses réalisations économiques qu’environnementales.

Bref, l’environnement ne faisait pas partie de ses priorités.

Un leadeurship assumé

Pourtant, la lutte aux changements climatiques deviendra une cause personnelle pour le premier ministre.

Gordon Campbell raconte qu’un voyage en Chine en 2006, durant lequel il a été témoin des ravages causés par la pollution, lui a fait prendre conscience de l’importance d’agir pour lutter contre les changements climatiques.

En moins d’un an, une nouvelle taxe – la taxe carbone – allait être annoncée, adoptée et mise en œuvre dans la province.

À l’automne 2007, le gouvernement Campbell fait part de son intention d’adopter cette taxe. Les détails seront dévoilés lors du budget de février 2008. La nouvelle taxe entrera en vigueur rapidement, en juillet 2008.

Durant toute cette période, le premier ministre a travaillé à expliquer sa réforme à la population et aux milieux d’affaires ainsi qu’à mobiliser l’ensemble de son conseil des ministres pour faire avancer cette initiative.

Bien que l’opinion publique et les milieux d’affaires aient été favorables à la lutte au changement climatique, la taxe sur le carbone a néanmoins suscité des inquiétudes.

Le gouvernement a eu cependant le bon instinct de mettre en place une taxe «fiscalement neutre». Cette idée viendra des consultations menées avec divers groupes.

Les revenus supplémentaires obtenus par la taxe carbone sont donc remis aux contribuables, principalement par des baisses d’impôt. Ce faisant, le gouvernement ne pourrait pas être accusé de percevoir plus d’argent auprès des contribuables.

Mais il y a quand même eu de l’opposition. Les habitants des régions éloignées étaient particulièrement préoccupés par les couts supplémentaires que pourrait engendrer cette nouvelle taxe.

Ces inquiétudes étaient non fondées, mais elles ont été appuyées par le Nouveau Parti démocratique de la Colombie-Britannique qui, dans la foulée, pensait pouvoir réaliser des gains électoraux.

Il a échoué. Gordon Campbell et le Parti libéral ont été réélus en 2009, et la taxe sur le carbone est toujours en vigueur aujourd’hui dans cette province.

Les leçons à tirer

L’histoire de la taxe carbone de la Colombie-Britannique est intéressante, car elle offre plusieurs éléments de réflexion pour comprendre les effets de la récente décision du gouvernement Trudeau de suspendre temporairement l’application de sa taxe carbone sur le mazout, un combustible très polluant.

Le premier de ces éléments est le fait qu’une taxe n’est jamais populaire. C’est d’ailleurs pour cela qu’elle fonctionne. Si on veut modifier le comportement des consommateurs, il faut s’attaquer aux prix.

Une taxe carbone augmente donc le cout d’utilisation de biens qui provoquent des dommages environnementaux. On espère ainsi que les consommateurs seront sensibles à cette augmentation de prix et modifieront leurs comportements en conséquence.

À cause de son impopularité, une taxe sur le carbone doit être mise en œuvre avec un plan d’acceptabilité sociale. Les libéraux fédéraux n’ont jamais réussi à convaincre la population qu’ils en avaient un.

Est-ce qu’ils auraient pu faire mieux? L’exemple de la Colombie-Britannique semble dire que oui.

Deuxièmement, il est important de présenter un plan de lutte au changement climatique qui est susceptible de produire les effets désirés.

Plusieurs études faites depuis l’instauration de la taxe carbone en Colombie-Britannique ont rapidement montré que celle-ci a mené à une réduction des émissions de gaz à effet de serre tout en préservant la croissance économique.

La taxe carbone fédérale existe maintenant depuis 2019, mais on peine à en voir les retombées. Les émissions de gaz à effet de serre continuent à augmenter au pays.

Les causes de cette augmentation sont nombreuses, mais comme le notait récemment le commissaire à l’environnement et au développement durable, plusieurs questions subsistent quant à l’atteinte des cibles de réduction des émissions. Bien des Canadiens, ne voyant pas de résultats tangibles, pourraient ainsi se demander si la taxe carbone est vraiment une bonne idée.

Troisièmement, Gordon Campbell avait fait preuve d’un très grand leadeurship. La lutte au changement climatique était devenue sa priorité. Ses actions l’ont démontré.

Jusqu’à tout récemment, le Parti libéral du Canada faisait de la protection de l’environnement l’un des piliers de son programme. Mais en décidant de ne pas défendre bec et ongles sa taxe sur le carbone, c’est-à-dire en permettant des exceptions, Justin Trudeau a semé le doute.

Ce gouvernement est-il encore prêt à se porter à la défense de l’environnement? Ce ne semble plus être le cas.

Une fédération ingouvernable?

Il existe cependant une très grande différence entre la Colombie-Britannique et le gouvernement fédéral.

Gordon Campbell était à la tête d’une province qui compte environ cinq-millions d’habitants, alors que Justin Trudeau dirige un État de 40 millions d’habitants regroupant dix provinces, trois territoires et des milliers de municipalités.

Gouverner une fédération peut devenir rapidement très complexe, surtout lorsqu’il s’agit d’établir des consensus entre les différentes régions du pays.

En faisant une exception pour le mazout, Justin Trudeau vient peut-être tout simplement nous dire qu’un programme national de lutte aux changements climatiques est impossible à mettre en œuvre au Canada.

Cependant, si nous croyons à la faisabilité d’une action concertée de toutes les provinces et tous les territoires, ce serait à nous de le dire, à Justin Trudeau et à tous les autres chefs de parti politique.

Geneviève Tellier est professeure à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa. Ses recherches portent sur les politiques budgétaires des gouvernements canadiens. Elle commente régulièrement l’actualité politique et les enjeux liés à la francophonie dans les médias de tout le pays.

Le lancement est survenu moins d’une semaine après l’annonce du ministre de l’Immigration, Marc Miller, d’une nouvelle cible progressive en immigration francophone à l’extérieur du Québec, de 6 à 8 % de 2024 à 2026. Une nouvelle qui a déplu bien des organismes francophones.

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Un retour sur les cibles en immigration francophone

Présent lors de l’évènement, le ministre Marc Miller s’est exprimé devant une quarantaine de participants. Il s’est dit être conscient de la déception ressentie face aux nouvelles cibles.

