le Mercredi 30 septembre 2026

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Juste avant la relâche parlementaire vendredi dernier, les députés membres du Comité permanent sur les langues officielles ont terminé l’examen du projet de loi C-13 visant à moderniser l’actuelle Loi sur les langues officielles.

Le projet de loi reprend donc le chemin de la Chambre des Communes puis du Sénat pour une troisième et ultime lecture.

Le comité s’est entendu pour faire passer plusieurs amendements en rafale portant sur la Loi sur l’usage du français au sein des entreprises privées de compétence fédérale. Cette dernière compose la deuxième partie du projet de loi C-13.

Les amendements ont été rapidement adoptés grâce à un accord avec le gouvernement du Québec sur cette partie de la Loi.

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Dépenses accrues pour la fonction publique et un passeur extradé vers les États-Unis

Un résident canadien de citoyenneté indienne aurait fait passer plus d’un millier de migrants entre le Canada et les États-Unis, en empruntant les eaux du Saint-Laurent. Arrêté par la police canadienne l’été dernier, il a été extradé vers les États-Unis le 30 mars 2023, selon des informations de Radio-Canada.

La professeure en géographie à l’Université d’Ottawa Luisa Véronis a déclaré en entrevue avec Francopresse que la décision de fermer la frontière à l’immigration considérée comme «irrégulière» par Ottawa fera croitre «l’industrie de la migration».

La frontière terrestre entre le Canada et les États-Unis est fermée à l’immigration irrégulière depuis le 25 mars. 

Photo : Daniel Case – GNU Free Documentation License

À lire aussi : Fermer le Canada à l’immigration irrégulière au détriment des droits de la personne

Un rapport du bureau du Directeur parlementaire du budget publié mardi a révélé l’augmentation fulgurante de l’effectif de la fonction publique, soit 8,2 % par rapport à 2019-2020, le niveau prépandémique. Selon les rapports sur les résultats ministériels, cette augmentation tient en grande partie à la pandémie.

Les augmentations salariales seraient le principal facteur de cette hausse. Mais «les dépenses liées aux pensions, aux heures supplémentaires et aux primes ont augmenté plus rapidement», analyse le rapport.

La présidente du Conseil du Trésor Mona Fortier n’a pas donné de détails sur les coupes dans la fonction publique.

Inès Lombardo – Francopresse 

L’année dernière, le gouvernement Trudeau a dépensé 115,9 milliards de dollars pour faire fonctionner l’État canadien, soit 28,4 milliards de plus que la période 2020-2021.

En somme, vu que les fonctionnaires sont payés plus cher, les couts en personnel ont rapidement augmenté, notamment pendant les deux ans de pandémie.

Lors du Budget fédéral 2023 publié le 28 mars par le gouvernement fédéral, ce dernier prévoyait de couper environ 20 milliards de dollars dans la fonction publique. Aucune précision n’a été encore dévoilée à ce sujet. En mêlée de presse la semaine dernière, la présidente du Conseil du Trésor Mona Fortier a refusé d’en dire plus sur ces coupes.

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Dans certaines communautés du Népal, par exemple, les femmes sont contraintes de s’exiler dans une hutte à l’écart du village durant toute la durée de leurs règles. Une pratique dangereuse interdite par la loi, mais qui semble perdurer, hélas, dans certaines régions reculées.

Cette notion d’impureté se retrouve dans la plupart des religions, qui ont interdit ou interdisent encore l’accès de leurs lieux sacrés aux personnes menstruées.

Plus proche de nous, un sondage américain montre que plus d’une femme sur deux se sent honteuse pendant ses règles, et qu’une sur dix a déjà été humiliée par un membre de sa famille à ce sujet.

Au Canada, un récent rapport révèle qu’à peine 46 % de la population se sent à l’aise de parler ouvertement de menstruations. Les jeunes filles apprennent d’ailleurs vite à utiliser des métaphores pour désigner leurs règles : avoir ses «ragnagnas» ou «être dans sa semaine», par exemple.

Même les publicités pour protections hygiéniques évitent soigneusement de décrire les menstruations, préférant souvent un liquide bleu jugé moins choquant.

Si ces pratiques peuvent sembler inoffensives, elles renforcent l’idée que les règles sont quelque chose de sale, dont on ne peut parler en public – une stigmatisation qui puise ses origines dans le patriarcat et qui vise à contrôler le corps des femmes en les obligeant à se plier à certaines normes sociales.

Cette stigmatisation entraine un retard dans les connaissances et un manque d’information quant à la santé menstruelle, tant parmi le grand public que chez les spécialistes. Elle peut se traduire par des jours d’école et de travail manqués, des infections et des grossesses non désirées.

