le Vendredi 13 février 2026

Et si, cette fois, c’était la bonne?

Après les disparitions successives de la Ligue nationale de hockey féminin (1999-2007), de la Ligue canadienne de hockey féminin (2007-2019) et de la Fédération première de hockey (2015-2023), les hockeyeuses professionnelles ont, depuis le 1er janvier, une nouvelle organisation : la Ligue professionnelle de hockey féminin (LPHF).

Pas facile de s’y retrouver avec tous ces changements?

Pour la faire courte, la LPHF regroupe six équipes (Ottawa, Montréal, Toronto, Boston, New York et Minnesota), qui s’affrontent durant 24 matchs de saison régulière. Les quatre plus performantes rejoindront les séries, qui seront disputées au meilleur des cinq matchs. Un fonctionnement somme toute classique pour une ligue sportive nord-américaine.

Ce qui m’a semblé plus inattendu, c’est l’engouement qui l’entoure. Pour être tout à fait honnête, je n’avais que vaguement entendu parler de la ligue qui la précédait, la Fédération première de hockey, même si une équipe de la ville où j’habite, Montréal, en faisait partie.

En revanche, à l’approche du lancement de la saison de la LPHF, le 1er janvier, je n’ai pu que constater l’abondance d’articles entourant l’évènement qui ont fleuri dans les médias spécialisés – comme le site américain The Athletic, qui a une journaliste pour couvrir à plein temps la compétition, Hailey Salvian – mais aussi dans ceux d’actualité générale.

J’ai ainsi lu avec intérêt ces différents articles. Dans celui du Devoir, la vice-présidente principale des opérations hockey de la LPHF, Jayna Hefford, n’hésite pas à qualifier le lancement de cette nouvelle compétition comme «le moment le plus important» à ce jour pour le hockey féminin.

Guylaine Demers, professeure au Département d’éducation physique de l’Université Laval, à Québec, estime même qu’en cas de réussite, cette nouvelle ligue pourrait avoir un «effet boule de neige» sur tout le sport féminin canadien.

Des records d’affluence

Les premiers matchs de la saison ont montré que cette belle ambition n’est pas que le fruit de l’imagination des organisateurs. Le public est au rendez-vous.

Dès le deuxième jour de compétition, la rencontre entre Ottawa et Montréal avait réuni 8 318 spectateurs dans les gradins de la Place TD, à Ottawa, un record pour un match de hockey féminin professionnel. Un record qui a depuis été largement battu par le match entre Minnesota et Montréal, avec une affluence de 13 316 personnes.

La couverture télé est, elle, à la hauteur de l’évènement, surtout du côté canadien. Plusieurs chaines diffusent les rencontres (CBC/Radio-Canada, RDS, TSN, Sportsnet). Aux États-Unis cependant, la compétition est cantonnée aux chaines régionales.

Malgré un développement express – il n’y a eu que six mois entre l’annonce de la création de la LPHF, fin juin 2023, et le premier match de la compétition, le 1er janvier dernier –, la nouvelle organisation repose sur des bases solides, du moins en apparence.

Propriété de l’homme d’affaires américain Mark Walter, qui est également copropriétaire de la franchise de baseball des Dodgers de Los Angeles, la LPHF a reçu le soutien de l’ex-joueuse de tennis Billie Jean King, figure majeure du développement du sport féminin (je ne peux d’ailleurs que vous recommander le très bon film sur son combat, La Bataille des sexes).

De plus, les joueuses ont été inscrites au centre du processus de création de la nouvelle compétition. Fait rarissime, elles se sont mises d’accord sur leur convention collective, avant même que la ligue soit sur pied. «Le soutien que ces athlètes recevront ne ressemble à rien de ce que nous avons vu auparavant dans notre sport», estime Jayna Hefford.

Les filles s’offrent le droit de rêver

Toutefois, pour assurer un succès à long terme, il reste beaucoup de travail. Pour le moment, aucune équipe na encore de nom et de logo, éléments indispensables à un développement marketing.

D’autre part, le hockey féminin ne pourra sans doute pas s’épanouir totalement sans la création d’un Championnat du monde de hockey junior, comme il y en a un du côté masculin.

Cette compétition, qui s’adresse aux joueurs de moins de 20 ans, offre la possibilité de continuer à progresser et à montrer sa valeur avant de passer au monde professionnel. L’exemple de Connor Bédard, qui avait survolé la compétition en 2023, est une preuve de l’importance de ce championnat.

Surtout que la LPHF a offert la possibilité aux filles de rêver en grand et c’est une très bonne chose.

«Mon objectif, avant, c’était de faire les Jeux du Québec. Là, ça me donne un autre objectif d’une couche plus haute, et ça me permet de m’entrainer plus fort», se réjouit Victoria Beaudoin, joueuse de 14 ans des Remparts de Richelieu, au Québec, interrogée par Radio-Canada.

Il y a désormais un avenir pour elles, la possibilité de vivre de leur passion.

Pour finir, je ne peux m’empêcher d’établir une comparaison avec la première division de soccer féminin en France, qui fait également figure de fer de lance du sport professionnel féminin dans l’Hexagone.

Malgré une longue existence – elle a été créée en 1974 – et la présence de deux clubs d’envergure internationale (l’Olympique lyonnais et le Paris Saint-Germain), la compétition a traversé une zone de turbulences l’an passé. La qualité des pelouses et de la retransmission des matchs ont été pointées du doigt, et le milieu n’a de cesse de réclamer plus de considération.

Le niveau des rencontres s’améliore incontestablement, mais le soccer féminin peine encore à atteindre la popularité du soccer masculin en Europe, à cause d’infrastructures défaillantes, mais pas seulement.

Même quand les Espagnoles triomphent sur la scène mondiale, leur heure de gloire passe au second plan à cause de lagression du président de la Fédération contre l’une de ses joueuses. Le chemin pour une vraie égalité des sexes dans le sport est encore long…

Je ne peux que souhaiter à la LPHF d’éviter tous ces écueils. Elle y gagnera un temps précieux dans son ambitieux développement.

Timothée Loubière est journaliste pupitreur au quotidien Le Devoir. Avant de poser ses valises au Québec en 2022, il était journaliste sportif en France, notamment au journal L’Équipe.

Plus sur la francophonie

Le Canada a dépassé sa cible d’immigration francophone hors Québec, passant de 4,4 % en 2022 à 4,7 % en 2023. C’est ce qu’a confirmé le ministre d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), mardi, lors de l’annonce de nouvelles mesures pour favoriser l’immigration francophone à Caraquet, au Nouveau-Brunswick.

Marc Miller annonce de nouvelles mesures pour favoriser l’immigration francophone. 

Photo : Capture d’écran CPAC

Marc Miller a affirmé que son ministère mettra en place une nouvelle politique en immigration francophone, un nouveau programme d’appui et le renouvèlement et l’expansion de l’initiative des communautés francophones accueillantes.

De ce fait, les 14 communautés accueillantes existantes continueront de recevoir un financement, alors qu’Ottawa prévoit en sélectionner jusqu’à 10 communautés additionnelles pour «bâtir des milieux de vie propices à l’intégration économique et socioculturelle des nouveaux arrivants francophones».

Cette annonce a été bien accueillie par la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA). «On est quand même content de voir que le gouvernement fédéral nous a entendus», a indiqué sa présidente, Liane Roy.

À lire aussi : Immigration francophone : Ottawa dépasse sa cible et annonce de nouvelles mesures

Plus sur l’immigration, transfert de responsabilités au Nunavut et inflation en hausse

D’après le bureau du ministre de l’Immigration, Marc Miller, Ottawa songe à instaurer un plafond pour le nombre d’étudiants internationaux admis au pays.