Plusieurs Franco-Canadiens ont témoigné de leurs expériences réussies en tant que nouveaux arrivants au Canada. De gauche à droite : Diana Ombé, Hortense Mvuemba, Jean Mohsen Fahmy et Moustapha Amraoui.

Photo : Chantallya Louis – Francopresse

«Je préférais quelque chose d’ambitieux, mais de réaliste, a-t-il affirmé. Si j’ai la conviction, dans un an, qu’on peut atteindre le 6 %, avec tous les mécanismes en place, je serais même prêt et même ouvert à réexaminer ces cibles.»

Marc Miller est d’avis que l’immigration joue un rôle important pour soutenir la vitalité des communautés francophones en situation minoritaire.

Dans cette optique, il a soutenu que le «rétablissement du poids démographique des communautés francophones en situation minoritaire demeure une priorité absolue pour [lui] et pour [son] gouvernement».

Avec la modernisation de la Loi sur les langues officielles, qui vise l’égalité réelle des langues officielles du Canada, il a ajouté que son ministère «adoptera une politique en matière d’immigration francophone contenant des objectifs, […] des cibles et des indicateurs en vue de contribuer à la vitalité, à la prospérité accrue des communautés francophones pour ma génération et pour les générations à venir».

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«Il y a encore beaucoup de travail à faire»

Le directeur général de la FCFA, Alain Dupuis, souhaite que cette Semaine célèbre les bons coups des communautés francophones lorsqu’il a trait à l’immigration.

«Je pense qu’on a fait beaucoup de travail dans les dernières années pour justement augmenter le nombre de services aux personnes immigrantes francophones», a-t-il déclaré en entrevue avec Francopresse.

Le ministre de l’Immigration, Marc Miller, a réitéré son souhait de travailler avec la FCFA pour assurer une immigration francophone hors Québec prospère. 

Photo : Chantallya Louis – Francopresse

Plusieurs Franco-Canadiens venant de divers pays ont d’ailleurs pris la parole lundi, dans le cadre d’un panel pour témoigner de leur expérience et leur réussite en tant qu’immigrants d’expression française.

«[On veut] célébrer l’impact, la contribution des personnes immigrantes, que ce soit de nouveaux arrivants […] ou des gens qui contribuent à notre communauté depuis 10 ans, 20 ans», a souligné Kimberly Jean Pharuns, directrice en immigration francophone auprès de la FCFA.

Cependant, Alain Dupuis est conscient des défis qu’il reste à relever pour contrer le déclin démographique des francophones hors Québec et assurer une «immigration grandissante, ou la francophonie sera aussi en train de croitre».

«Il y a encore beaucoup de travail à faire pour créer les systèmes nécessaires pour qu’on puisse recruter et accueillir un plus grand nombre de personnes à l’avenir», a-t-il dit.

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L’employabilité pour assurer la rétention

Selon le directeur, avec la pénurie de main-d’œuvre qui sévit partout au pays, l’emploi, «ce n’est pas ce qui manque».

Il admet d’ailleurs qu’il manque 12 000 enseignants de langue française hors Québec dans les écoles francophones ou d’immersion, et 9 000 places en garderies francophones.

«Donc c’est sûr qu’il y a de l’emploi. Il y a de l’emploi dans des domaines importants et cruciaux pour la vitalité du français, a-t-il assuré. […] Mais les systèmes en ce moment ne reconnaissent pas suffisamment les diplômes et les acquis des jeunes. Je pense que c’est le cœur de la rétention, ça passe par l’emploi.»

Pour Alain Dupuis, il est donc important de miser sur la reconnaissance des acquis et des expériences pour s’assurer que les nouveaux arrivants trouvent un emploi «dans nos communautés».

«Zik, c’est vraiment une espèce d’odyssée de toutes les couleurs dans le monde de la musique», résume Mehdi Cayenne, l’animateur espiègle de cette série signée Moi & Dave.

Chaque épisode explore un thème entourant le quatrième art, à base de saynètes, de références historiques ou scientifiques et d’effets audiovisuels en tous genres.

Tel un Ulysse du petit écran, l’artiste franco-ontarien a pu «avoir des amis formidables, se marier avec un dinosaure, manger du popcorn à n’en plus finir, parler avec un monstre fait en compost». Sans oublier d’accorder une entrevue à l’influenceur «WAM», ou Wolfgang Amadeus Mozart pour les intimes.

«C’est toujours une aventure extraordinaire», confie-t-il. Une œuvre «kaléidoscopique», pour reprendre ses mots.

Le coréalisateur de la série, Simon Madore, évoque de son côté un «bazar musical», où rire et pédagogie font bon ménage. «C’est important de savoir mêler l’éducation et le divertissement.»

Intéresser les jeunes à l’heure de TikTok

«On cherchait à faire une émission qui était à la fois éducative, mais on voulait que les jeunes ne s’en rendent pas compte. C’est pour ça qu’on essaie d’instaurer un peu plus de folie, un peu d’humour dans le contenu.»

Et de surcroit, la série cherche à susciter l’intérêt des jeunes en français.

«Mes deux adolescents habitent Toronto. Ils parlent en français, mais la langue anglaise a un peu ce côté-là un peu plus “cool” ou du moins le français n’est pas nécessairement la langue la plus attrayante pour ces jeunes-là parce que la majorité du contenu qu’ils vont regarder est en anglais», remarque, lucide, Simon Madore.

«Mon autre défi, c’était justement de pouvoir apporter à du contenu francophone quelque chose d’intéressant, qui allait les accrocher.»

Il n’y a pas beaucoup de contenu francophone pour les adolescents. Même en anglais, au niveau éducatif, il n’y a pas beaucoup d’options et on se retourne toujours vers les TikTok de ce monde et je ne suis pas convaincu que c’est la façon la plus enrichissante pour nos adolescents. Donc j’espère que TFO et d’autres chaines vont essayer de renforcer un peu ce créneau-là.

— Simon Madore

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«C’est important pour notre culture minoritaire de continuer à avoir des contenus en français. Ça, c’est primordial, et l’éducation est aussi un domaine tellement important quand vient le temps de s’épanouir comme culture», poursuit Simon Madore.