Les maladies liées aux menstruations sont elles aussi régulièrement passées sous silence ou ignorées. Par exemple, on a découvert qu’au Canada, plus de 500 000 femmes, soit 7 % des Canadiennes, souffrent d’endométriose, un trouble courant qui cause des douleurs menstruelles intenses, des crampes, des règles abondantes et l’infertilité.

Vu que cette maladie est méconnue, il faut généralement plus de cinq ans avant que les femmes obtiennent un diagnostic, ce qui les prive d’un traitement approprié.

La stigmatisation des règles peut également avoir des répercussions économiques et pratiques. Suivant les produits menstruels choisis, les dépenses à l’échelle d’une vie peuvent atteindre 5 000 $ pour les personnes menstruées, et ce, sans compter les éventuels médicaments contre la douleur et les lessives supplémentaires nécessaires.

Des couts que tout le monde ne peut pas se permettre : une enquête a montré qu’une personne menstruée sur cinq au Canada a du mal à s’offrir les produits hygiéniques dont elle a besoin, et que 34 % des Canadiennes ont déjà dû sacrifier quelque chose dans leur budget pour pouvoir s’offrir des produits menstruels.

Ce phénomène porte un nom : la précarité menstruelle. Elle a d’importantes répercussions psychologiques, sociales, scolaires et professionnelles, notamment en raison du double tabou des règles et de la précarité.

Pour pallier ce problème, en Écosse, des tampons et serviettes hygiéniques sont offerts gratuitement depuis 2022 à toutes les personnes qui en ont besoin, grâce à l’entrée en vigueur d’une loi contre la précarité menstruelle.

Au Canada, dans certaines provinces, comme en Colombie-Britannique, en Ontario et en Nouvelle-Écosse, les établissements scolaires distribuent gratuitement des produits menstruels aux élèves.

Il est grand temps que d’autres provinces emboitent le pas. Que les personnes puissent avoir accès à des informations claires et précises sur leur santé et leur corps, et qu’elles n’éprouvent aucune gêne à parler de leurs règles.

Julie Gillet est directrice du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick. Ses chroniques dans Francopresse reflètent son opinion et non celle de son employeur.

Le gentil géant de Clare

Marc à Paul à Jos, originaire de la Baie Sainte-Marie en Nouvelle-Écosse.

PHOTO : marcapaulajos.bandcamp.com

Commençons par un des personnages les plus attachants de la Nouvelle-Écosse : Marc à Paul à Jos, originaire de la Baie Sainte-Marie, un vrai p’tit paradis sur terre.

Reconnu pour être un excellent conteur, l’Acadien a sorti, en décembre dernier, son sixième album, Bête à cornes, dans lequel il nous offre un univers bluegrass des plus solides et captivants.

Le disque est porté par des musiciens talentueux. La preuve avec Dark Eyes (les usses cernés), un morceau instrumental qui met en valeur la virtuosité de Marc à Paul à Jos à la mandoline.

Le conteur nous livre aussi des histoires du quotidien, avec toutes les couleurs de la langue de la Baie Sainte-Marie. Il nous parle de la langue française, des remèdes miracles de nos grand-mères et des décisions politiques, «des clowns d’Ottawa» comme il dit.

Il y a deux pièces qui m’ont faire beaucoup sourire : Paul du Canada, une satire politique sur l’air de notre hymne national, et Renault Magané, une déclaration d’amour pour une voiture européenne.

L’Éléphant de Néguac
Album : Bête à corne

La capsule temporelle de Menoncle Jason

Au Nouveau-Brunswick, on a rendez-vous avec un autre phénomène acadien : Menoncle Jason, personnage créé par l’auteur-compositeur Jason LeBlanc. Ce dernier nous offre un album double enregistré à Memramcook et Moncton : Live avec la paroisse, une capsule temporelle qui saura vous accrocher un p’tit sourire en coin.

Menoncle Jason, personnage créé par l’auteur-compositeur acadien Jason LeBlanc.

Photo : menonclejason.com

Cet album met également en valeur le talent des musiciens qui accompagnent Menoncle Jason. L’Acadien réussit à créer un univers captivant, avec une touche d’humour. Les mélanges des univers sont fluides et s’écoutent d’un trait.

Tous au long de ces deux CD, nous sommes transportés dans un univers country rétro non seulement au niveau des mélodies, mais aussi au niveau du traitement de l’enregistrement. Nous sommes hypnotisés par un son de guitare grinçant des années 70 et par une voix feutrée qui sort directement d’un vieux 33 tours. Le chiac se place doucement dans nos oreilles. L’univers et le personnage sont fort réussis.

 

Cette compilation des œuvres de Menoncle Jason prend son inspiration dans différents tableaux du quotidien qui dépeignent des situations un peu cocasses. On retrouve quelques bons classiques comme le south country Tout vendre et Sors de ma yard.