Selon des informations obtenues par Radio-Canada, le ministre souhaite réduire le nombre d’étudiants étrangers qui pourront être admis dans certaines provinces, dont l’Ontario, la Colombie-Britannique et la Nouvelle-Écosse.

Le bureau du ministre soutient qu’aucune décision n’a encore été prise et qu’il s’agit du début d’un «processus de considération».

À la lueur de ces informations, Collèges et instituts Canada (CICan) rappelle que les étudiants internationaux apportent une contribution essentielle dans la sphère universitaire.

«L’augmentation des inscriptions d’étudiants internationaux au fil des ans a procuré un soutien financier bien nécessaire», rapporte l’organisme dans un communiqué.

Comprenant que la crise du logement et le cout de la vie au Canada rendent la situation complexe, CICan soutient que les mesures qui seront prises doivent éviter «des conséquences imprévues sur un secteur porteur de diversité pour nos collectivités».

À lire aussi : Épargner les établissements francophones du plafond d’étudiants étrangers

Justin Trudeau signe l’entente avec le Nunavut sur le transfert des responsabilités liées aux terres et aux ressources du territoire. 

Photo : Chantallya Louis – Francopresse

Jeudi, le premier ministre Justin Trudeau a signé l’entente avec le gouvernement du Nunavut et Nunavut Tunngavik inc. (NTI) sur le transfert des responsabilités liées aux terres et aux ressources du Nunavut à Iqaluit.

Cette entente met fin à cinq ans de négociations formelles avec le territoire, alors qu’une entente de principe sur le transfert des responsabilités liées aux ressources naturelles du Nunavut et de NTI avait été signée en 2019.

«Grâce à cette entente, le Nunavut et ses habitants pourront désormais prendre des décisions sur la façon dont le territoire utilise les terres publiques, l’eau douce et les ressources non renouvelables qui se trouvent à l’intérieur de ses frontières», selon le bureau du premier ministre.

Le ministre des Affaires du Nord, Dan Vandal, le premier ministre du Nunavut, P.J. Akeeagok et la présidente de NTI, Aluki Kotierk, étaient aussi présents lors de la cérémonie.

La Banque du Canada a annoncé mardi que le taux d’inflation était passé de 3,1 % en novembre à 3,4 % en décembre 2023.

«La forte inflation reste un défi pour la plupart des consommateurs, révèle l’enquête de la Banque du Canada, et le cout de la vie demeure leur première préoccupation. En même temps, les effets négatifs des taux d’intérêt plus élevés se sont accentués ce trimestre, laissant davantage de consommateurs dans une moins bonne situation financière.»

Pour l’année 2023, le taux d’inflation s’est établi à 3,9 % au pays, alors qu’en 2022, il avait atteint 6,8 %.

Des visas pour des Palestiniens et retraite ministérielle

Le bureau du ministre de l’Immigration a confirmé à Francopresse qu’Ottawa a commencé le traitement de demande de visas de 144 Palestiniens qui vivent à Gaza.

Cependant, le processus reste complexe, selon un porte-parole du bureau. Les personnes identifiées doivent notamment être en mesure de traverser la frontière pour notamment surbir un examen biométrique.

La semaine dernière, le ministre Marc Miller avait annoncé une nouvelle voie d’accès à la résidence temporaire pour des Gazaouis qui font partie de la famille élargie d’un citoyen canadien ou d’un résident permanent.

Le ministre avait soutenu que ce programme prendrait fin en janvier 2025 ou lorsque 1 000 demandes auraient été examinées. Toutefois, le ministère pourrait faire preuve de flexibilité sur le nombre de demandes.

La rencontre, qui aura lieu à Montréal du 21 au 21 janvier, portera sur «les efforts visant à soutenir la classe moyenne et à bâtir une économie centrée sur le bienêtre de tous», a indiqué le bureau du premier ministre..

Il sera aussi question du cout de la vie, de la construction de nouveaux logements, de la création d’emplois «bien rémunérés», de l’amélioration du système de santé et de la sécurité des communautés.

«[Les ministres] discuteront également de la relation entre le Canada et les États-Unis dans la perspective de l’élection présidentielle de cet automne», précise le communiqué.  

Pour de nombreux actes de destruction environnementale, il ne suffit pas de parler de pollution.

Le terme d’écocide a été utilisé pour parler de la disparition des caribous en Abitibi, au Québec; de la destruction de milieux humides et de tourbières; de la dégradation à grande échelle et à long terme de l’environnement autour des sites d’exploitation des sables bitumineux; ou encore de l’inondation de territoires et du déplacement de populations à la suite de la construction de mégabarrages.

Aucune définition officielle n’existe pour l’écocide.

L’organisme Stop Ecocide définit l’écocide comme «une destruction et un dommage massifs des écosystèmes, un dommage grave à la nature, qui est étendu ou durable».

À Vienne, l’European Law Institute le définit plutôt comme la «dévastation et la destruction de l’environnement au détriment de la vie».

Le Parlement européen parle quant à lui «d’infractions comparables à l’écocide avec des conséquences catastrophiques telles qu’une pollution généralisée ou des incendies de forêt à grande échelle».

Si la définition reste à déterminer, c’est que le concept demeure en cours d’élaboration, tant au niveau de la pensée que dans le droit international.

À lire aussi : Écocide, «détruire la terre est le crime le plus sérieux qui existe»

Criminaliser plutôt que régulariser

Le défi essentiel de toute législation contre l’écocide est de criminaliser la destruction proprement dite de l’environnement, peu importe les lois et règles en place, plutôt que de seulement punir les entreprises qui contreviennent à des lois possiblement vagues ou trop étroites.

Une telle criminalisation est dite nécessaire parce que les entreprises polluantes tendent à planifier le cout des amendes, qui deviennent une forme de taxe aux pollueurs. C’est sans compter que très peu de délits reçoivent des sanctions, comme on peut le voir dans le secteur minier en Abitibi.

Et même dans le cadre d’un projet législatif à l’échelle européenne, les amendes ne sont pas suffisamment lourdes pour être dissuasives. Mais le dommage sur les écosystèmes est souvent irréparable.

Et ces dommages sont souvent volontaires, c’est-à-dire que les personnes qui prennent des décisions qui les causent savent que leurs actions entraineront une destruction environnementale.

Or, la criminalisation au niveau des entreprises a ses limites, étant donné qu’elle ne touche pas directement les personnes responsables des décisions destructrices… ni celles qui bénéficient des profits qui en découlent.

À lire aussi : Conférences sur le climat : un échec annoncé (Chronique)

L’écocide et ses liens au génocide

L’écocide est aussi lié indirectement au génocide dans le contexte du Statut de Rome de la Cour pénale internationale. Si la destruction d’un environnement est un moyen de cibler un groupe que l’on cherche à détruire, cette destruction devient une attaque et un crime de guerre.

D’ailleurs, au niveau des relations entre nations, l’écocide a d’abord été vu comme une arme de guerre, en réaction à l’utilisation par les États-Unis de l’agent orange au Vietnam, un défoliant qui a eu des conséquences à long terme.

Les actions qui pourraient être vues comme constituant un écocide dans le cadre de conflits armés apparaissent donc dans le droit international comme un crime de guerre dommageable à l’environnement.

L’Ukraine a accusé la Russie d’écocide en relation à la destruction d’un barrage et à la contamination des sols, et mène une enquête criminelle à ce sujet suivant ses propres lois.

Au Canada comme ailleurs, la destruction d’écosystèmes est par ailleurs liée au génocide des peuples autochtones. Après tout, elle contribue à la destruction des conditions d’existence de certaines formes de vie et de culture, et avant tout des modes de vie qui dépendent de la relation à la terre et à un environnement spécifique pour la transmission des connaissances et de la langue.