«On a eu la chance d’être nommé aux Gémeaux récemment. Ce n’est effectivement pas un milieu nécessairement facile dans lequel entrer pour une production hors Québec, ajoute Mehdi Cayenne. Le fait que Zik soit invité dans la même sphère, ça en dit beaucoup sur le travail qui a été mis là-dedans.»

Francophonie minoritaire

Si l’émission met à l’honneur la francophonie, elle accueille aussi des intervenants anglophones.

«C’est aussi bien de garder en tête qu’on est en situation minoritaire et puis l’anglais, il y en a partout et les accents, il y en a partout, donc on ne cherchait pas à uniformiser l’émission comme étant complètement francophone», nuance Simon Madore. Les langues autochtones sont également au générique.

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La deuxième saison de Zik comprend 10 épisodes de 11 minutes, sur le site TFO.org et sur la chaine TFO tous les vendredis soir à 19 h 30.

Premier effort exceptionnel pour verbe recherché

Sous la fourrure, le projet de l’auteur-compositeur-interprète d’Ottawa David Robquin, dit Squerl Noir, est un rendez-vous musical à ne pas manquer en ce mois de novembre. L’univers particulier nous séduit par son verbe profond et son intense réflexion.

Pochette de l’album Sous la fourrure.

Photo : squerlnoir.com

La recherche du mot juste nous saisit dès le début. L’artiste partage son questionnement sur notre place dans le monde, notre rapport aux conflits mondiaux, l’essence de nos origines, bref la vérité de soi.

Le travail sur les musiques est également de grande qualité. Passant aisément des trames planantes au son électropop, le Squerl Noir nous offre un univers très bien fignolé, qui colle bien aux propos des chansons.

On se laisse transporter entre poésie et musique. Que l’on écoute Les regards, Irrationnels ou L’incendie, la force de séduction de l’auteur-compositeur-interprète est la même. On peut en dire autant des chansons pop Sous la fourrure, ou encore Danser sur Mars. Cette dernière est un succès garanti.

Grâce à ses mots justes et à ses musiques parfaites, David Robquin réussit à interpeler les mélomanes à la recherche de fraicheur auditive. La qualité de la réalisation de ce disque en fait un produit hors du commun, qui se retrouvera surement dans mon top 5 de l’année.

Irrationnels
Album : Sous la fourrure

La fierté de ses origines

Artiste franco-ontarienne et abénaquise, Mimi O’Bonsawin connait déjà une carrière anglophone remplie de succès. En 2023, elle a décidé de nous offrir deux albums, Willow dans la langue de Shakespeare et Boréale dans celle de Molière.

Ce dernier nous offre une artiste tout en douceur, qui nous partage ses origines abénaquises et francophones.

Pochette de l’album Boréale, réalisée par Carole Diotte-O’Bonsawin.

Photo : mimi.ca

On y découvre une voix angélique, sur des trames musicales aux sonorités folks, très souvent accompagnées de percussions autochtones. Les pièces sont ainsi plus profondes et spirituelles. Les textes rendent hommage à la terre, aux rivières, à la forêt et même à notre sœur à tous, la lune.

Mimi O’Bonsawin nous fait voyager jusqu’en Amérique centrale, avec la chanson Mystique, une mélodie aux accents du Sud. Dis-moi ce que tu vois est un hommage à un être cher parti dans l’univers, alors qu’avec Enraciné, la chanteuse nous rappelle la fierté de ses origines.

La Franco-ontarienne Abénaquise nous charme également avec un instrumental, Résistance. Une pièce tribale dans laquelle on entend de superbes vocalises.

Boréale se veut un hommage aux anciens, aux origines et au territoire. Avec une voix presque divine, des musiques profondes aux accents autochtones, Mimi O’Bonsawin nous interpelle sur la richesse de son âme, le duel entre ses cultures. Elle nous offre un rendez-vous tout en délicatesse, où la fierté de ces origines est au menu.

Dis-moi ce que tu vois
Album : Boréale

Souvenir d’une grande musicienne

Cela fait déjà plus d’un an que la grande musicienne Pastelle Leblanc, nous a quittés. Pendant plus de dix ans, elle a fait partie du trio acadien Vishtèn, avec sa sœur jumelle, Emmanuelle, et Pascal Miousse.

En 2018, leur opus Horizons s’est classé en deuxième position de mon Top 10. Un album majoritairement inspiré de vieilles chansons et de pièces acadiennes. La qualité et la beauté des arrangements en font un produit unique. Des premiers accords d’Elle tempête à la dernière note d’Âmes sœurs ; chaque pièce accroche l’auditeur.

Pochette de l’album Horizons. 

Photo : vishten.net

Les sirènes à Roméo est un autre bel instrumental avec un trio guitare-piano-flute, captivant dès les premières notes. Horizons arrive également à bien nous faire ressentir le gout de vivre des insulaires de l’Acadie en trois beaux tableaux musicaux.

Bi bi box est incontestablement la pièce phare de l’album, un ver d’oreille irrésistible. Elle est très puissante grâce à son énergie et sa mélodie des plus accrocheuses. 

Je terminerai par Lautre femme, une chanson qui se distingue par un son plus moderne au niveau des arrangements, mais avec toujours une belle touche celtique.

Avec cet opus, le groupe Vishtèn a atteint un niveau de qualité d’enregistrement hors du commun, qui le classe parmi la crème de la crème des artistes de légende. 

Les trois membres de la formation acadienne sont au sommet de leur art, offrant des mélodies, des arrangements et des performances presque parfaits. Encore une fois, la qualité des mélodies, la force des voix et la réalisation des plus solides nous captivent.

Chère Pastelle, tu nous manques.

Bi bi box
Album : Horizons

Je vous donne rendez-vous début décembre pour mon Top 10 de l’année. Selon vous, qui aura su me séduire pour ravir la première place?

Marc Lalonde, dit Lalonde des ondes, est chroniqueur musical depuis plus de 25 ans au sein de la francophonie musicale canadienne et animateur de l’émission radiophonique Can-Rock. Il se fait un malin plaisir de partager cette richesse dans 16 stations de radio à travers le pays chaque semaine.

Plus sur la francophonie

La Fédération des communautés et francophones et acadienne (FCFA) et ses membres n’ont pas tardé à faire part de leur déception à la suite de l’annonce du ministre de l’Immigration, Marc Miller, sur les nouvelles cibles en immigration francophones.