Autres bonnes pièces : Bill de Hydro, Slack ton harias, Double double et Halle ta marde.

Halle ta marde – Live à Memramcook 2021
Album : Live avec la paroisse

L’homme exponentiel, unique en son genre

Il existe en Ontario un auteur-compositeur-interprète vite devenu plus grand que nature.

Stef Paquette, auteur-compositeur-interprète franco-ontarien.

Photo : Étienne Ranger

Stef Paquette a débuté sa carrière avec les Chaizes Muzikales. Il est rapidement devenu un des meilleurs artistes de sa génération.

En 2011, il lance Le salut de l’arrière-pays, un de ses plus grands albums. Des mélodies folk, rock et blues qui supportent des textes puissants et engagés, doux et tendres. Plusieurs des plages de l’album sont devenues des vers d’oreille qui tournent toujours à la radio aujourd’hui.

Fait pour rester, C’est toujours les meilleurs, Les petites fraises d’été et Pour le moulin ne sont que quelques-unes des chansons extrêmement puissantes du disque, à l’image de ce personnage unique et authentique qu’est Stef Paquette.

Cet album reste un must dans toutes les discothèques franco-ontariennes qui se respectent. Un album qui a pris de la valeur au fils des années.

Tout c’que j’veux
Album : EP

Marc Lalonde, dit Lalonde des ondes, est chroniqueur musical depuis plus de 25 ans au sein de la francophonie musicale canadienne et animateur de l’émission radiophonique Can-Rock. Il se fait un malin plaisir de partager cette richesse dans 16 stations de radio à travers le pays chaque semaine.

Annoncé officiellement le 24 mars 2023 par Justin Trudeau et le président américain Joe Biden, en visite officielle à Ottawa, l’élargissement de l’Entente sur les tiers pays sûrs est entré en vigueur le 25 mars à minuit une.

Depuis, de nombreuses personnes qui ont essayé de passer la frontière terrestre entre le Canada et les États-Unis ont été interceptées. L’élargissement de l’Entente a pour effet de les renvoyer au poste frontalier canado-américain le plus proche. Mais les deux pays se sont entendus pour que le Canada reprenne 15 000 immigrants des États-Unis de manière régulière.

À lire aussi : Visite officielle de Joe Biden : la frontière fermée à l’immigration irrégulière dès le 25 mars

Le 24 mars dernier, Justin Trudeau a profité de la visite officielle de Joe Biden à Ottawa pour annoncer qu’un accord avait été passé entre le Canada et les États-Unis, pour élargir l’Entente sur les tiers pays sûrs.

Entré en vigueur le 25 mars, cet accord commun ferme les passages irréguliers de la frontière terrestre canado-américaine, comme le chemin Roxham au Québec. Les personnes interceptées sont renvoyées vers des postes frontaliers réguliers.

L’accord vise également les personnes qui ont traversé la frontière entre les points d’entrée officiels, y compris «certains plans d’eau déterminés par les États-Unis et le Canada», dans les 14 jours après leur entrée au Canada, a précisé Justin Trudeau lors d’une conférence de presse conjointe avec Joe Biden.

Des routes désormais «plus risquées»

«C’était relativement sécuritaire de passer par Roxham, confirme la professeure Victoria Esses, professeure et directrice du Centre de recherche sur les migrations et les relations ethniques à l’Université Western de London, en Ontario. Mais les gens vont prendre des routes plus risquées.

Les conditions de détention aux États-Unis, pays vers lequel les migrants irréguliers qui tentent désormais de passer la frontière sont renvoyés, inquiètent Victoria Esses, professeure à l’Université Western de London, en Ontario.

Photo : Courtoisie

Ça semble presque impossible de détourner des migrants qui veulent passer une frontière longue de 6 000 kilomètres.»

«Les États-Unis sont présumés être un pays sûr pour les demandeurs d’asile, mais le sont-ils vraiment?», interroge celle qui est aussi codirectrice de l’organisme Pathways to Prosperity Partnership.

«Il y a un risque de détention quand les immigrants y sont renvoyés. Les conditions sont misérables. Les enfants sont séparés de leurs parents. Les gens sont parfois renvoyés dans leur pays d’origine où ils risquent des poursuites, de la torture, l’emprisonnement…»

Un point sur lequel Cheolki Yoon, bénévole au Centre des travailleurs et travailleuses immigrants (CTI) et chercheur affilié à l’Université McGill de Montréal, la rejoint.

Il ajoute : «Certains points de la décision ne sont pas clairs. L’élargissement de l’Entente mentionne que si les personnes sont interceptées dans les 14 jours suivant leur entrée au Canada par la frontière, ils seront détenus et expulsés. Mais comment prouver la date d’entrée? Et est-ce que ces personnes seront admises comme réfugiés?»

