le Samedi 14 février 2026

«Si une femme ne désire pas d’enfant, on lui répète qu’elle changera d’avis. Si c’est un homme, on estime que c’est un choix», s’exaspère Nadia*. La Franco-Ontarienne de 26 ans, qui souhaite taire son nom de famille pour des raisons de confidentialité médicale, parle d’expérience.

Elle explique qu’être enceinte lui donnerait «l’impression d’être privée de son corps» et elle a décidé de recourir à la stérilisation définitive. Autrement dit, elle souhaite se faire ligaturer les trompes de Fallope, une opération chirurgicale sous anesthésie générale.

Sa décision suscite au mieux «l’incrédulité» et «l’incompréhension», au pire «la réprobation» et «le mépris» de proches et même de parfaits inconnus.

Au Canada, le recours à cette méthode contraceptive est pourtant autorisé depuis 1969. Une pratique reconnue par la loi, mais pas encore par la société. Les Canadiennes de moins de 30 ans qui ne veulent pas d’enfant sont particulièrement stigmatisées.

Se libérer des hormones

Pour Marie-Alexia Masella, doctorante en bioéthique à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, la stérilisation volontaire reste taboue, car «elle touche à l’identité féminine».

Marie-Alexia Masella, doctorante à l’Université de Montréal, explique que l’accès à la stérilisation reste un parcours du combattant, parfois de plusieurs années, pour les femmes jeunes et sans enfant. 

Photo : Courtoisie

«Les regards changent, mais le grand objectif que la société donne aux femmes reste la maternité. Leur rôle est de mettre au monde et d’élever des enfants», analyse la chercheuse.

Ces femmes, qui veulent se réapproprier leur corps et se libérer d’une injonction à la maternité, sont victimes de préjugés, souvent accusées d’être irresponsables et égoïstes.

En Ontario, Nadia ne manque pas d’arguments pour justifier son choix. Elle tolère mal la pilule contraceptive et le stérilet lui procure «des règles trop abondantes et douloureuses».

«J’utilise des moyens de contraception depuis l’adolescence. Ça me perturbe de ne même pas savoir à quoi ressemble mon caractère sans hormone», partage la jeune femme.

Surtout, elle sent au fond d’elle-même que la maternité n’est pas pour elle. «Je n’ai jamais eu ce désir, pas besoin d’aller chercher telle ou telle cause. Je ne suis pas malheureuse et je n’ai pas peur de vieillir seule», lance-t-elle.

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Non merci, pas denfant

Le profil de Nadia reste rare, mais la parole se libère. «Nous voyons plus de femmes dans la vingtaine qui veulent mettre un terme à leur fertilité, confirme la Dre Diane Francœur, directrice générale de la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC). Elles ont moins peur qu’avant d’afficher leurs droits et revendiquent haut et fort leur choix.»

Les motivations sont diverses, selon une étude coécrite par Marie-Alexia Masella, doctorante à l’Université de Montréal. Certaines préfèrent se concentrer sur leur carrière et leur relation avec leur partenaire.

D’autres voient un enfant comme un poids qui coute cher. Elles refusent de se voir imposer l’éducation et la gestion du quotidien.

Elles sont par ailleurs de plus en plus nombreuses à s’inquiéter de la dégradation de l’environnement, qu’elles associent à la surpopulation.

«Impuissante» et «infantilisée»

La demande de Nadia s’est heurtée aux refus de plusieurs praticiens. Elle doit continuellement s’expliquer, affronter les propos «désobligeants» du corps médical lorsqu’elle évoque la stérilisation définitive.

La Dre Diane Francœur assure qu’elle respecte le choix des femmes de recourir à la stérilisation définitive, mais craint le risque de regrets. 

Photo : Courtoisie

La dernière gynécologue qu’elle a rencontrée s’est montrée plus ouverte. La docteure souhaite néanmoins attendre les 30 ans de la jeune femme pour en rediscuter. Nadia confie se sentir «impuissante» et «infantilisée» : «Je pense me connaitre assez pour me dire que si j’ai un regret dans le futur, je le surmonterai.»

En 2015, la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC) a reconnu qu’il n’y avait pas de raisons valables de refuser la stérilisation si la patiente donne un consentement libre et éclairé et que toutes les autres méthodes de contraception lui ont été proposées.

«Ça reste un parcours du combattant, parfois de plusieurs années, pour les personnes jeunes et sans enfant. La stérilisation peut entrer en confrontation avec les convictions personnelles et religieuses des soignants», relève Marie-Alexia Masella.

«Une femme de plus de 30 ans qui a déjà des enfants aura plus facilement accès à cette technique», poursuit-elle.

La chercheuse explique que les femmes perçoivent les refus «comme des atteintes à leur autonomie qui les placent dans une position d’objet». Elle ajoute que les mots employés par les soignants peuvent s’apparenter à «une forme de violence gynécologique».

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Stérilisations forcées

La stérilisation souffre d’une histoire ambivalente. Alors que certaines femmes ne parviennent pas à y avoir accès, d’autres y sont encouragées ou forcées. 

Au Canada, de nombreuses Autochtones ont été stérilisées et le sont encore contre leur gré. En Inde, les autorités incitent encore aujourd’hui à la stérilisation pour contrôler la démographie. 

La Chine mènerait également dans la région du Xinjiang à majorité musulmane une politique de stérilisations forcées visant notamment la communauté ouïgoure.

Éviter les coups de tête

Le risque de remords effraie les professionnels de la santé. «On respecte les femmes et leur décision, on est là pour les aider et non les juger, défend la Dre Diane Francœur, directrice générale de la SOGC. Mais on a tous eu dans notre bureau une patiente en larmes qui regrette sa décision.»

L’obstétricienne-gynécologue rappelle que l’âge moyen de la femme lors de la naissance du premier enfant au Canada est de 31 ans. «Quand une femme dans la vingtaine demande une ligature des trompes, on veut s’assurer qu’il ne s’agit pas d’un coup de tête, mais d’une décision murement réfléchie, prise en toute indépendance», souligne-t-elle.

En pratique, un médecin dira toujours non lors du premier rendez-vous et laissera à sa patiente un délai de réflexion de plusieurs mois, explique ainsi la spécialiste. À ce titre, l’accompagnement par un tiers neutre, comme un travailleur social ou un psychologue, peut s’avérer utile.

C’est essentiel d’avoir des discussions franches, de rappeler les risques d’une opération irréversible. Les femmes ont trop tendance à penser que la fécondation in vitro ou la procréation médicalement assistée les sauveront si elles changent d’avis.

— Dre Francœur

À l’issue du délai de réflexion, si la patiente est sure de son choix, il ne lui reste plus qu’à mettre son consentement par écrit.

«Un médecin qui refuse alors de procéder à l’opération, quelle qu’en soit la raison, a l’obligation de recommander sa patiente à un confrère», rappelle la Dre Francœur.