Mercredi après-midi, Marc Miller a établi une cible progressive allant de 6 %, en 2024, à 8 % en 2026.

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Liane Roy est déçue de la nouvelle cible progressive en immigration francophone proposée par le gouvernement fédéral mercredi.

Photo : Courtoisie

La présidente de la FCFA, Liane Roy, soutient que la cible du gouvernement fédéral n’est pas suffisante pour renverser le déclin démographique des communautés francophones à l’extérieur du Québec.

La semaine dernière, la FCFA ainsi que plusieurs organismes francophones ont demandé au gouvernement d’établir la cible à 12 %.

Liane Roy assure toutefois être prête à travailler avec le ministère de l’Immigration pour mettre en place un programme spécifique pour l’immigration francophone, «fait par et pour les francophones».

Le bureau du ministre a affirmé que Marc Miller avait entrepris de discussions avec la FCFA et continuera de collaborer.

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Réjean Aucoin devient le premier sénateur acadien de la Nouvelle-Écosse depuis 10 ans.

Photo : rejeanaucoin.ca

L’avocat Réjean Aucoin, de Chéticamp, sur l’ile du Cap-Breton en Nouvelle-Écosse, a été nommé au Sénat mardi. Il devient le premier sénateur acadien à représenter la province depuis la démission de Gérald Comeau, en 2013.

Avocat spécialiste en droit criminel, Réjean Aucoin est reconnu dans la communauté acadienne de la Nouvelle-Écosse. Défenseur des droits linguistiques francophones, il a fondé l’Association des juristes d’expression française de la Nouvelle-Écosse (AJEFNE) dont il est le président sortant.

Réjean Aucoin est le seul francophone sur les cinq sénateurs nommés par le premier ministre Justin Trudeau mardi.

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Selon le commissaire de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), Michael Duheme, «87,5 % des employés occupant des postes bilingues satisfont aux exigences de leur poste». Au sein de l’État-major, cette proportion descend à 59 %.

Devant le Comité permanent des langues officielles le 30 octobre, le commissaire Michael Duheme a reconnu les difficultés de son organisation à se conformer à la Loi sur les langues officielles.

Il a précisé que la nouvelle stratégie sur les langues officielles de la GRC, qui doit entrer en vigueur cet automne, vise à identifier les lacunes et les obstacles en matière de conformité.

Michael Duheme a été convoqué devant le Comité permanent des langues officielles après que Radio-Canada a dévoilé que la police fédérale n’offrait pas de cours de français à ses hauts gradés unilingues.

La taxe carbone divise, les immigrants quittent le pays et le Canada demande le respect du droit international au Proche-Orient

Des députés libéraux ont démontré leur mécontentement face à la décision de Justin Trudeau de suspendre la taxe carbone sur la livraison du mazout. 

Photo : Marianne Dépelteau – Francopresse

Après qu’Ottawa a suspendu temporairement la taxe carbone sur la livraison de mazout à travers le pays, la tension est montée d’un cran au sein du Parlement.

Le chef de l’opposition officielle, Pierre Poilievre, a accusé le premier ministre d’avantager les provinces de l’Est, puisque cette suspension bénéficierait seulement aux provinces qui utilisent majoritairement ce type de combustible pour le chauffage.

Justin Trudeau a non seulement fait face à de vives critiques de la part des premiers ministres provinciaux, mais aussi au sein de son parti, alors que des députés libéraux ont manifesté leur mécontentement face à sa décision.

Selon le plus récent rapport de l’Institut pour la citoyenneté canadienne (ICC), intitulé Des occasions manquées, le nombre d’immigrants au Canada qui décident de quitter le pays a connu une hausse considérable en 2017 et en 2019.

Le phénomène, que le document qualifie de «reprise de migration», se produit entre la 4e et la 7e année suivant l’arrivée au Canada.

Le rapport a été publié la veille de l’annonce du maintien de la cible de 500 000 immigrants par année au Canada.

En conférence de presse mardi, le président-directeur général de l’ICC, Daniel Bernhard, a soutenu qu’il était nécessaire que le gouvernement s’attarde sur les raisons «derrière des migrations subséquentes».

Dans son rapport, ICC présente aussi des recommandations qui portent sur l’accueil, l’intégration et la rétention des immigrants.

Près de quatre semaines après le début du conflit au Proche-Orient, la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, a appelé Israël à respecter le droit international.

Mélanie Joly demande à Israël de respecter le droit international. 

Photo : Marianne Dépelteau – Francopresse

Lors d’une rencontre du Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM), mercredi, Mélanie Joly a jugé la situation de «tragédie humaine», sans pour autant condamner le gouvernement israélien.

Pour sa part, le premier ministre Justin Trudeau a réitéré son appui «envers le droit d’Israël de se défendre conformément au droit international, y compris le droit humanitaire», peut-on lire dans un communiqué.

Lundi, des groupes de différentes confessions ont aussi présenté une conférence conjointe au Parlement pour réclamer un cessez-le-feu immédiat, la création d’un couloir pour l’aide humanitaire et la protection des civils dans les zones de conflit.

Au même moment, des groupes militants se sont rassemblés dans plusieurs bureaux des députés fédéraux à travers le Canada, tels que le bureau de la députée Mona Fortier à Ottawa et la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, à Montréal, pour demander à tous les députés du pays «de mettre fin à la complicité du Canada avec l’apartheid israélien».

En date du 30 octobre, plus de 5 744 Canadiens étaient inscrits à la Liste des Canadiens à l’étranger en Israël, 451 Canadiens inscrits en Cisjordanie et dans la bande de Gaza et 17 934 au Liban.

Tous les organismes franco-albertains contactés tiennent le même discours : ils soutiennent la presse de langue française, au premier chef les médias communautaires, qu’ils jugent essentiels à la vie, voire à la survie de la communauté.

David Caron est directeur général de la Fédération des aînés franco-albertains.

Photo : Courtoisie

Julianna Damer, directrice générale de Francophonie jeunesse de l’Alberta (FJA) déclare «entretenir de très bonnes relations avec les médias de langue française, dont les médias communautaires».