Dans tous les cas, Victoria Esses et Cheolki Yoon assurent que la décision ne va faire qu’amplifier les dangers pour les migrants.

«C’est possible qu’ils tentent de se cacher pendant 14 jours quelque part [après avoir passé la frontière]», commente Cheolki Yoon.

Selon Cheolki Yoon, bénévole au Centre des travailleurs et travailleuses immigrants (CTI), les risques vont augmenter, car les migrants continueront de passer la frontière, par des voies moins surveillées, mais plus dangereuses.

Photo : Courtoisie

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Vers une prolifération de passeurs

Luisa Veronis, professeure de géographie à l’Université d’Ottawa et titulaire de la Chaire de recherche en immigration et communautés franco-ontariennes, affirme que les gens qui prennent un autre chemin le font par désespoir. «Ils ne peuvent pas être chez eux, ils doivent fuir. Ce n’est pas pour profiter du système! S’ils font ce périple, c’est parce qu’ils n’ont pas d’autres moyens d’aller ailleurs.»

La professeure montre aussi du doigt une autre conséquence : la prolifération d’acteurs intermédiaires. Ils font partie de «ce que l’on appelle “l’industrie de la migration”. Ce sont des passeurs, des agents, des recruteurs, des consultants, qui offriront des services pour “aider” les potentiels demandeurs d’asile à traverser la frontière, ce qui peut contribuer à mettre ces personnes en danger».

Les acteurs de cette sombre industrie demandent aussi des «sommes faramineuses» selon Luisa Veronis. Un résident canadien qui aurait fait passer un millier de personnes par le fleuve Saint-Laurent a d’ailleurs été extradé vers les États-Unis récemment. Le problème, connu depuis des années, risque donc de s’intensifier à en croire les experts.

«Une stratégie politique pour maintenir le pouvoir»

Pour Luisa Veronis, fermer le chemin Roxham donne l’impression que le gouvernement Trudeau contrôle les frontières et l’immigration, dans un contexte où il est empêtré dans des affaires comme l’interférence étrangère dans les élections fédérales, la Commission Rouleau, la corruption éventuelle de députés libéraux etc.

Vu l’inflation et tous les soucis dans le domaine de la santé et du logement au Canada, cette décision assure qu’il n’y aura pas de migrants qui viendront profiter du système canadien. C’est une stratégie politique juste pour maintenir le pouvoir.

— Luisa Veronis, professeure de géographie à l’Université d’Ottawa

Par ailleurs, le chiffre de 15 000 immigrants sur lequel se sont entendus les deux pays est une «aberration complète, car cela va à l’encontre de la Convention de Genève. Alors que notre Constitution prône le droit à l’asile», déplore Luisa Veronis. La chercheuse rappelle que l’Entente sur les tiers pays sûrs est examinée par la Cour suprême du Canada depuis l’an dernier.

«Les États-Unis et le Canada ont négocié le nombre de 15 000 personnes provenant de l’Amérique centrale, qui est l’endroit qui représente le plus gros souci en termes d’immigration pour les États-Unis, observe Victoria Esses. Donc oui, 15 000 ce n’est pas beaucoup, mais c’est déjà quelque chose pour les États-Unis.»

Vers davantage de programmes d’immigration régulière?

Autre point flou : on ne sait pas quelle voie d’immigration régulière le gouvernement privilégiera pour accepter ces migrants au Canada. Sur ce point, le ministre fédéral de l’Immigration Sean Fraser a évoqué en mêlée de presse de «nouveaux programmes», qui ne sont pas encore développés.

La professeure à l’Université d’Ottawa Luisa Veronis déplore une décision «politique» du gouvernement Trudeau au détriment des droits de la personne prônés dans la Constitution canadienne et la Convention de Genève, que le Canada a signée.

Photo : Courtoisie

«Mais on continuera tout de même d’augmenter les programmes existants pour aider les personnes vulnérables», a-t-il martelé.

«Depuis Harper, les programmes d’immigration sont comme un bar avec une liste de cocktails devenue de plus en plus longue», ironise Luisa Veronis. Selon elle, les programmes d’immigration sont pensés «à la carte» par le gouvernement fédéral.

«On a besoin de gens qui travaillent dans l’agriculture, mais on ne veut pas qu’ils restent ici. Le programme des travailleurs agricoles temporaires existe depuis les années 60 et il a été réajusté plusieurs fois depuis. On a plein de programmes de travailleurs temporaires, généralement peu qualifiés, qui ne mènent pas à la résidence permanente. On peut s’attendre à une multiplication des programmes», fait valoir la professeure.

Luisa Veronis avance une piste de solution : créer une catégorie de permis de travail temporaire, comme pour les Ukrainiens. «Des permis ouverts, pour éviter l’exploitation et qui pourrait mener à la résidence permanente», assure-t-elle.