Mais la destruction d’écosystèmes continue aussi de gravement plomber les économies autochtones – pourtant névralgiques pour atteindre l’autonomie face à l’État colonial –, comme cela a été le cas lors de l’élimination des bisons sur les plaines.

Cette dévastation force plusieurs communautés ou peuples entiers à abandonner leur territoire pour vivre ailleurs. Et les désastres continuent.

Un crime contre la vie

Des destructions de cette ampleur, qui ont lieu régulièrement, menacent ainsi la vie elle-même, qu’elle soit végétale ou animale (et humaine), ainsi que les processus liés aux sols et aux eaux.

Étant donné que le changement climatique n’est que l’une des neuf limites planétaires, nous devons développer une réponse à la destruction d’environnements et d’écosystèmes. Parler d’écocide nous permet de le faire et de prendre la mesure de la gravité de notre situation actuelle.

Au final, le problème de la lutte contre l’écocide n’est peut-être pas tant, ou seulement, de légiférer afin de mieux pouvoir le sanctionner ou le punir, ou même de le prévenir.

Le problème semble plutôt être le manque de volonté de l’État d’empêcher de telles destructions.

Pire encore, au Canada, c’est l’État qui subventionne les mêmes entreprises qui détruisent des écosystèmes et créent des dangers pour la vie (et ce également hors du pays). Tandis que ces subventions doivent se tarir en 2024, il nous reste encore à en voir véritablement la fin – et l’écocide est loin d’être perpétré par les seules industries fossiles.

Sans une volonté claire à tous les niveaux de gouvernement, nous ne sommes pas près de voir la fin des écocides.

Jérôme Melançon est professeur agrégé en études francophones et interculturelles ainsi qu’en philosophie à l’Université de Regina. Ses recherches portent notamment sur la réconciliation, l’autochtonisation des universités et les relations entre peuples autochtones et non autochtones, sur les communautés francophones en situation minoritaire et plus largement sur les problèmes liés à la coexistence. Il est l’auteur et le directeur de nombreux travaux sur le philosophe Maurice Merleau-Ponty, dont «La politique dans l’adversité. Merleau-Ponty aux marges de la philosophie» (Metispresses, 2018).

Après avoir évolué comme artiste dans les arts de la scène, fondé le Théâtre Catapulte et cofondé la Nouvelle Scène Gilles Desjardins à Ottawa, Patrick Leroux s’est tourné vers une carrière universitaire. En plus d’avoir enseigné en littérature, il a aussi été doyen de la Faculté des arts et sciences à l’Université Concordia.

Francopresse : Expliquez-nous comment la francophonie a toujours pris une place importante dans votre parcours professionnel et universitaire ?

Louis Patrick Leroux : Par le hasard des choses, j’ai obtenu un poste à l’Université Concordia, donc en anglais, dans un contexte minoritaire ou j’étais aussi professeur au département d’Études françaises. J’ai donc toujours été extrêmement conscient et sensible à la question de la francophonie, mais aussi des minorités généralement.

Ça me fait vraiment plaisir de rentrer dans mon milieu nourricier à Ottawa. C’est retrouver justement un milieu qui m’a défini, qui m’a permis de développer mon engagement communautaire, mon engagement envers la société, que je n’aurais jamais développé si je n’avais pas été en contexte minoritaire et fier d’être francophone en Ontario.

Comment votre parcours artistique vient-il rejoindre votre rôle en tant que recteur à l’Université Saint-Paul, une université qui se spécialise plutôt en sciences sociales?

J’ai été créateur intellectuel, mais j’ai aussi été administrateur à un niveau important à l’Université Concordia. J’ai développé des stratégies de leadeurship où je me sers de mon background artistique, de ma créativité pour saisir les enjeux assez rapidement, entrer en dialogue, en communication avec les gens autour de moi. Je suis quelqu’un qui est d’abord et avant tout à l’écoute et en dialogue.

Ce que je peux apporter, je pense, c’est essentiellement une université qui sera de plus en plus engagée dans les dialogues de l’art, dans les discours et les sujets de l’art.

Est-ce qu’il y a des projets ou des programmes que vous aimeriez mettre de l’avant à l’Université Saint-Paul?

 Sans annoncer de programme, ce qui m’interpelle, c’est vraiment cette question d’éthique par rapport à la société.

On est dans une époque où on reproduit essentiellement l’ADN humain. Avec les projets sur le génome, on comprend plus que jamais comment manipuler l’ADN et je me dis que ce serait bien aussi qu’il y ait un contrepoids, peut-être en bioéthique. C’est quelque chose qui m’interpelle beaucoup. Même chose pour l’intelligence artificielle, il me semble que ce serait vraiment l’occasion rêvée d’avoir un groupe de recherche ou un centre de recherche ou de réflexion.

Un autre aspect qui vaudrait la peine d’être exploré, c’est la question de la réconciliation avec les Premières Nations, surtout dans le contexte d’une institution catholique. Je pense qu’on serait bien placé pour vraiment entamer un dialogue essentiel de réconciliation.

Et peut-être deux derniers aspects, je viens du milieu du théâtre et de l’art et j’ai beaucoup travaillé du côté du théâtre social et je serais vraiment intéressé de voir quelles sont les possibilités de créer un environnement où l’art social a également sa place. Par art social, je veux dire un art engagé, impliqué par rapport à la communauté et qui est en dialogue constant avec elle.

Finalement, la population a vieilli et on a besoin d’outils, de réflexion, de possibilité d’apprendre qu’est-ce que le care. Non seulement les soins palliatifs, mais aussi la question de soins à domicile, de soins envers les autres.

Comment voyez-vous votre rôle dans un processus de réconciliation avec les Premières Nations?

Je pense qu’il faudrait d’abord le faire en collaboration avec les Premières Nations. Ce n’est pas à nous de déclarer qu’on va faire ça, mais je pense qu’on peut certainement et on doit annoncer qu’on est ouvert, qu’on veut avoir ce dialogue-là.

Dans les premiers mois, je vais chercher à voir qui sont les interlocuteurs principaux qui ont envie d’avoir cette conversation-là et comment allons-nous ensemble construire un contexte où cette réconciliation, assez précise quand même, assez nichée dans le contexte catholique, puisse avoir lieu.

On apprenait récemment qu’au moins la moitié des universités de l’Ontario éprouvent de grandes difficultés financières. Quelle sera votre approche à cet égard?

Évidemment je dois faire un certain lobby auprès des instances gouvernementales. Mais ce qu’on peut faire, concrètement, c’est de développer des programmes qui attirent des étudiants qui autrement ne seraient pas venus à l’Université Saint-Paul.

D’autre part, il y a toute la question du financement privé et c’est quelque chose que j’ai déjà fait dans le passé et je compte être très actif du côté des dons, du côté des fondations, du côté du développement d’un sentiment d’appartenance et de continuité avec les anciens étudiants de l’Université Saint-Paul au fil des années et les étudiants actuels aussi.

Quel rôle pensez-vous que l’Université Saint-Paul peut jouer dans l’épanouissement de la francophonie canadienne?

L’Université Saint-Paul a un rôle important à jouer avec les autres universités francophones en Ontario et à l’échelle du pays. Il faut plus que jamais qu’on travaille ensemble et qu’on trouve des moyens de s’unir, je ne dirais pas formellement, mais de s’unir dans nos efforts de déploiement et nos efforts de lobbying. Il y a aussi un certain partage de connaissances et d’expériences qui doit faire ça.

Je vois vraiment d’un très bon œil la place de l’Université de Saint-Paul au cadre de cette francophonie-là, mais une place quand même particulière parce que c’est une université bilingue qui doit quand même maintenir un dialogue à la fois avec la francophonie, mais aussi avec l’anglophonie.