Pour mettre fin aux stéréotypes qui collent à la peau de la stérilisation, Marie-Alexia Masella plaide de son côté en faveur d’une formation accrue et d’une sensibilisation élargie du personnel de la santé.

* Le nom de famille de l’intervenante n’est pas dévoilé pour des raisons de confidentialité médicale.

«Je me rends compte qu’on est dans un contexte économique difficile, puis je comprends que le gouvernement doit tenir compte de priorités comme le logement et l’inflation et l’environnement», soutient la présidente de la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF), Nancy Juneau, en entrevue avec Francopresse.

Nancy Juneau souhaite voir des investissements plus concrets pour le secteur culturel et artistique dans le budget fédéral prévu au printemps 2024. 

Photo : Courtoisie

D’après elle, les mesures et les initiatives annoncées pour contrer la crise du logement et le cout de la vie vont bénéficier aux travailleurs dans le secteur des arts et de la culture.

Toutefois, la présidente de la FCCF aurait voulu voir des bonifications importantes pour le Développement des communautés par le biais des arts et du patrimoine (Fonds des legs) et le Fonds du Canada pour la présentation des arts, qui avaient reçu un investissement de 15 millions dollars en 2019.

«Le milieu demandait [le maintien] de ces bonifications, 30 millions supplémentaires par an combinés dans ces deux programmes dédiés au spectacle vivant, rapporte Nancy Juneau. Sans ces bonifications-là, on retourne à des investissements prépandémiques [soit] l’équivalent d’à peu près des montants déployés en 2007. Donc c’est un non-sens, et ça a de graves répercussions économiques.»

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Impact important sur la francophonie

Pour Nancy Juneau, le manque de financement dans les arts et de la culture a des conséquences importantes sur les communautés francophones hors Québec.

«On n’est pas en train de les priver de dessert, on est en train de les priver d’un moyen de maintenir leur culture et leur langue en vie. Donc on s’inquiète un peu de ça», lance-t-elle.

Selon une étude de Hills Strategies commandée par la FCCF, plus de 36 000 francophones en situation minoritaire occupent des postes culturels.

À la lumière des enjeux socioéconomiques actuels, il est donc important pour la FCCF d’assurer de meilleures conditions de travail pour ces travailleurs avec, par exemple, l’assurance chômage et l’assurance travail, «avec la possibilité d’étalement de revenus pour les artistes».

«[Il faut] qu’on soutienne encore mieux ce secteur, qu’on perçoive ça comme des investissements plutôt que comme des dépenses», dit-elle fermement.

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Des mesures pour le journalisme peu inclusives

Pour sa part, l’organisme Réseau.Presse, éditeur de Francopresse, est déçu des mesures proposées pour les médias dans l’énoncé économique.

Nicolas Jean souhaite voir plus de bonifications pour les programmes comme l’Initiative de journalisme local (IJL). 

Photo : Courtoisie

Malgré un investissement de 129 millions de dollars prévu sur cinq ans pour appuyer le journalisme, «la vaste majorité de nos membres, c’est-à-dire 85 %, n’y sont pas admissibles», affirme le coprésident de Réseau.Presse, Nicolas Jean, dans un courriel.

Pour obtenir le crédit d’impôt prévu pour la main-d’œuvre journalistique, les journaux doivent recevoir la qualification de l’Organisation journalistique canadienne qualifiée (OCJQ). Celle-ci peut être obtenue, entre autres, si le journal emploie au moins deux journalistes.

«La réalité de la vaste majorité de nos journaux, qui œuvrent en situation minoritaire, c’est qu’ils n’ont tout simplement pas les moyens financiers d’employer deux journalistes», se désole Nicolas Jean.

Selon le coprésident de Réseau.Presse, plusieurs programmes gouvernementaux existants nécessitent d’être bonifiés, tels que l’Initiative de journalisme local (IJL).

«[Ce dernier] a permis de renforcer la capacité éditoriale de nombreux journaux à travers le pays en offrant une couverture des réalités des communautés de langue officielle en situation minoritaire de très grande qualité.»

Mise à jour économique et déception de l’opposition

La ministre des Finances, Chrystia Freeland, a confiance que son plan économique bâtira une «économie forte qui fonctionne pour tout le monde».

Photo : Mélanie Tremblay – Francopresse

La ministre des Finances, Chrystia Freeland, a présenté mardi l’Énoncé économique de l’automne de 2023 du gouvernement fédéral.

Près de 11 milliards de dollars se concentrent sur «deux grands enjeux» de l’heure : le logement et le cout de la vie.

Le message «soutenir une classe moyenne forte», l’un des piliers de la campagne électorale libérale de 2015, prend aussi une place considérable dans l’énoncé.

Quelques heures plus tôt, Statistique Canada annonçait que l’inflation annuelle avait ralenti pour atteindre 3,1 % en octobre. Ce que la vice-première ministre n’a pas manqué de souligner en Chambre : «Nous faisons attention de ne pas alimenter l’inflation en ciblant soigneusement les nouveaux investissements sur les priorités des Canadiens d’aujourd’hui et sur la croissance future qui rend nos finances viables.»

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«Il y a un an, la ministre des Finances a assuré qu’elle parviendrait à l’équilibre budgétaire d’ici 2028. Dans l’intervalle, elle a annoncé 100 milliards de dollars de dette supplémentaire, en plus d’avoir doublé la dette au départ», a défendu mardi en Chambre le chef conservateur Pierre Poilievre.

Le chef du Parti conservateur du Canada, Pierre Poilievre, a confirmé qu’il ira de l’avant avec un vote de non-confiance envers le gouvernement Trudeau.

Francopresse : Eya Ben Nejm – Francopresse

Dans un communiqué, Jagmeet Singh a accusé le gouvernement de Trudeau de se plier «aux exigences des lobbyistes et des PDG». Selon le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), les mesures annoncées «restent insuffisantes par rapport à la crise que nous traversons».

Le Bloc québécois accuse quant à lui dans un communiqué le gouvernement d’être «inactif face aux urgences» et d’avoir raté une occasion de, entre autres, venir en aide aux médias et aux personnes ainées.

Tensions au Sénat et décision de la Cour fédérale défiée

La sénatrice indépendante Raymonde Sainte-Germain a dit, lors d’une question de privilège, avoir été, avec sa collègue Bernadette Clement, intimidée physiquement et verbalement en Chambre par d’autres sénateurs dans le cadre de débats sur le projet de loi C-234.

Les députés, sénateurs et premiers ministres provinciaux conservateurs souhaitent l’adoption de ce projet de loi qui vise à exempter de la tarification sur le carbone certains types de carburants utilisés par les agriculteurs. Il reste une étape de débat au Sénat avant son adoption.

L’incident aurait eu lieu le 9 novembre dernier. Des sénateurs auraient exprimé leur déception quand la sénatrice Clement a fait ajourner le débat sur C-234 au lieu de le faire adopter rapidement. Selon Raymonde Saint-Germain, un sénateur aurait adopté une attitude agressive à l’endroit des sénatrices qui souhaitaient prolonger le débat.