«Quelle attitude a une intelligence artificielle qui essaie d’imiter au mieux possible la pensée et les actions de l’humain, la représentation de l’humain? Qu’est-ce que l’intelligence artificielle dira de moi, francophone en milieu minoritaire?» Francis Langevin, professeur agrégé au campus de l’Okanagan de l’Université de la Colombie-Britannique a soulevé ces questions lors d’un colloque sur les identités francophones tenu à l’Université Carleton à la fin mars.

Accompagné de Philippe Blouin, spécialiste en intégration technologique chez LGS, une société IBM, ils ont notamment discuté de l’agent conversationnel ChatGPT, de son impact sur les utilisateurs dans la francophonie nord-américaine et de son effet sur notre réalité.

Philippe Blouin (à gauche), spécialiste en intégration technologique chez LGS, une société IBM et Francis Langevin (à droite), professeur agrégé au campus de l’Okanagan de l’Université de la Colombie-Britannique.

Photo : Boni Kadio – Francopresse

Le fonctionnement de ChatGPT

«ChatGPT est construit à partir de sources directes comme Wikipédia, des bases de données de livres qui ont été utilisées», explique Philippe Blouin.

«Pour chaque phrase de texte, l’ordinateur va découper en morceaux les mots. Il va les nettoyer, donc on va enlever la ponctuation, toutes les conjonctions et tous les articles vont être retirés», poursuit-il.

Les données sont ensuite reliées par des jetons qui associent les éléments entre eux. «ChatGPT-4, la nouvelle version, en utilise 32 000 pour générer des contenus», ajoute le spécialiste.

Philippe Blouin a tenu à clarifier que ChatGPT a été créé initialement pour «automatiser les tâches quotidiennes et, un jour, voir se réaliser le vieux rêve de l’assistant virtuel, comme résumer un document».

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L’identité et la culture au regard de l’intelligence artificielle

Francis Langevin, qui enseigne le français, s’inquiète notamment de la proportion de documents francophones numérisés et indexés servant à alimenter les outils conversationnels. «Qui va numériser les documents historiques? Est-ce que ça va être disponible?»

Le système ChatGPT opère à la base en anglais, ce qui, selon lui, augmente le risque de diluer le sens initial des propos numérisés.

Si les bases de données sont en anglais, ou ont été traduites vers l’anglais, donc on a une retraduction qui repasse par l’anglais, qui est refaite vers le français. Donc, il y a un risque de changer le degré de véracité.

— Francis Langevin

La même question se pose d’après lui pour le volume d’archives québécoises disponibles comparativement à celles de la francophonie canadienne.

«Le Québec a quand même une autorité en matière du nombre de documents disponibles, du nombre d’archives. Son système d’archives est beaucoup plus volumineux.» Il devient difficile, selon Francis Langevin, de savoir quelle importance le système accorde à un document plutôt qu’à un autre.

«La rareté, c’est très important, comme un manuscrit rare. On est juste dans le quantitatif. Si c’est réitéré 150 fois, c’est donc vrai?»

Le professeur souligne sans ambages que le «lien [intelligence artificielle] avec l’identité est très clair, en particulier dans la subjectivité de la représentation du récit qui sera faite des personnes et des collectivités».

En tant que chercheur, «on fait des recherches sur l’identité, la culture, mais là, les chercheurs et les chercheuses, c’est l’ordinateur et les milliards de dollars du marché financier qui vont produire ces données». Cela soulève, selon le panéliste, des interrogations pour les francophones.

Les erreurs et les risques de ChatGPT

Le spécialiste a pu détecter de grandes faiblesses dans les informations générées par ChatGPT-4. «On n’est pas capable de faire la vérification des faits. On n’est pas capable de détecter le vandalisme à l’intérieur des documents et la fausse information non plus», regrette-t-il.

ChatGPT a fourni des informations fautives à propos de la chanson Notre Place. Contrairement à ce qui est rapporté par le générateur de contenu, la chanson Notre place a été composée en 1989 par les Franco-Ontariens Paul Demers et François Dubé.

Photo : Capture d'écran ChatGPT

ChatGPT pose aussi d’importants défis notamment en ce qui concerne la langue, met en garde Francis Langevin. «On connait les sources, les sources sont fixes de ChatGPT-3. Mais on ne connait pas l’étendue, ni la nature, ni la propriété des sources de GPT-4. Et les sources de GPT-3 ne sont pas multilingues. Les sources de GPT-3 sont en anglais.»

Toutefois, selon Philippe Blouin, il faut aller au-delà des défis réels posés par ChatGPT. «Il ne faut pas être craintif de l’intelligence artificielle. Le Canada est bien positionné avec ses projets de loi à l’heure actuelle pour encadrer, mais il faut rester vigilant». Pour lui, «il y a une connaissance de la langue qui peut être enseignée via ces outils-là».