Elle ajoute même que «c’est l’intérêt de tout le monde de les supporter. S’ils disparaissent, on parlera moins de nous».

David Caron, directeur général de la Fédération des ainés franco-albertains (FAFA), renchérit en précisant qu’«on a toujours le réflexe de leur partager nos activités et nos projets, car nos membres les utilisent pour s’informer».

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Mission pédagogique du journaliste

De tels témoignages ne surprennent pas Marc-François Bernier, professeur titulaire de journalisme au Département de communication de l’Université d’Ottawa.

«En milieu francophone minoritaire, les journalistes, surtout ceux des médias communautaires, n’ont pas trop de difficultés à communiquer avec la communauté», considère le chercheur. 

Mireille Péloquin, de la FPFA, affirme «travailler main dans la main» avec tous les médias. «Si j’ai une histoire ou si j’entends parler d’un contact intéressant, je pense toujours à les appeler […] et je ne refuse jamais une entrevue.» Photo : Courtoisie

Photo : Courtoisie

L’enjeu, selon lui, c’est plutôt de faire comprendre à certaines personnes que les médias ne leur appartiennent pas, «qu’ils ne sont pas seulement là pour faire la promotion de leurs intérêts».

«Il y a une mission pédagogique constante du reporter sur le terrain», insiste Marc-François Bernier.

Mais après deux ans de pandémie durant lesquelles les journalistes se sont retrouvés confinés dans leur bureau, les liens avec les Franco-Albertains se sont distendus.

Paul Denis, directeur général de Réseau Santé Alberta, regrette le manque d’attention portée aux activités communautaires. «Ils devraient jeter un œil attentif et quotidien à ce qui se passe au sein de notre francophonie, traiter les éléments en profondeur», souligne le chef de file.

Mireille Péloquin, directrice générale de la Fédération des parents francophones de l’Alberta (FPFA), appelle les journalistes à faire davantage de tournées en région. Elle parle d’un travail de «coconstruction» avec la communauté, à même d’augmenter le cadre d’écoute.

«Retourner à la rencontre des histoires»

Privés de terrain, les journalistes «ont perdu le contact humain et entretiennent des relations plus compliquées», reconnait Étienne Alary, directeur par intérim du journal Le Franco, en Alberta, depuis mars 2023.

Marc-François Bernier est professeur titulaire de journalisme au Département de communication de l’Université d’Ottawa.

hoto : Courtoisie

Celui qui est aussi directeur général du Conseil de développement économique de l’Alberta (CDEA) note une «certaine difficulté» des journalistes à obtenir des entrevues.

La cheffe de l’information de Radio-Canada Alberta, Ève Marie Forcier, constate également l’écart à combler entre les salles de nouvelles et les citoyens : «On a des discussions sur le sujet avec notre public, on a l’élan de se rapprocher pour retisser des liens privilégiés, retrouver de la proximité.»

Elle relève néanmoins que l’effritement de la confiance du public envers la sphère médiatique est moins prégnant au niveau local.

Quel que soit le média, ils misent tous sur un retour des reporters sur le terrain. «On se fait un devoir de se déplacer, pas seulement à des conférences de presse, mais aussi à des évènements rassembleurs de la francophonie», insiste Étienne Alary.

«On doit retourner à la rencontre des histoires. Les gens ont besoin de s’entendre, de voir les coulisses de leur vie», renchérit Ève Marie Forcier. 

Un mouvement que salue Marc-François Bernier. Le chercheur de l’Université d’Ottawa appelle la presse à ne pas négliger les nouvelles dynamiques à l’œuvre en milieu minoritaire.

Avec l’immigration, la francophonie change de visage, les médias doivent s’adapter et leurs informations refléter cette diversité.

— Marc-François Bernier

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«Traitement épisodique» de l’actualité

Aller au-devant de toutes les communautés et refléter leur pluralité reste une gageüre dans une province où les francophones sont dispersés sur un territoire plus vaste que la France.

Le défi est d’autant plus grand pour un journal comme Le Franco, qui dispose d’une seule journaliste à temps plein et de quelques pigistes.

Isabelle Laurin, de l’ACFA, assure traiter de la même façon, «sans aucune hiérarchie», toutes les demandes qu’elle reçoit des médias, peu importe leur provenance. «On tente de répondre à un maximum d’entrevues annuellement.» 

Photo : Michel Smith

Son directeur par intérim, Étienne Alary, aimerait étoffer la salle de rédaction. Mais, il n’a toujours pas trouvé la perle rare.

Car la presse en situation minoritaire souffre d’un autre mal : le fort taux de roulement du personnel.

Cette difficulté à fidéliser les précieux salariés est susceptible de nuire à la qualité de la couverture médiatique, estime Marc-François Bernier.

«Ça favorise le traitement épisodique et non thématique de l’actualité, car les professionnels de passage ne mettent pas la nouvelle en contexte. Ça peut contribuer à discréditer les médias et alimenter de la méfiance à leur égard», analyse le spécialiste.

Lorsqu’ils accordent des entretiens, les chefs de file franco-albertains sont ainsi régulièrement confrontés à un déficit de compréhension des enjeux locaux.

«On a parfois la crainte que le journaliste se méprenne sur nos propos. Alors on suit de manière très serrée toutes nos entrevues pour être surs que nos messages soient bien compris», rapporte Isabelle Laurin, directrice générale de l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA).

Former aux réalités franco-albertaines

Cette appréhension n’empêche pas les dirigeants communautaires de parler aux journalistes. «Je ne vais pas arrêter de donner des entrevues parce que j’ai peur. C’est un problème ancien, il faut apprendre à vivre avec et prendre le temps avec les nouveaux», tranche Paul Denis.

Paul Denis est directeur général de Réseau Santé Alberta. 

Photo : Courtoisie

À l’image du responsable de Réseau Santé Alberta, tous les représentants tentent de sensibiliser les plus jeunes recrues aux réalités franco-albertaines.

«Ces dernières années, les journalistes ne viennent plus seulement du Québec, mais aussi de la francophone internationale. Alors je fais souvent de l’éducation, je réexplique ce qu’est la Loi sur les langues officielles», détaille Isabelle Laurin, qui déplore l’absence de programmes d’études en journalisme en français dans l’Ouest canadien. 