Les propos ont été réorganisés pour des raisons de longueur et de clarté

L’actrice française Isabelle Nanty joue le rôle de Jackie, une propriétaire de bar à l’oreille bienveillante. 

Photo : Unis TV

Dans la première saison, le public faisait la connaissance de Philippe Ouellette (Benoit Mauffette), qui vit depuis 15 ans à Paris, en Ontario. En pleine crise de la quarantaine, ce Québécois d’origine découvre dans son sous-sol un tunnel qui mène à Paris… en France.

C’est maintenant au tour de Jenny Landry (Maxim Roy), sa femme, de s’aventurer dans le sous-terrain pour tenter de trouver un sens à sa vie à Paris… mais pas celui de la Ville Lumière. Exit la Tour Eiffel, bonjour les cowboys.

Jenny se retrouve donc coincée à Paris, un petit village du Texas, en compagnie d’une tenancière de bar française, Jackie (Isabelle Nanty). L’occasion de faire le point sur une existence dont elle n’est plus maitre.

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Terrain hostile

«On trouvait ça super de pouvoir amener les téléspectateurs dans un nouveau Paris, au Texas, ce qui amenait un tout nouveau monde et qui ouvrait l’histoire vers une connexion entre trois lieux qui pouvaient interagir», confient Dominic Desjardins, le réalisateur, et sa conjointe, la productrice Rayne Zukerman.

Rendue célèbre par le film Paris-Texas, de Wim Wenders, cette bourgade parle à l’imaginaire collectif, «même si personne n’est jamais allé», remarque Dominic Desjardins.

L’équipe du film s’y est tout de même rendue pour tourner quelques plans.

La saison 2 de Paris Paris évolue dans un nouveau décor, à Paris, au Texas. 

Photo : Unis TV

«C’est une petite ville qui ressemble en fait étrangement beaucoup à Paris, en Ontario, au niveau des paysages, la nature, des immeubles, mais c’est sûr que la culture est complètement différente. Ils ont une tour Eiffel, avec un chapeau de cowboy dessus. C’est assez drôle», sourit le coscénariste.

«Il y a un Paris aux Pays-Bas, un petit village d’une centaine d’habitants. On aurait pu l’envoyer là-bas, sauf que le Texas, ça nous semblait intéressant au niveau des thématiques qu’on voulait aborder aussi, poursuit le réalisateur. Comment elle arrive à se trouver elle-même dans un monde qui est un petit peu plus difficile, plus rough, plus tough que ce qu’elle vit chez elle.»

Toutes les autres scènes avec les comédiens ont été tournées dans le sud de l’Ontario, à Hamilton et à Paris.

Équipe francophile

Derrière la caméra, francophones et anglophones s’activent. «Par contre, on faisait fonctionner le plateau en français, précise Dominic Desjardins. C’était important pour moi que les acteurs se retrouvent sur un plateau où ils sentent qu’on parle en français, qu’on fait une belle place au français et qu’ils peuvent s’exprimer en français.»

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Il y a des chefs de département, par exemple au costume, au maquillage, qui nous ont dit de façon très émotive que ça leur faisait tellement du bien de travailler sur une série en français, alors qu’ils sont habitués de se fondre dans le monde anglophone.

— Dominic Desjardins

La réalité rejoint la fiction. Dans la série, Philippe, passionné de littérature, donne des cours de français dans une école anglophone de Paris, Ontario. Au début de cette deuxième saison, désemparé par le départ de sa femme, il fait face à une poignée d’élèves en manque de pupitres, dont son fils, Tom (Balzac Zukerman-Desjardins). La tâche s’annonce difficile.

Le personnage de Philippe (Benoit Mauffette) enseigne le français dans une école anglophone de Paris, en Ontario. 

Photo : Unis TV

Engagement communautaire

«Notre série n’est pas politique, mais en même temps, elle reflète une réalité qui est plausible et qui est réelle en Ontario; c’est que même dans le système francophone, ou la place du français dans le système anglophone, ça demande vraiment un investissement de la part des individus et de la part de la communauté pour que ça puisse fonctionner», déclare Dominic Desjardins.

«C’est une situation quand même précaire et il faut être actif […] Il faut à chaque fois être dans le choix de vouloir utiliser sa langue et de le faire tous les jours, que ce soit au niveau professionnel ou personnel», poursuit le réalisateur.

Une tension qui sous-tend l’intrigue de Paris Paris. «Il faut que les gens réussissent à communiquer ce désir de lutter et de préserver sa culture aux prochaines générations. Sinon, il n’y a pas de suite. C’est ça qui transcende l’histoire de Philippe dans la saison 1 et qui va encore plus loin dans la saison 2», analysent les créateurs de la série.

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Le couple Dominic Desjardins et Rayne Zukerman a fondé la boite de productions audiovisuelles torontoise Zazie Films.

Photo : Unis TV

Le chanteur franco-ontarien Damien Robitaille joue le rôle d’un chanteur country. 

Photo : Unis TV

Les 13 épisodes de 24 minutes de la série franco-ontarienne Paris Paris sont diffusés sur Unis TV les mardis à 19 h 30 depuis le 9 janvier. Ils sont également disponibles sur la plateforme TV5Unis, tout comme la première saison.

Il y a maintenant plus de vingt ans, les deux partis politiques aux orientations conservatrices annonçaient leur fusion, marquant la fin d’une droite divisée.

Alors que, quelques semaines auparavant, l’ancien chef du Parti progressiste-conservateur du Canada (PPCC), Joe Clark, avait promis qu’une telle chose n’arriverait jamais, en décembre 2003, le Parti conservateur tel qu’on le connaît actuellement était fondé.

Trevor Harrison a écrit sur les partis conservateurs canadiens, sur l’image en politique et sur l’utilisation politique des médias sociaux. 

Photo : University of Lethbridge

Malgré l’obtention de résultats fulgurants au vote, la fusion ne faisait pas l’unanimité chez les progressistes-conservateurs. À la Chambre des communes, trois députés ont continué de s’afficher sous cette bannière, n’embarquant pas dans le bateau du nouveau parti conservateur.

«Notre parti est mort», avait déclaré l’un de ces députés et ancien chef du PPCC, Joe Clark. Un rêve s’écroulait du côté des progressistes-conservateurs.

Carl Dholandas, ancien militant et membre exécutif du PPCC, se souvient de la déception qui marquait les visages de certains collègues. Pour eux, les différences d’idées politiques faisaient de l’union une pilule difficile à avaler.

Encore très jeune à l’époque, Carl Dholandas a quitté la vie politique pour faire des études en droit. Il a travaillé comme avocat et chercheur avant de revenir en politique, des années plus tard, comme conseiller au bureau de Stephen Harper, à l’époque où il était premier ministre.

Aujourd’hui conseiller indépendant en politique publique, Carl Dholandas a fait le deuil du PPCC : «Ceux qui sont nostalgiques font le deuil du Canada qu’ils ont connu, plus que d’anciens partis.»

Désormais loin des coulisses du pouvoir, un regard rétrospectif sur 2003 le mène à la conclusion suivante : «C’était nécessaire.»

Un gain pour la démocratie

«Chez les conservateurs et les alliancistes, avant la fusion, on s’est rendu compte qu’il n’y avait presque aucune chance d’arriver au pouvoir, se rappelle-t-il. Le gouvernement libéral allait s’éterniser. […] Les partis eux-mêmes avaient peur de devenir de plus en plus insignifiants.»

Au-delà de la simple victoire, il était important pour Carl Dholandas qu’un parti d’opposition puisse faire concurrence au Parti libéral pour deux raisons : le principe d’alternance et l’inclusion de l’Ouest canadien.