Francis Langevin recommande qu’il «faut réadapter les outils d’apprentissage si on veut l’utiliser comme un robot de la classe. Le talent de l’humain sera de configurer l’appareil pour qu’il rende des réponses satisfaisantes, donc de connaitre l’architecture». Enfin, «il faut traiter les sources comme celles générées par l’intelligence artificielle, non pas comme une source, mais un artéfact».

Les députés ont adopté rapidement les 20 derniers articles du projet de loi C-13 sur les langues officielles en séance le 31 mars, grâce à des amendements passés en accord avec le gouvernement du Québec. Une adoption rapide, qui a permis de clore l’examen du texte en comité et de le renvoyer devant la Chambre des Communes pour une troisième lecture.

Le député Joël Godin et ses collègues conservateurs ont voté avec les trois autres partis les amendements passés en accord entre le Québec et le gouvernement fédéral du Canada, sur les entreprises privées de compétence fédérale.

Photo : Courtoisie

Le conservateur Joël Godin a souligné l’accord entre le gouvernement fédéral et Québec en comité : «Nous avons reçu 11 amendements hier soir de la part du gouvernement. […] je suis obligé de dire que je fais confiance au gouvernement du Québec beaucoup plus qu’au gouvernement du Canada.»

Selon le député, ce renvoi en Chambre tient principalement aux partis d’opposition qui ont obligé le gouvernement fédéral à «fléchir un peu les genoux».

Sa réflexion fait référence à la tentative de dépôt des libéraux d’un premier amendement d’une série visant à ajouter de nouvelles dispositions à la Loi sur l’usage du français au sein des entreprises privées de compétence fédérale. Cette Loi fait partie de C-13.

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Deux avancées pour les francophones minoritaires…

Lors de cette séance du 31 mars, le NPD et les libéraux ont chacun fait adopter à l’unanimité un amendement en faveur des francophones minoritaires au Canada.

Niki Ashton, seule membre du NPD, a ainsi donné «plus de pouvoirs» et a «renforcé le travail très important que fait le Commissaire aux langues officielles», sans lire son amendement, voté à l’unanimité. Le public n’a donc aucune idée de ce que le NPD propose, si ce n’est qu’il s’agit d’une modification du (long) article 36 du projet de loi.

De leur côté, les libéraux ont proposé que le projet de loi soit examiné sur les dix premières années suivant son entrée en vigueur, avec l’angle de «l’épanouissement des minorités francophones et anglophones» et de «la protection et de la promotion du français au Canada».

Si le projet de loi est adopté, les indicateurs culturels et éducatifs «depuis la petite enfance jusqu’aux études postsecondaires» reliés à, entre autres, la santé et la justice, devront être pris en compte. Tout comme la langue maternelle parlée et le taux d’anglicisation et de francisation.

et plusieurs pertes

Néanmoins, des tentatives avortées de faire avancer la cause francophone au pays ont aussi été enregistrées. Les conservateurs avaient notamment proposé un amendement pour que la loi prenne en compte des faits survenus après le dépôt d’une plainte auprès du commissaire aux langues officielles, «notamment ceux permettant d’évaluer le bienfondé de la plainte et le caractère convenable et juste de la réparation à accorder».

Une nécessité, selon le député Godin, pour accélérer le processus de plainte, qui permettrait «aux francophones de perdre moins de temps» et «d’éliminer certaines batailles juridiques», citant au passage celle de la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique (FFCB).

À lire aussi : Le fédéral convoque les francophones en Cour suprême : le désaveu de Ginette Petitpas Taylor

Toujours pour soutenir les causes britannocolombiennes, les conservateurs ont vu leurs espoirs douchés de conditionner la «vitalité institutionnelle de la minorité francophone de la région» à la présence d’un établissement d’enseignement public primaire ou secondaire ou «d’autres institutions appartenant à cette minorité».

Une référence à l’effort colossal déployé par la province pendant des années pour assurer des écoles francophones dans la province.

À lire aussi : L’arrêt de la Cour suprême en faveur des francophones de Colombie-Britannique, un an plus tard

Les conservateurs et le Bloc québécois ont aussi, sans succès, tenté d’inscrire dans la future loi la capacité de parler français pour les postes de gouverneur général du Canada et de lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick.

Les propositions conservatrices et bloquistes ont toutefois été sanctionnées d’irrecevabilité, car de telles nominations à de tels postes relèvent des pouvoirs royaux protégés par la Loi constitutionnelle de 1982, que les parlementaires ne peuvent modifier.

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La ministre Ginette Petitpas Taylor avait déclaré plusieurs fois qu’elle aimerait voir inscrite la sanction royale sur son projet de loi avant Noël 2022, puis, passé cette date, avant l’été 2023.