Du côté de Radio-Canada, Ève Marie Forcier soutient que son équipe fait «beaucoup d’accompagnements» pour les débutants, qui ne sont pas envoyés «n’importe où» dès leur arrivée.

À cet égard, la société de la Couronne et les organismes communautaires se sont associés pour monter un programme de formation sur les enjeux et l’histoire des Franco-Albertains à destination des journalistes.

«Miser sur la rétention d’employés qui s’intéressent et redonnent à la communauté, c’est la priorité, appuie Alyson Roussel, directrice générale de la radio communautaire Boréal FM, qui est bien implantée dans le nord de l’Alberta. Les gens mettent toujours du temps à se familiariser avec de nouvelles voix.»

Dans les bureaux du Franco, Étienne Alary garde espoir. Le directeur par intérim est persuadé que le «regard neuf» des journalistes de l’extérieur de la province est bénéfique pour la francophonie albertaine.

«La meilleure façon de nous aider, c’est de nous consommer»

Les médias canadiens sont en crise. La confiance du public s’érode, les financements pérennes font défaut, les abonnements s’effondrent et les audiences aussi.

En Alberta, Le Franco compte seulement 550 abonnés sur une population franco-albertaine d’environ 88 000 personnes.

«Si l’on croit à la presse, il faut passer de la parole aux actes et s’abonner», martèle Étienne Alary, directeur par intérim du journal. 

«La meilleure façon de nous aider c’est de nous consommer sur nos diverses plateformes, de nous lire, de nous écouter», poursuit Ève Marie Forcier, cheffe de l’information de Radio-Canada Alberta.

En face, les représentants de la francophonie albertaine se disent prêts à offrir un bol d’air financier aux médias communautaires.

«Nos organismes et institutions doivent s’approprier les médias communautaires, investir dedans», affirme Isabelle Laurin de l’ACFA. Autrement dit, acheter de la publicité et des publireportages.

«Le soutien économique de la communauté ne doit pas être lié à des retours d’ascenseur. Un organisme malmené par un média ne doit pas couper la publicité en réaction», prévient Marc-François Bernier.

Le professeur de journalisme à l’Université d’Ottawa rappelle également l’importance des bailleurs de fonds publics et des engagements du gouvernement fédéral en matière de publicité.

Pour accroitre ses sources de revenus, Alyson Roussel, de Boréal FM, évoque, elle, des collectes de fonds originales, du type bingo ou spectacle musical.

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Liane Roy veut mettre sur pied un programme «adapté aux besoins des communautés». 

Photo : Courtoisie

«La FCFA et ses membres dans toutes les communautés francophones et acadiennes partout au pays, sommes déçus de l’annonce des cibles en immigration francophone par le ministre Miller», a soutenu la présidente de la FCFA, Liane Roy en entrevue avec Francopresse.

Plusieurs organismes francophones à travers le pays tels que l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) et l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) ont joint leurs voix à la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) pour manifester leur insatisfaction.

Plusieurs organismes francophones nationaux avaient emboité le pas à la FCFA, la semaine dernière, réclamant une cible à 12 %.

Même si Liane Roy admet que la nouvelle cible représente une légère progression, elle croit qu’une cible de 6 % en 2024 «est nettement en deçà de ce qui est nécessaire pour rétablir le poids démographique des francophones comme prescrit dans la Loi sur les langues officielles».

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Cibles progressives

Mercredi après-midi, le ministre Marc Miller a annoncé une cible progressive de 6 % en 2024, 7 % en 2025 et 8 % en 2026 pour l’immigration francophone à l’extérieur du Québec. 

Marc Miller maintient la cible de 500 000 de nouveaux arrivants au total au Canada. 

Photo : Chantallya Louis – Francopresse

Cependant, en entrevue avec Francopresse au début octobre, Marc Miller soutenait qu’il serait «difficile» d’atteindre une cible de 6 %.  

Aujourd’hui, il se dit ambitieux face aux nouvelles cibles.

Il a toutefois reconnu que la cible de 4,4 %, établie en 2003, a été atteinte en 2022 «de peine et de misère».

«Est-ce qu’on a fait notre job comme il faut pendant les deux dernières décennies? Non», a-t-il ajouté.

La cible de 6 %, établie pour 2024, permettrait, selon le ministre, «de donner un coup de barre à [son] ministère, de les forcer à dépasser leur façon de penser, et qu’ils mettent en place des mécanismes pour accueillir les gens qui sont d’expression francophone».

Marc Miller vise d’abord la mise en place de mécanismes et de politiques publiques pour accueillir les immigrants d’expression française et d’ailleurs.

«Je vous admets que je préfère ne pas rencontrer la cible de 6 % l’année prochaine, si j’ai les bonnes mesures en place pour pouvoir atteindre le 8 % [en 2026]», a-t-il poursuivi.

Le Commissariat aux langues officielles se montre plus indulgent

En réaction à l’annonce, le commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge a qualifié les nouvelles cibles de «pas dans la bonne direction pour freiner le déclin démographique des francophones en situation minoritaire».

Il évoque néanmoins l’importance de respecter les nouvelles cibles et d’adopter «des cibles encore plus ambitieuses à l’avenir».

Selon Raymond Théberge, il en revient au gouvernement de faire preuve de leadeurship afin de rallier les parties prenantes dans le dossier de l’immigration afin d’assurer la réussite «de cet important projet de société».

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Le Comité sénatorial des langues officielles veut accélérer la mise en place des mesures

Dans un rapport de mars dernier visant IRCC, le Comité sénatorial des langues officielles recommandait notamment de fixer une cible de réparation et de croissance adaptée aux besoins des différentes régions.

René Cormier croit que l’identification d’une cible doit être aussi associée à des mesures, des moyens, des ressources. 

Photo : Courtoisie Sénat du Canada

Le président du comité, René Cormier, soutient qu’il sera nécessaire d’accélérer les mesures, le financement et les ressources «si on veut s’assurer de rattraper ce décalage démographique».

S’intéressant davantage aux mécanismes d’accueil qu’aux cibles en immigration, René Cormier croit qu’il est nécessaire d’instaurer un ensemble de programmes «adaptés aux besoins des communautés».