«L’Ouest se sentait politiquement délaissé, exclu, précise-t-il. L’intégrité et le bon fonctionnement du système politique canadien, et même de la Constitution au sens large, nécessitent cette tradition vénérable de l’alternance, la possibilité d’opérer un changement politique stable, de manière stable.»

«Après 13 ans de gouvernement libéral, après le scandale des commandites, sans alternative politique, on aurait pu dire que l’intégrité de la démocratie était menacée [ainsi que] la confiance des gens.»

Quelques réussites

«C’est encore mieux que mes attentes», admet Carl Dholandas en regardant le chemin parcouru par le Parti conservateur du Canada (PCC) depuis sa création. «C’est remarquable que ça ait fonctionné aussi vite.»

En 2006, le PCC fait élire un gouvernement minoritaire avec Stephen Harper en tête, permettant ainsi un retour du principe d’alternance entre les partis au pouvoir, selon Carl Dholandas. Depuis ce temps, l’avocat souligne l’ajout de députés de l’Ouest au caucus conservateur, marquant une représentation de la région au fédéral.

Carl Dholandas est aussi frappé par l’adaptation du parti au Canada moderne.

«Si on regarde la capacité de rejoindre un public qui se sentait délaissé ou exclu, comme celui de l’Ouest […] et la capacité de recruter de nouveaux Canadiens, des gens qui ont immigré au pays ou qui étaient trop jeunes pour voter à l’époque de la fusion, il y a une réussite. Si on peut rejoindre ces gens qui forment le Canada moderne, c’est clair qu’il y a quelque chose qui a fonctionné. On voit ça sur le plan financier, les donateurs […] et dans les adhésions.»

Du Parti réformiste au Parti conservateur

Le Parti réformiste a été créé en 1987 sous deux motivations principales, soit la réforme des institutions démocratiques et la représentation des provinces de l’Ouest à Ottawa. Dix ans plus tard, les réformistes font élire 60 députés et forment l’opposition officielle.

Faute d’avoir pu percer à l’est du Manitoba, le parti réformiste tente de rallier les progressistes-conservateurs pour créer une «alternative unie». En 2000, cette union devient l’Alliance canadienne. Le parti forme l’opposition officielle à Ottawa jusqu’en 2003, année de fusion avec le Parti progressiste-conservateur.

Le cœur du PCC aujourd’hui transformé

Le sociologue de l’Université de Lethbridge, en Alberta, Trevor Harrison note que la composition actuelle du parti reflète de nouvelles tendances politiques.

«Avant, on recrutait des gens parce qu’on disait que c’était un service à la société […] Des gens qui avaient de l’expérience en affaires, dans une organisation religieuse, dans des universités ou des collèges, bref, qui avaient une carrière avant la politique», remarque le spécialiste.

Récemment, et c’est particulièrement le cas des partis conservateurs, on attire des gens qui n’ont fait rien d’autre que de la politique. Et je parle de politique dans le sens le plus étroit, de la politique, qui t’apprend à vendre quelque chose aux gens. C’est comme vendre du pain.

— Trevor Harrison

Trevor Harrison cite en exemple les cas de politiciens de carrière comme Andrew Scheer, l’ancien chef allianciste Stockwell Day, l’ancien premier ministre de l’Alberta Jason Kenney ou même le chef conservateur actuel, Pierre Poilievre, qui n’ont aucune autre expérience professionnelle qu’en politique.

D’après Trevor Harrison, le saut direct à la politique, phénomène qui se voit beaucoup aux États-Unis, se fait «au détriment de la politique» : «Ils sont principalement formés à manipuler les médias afin de se faire élire.»

Un discours conservateur inspiré des réformistes

«Poilievre sait manifestement comment utiliser les médias, observe le sociologue. Tout est question de phrases chocs, d’images et de la manière de manipuler ce genre de choses, ainsi que de l’opposition entre “nous et eux”, entre le peuple et les élites, qu’il exploite très bien.»

Il attribue à cette opposition un nom bien connu : le populisme.

«Jouer la carte populiste de “je vais à l’encontre du [gouvernement élu] et je vais magiquement faire disparaitre tous les enjeux complexes du monde quand je serai élu” est l’un des jeux les plus faciles du monde», poursuit le spécialiste.

Il remarque que le PCC détient un potentiel populiste depuis sa naissance, en 2003 :

Il ne s’agissait pas tant d’une fusion que d’une prise de contrôle par la branche réformiste qui se nourrissait déjà de tendances populistes.

— Trevor Harrison

Selon l’auteur de Of Passionate Intensity, c’est surtout aujourd’hui que se manifeste cette influence réformiste : «Stephen Harper n’a jamais prétendu d’être autre chose qu’élitiste, à sa façon. Il n’a jamais tenté de jouer la carte populiste et, de toute façon, il ne la jouerait pas très bien. Stockwell Day a, d’une certaine façon, tenté de la jouer, mais ne l’a pas très bien fait.»

«Je pense que Poilievre [un ancien réformiste] est beaucoup plus radical, du moins dans ses propos, ajoute-t-il. S’il gagne, il sera intéressant de voir s’il atténue ses propos. Mais au moins dans son offre, il est un populiste de droite beaucoup plus radical que tout ce que Harper aurait pu imaginer.»

La neige s’est fait attendre dans l’Est du pays. La première tempête hivernale vient juste de frapper une partie de l’Ontario, du Québec et du Canada atlantique.

Environnement et Changement climatique Canada a relevé entre 5 et 15 centimètres de neige accumulée dans le sud de l’Ontario le mardi 9 janvier. Jusqu’à 25 centimètres sont tombés par endroit dans les Maritimes.

Ces abondantes chutes de neige interviennent alors que le manteau neigeux est au plus bas.

«Depuis l’automne dernier, nous avons une quantité très basse de neige dans nos régions, comparée aux moyennes climatiques», observe Alexandre Roy, professeur au Département des sciences de l’environnement de l’Université du Québec à Trois-Rivières.

Records de chaleur en décembre

«Le manque de neige se répète année après année. Mais cette saison est vraiment exceptionnelle, nous avons eu des températures bien au-dessus des normales», confirme Annie Langlois, coordonnatrice Faune et flore du pays au sein de la Fédération canadienne de la faune (FCF).

À Kenora, dans le Nord-Ouest de l’Ontario, le mois de décembre a été le plus chaud jamais enregistré. À Toronto, Hamilton, London ou encore Sault-Sainte-Marie, le dernier mois de l’année a été le deuxième plus chaud jamais observé.

Les relevés de plusieurs stations météorologiques des quatre provinces du Canada atlantique classent décembre 2023 parmi les dix mois de décembre les plus doux.

L’Ouest canadien a aussi connu des conditions incroyablement clémentes en fin d’année dernière. À Calgary et à Edmonton, en Alberta, le mois de décembre a été le plus chaud jamais enregistré, tout comme à Saskatoon en Saskatchewan et à Churchill au Manitoba.

À Edmonton, la température a systématiquement dépassé les 0 °C durant 25 jours. En décembre 2022, le thermomètre n’a jamais franchi le point de congélation.

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Saison d’enneigement réduite

Le retour en force du phénomène El Niño, associé aux changements climatiques, contribue en partie à cet hiver plus doux et à ce faible tapis neigeux. Selon plusieurs études, les hivers canadiens se réchauffent plus vites que toute autre saison et deux fois plus vite que les étés.

«L’hiver change de plus en plus rapidement, alerte Annie Langlois, biologiste au sein de la Fédération canadienne de la faune. Les espèces n’ont jamais connu de changements de cette nature, ni survenant à la vitesse actuelle, elles n’ont pas le temps de s’adapter.» 