La situation se serait aussi transportée sur les réseaux sociaux et sur le téléphone de Bernadette Clement. La sénatrice a affirmé qu’un homme l’avait appelée et menacée de rentrer chez elle, à Cornwall, en Ontario.

Le ministre de l’Environnement et du Changement climatique, Steven Guilbeault, a annoncé lundi qu’une décision de la Cour fédérale sera portée en appel.

Le ministre Steven Guilbeault portera en appel la décision de la Cour fédérale en lien avec le plastique. 

Photo : Alex Tétreault

Le 16 novembre dernier, l’instance juridique a invalidé un décret de 2021 du gouvernement fédéral qui inscrivait les articles en plastique à la liste des substances toxiques inscrites dans la Loi sur la protection de l’environnement. La Cour a stipulé que la catégorie d’«articles en plastique» était trop vaste pour dire qu’ils étaient tous nocifs.

Ce décret a notamment permis au ministre de règlementer l’usage de certains produits faits de plastique, comme les ustensiles et les pailles.

«La pollution plastique sous toutes ses formes étouffe notre faune et notre flore, obstrue nos cours d’eau et dégrade notre environnement naturel, a déclaré le ministre lundi. Notre gouvernement a l’intention de faire appel de la décision de la Cour fédérale et nous explorons toutes les options possibles pour continuer à lutter contre la pollution plastique.»

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Vente de secrets d’État et pause à Gaza

Mercredi, l’ancien directeur du Centre national de coordination du renseignement de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), Cameron Jay Ortis, a été reconnu coupable d’avoir divulgué des secrets d’État. Il pourrait faire face à 20 ans de détention.

Cameron Jay Ortis avait, dans le cadre de son emploi, accès à des informations hautement classifiées provenant des services de renseignement canadiens et de ceux du Groupe des cinq (Five Eyes), une alliance rassemblant le Canada, les États-Unis, le Royaume-Uni, la Nouvelle-Zélande et l’Australie.

Les six chefs d’accusation auxquels il a fait face étaient liés à des tentatives de vendre des informations secrètes à des groupes criminels.

Lors du procès, la question de destinataires internationaux a été soulevée, laissant croire que Cameron Otis fournissait potentiellement de l’information à une entité étrangère.

L’accusé a expliqué lors de sa défense qu’il tentait en fait de piéger les criminels en les attirant avec de l’information.

L’accord de trêve conclu entre Israël et le Hamas, annoncé pour jeudi, n’aura pas lieu avant vendredi, ont annoncé des responsables israéliens.

«On appelle toujours à des pauses humanitaires, à une trêve humanitaire, qui pourra mener, on l’espère, à un cessez-le-feu», a réitéré Mélanie Joly mardi. 

Photo : Marianne Dépelteau – Francopresse

L’entente prévoit l’échange de 50 otages détenus par le Hamas contre 150 prisonniers palestiniens.

En mêlée de presse mercredi, la ministre canadienne des Affaires étrangères, Mélanie Joly, a affirmé que son objectif actuel était de «faire en sorte que les Canadiens qui sont toujours coincés à Gaza puissent revenir au Canada». «Il y [en] a environ 200», a-t-elle précisé.

«On s’attend à toute forme de négociation, avait-elle déclaré mardi en mêlée de presse. Que premièrement, que tous les otages soient libérés. Deuxièmement, que tous les binationaux puissent quitter Gaza, bien entendu les Canadiens. Et finalement, on s’attend à ce qu’il y ait beaucoup plus d’aide humanitaire qui puisse être acheminée à Gaza.»

«Il y a eu des exemples d’enfants interviewés seuls sans un adulte présent, d’autres qui se sentaient intimidés ou effrayés pendant ces interviews. Certains ont été arrêtés.»

Dans son rapport, Danielle Ungara tire comme conclusion principale que le Canada doit se doter d’une stratégie nationale pour les enfants non accompagnés. 

Photo : Claudia Obreque

C’est que ce qu’ont vécu des enfants dans les premières heures de leur arrivée au Canada, rapporte Danielle Ungara, gestionnaire au Centre d’excellence en matière d’immigration pour la protection de l’enfance (CWICE).

Au fil de consultations avec des fournisseurs de services aux nouveaux arrivants, elle a pu constater d’importantes failles dans l’accueil et l’accompagnement de mineurs non accompagnés.

Coautrice d’un rapport sur les jeunes qui arrivent au Canada dans le cadre du programme Autorisation de voyage d’urgence Canada-Ukraine (AVUCU) financé par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), Danielle Ungara a montré que le Canada avait besoin d’une stratégie nationale pour les mineurs non accompagnés.

Selon l’Agence des services frontaliers du Canada, 9 022 Ukrainiens âgés de 16 à 18 ans (en âge de prendre l’avion seuls) sont arrivés au Canada entre le 26 décembre 2022 et le 13 aout 2023. De ce nombre, il est impossible de savoir combien n’étaient pas accompagnés.

Une politique réclamée depuis longtemps

Déjà en 2003, il y a 20 ans, le Comité des droits de l’enfant des Nations unies dénonçait déjà la situation, notant «avec une préoccupation particulière l’absence […] de politique nationale touchant les enfants non accompagnés demandeurs d’asile», ce qu’a rappelé en 2007 un rapport du Comité sénatorial permanent des droits de la personne.

En 2019, le Conseil canadien pour les réfugiés (CCR) relevait ce même besoin et soulignait la nécessité d’adopter un cadre pancanadien pour les mineurs non accompagnés. Dans un mémoire de cette même année, l’organisme déplorait que le Canada n’ait «aucune stratégie nationale cohérente […] en place pour assurer leur soin et leur protection».

Les enfants ukrainiens ne sont donc pas les premiers à subir les affres de cette lacune. L’avocat David Matas, spécialisé dans les droits de la personne, a travaillé à quelques reprises avec des enfants non accompagnés et assure qu’il n’existe pas de politiques stables pour guider l’accueil des mineurs non accompagnés.

Ils sont traités de la même manière que tout le monde. Ils sont interrogés, évalués. S’ils présentent un risque de fuite, ils peuvent être détenus. […] S’ils sont assez jeunes pour bénéficier d’une garde d’enfants, ils peuvent être orientés vers l’organisme provincial responsable, mais ils tombent alors sous la responsabilité de la province.

— David Matas

«Le mal passe souvent inaperçu»

«Les enfants ne forment pas un groupe de lobby efficace. Leurs voix ne sont souvent pas entendues. Le mal passe souvent inaperçu», se désole l’avocat.

David Matas est avocat spécialisé dans les droits de la personne, à Winnipeg, au Manitoba. 