Photo : Inès Lombardo – Francopresse

Le député anglo-québécois Housefather seul sur les banquettes libérales

Fait marquant au cours de cette séance : au moment de voter les amendements que Québec a négocié avec les libéraux, le député libéral Anthony Housefather a tenté de faire passer trois amendements pour assurer les droits de la minorité anglophone au Québec.

Ces modifications concernaient le droit des travailleurs anglophones au sein des entreprises privées de compétence fédérale, pour créer des «droits égaux», a plaidé l’élu.

À trois reprises, ses propositions ont été rejetées par les libéraux, les conservateurs, le Bloc et le NPD.

Le député avait fait les manchettes en février dernier avec Marc Garneau, qui a depuis démissionné du caucus libéral, et Emmanuella Lambropoulos, qui avait affirmé — à tort — que l’adoption de la loi 96 au Québec avait eu des conséquences négatives pour les anglophones. Les trois députés avaient catégoriquement refusé toute tentative du Bloc québécois de faire référence à la Charte de la langue française dans le projet de loi C-13.

À lire aussi : Des divisions au détriment des francophones

Après son examen à la Chambre des Communes pour une troisième lecture, le projet de loi C-13 ira au Sénat, avant de recevoir la sanction royale que beaucoup dans la francophonie canadienne espèrent voir avant la fin de la session parlementaire, le 23 juin prochain.

Exerçant actuellement à Yellowknife, Dre Michelle Tuma est la vétérinaire spécialiste du Nord pour l’organisation Vétérinaires sans frontières (VSF).

Passionnée par les soins vétérinaires en région nordique, la femme s’est d’abord associée à VSF en 2018 lorsqu’on lui a demandé de faire une présentation à propos de son travail dans les communautés éloignées et de ses efforts pour offrir une sensibilisation communautaire.

Du 7 au 24 mars, Dre Michelle Tuma et son équipe se sont déplacées au Nunavut dans le cadre de leurs cliniques mobiles annuelles.

S’étant d’abord arrêtée à Kimmirut, l’équipe s’est ensuite déplacée vers Qikiqtarjuaq et Igloolik, permettant à de nombreux animaux de recevoir différents types de soins.

Consultez le site du Nunavoix

Un patient de la clinique mobile à Kimmirut.

Photo : Vétérinaires sans frontières

Créer des partenariats

En plus d’offrir des rendez-vous de routine et de la vaccination, les cliniques mobiles offertes cette année auront également permis de réaliser des opérations chirurgicales telles que des stérilisations.

Depuis 2019, l’organisation VSF offre des cliniques au Nunavut et a, entre autres, visité les communautés de Gjoa Haven, Taloyoak et Kugluktuk.

«VSF ne choisit pas les communautés, les communautés nous choisissent. Les partenariats communautaires sont établis après qu’un intérêt pour une clinique a été suscité, et nous travaillons fort pour créer un programme durable pour nos partenaires communautaires qui va au-delà d’une simple clinique temporaire annuelle ; bien que ces cliniques soient encore très importantes», affirme Dre Michelle Tuma.

Une fois qu’un partenariat a été établi, un engagement est pris entre VSF et la communauté. L’organisation s’engage alors à visiter la communauté chaque année pour des cliniques vétérinaires mobiles et à lui fournir toutes les autres ressources requises.

VSF est en voie de s’associer à douze communautés pour l’année en cours. Ces collectivités se trouvent dans les Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut.

Un accès qui demeure difficile

L’accès limité aux soins vétérinaires n’est pas nouveau dans les territoires du Canada : «Il y a toujours eu une pénurie de vétérinaires présents dans les Territoires du Nord-Ouest et au Nunavut. Les cliniques vétérinaires à but lucratif à service complet ne sont durables que dans les grands centres-villes, laissant toutes les communautés éloignées sans accès aux soins vétérinaires», indique Dre Michelle Tuma.

De nombreux obstacles et défis empêchent toutes les communautés d’avoir accès à des soins vétérinaires, mais VSF espère élaborer des programmes qui permettront aux résidents de diverses communautés de s’impliquer dans les soins aux animaux de leur localité.

Lydia Clayburn est bénévole avec l’organisation Vétérinaires sans frontières.

Photo : Vétérinaires sans frontières

Ces programmes comprennent un programme de travailleurs communautaires en santé animale ainsi qu’un programme de télémédecine, permettant d’accéder à des soins même lorsqu’un vétérinaire n’est pas présent physiquement dans la communauté.

Un programme de récompenses pour les résidents du Nord a aussi été lancé, comprenant des bourses d’études vétérinaires, des bourses liées à la santé animale et des cours de premiers soins pour animaux de compagnie.