Photo : Courtoisie

«La tendance que nous constatons au cours des trente dernières années, ce n’est pas nécessairement moins de neige au sol, c’est surtout une diminution de la saison d’enneigement», précise Alexandre Roy.

Autrement dit, la neige tombe plus tard en automne et fond plus tôt au printemps.

Le chercheur relève également une recrudescence des précipitations hivernales : «De plus en plus souvent, les chutes de neige sont suivies d’un épisode pluvieux qui fait fondre le couvert blanc.»

Le manque de neige met en péril de nombreux animaux et végétaux, qui ont mis des millénaires à s’adapter à leur habitat.

«Nos écosystèmes sont capables d’encaisser des variations dans les conditions climatiques, mais l’hiver change de plus en plus rapidement, alerte Annie Langlois. Les espèces n’ont jamais connu de changements de cette nature, ni survenant à la vitesse actuelle, elles n’ont pas le temps de s’adapter.»

Car, sous les couches de neige, la vie suit son cours. Des musaraignes chassent, des perdrix dorment, des campagnols se promènent dans les tunnels qu’ils ont creusés au beau milieu des flocons.

Cet environnement si particulier est possible lorsqu’une couche de neige pas trop dense fait au moins 20 cm de hauteur.

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Vie secrète des animaux

«Grâce au pouvoir isolant de la neige, la température entre le sol et la surface reste stable, et relativement agréable. Alors qu’au-dehors, on peut atteindre les -30 °C, il fera toujours autour de 0 °C sous la couche de neige qui piège la chaleur du sol», explique Alexandre Roy.

Selon Alexandre Roy, professeur au Département des sciences de l’environnement de l’Université du Québec à Trois-Rivières, la neige arrive plus tard en hiver et fond plus tôt au printemps. 

Photo : Courtoisie

Une multitude d’êtres vivants peuvent ainsi «survivre à l’hiver, protégés du gel et des températures extrêmes», poursuit Annie Langlois.

Parmi les habitants de ces iglous naturels : la grenouille des bois, qui a l’étonnante particularité de pouvoir geler jusqu’à 60 % de son corps.

Elle profite de la stabilité des températures pour hiberner tranquillement pendant l’hiver, tout comme certaines perdrix, qui creusent leur grotte en plongeant la tête la première dans la neige.

D’autres espèces, au contraire, s’activent dans cet univers blanc et ouaté. Les lemmings (de petits rongeurs) sont en pleine période de reproduction. Les loutres empruntent les galeries creusées pour accéder aux eaux gelées des rivières et y trouver de quoi se nourrir.

«Même les plantes s’épanouissent dans ce monde parallèle, leurs racines sont conservées au chaud dans le sol», ajoute Annie Langlois.

Ces plantes nourrissent les insectes, qui à leur tour font le régal des oiseaux et des rongeurs. Voilà le point de départ d’une chaine alimentaire version hivernale.

«Avec la pénurie de neige, le refuge de toutes ces espèces disparait, elles sont exposées aux épisodes de gel et de froid intense», souligne Alexandre Roy.

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Risque de pénurie d’eau en été

«Il peut y avoir un effet en cascade sur tous les organismes de la chaine alimentaire, de la proie jusqu’au prédateur», complète Annie Langlois.

Le harfang des neiges est un oiseau de proie qui chasse dans la neige pendant l’hiver. Il peut entendre le plus petit animal qui se faufile sous la neige, comme le campagnol des prés et la souris sylvestre. 

Photo : Annie Langlois

Des températures plus douces favorisent aussi la propagation d’espèces exotiques envahissantes. Certaines migrent vers le Nord à cause du réchauffement climatique. D’autres se déplacent accrochées à des pneus ou aux coques des navires, transportées dans des conteneurs ou des soutes d’avion.

En temps normal, l’hiver protège la faune et la flore indigènes de ces espèces invasives, incapables de survivre au froid et à la neige.

«Mais les dynamiques de populations sont en train de changer. On voit de plus en plus d’espèces envahissantes qui menacent les écosystèmes et entrent en compétition avec les animaux et les végétaux déjà présents», rapporte Annie Langlois.

La biologiste rappelle également que le réchauffement hivernal favorise la persistance des maladies et augmente les risques de survie des champignons parasites.

Le manteau neigeux moins important que la normale risque enfin d’entrainer un déficit d’eau en été. 

«La neige représente un réservoir d’eau solide important. Sa fonte au printemps est essentielle à l’alimentation des lacs et des cours d’eau», détaille Alexandre Roy.

En l’absence de couvert blanc, le sol a par ailleurs tendance à geler davantage et à devenir imperméable, explique le chercheur. Résultat, l’eau ruissèle en surface, augmente le risque d’inondation et ne s’infiltre pas dans la terre pour recharger les nappes phréatiques.

Plus sur la francophonie

Le gouvernement provincial de la Colombie-Britannique a annoncé, le 5 janvier, la création d’une politique en matière de services en français pour ses ministères.

Une première pour la province, qui était jusqu’à maintenant la seule à ne pas posséder de politique linguistique.

«La politique en matière de services en français permettra d’accroitre graduellement la capacité du gouvernement à offrir des services aux francophones de toute la province en fonction des ressources disponibles», peut-on lire dans le communiqué officiel de la province.

Le Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique (CSF) accueille favorablement la création de la nouvelle politique. «Cette nouvelle politique est un pas positif vers l’augmentation de la capacité de la province à interagir avec sa population d’expression française et à lui offrir des services», indique le CSF par voie de communiqué.

La politique vise trois grands objectifs :

Source : Gouvernement de la Colombie-Britannique

La politique entrera en vigueur le 1er avril et sera soumise à une évaluation deux ans après son adoption.

Nouveau leadeur au gouvernement et Israël accusé de génocide

Steven MacKinnon devient leadeur du gouvernement à la Chambre des communes en remplacement de Karina Gould, partie en congé de maternité.

Steven MacKinnnon devient leadeur du gouvernement à la Chambre des communes. 

Photo : X (Twitter) Steven MacKinnon

Le député de Gatineau, assermenté lundi, assure que le 8 janvier était une journée historique pour sa circonscription.

«La circonscription qui se trouve à peu près à 1 km d’ici, par-là, n’a jamais été représentée par un ministre au Parlement du Canada, a-t-il lancé devant les journalistes sur la Colline.»

Steven MacKinnon a été élu pour la première fois en 2015. Jusqu’à présent, il a occupé les postes de secrétaire parlementaire de la ministre des Services publics et de l’Approvisionnement et whip en chef du gouvernement.

Devant la Cour internationale de justice (CIJ), jeudi, l’Afrique du Sud a accusé Israël de commettre des actions génocidaires contre les Palestiniens de Gaza.

Pretoria exige ainsi de mettre fin immédiatement aux violences et aux destructions d’Israël contre le peuple palestinien.

En conférence de presse à Toronto jeudi, la vice-première ministre et ministre des Finances, Chrystia Freeland, a assuré que le gouvernement canadien examinait les accusations. Aucun autre détail n’a été ajouté.

Chrystia Freeland soutient qu’Ottawa examine la requête de l’Afrique du Sud qui accuse Israël de génocide. 

Photo : Mélanie Tremblay – Francopresse

«C’est la vérité, c’est ce qu’on fait», a-t-elle déclaré aux journalistes, sans pour autant se prononcer sur la position du Canada.

Le groupe Canadiens pour la justice et la paix au Moyen-Orient (CJPMO) a réitéré sa demande à la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, d’appuyer l’Afrique du Sud dans sa requête auprès de la CIJ.

«Il s’agit véritablement d’un moment historique. L’Afrique du Sud montre à quoi ressemble le leadeurship mondial, alors que le reste du monde n’a pas réussi à arrêter le génocide qui se déroule sous nos yeux», soutient le vice-président de CJPMO, Michael Bueckert, dans un communiqué.