Photo : Courtoisie

David Matas souligne qu’un enfant devrait être accompagné dans ses démarches, que ce soit parce qu’il ne parle ni français ni anglais, qu’il ne connait pas le système canadien ou simplement parce qu’il est mineur et qu’il a besoin d’aide.

«Il existe un système de représentants désignés pour les demandes d’asile qui pourrait servir aux mineurs sans accompagnement, mais ce n’est pas comme avoir un avocat ou une autre forme de protection, parce que ce système fonctionne seulement dans le cas d’une audience, pour les questions juridiques, pas pour le travail préalable comme trouver des témoins», explique-t-il.

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L’avocat s’inquiète aussi de voir que ces enfants peuvent être détenus : «Il faut une politique plus rigoureuse de non-détention pour les enfants.»

La Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés (LIPR) stipule clairement que «la détention des mineurs doit n’être qu’une mesure de dernier recours». Selon des chiffres de l’Agence des services frontaliers du Canada, entre 2018 et 2023, 13 mineurs non accompagnés ont été détenus.

David Matas note aussi un autre problème, soit l’impossibilité pour un mineur reconnu comme réfugié de parrainer ses parents. «Ils sont coincés ici, seuls, sans leurs parents.»

Le partage de compétences complique les choses

Mais tous ces enjeux ne se manifestent pas de la même façon partout au pays. Comme le rappelle l’avocat, «la définition de mineur n’est pas la même dans toutes les provinces. Dans certaines provinces, une personne est mineure jusqu’à 16 ans et ailleurs c’est jusqu’à 18 ans».

«Les provinces sont responsables de la protection et des soins des enfants. Le gouvernement fédéral est responsable du système de réfugiés. À cause de ces responsabilités, qui relèvent des provinces – et chaque province les assume différemment – le système national est fracturé.»

La chercheuse Christina Clark-Kazak rappelle que l’accueil d’enfants réfugiés exige des ressources humaines et de la coordination, mais que le financement de ces services n’est pas au rendez-vous. 

Photo : Université d’Ottawa

Christina Clark-Kazak, chercheure sur l’immigration à l’Université d’Ottawa, s’est penchée sur la question des jeunes réfugiés ukrainiens, qui a présenté un casse-tête de ressources humaines pour les conseils scolaires.

«Par exemple, [ces enfants] ont droit à l’éducation selon la Convention sur les droits de l’enfant. La plupart des provinces avaient offert cette éducation gratuitement», rapporte-t-elle.

Or, cela «a posé problème pour quelques conseils scolaires, surtout quand les jeunes avaient besoin d’un appui linguistique, en français ou en anglais, parce qu’il faut des ressources humaines spécifiques pour ce genre de choses».

«C’est le gouvernement fédéral qui a décidé de faire ce visa humanitaire [c’est-à-dire l’AVUCU], mais ce sont les provinces et les conseils scolaires locaux qui, en fait, sont pris avec les résultats de cette décision, les jeunes qui arrivent chez eux et qui devraient être accueillis», ajoute-t-elle.

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Un problème qui risque de s’aggraver

Selon une publication gouvernementale de 2007, de plus en plus de mineurs non accompagnés arrivent au Canada en vue de faire une demande d’asile.

En Ontario seulement, le CWICE a répondu à 122 demandes de services pour enfants non accompagnés et séparés entre le 1er avril 2022 et le 31 mars 2023. Au cours des trois années antérieures, la moyenne annuelle s’élevait à environ 50 demandes.

Historiquement, les enfants ont toujours été séparés des parents. Cela s’est passé pendant les crises humanitaires, les catastrophes climatiques, la guerre, et la réunification des enfants a toujours été un défi.

— Christina Clark-Kazak

Au fil des ans, le CWICE a coordonné des efforts de soutien pour les mineurs non accompagnés venus de Syrie, d’Afghanistan, d’Ukraine et d’ailleurs.

«Les gens vont toujours être en mouvement, rappelle Danielle Ungara. Nos chiffres au Canada vont continuer à augmenter, et nous avons un système d’immigration planifié qui prévoit l’augmentation de ces chiffres. Nous pouvons donc anticiper.»

Une part importante des nouvelles dépenses de 13,4 milliards de dollars sur six ans annoncées dans l’énoncé économique du 21 novembre servira à financer la construction de nouveaux logements locatifs.

L’offre insuffisante de logements sur le marché explique en bonne partie l’envolée des prix qu’on observe au pays. Selon la Société canadienne d’hypothèques et de logement, il faudrait construire 3,5 millions de logements de plus que ce qui est prévu d’ici 2030 seulement pour retrouver l’équilibre sur le marché immobilier.

Pour s’attaquer à ce problème, le gouvernement bonifie de 15 milliards de dollars l’enveloppe du Programme de prêts pour la construction d’appartements. Le programme est maintenant doté d’une enveloppe de 40 milliards de dollars qui permet d’offrir un financement avantageux aux promoteurs immobiliers prêts à construire des logements locatifs.

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D’autres mesures bonifient des programmes qui financent l’établissement de coopératives d’habitation ou de logements abordables.

Le gouvernement a choisi une façon originale de s’attaquer au problème des logements locatifs à court terme (de type Airbnb ou Vrbo, par exemple). Les propriétaires de ces logements qui refusent de s’enregistrer ou qui font de la location dans des secteurs interdits par les municipalités ne pourront plus déduire leurs dépenses liées au logement.

En s’attaquant au portefeuille des propriétaires, le gouvernement espère voir ces logements retourner dans le parc locatif à long terme.

L’énoncé économique a aussi permis d’apprendre que le cout estimé du remboursement de la TPS aux promoteurs qui construisent des logements locatifs s’élèvera à 4,5 milliards de dollars sur six ans. Cette mesure annoncée en septembre est un des piliers du projet de loi C-56 que les libéraux souhaitaient faire adopter avant la fin de la session parlementaire.

Ces mesures sont certainement un pas dans la bonne direction. Le gouvernement prévoit qu’elles permettront d’ajouter des dizaines de milliers de logements dans le marché d’ici la fin de la décennie.

Cependant, vu l’ampleur du problème, elles apparaissent encore insuffisantes. Il s’est construit 270 000 logements au pays en 2022. Au rythme où croit la population, il faudrait en construire le double à chaque année.

La marge de manœuvre financière se rétrécit

Même si le gouvernement souhaitait en faire davantage pour s’attaquer à la pénurie de logements, sa marge de manœuvre financière ne le lui permettrait probablement pas.

Sans surprise, la hausse rapide des taux d’intérêt augmente aussi les charges de la dette fédérale. Lors de la présentation du budget en mars, le gouvernement prévoyait que les intérêts sur la dette en 2024-2025 s’élèveraient à 46 milliards de dollars.

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Dans l’énoncé économique de l’automne, ce montant est passé à 52,4 milliards. Ce sont plus de 6 milliards de dollars supplémentaires qui devront ainsi être absorbés par le gouvernement en intérêts par rapport à ce qui était prévu il y a seulement six mois!