«Il y a évidemment tous les enjeux qui touchent l’accueil et la rétention des immigrants dans nos communautés francophones, donc il y a un travail incroyable et formidable à faire», explique-t-il.

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La FCFA propose un programme spécifique pour l’immigration francophone

Liane Roy comprend que la patience est de mise lorsqu’il s’agit d’instaurer des politiques et des mesures pour outiller le ministère de l’Immigration.

Cependant, elle souhaite travailler de concert avec le ministère pour mettre en place un «programme spécifique pour l’immigration francophone […] qui comprendra des initiatives pour arriver à augmenter les cibles.»

Selon le bureau du ministre, Marc Miller aurait été déjà en contact avec la FCFA et souhaite continuer sa collaboration avec la Fédération. 

En chambre mercredi, les parlementaires ont adopté à l’unanimité une motion du Bloc québécois pour que le gouvernement revoie ses cibles d’immigration dès 2024 en fonction de la capacité d’accueil des provinces et des territoires.

Le directeur général de la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse (FANE), Jules Chiasson, ne cache pas son enthousiasme face à cette la nomination de Réjean Aucoin.

«On est très ravis, on applaudit la nouvelle. […] Ça faisait plusieurs années que la FANE demandait au premier ministre de nommer un sénateur acadien

Même son de cloche chez Rémi léger, professeur de sciences politiques à l’Université Simon Fraser en Colombie-Britannique.

«Je pense qu’il y a une histoire d’avoir un sénateur ou sénatrice acadienne de la Nouvelle-Écosse, explique-t-il en entrevue. Une histoire malheureusement qui a été interrompue avec la démission de Gérald Comeau. […] Avec la nomination de Me Aucoin, je pense qu’on vient de relancer cette tradition.»

Un défenseur des droits linguistiques

Réjean Aucoin est un avocat spécialiste en droit criminel reconnu dans la communauté acadienne de la Nouvelle-Écosse. Défenseur des droits linguistiques francophones, il est le président fondateur de l’Association des juristes d’expression française de la Nouvelle-Écosse (AJEFNE).

Réjean Aucoin est le premier Acadien de la Nouvelle-Écosse nommé au Sénat depuis 10 ans.

Source : rejeanaucoin.ca

«Il est bien respecté et bien apprécié», affirme Jules Chiasson.

Le principal intéressé se dit honoré d’avoir été nommé au sein du Sénat canadien.

«C’est certain que je vais représenter les Acadiens de la Nouvelle-Écosse, les francophones en milieu minoritaire à travers le Canada, ma région et ma province», précise le sénateur Aucoin.

L’avocat de Chéticamp a représenté la FANE dans le combat pour la création d’une circonscription électorale protégée à Chéticamp. L’audience a eu lieu le 23 octobre dernier devant la Cour suprême de la Nouvelle-Écosse.

«C’est un dossier qui m’a tenu beaucoup à cœur», admet-il alors qu’il attend toujours la décision de cette audience.

Parmi les autres dossiers, il surveille notamment les développements au sujet de la loi sur le divorce et le droit des Canadiens de divorcer en français.

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Représenter les minorités

Selon Rémi Léger, le Sénat canadien a été conçu non seulement pour représenter les régions canadiennes, mais pour aussi représenter les minorités qui ne retrouvent pas leur voix au sein de la Chambre des communes.

«C’est difficile parfois pour les minorités de se faire élire au Parlement canadien parce qu’elles sont des minorités», détaille-t-il.

Rémi Léger applaudit la nomination de Réjean Aucoin au Sénat.

Photo : Courtoisie

Avoir un représentant acadien de la Nouvelle-Écosse au Sénat, offre une opportunité de plus pour les Acadiens de la province de faire entendre les enjeux de la communauté indique Jules Chiasson.

«Ce sont des personnes qui peuvent nous ouvrir des portes quand on va à Ottawa pour plaider certains dossiers, soutient-il. Pour plaider certaines causes auprès de certains ministres, auprès de certains ministères, auprès de certains fonctionnaires, hauts fonctionnaires du gouvernement fédéral.»

Dans cette optique, Réjean Aucoin se dit prêt à travailler et à mettre de l’avant ces dossiers qui touchent sa communauté.

«Il y a encore beaucoup de chemin à faire pour les justifiables francophones qui se présentent en cour, dit-il. Par exemple, peu demandent d’avoir des procès en français parce qu’ils sont intimidés par le système ou pensent que le juge ne va pas apprécier.»

Pour Rémi Léger, le sénateur Aucoin «devient un allié, [il] devient un autre champion des Acadiens, oui, mais de la francophonie de manière générale au Sénat canadien.»

La particularité de Chéticamp

Quelques années après la Déportation, les Acadiens autorisés à revenir en Nouvelle-Écosse ont été dispersés sur le territoire.

«[Pendant plus de 200 ans], les Acadiens de différentes régions de la Nouvelle-Écosse ne se connaissaient pas, ne se fréquentaient pas, vu qu’ils habitaient très loin les uns des autres», retrace Rémi Léger.

Au fil du temps, des Acadiens de plusieurs régions de la Nouvelle-Écosse ont siégé au Sénat, mais Réjean Aucoin est le premier sénateur originaire de Chéticamp, dans le Nord de la province.

Le premier ministre, Justin Trudeau, a annoncé la nomination de quatre autres sénateurs en Atlantique : l’infirmière Joan Kingston, l’avocat John McNair, l’ancienne cheffe de la direction à la Chambre de commerce de Fredericton Krista Ross, tous les trois représentant le Nouveau-Brunswick. L’ancien consul général du Canada à Boston pour la Nouvelle-Écosse, Rodger Cuzner, représente, lui aussi, la Nouvelle-Écosse.

Il y a encore 11 sièges vacants au Sénat sur un total de 105.

Le 20 octobre 2023, le gouvernement du Parti saskatchewanais a adopté un projet de loi baptisé «Déclaration des droits des parents» ou «Parents’ Bill of Rights». Cette loi fait suite à une directive en éducation prévoyant qu’une école doit consulter les parents avant d’utiliser de nouveaux pronoms ou un nouveau nom pour leur enfant.

Cette mesure législative prévoit aussi que les parents doivent être avertis deux semaines à l’avance lorsque la santé sexuelle sera abordée en classe, et ce, afin qu’ils puissent retirer leur enfant de ces cours.