Par ailleurs, le ministre d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), Marc Miller, a annoncé, mardi, une nouvelle voie d’accès à la résidence temporaire pour les Palestiniens vivant à Gaza et qui font partie de la famille élargie d’un citoyen canadien ou d’un résident permanent.

«Les présentes mesures prendront fin lorsque 1 000 demandes de visa de résident temporaire complètes auront été reçues et acceptées aux fins du traitement, ou un an après l’entrée en vigueur des mesures, selon la première éventualité», explique IRCC dans un communiqué.

Les 90 ans de Jean Chrétien et décès d’Edward «Ed» Broadbent

L’ancien chef du Nouveau Parti démocratique n’est plus

Jeudi, l’Institut Broadbent a annoncé le décès d’Ed Broadbent, à l’âge de 87 ans.

Le député d’Oshawa, en Ontario, a été le troisième chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), de 1975 à 1989.

Fervent défenseur de l’idéologie socialiste, sa campagne électorale de 1984, axée sur la réforme fiscale, la diminution des taux d’intérêt et l’égalité pour les femmes avait permis au parti de faire élire 30 députés. Quatre ans plus tard, Ed Broadbent avait fait élire 43 députés, un record pour le parti.

L’ancien chef néodémocrate Ed Broadbent s’est éteint à l’âge de 87 ans. 

Photo : Broadbent Institute

Autres dates clés

1990 – Président du Centre international des droits de la personne et du développement démocratique

1993 – Officier de l’Ordre du Canada

2001 – Compagnon de l’Ordre du Canada

2004 – Bref retour sur la scène politique fédérale à la demande de Jack Layton

2011- Création de l’Institut Broadbent

Le chef du NPD, Jagmeet Singh, a tenu à rappeler «la compassion, l’engagement et l’intelligence féroce d’Ed.»

«J’ai souvent dit qu’Ed était celui que je voulais être quand je serais grand. Il m’a appris ce qu’est le leadeurship et comment transformer les principes politiques en actions qui contribuent à améliorer la vie des gens», a-t-il indiqué par voie de communiqué.

«Le Canada se porte mieux grâce au service dévoué d’Ed Broadbent, a déclaré le premier ministre Justin Trudeau. Il laisse derrière lui un héritage incroyable, qui restra sans aucun doute une source d’inspiration pour les Canadiens.»

Le 11 janvier marquait le 90e anniversaire de l’ancien premier ministre du Canada, Jean Chrétien. Une célébration privée a été organisée dans la région de la capitale nationale où le premier ministre Justin Trudeau était attendu pour prononcer une allocution.

Jean Chrétien en mêlée de presse le 11 janvier alors qu’il se rendait à l’évènement soulignant son 90e anniversaire de naissance.

Photo : Chantallya Louis – Francopresse

Jean Chrétien a été à la tête de trois gouvernements libéraux successifs entre 1993 et 2003, dont un majoritaire.

L’année 2023 marquait aussi le 60e anniversaire de son entrée en politique. En 1963, celui souvent qualifié de «p’tit gars de Shawinigan» a été élu député de Saint-Maurice – Laflèche, au Québec.

L’ancien chef du parti libéral est notamment connu pour sa victoire étroite lors du référendum de 1995 sur la souveraineté du Québec, la promulgation du Registre canadien des armes à feu, la réorganisation des lois sur la justice pour les jeunes et la présentation d’un projet de loi visant à légaliser le mariage homosexuel.

«L’art qui fait du bien, l’art-thérapie, est connu depuis très longtemps», amorce Olivier Beauchet, professeur titulaire au Département de médecine de l’Université de Montréal.

Fréquenter les musées peut réduire les facteurs de malêtre, tels que la dépression, et augmenter le bienêtre observent certaines études.

Ce qui est nouveau, c’est la connaissance des effets de l’art sur des patients ayant des pathologies cancéreuses, des pathologies graves ou psychiatriques, remarque le chercheur.

Le Dr Olivier Beauchet a mené différentes études autour de la santé et de l’art, au Canada et à l’étranger. 

Photo : Courtoisie

Bienêtre et santé physique

«Les bénéfices de l’art en général sur la santé sont surtout marqués sur la santé mentale. Peu d’études ont été menées sur la santé physique réelle, mais celles-ci ont montré qu’il y a vraiment des effets positifs concrets sur la santé», poursuit le Dr Olivier Beauchet.

Son équipe a notamment collaboré avec le Musée des beaux-arts de Montréal pour étudier les effets positifs éventuels sur des sujets âgés vivant à domicile.

«On a démontré qu’en allant régulièrement une fois par semaine au musée pendant trois mois, en faisant des activités d’art plastique diverses, on améliorait la santé mentale des gens, mais aussi la santé physique, en diminuant le niveau de fragilité», note le spécialiste.

Une amélioration du rythme cardiaque et de l’activité physique générale a également été observée.

«On a une émotion positive très forte, puis ça génère un sentiment, quelque chose de plus élaboré, de bienêtre. Puis on a la compréhension qu’il se passe quelque chose de bien dans notre organisme, puis on touche la qualité de vie», détaille le Dr Beauchet.

Ces visites améliorent la santé mentale et physique, mais aussi l’insertion sociale, «la santé sociale des gens», ajoute-t-il.

Prescriptions muséales

Le Dr Beauchet a par ailleurs participé à une étude autour des prescriptions muséales, une initiative portée par le Musée des beaux-arts de Montréal et l’organisation Médecins francophones du Canada (MFC).

«On a testé l’effet d’une visite au musée prescrite en cabinet de médecin de famille. La personne allait au musée une fois avec trois membres de sa famille. Puis là, on a démontré qu’encore, on améliorait la santé des gens.»

Le Musée canadien de la nature, à Ottawa, a été le premier musée au pays à participer au programme pancanadien Prescri-Nature, lancé par la BC Parks Foundation.

Thérapies par l’art et la nature

Le programme Prescri-Nature (PaRx en anglais) est une initiative lancée en Colombie-Britannique en 2020, par la BC Parks Foundation, qui s’étend aujourd’hui à toutes les provinces, mais pas encore aux territoires.

Le but : améliorer la santé des patients en les mettant en contact avec la nature.

Les médecins inscrits au programme peuvent prescrire des visites gratuites au Musée canadien de la nature, des laissez-passer annuels gratuits de découverte dans le réseau de Parcs Canada, ou encore l’accès gratuit ou à prix réduit à des sites dans différentes villes du Canada, comme le Zoo de Toronto.

L’occasion de vivre une expérience artistique, mais aussi sensible.

«Il y a plein de choses qui rentrent dans le design d’une exposition, incluant la santé», partage Darcy Ferron au Musée canadien de la nature, à Ottawa. 

Photo : Musée canadien de la nature

«On a des immersions sensorielles, telles que les chants d’oiseaux dans notre galerie ornithologique», souligne Darcy Ferron, vice-président de l’expérience et de l’engagement au Musée canadien de la nature.

L’établissement a jusqu’à présent émis 200 laissez-passer prescrits par des professionnels de la santé de la région, rapporte-t-il.

Les prescriptions accordent l’entrée au musée pour un à trois adultes, qui peuvent être accompagnés d’enfants, pour un maximum de cinq personnes. L’admission inclut les expositions spéciales.

Sortir du quotidien

«Il existe de nombreuses raisons pour lesquelles les musées peuvent être bénéfiques pour la santé et le bienêtre, et l’une d’entre elles est tout simplement la possibilité de s’éloigner de sa vie quotidienne», commente Melissa Lem, médecin de famille de Vancouver et directrice du programme PaRx.