Malgré un fort ralentissement économique causé par la hausse des taux d’intérêt, la situation financière du Canada est loin d’être catastrophique. Le pays devrait éviter la récession en 2024.

Le ratio de la dette par rapport au produit intérieur brut oscille autour de 40 % et devrait diminuer au cours des prochaines années, même si ce sera moins rapidement que prévu. C’est une situation enviable par rapport à la plupart des autres économies occidentales.

Mais il est peu probable que les conservateurs voient les choses d’un tel œil. La hausse des couts de la dette combinée aux nouvelles dépenses a fait perdre toute perspective de retour à l’équilibre budgétaire.

Cette nouvelle donne économique limite les capacités du gouvernement à intervenir et l’expose aux attaques de ses adversaires au moment où il apparait vulnérable.

Qu’adviendra-t-il de l’entente avec le NPD?

Il n’y a pas un mot dans l’énoncé économique sur le programme national d’assurance-médicaments souhaité par le Nouveau Parti démocratique (NPD). Ce dernier avait fait du financement de cette mesure une condition à son appui au gouvernement de Justin Trudeau.

La ministre des Finances, Chrystia Freeland, a esquivé les questions à ce sujet et a plutôt mis l’accent sur la prudence fiscale du gouvernement et sur l’efficacité des autres mesures mises en place dans le cadre de son accord avec le NPD, comme le régime d’assurance dentaire ou le programme national de garderies.

Selon le directeur parlementaire du budget, un programme national d’assurance-médicaments couterait annuellement de 12 à 13 milliards de dollars. Dans l’état actuel des finances publiques, il est presque acquis que ce programme ne verra pas le jour.

Dans ce contexte, il sera intéressant d’observer la réaction du chef du NPD, Jagmeet Singh, à l’énoncé économique. Le NPD pourrait-il renverser le gouvernement Trudeau sur une question de principe?

Cela apparait peu probable à court terme, mais l’illusion que le gouvernement pourra maintenir sa promesse de concrétiser le programme national d’assurance-médicaments ne pourra pas toujours tenir.

David Dagenais est journaliste économique indépendant et entrepreneur. Auparavant, il a été journaliste à Radio-Canada après avoir mené des études supérieures en économie politique à l’Université du Québec à Montréal et à l’Université d’Ottawa.

Avec des informations de David Dagenais

Le Plan d’action pour le logement présenté dans l’Énoncé économique du 21 novembre présente de nouveaux investissements.

«Nous débloquons des milliards de dollars de nouveaux fonds, qui serviront à soutenir la construction de nouveaux logements pour les Canadiennes et les Canadiens», a soutenu Chrystia Freeland dans son discours devant les parlementaires.

Construire rapidement

Chrystia Freeland a déposé l’énoncé économique d’automne le 21 novembre. 

Photo : Ministère des Finances

À compter de 2025-2026, le gouvernement fédéral prévoit investir 1 milliard de dollars dans le Fonds pour le logement abordable, afin de permettre à des entreprises sans but lucratif, les coopératives et les logements publics à construire 7 000 nouveaux logements d’ici 2028. Ce nombre s’ajoute aux 31 500 nouveaux logements déjà prévus dans ce plan.

Le Programme de prêts pour la construction d’appartements a reçu une bonification de 15 milliards de dollars pour être mené à une enveloppe totale de 40 milliards.

«Cet investissement appuiera la construction de plus de 30 000 nouveaux logements à l’échelle du Canada, ce qui portera la contribution totale du programme à plus de 101 000 nouveaux logements financés d’ici 2031-2032», détaille l’énoncé économique 2023.

Dans le même ordre d’idée, le programme de développement de coopératives d’habitations, qui avait été annoncé dans le budget 2022, sera lancé en 2024 et recevra une bonification de 309,3 millions de dollars.

Au début de l’automne, le gouvernement avait annoncé l’élimination de la taxe sur les produits et services (TPS) pour les nouveaux projets de construction à des fins de location. Dorénavant, cette mesure s’appliquera aussi à la construction des coopératives d’habitations.

Charte hypothécaire canadienne

Pour aider les titulaires d’hypothèque à affronter la montée des taux d’intérêt, le gouvernement établit la charte hypothécaire canadienne. Elle vient énoncer les obligations des prêteurs quand leurs clients éprouvent des difficultés financières.

Par exemple, les banques devront prolonger la période d’amortissement de l’hypothèque si l’emprunteur n’est plus en mesure de la payer après son renouvèlement. La charte vient aussi limiter la capacité des banques à imposer certains frais ou pénalités.

La plupart des institutions financières offrent déjà ces possibilités à leurs clients en difficulté, mais le gouvernement espère qu’en les inscrivant dans une charte, elles deviennent systématiques. 

La charte hypothécaire canadienne

 Les Canadiennes et les Canadiens peuvent s’attendre à ce que les institutions financières :

Sévir contre la location à court terme

Ottawa prévoit débloquer un fonds de 50 millions sur trois ans, pour soutenir les municipalités qui «sévissent contre les locations à court terme non conformes», soutient le document.

À partir du 1er janvier 2024, Ottawa refusera les déductions fiscales sur toutes les dépenses reçues pour des locations à court terme.

«Ces entreprises empêchent un trop grand nombre de logements d’être disponible pour nos communautés et les villes de l’ensemble du pays», a annoncé la ministre des Finances.

Soutien aux établissements postsecondaires

Le gouvernement fédéral veut protéger les établissements postsecondaires dans les cas d’insolvabilité pour éviter qu’une crise financière comme celle de l’Université Laurentienne ne se répète.  

Après s’être placé sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers en 2021, l’établissement bilingue du Nord de l’Ontario a aboli 70 programmes, dont 29 en français, et mis une centaine de professeurs à pied.

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Le gouvernement fédéral va modifier les lois sur l’insolvabilité, soit la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies et la Loi sur la faillite et l’insolvabilité pour que les établissements postsecondaires ne fassent pas l’objet de poursuite en cas de restructuration.

Mesures pour le journalisme

L’énoncé économique 2023 prévoit un investissement de 129 millions de dollars sur cinq ans en appui au journalisme et 10 millions de dollars pour chaque année subséquente.

Le plafond annuel des salaires admissibles passera de 55 000 $ à 85 000 $ par année et le crédit d’impôt sur les salaires passera de 25 % à 35 % pour une période de quatre ans à compter de 2024.

«La mesure […] profitera à la main-d’œuvre du secteur canadien de l’information, ainsi qu’aux personnes dans les communautés où les médias d’information locaux sont menacés, comme les communautés francophones et rurales, en aidant à assurer l’accès continu à des nouvelles locales fiables», peut-on lire dans l’énoncé économique.

Malgré ces nouvelles annonces, le gouvernement se garde de procéder à de grandes dépenses et prévoit maintenir le déficit à 40,1 milliards de dollars, comme annoncé dans le budget fédéral du printemps dernier.