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Ces éléments sont inclus dans la nouvelle loi, aux côtés d’autres «droits» de consultation, d’information et de décision.

Un contexte constitutionnel et politique éclairant

Toutefois, le contexte et la manière d’adopter cette loi en disent beaucoup sur ce qu’elle doit véritablement accomplir.

Le 28 septembre, l’organisme saskatchewanais UR Pride, soutenu par l’organisme pancanadien Égale, a obtenu une injonction de la Cour du Banc du Roi quant à l’application de cette directive. Ces organismes visaient à protéger les droits des personnes 2ELGBTQIA+ en contestant la constitutionnalité de la directive.

Or, dès la loi adoptée, la Saskatchewan a annulé la directive contestée en cours. La province tentait de ce fait d’annuler les procédures judiciaires.

À la suite de cette injonction, le gouvernement a annoncé qu’il rappellerait l’Assemblée législative pour une session d’urgence, avant la session d’automne. Il cherchait ainsi à contourner le processus parlementaire habituel pour une question qui ne relève aucunement de l’urgence.

La loi elle-même incluait le recours à la clause dérogatoire de la Charte canadienne des droits et libertés, ce qui contourne le processus habituel d’adoption et de contestation des lois.

Le discours du trône du 25 octobre n’a pas fait mention de cette nouvelle loi, mais est rempli d’allusions au rôle néfaste que jouerait le gouvernement fédéral, qui devient un bouc émissaire pour les problèmes que le gouvernement provincial n’a pas pu, su ou tenté de résoudre.

On voit ainsi un refus de l’autorité des tribunaux, un mépris pour les processus législatifs, ainsi qu’une attaque contre un gouvernement vu comme un rival. Toute une vision de la politique est mise en œuvre avec cette nouvelle loi.

Une Charte contestée

L’intitulé de la mesure législative «Bill of Rights» n’est pas innocent. Il renvoie à l’ancêtre de la Charte canadienne des droits et libertés. Une Déclaration sous forme de loi peut être aisément transformée et annulée par le gouvernement. Au contraire, une charte enchâssée dans une constitution doit passer par plusieurs étapes.

Pour cette raison, l’adoption de la Charte canadienne des droits et libertés en 1982 n’a pas été aisée. Lors des négociations constitutionnelles de 1980-1981, les premiers ministres provinciaux s’y opposaient.

La première ministre de la Grande-Bretagne de l’époque, Margaret Thatcher, aurait même cherché un avis pour savoir si elle était en position de l’empêcher. Après tout, la loi constitutionnelle canadienne était jusqu’à ce moment une loi du Parlement britannique.

La disposition dérogatoire a répondu à la peur qu’avaient plusieurs politiciens de mettre les décisions dans les mains des juges. Elle permet en effet aux gouvernements de maintenir une loi en vigueur malgré un jugement de la Cour Suprême qui affirmerait que la mesure législative contrevient à la Charte.

Mais cette disposition devait aussi avoir ses limites et être une mesure exceptionnelle afin de protéger les populations vulnérables.

Depuis, le recours à la Charte est devenu une stratégie politique. On a critiqué la juridicisation de la politique qu’elle a entrainée, c’est-à-dire le fait de remettre à la Cour des décisions qui devraient plutôt revenir au gouvernement.

Toutefois, on peut tout aussi bien voir dans le refus de certains gouvernements de légiférer et de plutôt attendre un jugement de la Cour une manière d’éviter à devoir payer aux urnes le cout de politiques plus inclusives.

Une attaque ciblée contre les droits

L’usage de la disposition dérogatoire en Saskatchewan en octobre 2023 répète une expérience québécoise au moment de l’adoption de la loi 21. Dans les deux cas, le recours à la disposition s’est fait dans le texte même de la loi, de manière préventive.

Par un tel recours, le gouvernement reconnait tacitement qu’il contrevient aux droits des personnes affectées par la loi.

Cette attaque contre les droits des enfants a d’ailleurs poussé l’une des commissaires des droits de la personne de la province à démissionner.

Ce recours marque plus encore. L’on s’attendait à ce que les gouvernements qui invoquent la disposition soient vus d’un mauvais œil par l’électorat.

Ces deux exemples nous montrent des gouvernements qui courtisent plutôt un certain vote et qui comptent sur le fait d’être récompensés par la majorité pour cette violation des droits de minorités ciblées.

C’est que l’emploi de la disposition ne se fait pas dans un milieu neutre. Dans les deux cas, il suit de longues campagnes de démonisation de groupes minoritaires et une montée des discours islamophobes et antiimmigrants au Québec pour la loi 21, et transphobes et homophobes en Saskatchewan pour la loi sur les «droits des parents».

La menace autoritaire

Les processus législatifs et politiques en place sont déjà fort insuffisants pour défendre les droits de groupes minoritaires et surtout des plus vulnérables.

Combattre cette loi et critiquer les étapes qui ont mené à son adoption devient alors nécessaire non seulement pour défendre les enfants et leurs droits, mais aussi se défendre contre la menace autoritaire.

Les droits enchâssés dans la Charte canadienne, comme dans plusieurs déclarations internationales, sont un outil qui vise à limiter le pouvoir de la majorité et la capacité d’un gouvernement à retourner cette loi contre des minorités pour son gain.

Ils sont loin d’être parfaits, mais ils permettent une participation active de la population au moment de la contestation.

En empêchant cette participation même minimale, le gouvernement de la Saskatchewan se place au-delà des lois et refuse que la population puisse avoir son mot à dire sur les lois qui la touchent directement.

Cette participation est encore plus importante lorsqu’une loi cible une population aussi précise et aussi vulnérable.

Jérôme Melançon est professeur agrégé en études francophones et interculturelles ainsi qu’en philosophie à l’Université de Regina. Ses recherches portent notamment sur la réconciliation, l’autochtonisation des universités et les relations entre peuples autochtones et non autochtones, sur les communautés francophones en situation minoritaire et plus largement sur les problèmes liés à la coexistence. Il est l’auteur et le directeur de nombreux travaux sur le philosophe Maurice Merleau-Ponty, dont «La politique dans l’adversité. Merleau-Ponty aux marges de la philosophie» (Metispresses, 2018).