«Si vous voyez ces grandes expositions de faune historique ou de dinosaures ou des artéfacts historiques datant de milliers ou de millions d’années, cela crée un sentiment d’émerveillement et un lien avec notre monde que nous ne ressentons pas toujours dans notre vie de tous les jours.»

La spécialiste rappelle les bienfaits sociaux de ces visites, qu’elles soient faites seul ou en groupe.

Si l’on combine la nature impressionnante des musées et la possibilité de s’éloigner et de socialiser avec d’autres personnes avec du temps passé dans la nature, même si c’est à l’intérieur, cela pourrait théoriquement améliorer encore plus les bénéfices pour la santé.

— Melissa Lem

 

La spécialiste rappelle les bienfaits sociaux de ces visites, qu’elles soient faites seul ou en groupe. «Si l’on combine la nature impressionnante des musées et la possibilité de s’éloigner et de socialiser avec d’autres personnes avec du temps passé dans la nature, même si c’est à l’intérieur, cela pourrait théoriquement améliorer encore plus les bénéfices pour la santé.»

Encore marginal

Néanmoins, ce genre de prescription reste marginale.

«Ce n’est pas encore rentré dans les pratiques courantes, nuance le Dr Olivier Beauchet. Mais on participe au fait qu’on est en train de démocratiser cette idée […] La difficulté c’est que si je prescris en tant que médecin aujourd’hui une visite, ça ne sera jamais remboursé par le système de l’assurance maladie.»

Pour le médecin, le travail doit se faire avec les instances de santé et les services sociaux pour dire : «Si on démontre un effet positif, si vous investissez un dollar sur le remboursement d’une visite, peut-être que vous n’en dépenseriez pas 10 chez quelqu’un qui arrive aux urgences parce qu’il ne se sent pas bien et qu’il a des problèmes de santé», lâche-t-il.

Le Musée canadien de la nature a été le premier musée au pays à participer au programme pancanadien Prescri-Nature, lancé par la BC Parks Foundation.

Photo : Musée canadien de la nature

La santé au-delà de la maladie

Ces thérapies, qui sortent du cadre médical traditionnel, permettent d’envisager la santé autrement.

«On voit la santé généralement par le bout de la maladie, ce qui est logique. Et quand on n’est pas malade, on ne mesure pas la santé, on n’apprécie pas la santé», constate le Dr Beauchet.

Or, il rappelle que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) définit la santé comme «un état de complet bienêtre physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité».

Pour lui, il est important de faire de la prévention et la promotion de la santé, en dépassant le clivage malade-non malade.

«C’est ce que veulent les gens. L’envie de tout le monde aujourd’hui, dans une société où la santé est plutôt bonne et [où] on a fait plein de progrès de technicien, où on comprend mieux les maladies, c’est d’aller vers de la qualité de vie, vers du bienêtre», assure-t-il.

Parce que notre perception de l’inflation est plus importante que la réalité. Après trente ans de stabilité des prix, la forte inflation des dernières années a marqué nos esprits.

Grâce au recul des prix du pétrole, l’inflation est retombée à des niveaux normaux depuis plusieurs mois déjà. La Banque du Canada prévoit que l’inflation moyenne sera de 2,5 % en 2024, tout près de sa cible de 2 %.

Mais ce n’est pas ce à quoi l’on s’attarde quand on va à l’épicerie. Il importe peu de savoir que la livre de beurre coutera (seulement) 8,25 $ en décembre 2024 par rapport aux 8,00 $ actuels. Tout le monde se rappelle que la livre de beurre coutait 6,00 $ avant la pandémie.

L’inflation sur 4 ans

Normalement, l’inflation se calcule sur une période de douze mois. On compare les prix d’aujourd’hui par rapport à ce qu’ils étaient à pareille date l’an dernier. Les plus récentes données de Statistique Canada nous apprennent que les prix ont augmenté en moyenne de 3,1 % sur un an en novembre.

Mais si l’on prend un pas de recul et que l’on regarde l’inflation depuis quatre ans, on prend toute la mesure de la croissance des prix. Le portrait est frappant.

De 2020 à la fin de 2023, l’inflation moyenne a été de 16 % au pays. C’est autant en quatre ans que pendant toute la décennie 2010.

Le prix de certains produits de base a cru encore davantage. Le cout des aliments a augmenté de 21 %, tout comme celui du logement.

Ces données sont des moyennes qui cachent cependant d’importants écarts. Certaines villes ou certains types de logements ont connu des augmentations de prix beaucoup plus importantes, alors que dans d’autres régions les prix ont été plus stables.

Les propriétaires qui renouvèlent leur hypothèque en ce moment subissent de plein fouet l’augmentation des taux d’intérêt, alors que ceux qui renouvèleront seulement dans 24 ou 36 mois seront épargnés par ces hausses.

Le pouvoir d’achat s’est maintenu

Cela peut paraitre surprenant, mais en moyenne, les salaires ont augmenté plus rapidement que l’inflation depuis quatre ans. La hausse moyenne de la rémunération hebdomadaire a été de presque 17 % au cours de cette période, soit environ 1 % de plus que l’inflation.

La pénurie de main-d’œuvre a permis aux travailleurs de nombreux secteurs de négocier de généreuses augmentations. 

Ce portrait dissimule cependant une sombre réalité : quand on connait une hausse aussi rapide et inégale des prix et des salaires, peu de gens correspondent à la moyenne. Les écarts sont importants.

Pour ceux dont les salaires n’ont pas augmenté, pour ceux qui doivent se trouver un nouveau logement et qui voient que le prix d’un appartement équivalent à celui qu’ils occupent a doublé, pour ceux qui peinent à se nourrir adéquatement, les moyennes n’ont aucune importance.

Ces personnes ont véritablement perdu de leur pouvoir d’achat, et leur situation s’est empirée. C’est ce qui compte.

Même pour ceux dont le pouvoir d’achat s’est maintenu, la forte variation des prix peut leur donner l’impression que leur situation économique s’est détériorée. Peu importe que les prix n’augmentent presque plus depuis six mois, ils se rappellent très bien que les prix étaient beaucoup plus bas avant la pandémie.

Le ralentissement de l’économie affecte notre perception

Le ralentissement de l’économie qu’on connait à cause de la hausse des taux d’intérêt aggrave cette perception négative. On entend parler de récession possible en 2024 dans les médias. Le discours autour de l’économie est négatif.

Pourtant, malgré un ralentissement de l’économie et une forte croissance de la population en 2023, l’emploi n’en a pas trop souffert. Le choc aurait pu être bien pire.

Il s’est créé plus de 500 000 emplois au Canada en 2023. C’est énorme. Malgré cela, le taux de chômage a augmenté; il est passé de 5 % à 5,8 % depuis un an. C’est parce que le Canada connait une vague sans précédent d’immigration qui fait en sorte que davantage de personnes se cherchent un emploi.

Mais dans le contexte où la banque centrale a donné un coup de frein en augmentant les taux directeurs dix fois en quinze mois et où l’on se remet d’une crise inflationniste, l’économie canadienne est étonnamment résiliente.

Malgré tout, on l’entend, les gens sont inquiets.

Les chroniqueurs et les analystes économiques auront beau dire que l’inflation est jugulée, que l’économie se porte bien dans les circonstances, cela ne changera probablement rien à la perception négative des gens qui ont connu une hausse des prix inégalée depuis quarante ans.

En politique comme en économie, les perceptions sont souvent plus importantes que les faits.

Notice biographique

David Dagenais  est journaliste économique indépendant et entrepreneur. Auparavant, il a été journaliste à Radio-Canada après avoir achevé des études supérieures en économie politique à l’UQAM et à l’Université d’Ottawa.