Même si les perspectives économiques se sont assombries depuis la présentation du budget il y a six mois, le cout du financement de la dette a augmenté avec la hausse des taux d’intérêt et la marge de manœuvre financière du gouvernement s’en trouve réduite.

Le 7 novembre dernier, la ministre du Patrimoine canadien, Pascale St-Onge, a soutenu que les négociations avec le géant Google étaient toujours sur la table. «Je n’ai rien de nouveau à dire, mais on continue de travailler. La loi va entrer en vigueur le 19 décembre, donc ça avance bien», a-t-elle déclaré en mêlée de presse.

Celle-ci obligerait les géants du Web comme Meta (société mère de Facebook et Instagram) et Google à indemniser les médias canadiens pour l’utilisation de leurs contenus sur leurs plateformes.

Meta a déjà bloqué le partage de contenus journalistiques sur ses réseaux. Google menace de faire de même si aucune entente n’est conclue avec le fédéral.

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«Réparer C-18»

Pour Jean Hugues Roy, il faut que le gouvernement serre les vis avec les géants d’Internet. 

Photo : Courtoisie

«Les gouvernements, leur objectif c’est de veiller au bienêtre de la population et un des critères de ce bienêtre, c’est d’être informé des affaires de la cité, de ce qui se passe auprès des pouvoirs publics, etc. Et qui fait ça? Ce sont les entreprises de presse, les journalistes», souligne Jean-Hugues Roy, professeur de journalisme à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Pour lui, il faudrait commencer par revoir la loi afin de protéger le secteur des médias des géants du Web.

«Il faut tout de suite commencer à penser un après C-18, à comment réparer C-18 pour qu’ils [les gouvernements] atteignent vraiment leur objectif; c’est-à-dire de contribuer au financement de l’information au Canada», poursuit-il.

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Une des solutions qu’il propose serait d’adopter une nouvelle loi pour amender C-18, afin d’obliger les plateformes comme Meta et Google à partager les contenus de nouvelles sur leurs plateformes.

«Le gouvernement canadien a été très conciliant avec les plateformes, lâche-t-il. Ça a été d’abord très long avant que C-18 soit adopté et on l’avait aménagé d’une telle façon qu’il y avait une porte de sortie pour les géants du Web. Il y a un des deux [Meta] qui l’a empruntée. Alors là, il faudrait boucher ces sorties-là.»

Fonds monétaire

La loi adoptée en juin oblige les géants du numérique à négocier les redevances avec chaque média.

Cependant, Jean-Hugues Roy est plutôt d’avis de créer un fonds monétaire où Google mettrait un certain montant d’argent que les médias se partageraient ensuite, par exemple par l’intermédiaire du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC).

Plus tôt cette année, Google a proposé de créer un fonds pour soutenir les médias canadiens, auquel le géant du Web contribuerait.

Bien que la ministre Pascale St-Onge se soit dite ouverte à cette idée, elle souhaite tout de même garder la date d’entrée en vigueur de la nouvelle loi au 19 décembre prochain.

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La ministre du Patrimoine canadien, Pascale St-Onge, a assuré continuer de travailler pour «retrouver une pérennité du secteur des médias qui est essentielle pour la démocratie». 

Photo : Marianne Dépelteau – Francopresse

La menace de Google plane toujours

Si Google décide de suivre Meta et de bloquer toutes les nouvelles sur ses plateformes au Canada, «ça va être terrible pour l’information au pays», lance Jean-Hugues Roy d’un ton inquiet.

«S’il n’y a plus d’informations journalistiques, d’informations validées sur les réseaux sociaux, c’est un problème. Ça contrevient au bienêtre de la population, ça favorise la désinformation et le gouvernement du Canada aurait un argument à mon avis pour forcer les plateformes de réseaux sociaux d’avoir de l’information.»

Toutefois, le professeur ne croit pas que Google mettrait sa menace à exécution parce qu’il en ressortirait perdant. Selon lui, ce dernier est une plateforme utilisée principalement pour faire de la recherche.

«[Google] va appauvrir ses résultats de recherche pour ses utilisateurs au Canada, je ne suis pas certain que ce soit à leur bénéfice.»

Des pistes de solutions proposées

Selon la ministre du Patrimoine canadien, plusieurs programmes sont mis en place afin de soutenir les médias canadiens. «On regarde ce qu’on peut faire pour les soutenir davantage dans cette période de transition», a assuré Pascale St-Onge le 7 novembre.

«Ce qui est important, c’est de continuer d’avancer avec la modernisation de nos lois», a-t-elle soutenu.

Francopresse : Quelques semaines avant l’annonce des cibles en immigration, vous disiez ne pas être confiant de pouvoir atteindre 6 % en 2024, qu’est-ce qui a changé?

J’ai plus confiance aujourd’hui que j’avais il y a [quelques] semaines, parce que j’ai pu parler avec mon ministère davantage sur les différentes pistes où on pourrait aller chercher dans les bassins de francophones hors du Québec, afin de s’assurer qu’on travaille davantage pour solliciter ces gens, de les attirer au Canada et remplir nos cibles.

Ce que j’ai dit très clairement aussi, c’est que j’aime mieux rater la cible avec les mécanismes en place pour une certaine pérennité [francophone] que d’atteindre la cible avec peine et misère, comme quand on a atteint le 4 % et quelques miettes, parce que ce n’est pas quelque chose qui peut durer de cette façon.

Ce sont des cibles qu’on n’avait jamais, jamais, mais jamais atteint auparavant, alors c’est nouveau et avec tout ce qu’il y a de nouveau, je pense qu’il faut être aux aguets et s’assurer qu’il y a quelqu’un qui fait du monitoring [gestion], qu’on soit sur la bonne voie et ne pas attendre à la toute fin, quitte à présenter des excuses pour des cibles qui sont ratées.

C’est un objectif personnel de ma part, professionnel aussi. Je veux m’assurer qu’on va pouvoir atteindre ces cibles puis même les dépasser.

J’ai aussi dit lors d’une entrevue que dans un an, je serais même prêt à réviser les cibles plus agressivement si jamais j’avais l’assurance qu’on pouvait le faire.

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Cela a pris au gouvernement fédéral près de 20 ans pour atteindre la cible d’immigration francophone de 4,4 %. Maintenant, vous visez 6 % en 2024, 7 % en 2025 et 8 % en 2026, comment en êtes-vous arrivé à ces chiffres?

Premièrement, on a consulté une panoplie d’organisations dans le contexte des cibles pour les francophones hors Québec.

Deuxièmement, on a regardé nos ressources à l’interne pour voir comment on avait atteint le 4,4 %, si c’était un modèle qui pouvait se reproduire du jour au lendemain, et voir comment durant l’année à suivre on pourrait mettre en place des mécanismes pour faciliter l’augmentation et respecter la nouvelle Loi sur les langues officielles.

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[Je veux aussi] respecter le désir de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) et des autres institutions francophones d’avoir l’immigration comme canal très important pour travailler et revitaliser les communautés francophones hors Québec.

Ce que j’ai demandé à la fonction publique, c’est de dépasser leur façon de penser et d’aller piger dans l’inventaire des gens qui sont francophones et voir comment on pourrait de façon réaliste augmenter les cibles d’année en année.

Il y a eu beaucoup de discussions, évidemment avec des gens qui sont passionnés par la langue française, dans mon ministère et ailleurs, pour voir comment on pourrait faire ça, mais de façon réaliste.

J’ai trop de respect pour la FCFA pour l’induire en erreur.

Mon équipe a donné le coup de barre à mon ministère pour demander de faire un effort supplémentaire, mais surtout de le faire de la bonne façon. C’est-à-dire d’avoir les mécanismes en place pour, un, pouvoir assurer la pérennité de cet «inventaire», mais aussi d’avoir des pistes de solutions, ce qu’on ne faisait pas auparavant, pour devenir des résidents au Canada.

Vous avez mentionné à plusieurs reprises mettre en place «des mécanismes» pour atteindre votre objectif. Quels sont-ils et quand seront-ils effectifs?

Des mécanismes pour s’assurer qu’on ait la cible ne sont pas encore en place. Je ne peux pas vous donner de date fixe pour le moment.

Il va falloir faire plusieurs nouvelles politiques publiques pour s’assurer qu’il y ait, par exemple, un chemin plus ambitieux pour les étudiants qui parlent français vers la résidence permanente; qu’on aille puiser dans des bassins à l’extérieur, en Europe, mais aussi à l’extérieur de l’Europe, en Afrique de l’Ouest et d’autres régions qui ont des sources de francophones.

[Il faut] qu’on continue d’enrayer le racisme systémique qui est [un problème] pour l’acceptation de certaines personnes de ces régions.

Il va falloir les mettre en place rapidement, ça dépendra évidemment de la complexité et mon équipe est en train de travailler dessus.

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Dans moins de deux ans, les Canadiens seront appelés aux urnes, alors que les conservateurs sont nettement en avance dans les derniers sondages. Est-ce que cela vous inquiète par rapport aux cibles?

C’était justement parce que je ne voulais pas être électoraliste que je voulais être réaliste avec les gens. Il n’y a rien de pire qu’un politicien qui fait de fausses promesses quitte à devoir présenter des excuses l’année après pour avoir déçu tout le monde.

Il y avait des gens qui me disaient en catimini : «Mettons donc les objectifs à 10-15 %, même si on ne va pas les rencontrer, parce que ça va nous donner un certain crédit auprès de certaines gens, surtout de la francophonie hors Québec.» J’ai horreur de ce genre de politique.

C’est la raison pour laquelle je ne voulais pas coute que coute mettre des cibles qui n’étaient pas réalisables et c’est la raison pour laquelle, peut-être, je suis quelque peu critique quant à l’ambition de ces cibles. Mais je les estime réalistes et ambitieuses en même temps.

Donc c’est quelque chose je pense qu’on devrait célébrer, mais ce n’est pas la fin de la discussion en même temps.

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En conclusion, êtes-vous confiant d’arriver à vos objectifs?

Je suis confiant de l’équipe que j’ai pour pouvoir être à la hauteur des attentes que j’ai. On se reparlera dans un an.

À l’école, Joe Tamko a appris «quelques lignes» sur la colonisation. «Si mes parents n’avaient pas été là pour m’expliquer, je n’aurais pas été en mesure d’être fier de qui je suis et d’où je viens», confie-t-il.

Aujourd’hui établi à Toronto, il constate que malgré l’abondance d’information, le récit demeure eurocentriste et que cette information a une importante incidence sur les jeunes afrodescendants et la manière dont ils se perçoivent.

Ce qu’il faut se demander, en fait, c’est qui contrôle le storytelling [le récit]. De nos jours, il est très clair que ce n’est pas la communauté afrodescendante qui parle d’elle-même.

— Joe Tamko

Pour lui, le CICA fait partie de la solution. Pour cette raison, il a choisi de se joindre à son conseil d’administration.

Connaitre son histoire

Sandra Adjou a fondé le CICA en 2018. Depuis, l’organisme présente régulièrement des ateliers publics pour stimuler la fierté identitaire chez les jeunes afrodescendants et faire connaitre les cultures. Et le constat revient : les jeunes connaissent très peu leurs racines.

En 2020, une idée a muri : créer des bandes dessinées qui s’articulent autour de personnages afrodescendants (qui seront Keïta, Agodjier, Montou et Mfumu) pour raconter l’histoire de l’Afrique d’avant le XVIIe siècle, avec ses grands empires et ses royaumes. Le projet est devenu réalité en juin 2023.

Aujourd’hui, les ouvrages L’Afrique avant l’esclavage et la colonisation et Nos héros afro-descendants servent de tremplin à une douzaine d’ateliers qui sont présentés cet automne dans des écoles de Toronto – mais qui seront un jour offerts d’un océan à l’autre, espère Sandra Adjou.

En juin, Sandra Adjou et le CICA lançaient deux bandes dessinées pour raconter les grandeurs de l’Afrique précoloniale. 

Photo : Andréanne Joly

Des bandes dessinées qui répondent à un besoin

Une première bande dessinée narre l’histoire de deux royaumes et d’un empire avant l’esclavage et la colonisation : le royaume Kongo, l’empire du Mali et le royaume du Danhomê. La deuxième présente des personnages comme la princesse Yennega (un modèle d’inspiration extraordinaire, de courage, de leadeurship, selon Sandra Adjou), James Douglas ou Luiza Mahin.

Amadou Ba, historien et auteur établi dans le Nord ontarien, a été approché pour écrire les récits. Accepter le mandat allait de soi pour lui.

Dans son travail d’auteur, il a remarqué que le besoin pour ce genre de récit est de plus en plus criant : «[Les gens] veulent savoir ce qui s’est passé de bien, quelles sont les grandes figures historiques.»

Bref, «le contexte est favorable, les moyens de communication sont favorables, la visibilité est là, donc ce qui donne plus de possibilités», estime l’auteur.

«Il y a tellement de batailles»

Sandra Adjou, Torontoise d’origine béninoise, tient à un discours de construction identitaire positif «parce que tu as besoin de t’identifier en tant que jeune». «Les jeunes apprennent par l’exemple. Donc, tu apprends quelqu’un qui a un bon parcours, tu es motivé à avoir un bon parcours», remarque-t-elle.

La demande est généralisée, a observé Amadou Ba – dans la diaspora, chez l’Autre, même chez les Africains de l’intérieur.

Je crois que les gens réalisent que chaque peuple, chaque société, chaque civilisation a son passé, ses périodes de gloire. Les gens sont à la quête de personnes de valeur à qui ils peuvent s’identifier pour donner un sens à la vie d’aujourd’hui.

— Amadou Ba

Dans les ateliers, le message est aussi transmis aux enfants d’origine autre qu’afrodescendante. Ce contact et cette connaissance de l’histoire de l’Autre contribueront à renverser les préjugés et les barrières, espère Sandra Adjou.

«Tu vois, parce que quand tu veux chercher un logement et qu’on ne t’appelle pas, qu’on ne t’appelle pas à cause de ton nom… il y a des familles qui vivent ces réalités-là.»

«On ne prétend pas pouvoir tout changer, mais on veut s’axer sur cette jeunesse-là», ajoute-t-elle.

Amadou Ba, historien et auteur établi dans le Nord ontarien, a participé à l’écriture des récits. 

Photo : Courtoisie CICA

Une ouverture

Le livre Nos héros afro-descendants porte la mention «tome 1». C’est dire que Sandra Adjou espère poursuivre le travail au-delà de ces deux bandes dessinées et des ateliers.

«Il serait intéressant de raconter comment tous ces royaumes ont commencé. On parle de l’organisation politique, économique, sociale. On parle du déclin aussi. On parle de grands personnages qui ont existé et qui ont fait la différence», résume-t-elle.

Et Joe Tamko pourra présenter ces histoires à sa petite fille, pour qu’elle connaisse aussi, dès l’enfance, ses racines.

Alors que les Directives canadiennes en matière de mouvement sur 24 heures recommandent de faire en moyenne 60 minutes d’activité physique d’intensité moyenne à élevée par jour, on est loin du compte.

Selon le Bulletin de l’activité physique de 2022 chez les enfants et les jeunes de ParticipACTION, seuls 28 % des enfants âgés de 5 à 17 ans respectent cette préconisation. Un score en baisse de 11 % par rapport au précédent Bulletin de l’organisme.

Pire encore, seuls 16,5 % des enfants ne dépassaient pas la durée maximale de deux heures par jour recommandée pour le temps d’écran. Plus de temps d’écran, moins d’activité physique. Il va sans dire que l’équation est mal équilibrée. Et néfaste pour la santé des principaux concernés.

Espérance de vie et santé mentale

Les bienfaits de l’activité sportive chez les jeunes ne sont plus à démontrer : développement des habiletés motrices, meilleure santé osseuse, diminution du risque d’obésité et des risques cardiovasculaires… On ne le répètera jamais assez : pour vivre longtemps et en bonne santé, le sport est essentiel.

On a tous connu la difficulté de se remettre au sport après une longue coupure. Autant donc acquérir les bonnes pratiques dès un jeune âge.

D’autant que nos mauvaises habitudes de vie commencent à avoir des répercussions concrètes. Pour la deuxième année de suite, l’espérance de vie a diminué au Canada. L’une des causes principales de ce recul est attribuée aux maladies du cœur, que la pratique sportive tend pourtant à repousser.

Ce que l’on sait moins, en revanche, c’est que la pratique sportive a d’importants bénéfices sur le développement cognitif des enfants. Ceux qui sont actifs auraient plus de facilité à l’école. Ils dépenseraient leur trop-plein d’énergie pour ensuite être plus concentrés en classe.

Mieux, une récente étude montre que la pratique des sports collectifs améliore la santé mentale des enfants.

«Le contexte social que procurent les sports d’équipe favorise souvent un sentiment intrinsèque chez l’enfant selon lequel le groupe de pairs de l’activité est une partie intégrante de son réseau social, et il contribue même au développement de son identité», écrivent les auteurs de l’étude, Charles-Étienne White-Gosselin et François Poulin.

Avec un sport d’équipe, le jeune développe un sentiment d’appartenance à un groupe, ce qui limite le développement de symptômes dépressifs.

Le rôle de l’école

Mens sana in corpore sano. Cet adage latin (un esprit sain dans un corps sain) nous invite à nous préoccuper autant de notre santé physique que de notre santé mentale. Comment expliquer alors que l’école est bien davantage un temple de l’esprit qu’un temple du corps?

Cette institution incontournable dans le développement de nos enfants ne devrait-elle pas se soucier un peu plus de leur santé physique, comme le demande l’universitaire québécois Normand Baillargeon, spécialiste de l’éducation?

Au Québec, le ministère de l’Éducation recommande aux écoles primaires d’offrir deux heures par semaine d’éducation physique aux enfants. Une cible plutôt modeste, surtout si on la met en perspective avec les 60 minutes quotidiennes recommandées par les Directives canadiennes en matière de mouvement.

Pourtant, s’il est difficile de trouver des données très à jour sur le sujet, près d’un tiers des établissements n’arrivaient pas à assurer ce minimum en 2013, selon une étude de l’Université de Sherbrooke.

Les excuses sont multiples : trop d’élèves, pas assez d’installations sportives, des parents réfractaires…

Toujours est-il qu’au vu de l’importance du sujet, les efforts fournis semblent bien dérisoires. Même si – il est toujours bon de le rappeler – l’activité des enfants ne se borne pas à l’enceinte de l’école et que les parents, ainsi que les clubs extrascolaires, ont leur rôle à jouer.

Le modèle slovène

Peut-être que le Canada pourrait s’inspirer d’un modèle qui a fait ses preuves. En tournant son regard vers un tout petit pays d’Europe, la Slovénie.

Dans cet État de 2,1 millions d’habitants, niché entre l’Italie, l’Autriche, la Croatie et la Hongrie, les élèves du primaire et du secondaire (environ 220 000 enfants) sont évalués annuellement sur la base d’une dizaine de tests d’aptitude sportive. Le but? «Amener toute la population à un haut niveau de développement physique et moteur.»

Par effet de ricochet, la Slovénie sort depuis quelques années un nombre de champions anormalement élevé pour un pays aussi peu peuplé. Signe que cette approche paie. Luka Doncic (basketball), Tadej Pogacar et Primoz Roglic (cyclisme) ou encore Janja Garnbret (escalade) font tous partie des tout meilleurs mondiaux dans leur discipline.

L’ex-triathlète canadien Pierre Lavoie, très sensible au sujet du développement de l’activité sportive, souhaiterait que l’on s’inspire de ce modèle. «Ce que j’aime, c’est que pour eux, les champions sont issus d’un système d’inclusion, pas d’un système d’exclusion», a-t-il ainsi déclaré à La Presse.

Car il ne faut pas oublier que la fabrique des champions est la partie immergée de l’iceberg et n’est pas une fin en soi. Le plus important est de rapprocher de la pratique ceux qui en sont les plus éloignés.

Si le modèle de la Slovénie peut être source d’inspiration, mieux vaut ainsi tourner le dos de celui du voisin américain, qui fait la part belle à l’excellence.

Timothée Loubière est journaliste pupitreur au quotidien Le Devoir. Avant de poser ses valises au Québec en 2022, il était journaliste sportif en France, notamment au journal L’Équipe.