«La réduction des obstacles à l’éducation dans les domaines liés à la santé animale augmentera, espérons-le, le nombre de résidents de la communauté intéressés à poursuivre des carrières liées à la santé animale, ce qui augmentera les connaissances en santé animale dans les communautés, augmentant ainsi l’accès aux soins», conclut Dre Michelle Tuma.

L’Iqaluit Humane Society poursuit son travail

L’Iqaluit Humane Society (IHS) offre aussi des cliniques vétérinaires mobiles gratuites dans des communautés du territoire. L’organisation, qui a récemment acquis un bâtiment pour le convertir en clinique vétérinaire, souhaite néanmoins continuer à offrir des services à l’extérieur d’Iqaluit. 

«Nous pensons que c’est formidable chaque fois que les communautés peuvent avoir accès à des services vétérinaires», exprime Janelle Kennedy, présidente de l’Iqaluit Humane Society.

En juin dernier, l’organisation a réalisé 103 chirurgies en six jours à Iqaluit.

En mai et en octobre 2023, l’IHS visitera respectivement les communautés de Pond Inlet et de Kinngait.

«Nous accordons la priorité aux familles à faible revenu et aux propriétaires d’animaux de compagnie pour nous assurer qu’ils reçoivent d’abord les services gratuits. L’objectif de nos cliniques gratuites est de stériliser pour lutter contre la surpopulation de chiens et de chats, mais nous fournissons également le toilettage, les examens et la vaccination dans nos cliniques; et nous le faisons sans frais pour la communauté», affirme Janelle Kennedy.

Plus sur la francophonie

Le budget fédéral 2023 a réservé une enveloppe de plus d’un milliard de dollars pour ce Plan, qui devrait être déposé avant la fin du mois d’avril.

Ginette Petitpas Taylor est restée mystérieuse sur les détails du prochain Plan d’action pour les langues officielles ou sur d’éventuelles sommes additionnelles. 

Photo : Inès Lombardo — Francopresse

Ce montant met notamment l’accent sur l’accès à l’enseignement des langues officielles en situation minoritaire, à hauteur de 679,2 millions. Le reste est divisé entre l’immigration francophone, les services en français, la justice en français, et les activités culturelles et éducatives.

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Les organismes francophones se disent satisfaits dans l’ensemble. La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) qualifie l’annonce d’une «base solide», tandis que la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF) fait état de «perspectives intéressantes». Les deux organismes précisent que les détails du Plan d’action permettront de voir plus clair.

Si l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC) «reconnait le caractère historique du budget 2023», sa direction souhaite notamment qu’un programme permanent d’appui au postsecondaire soit inscrit dans le Plan d’action.

La ministre des Langues officielles, Ginette Petitpas Taylor, refuse de confirmer de quelle façon la somme de 117 millions réservée notamment pour les organismes communautaires sera divisée. Les détails suivront dans le Plan d’action «qui va arriver sous peu», a-t-elle précisé.

L’enveloppe totale du Plan d’action pour les langues officielles s’élèvera à 3,8 milliards pour les cinq prochaines années. 

À la sortie du caucus libéral mercredi, le ministre fédéral de l’Immigration a affirmé qu’il était «possible» de créer une voie d’immigration économique francophone à part ; une demande des communautés francophones en situation minoritaire et d’experts en immigration francophone.

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«Ma grande préoccupation n’est pas l’habilité du système [Entrée express] de choisir les francophones, le défi pour moi est d’augmenter le nombre de personnes qui sont dans l’inventaire d’IRCC maintenant», a-t-il toutefois rappelé.

Il a précisé qu’il était essentiel pour Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) de recruter des immigrants d’expression française en Afrique, et «ça fera partie de la stratégie d’immigration francophone», selon lui.

Le budget fédéral a accordé 123,2 millions à l’immigration francophone. Une somme «importante pas juste pour créer une nouvelle voie pour les francophones, mais pour les accueillir et les intégrer [et] pour utiliser les programmes qui existent actuellement», selon Sean Fraser.

Budget 2023 et nouvelle voie d’immigration pour les réfugiés après la fermeture de Roxham

Le NPD l’a demandé et l’a obtenu : le crédit de TPS sera doublé cette année, une mesure destinée aux Canadiens les plus démunis. Cette mesure coutera 2,5 milliards et touchera 11 millions de personnes.

De même pour l’enveloppe de 4 milliards sur 7 ans pour le logement autochtone en milieu rural, urbain et nordique et pour la bonification de 7,3 milliards pour les soins de santé dentaires pour les cinq prochaines années.

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Le ministre fédéral de l’Immigration Sean Fraser a assuré qu’une nouvelle voie d’immigration francophone économique était «possible», mais pas avant qu’il n’ait terminé d’évaluer le système Entrée express. 

Photo : Inès Lombardo — Francopresse

Cette nouvelle voie a été annoncée lundi par IRCC, dans le cadre du Projet pilote sur la voie d’accès à la mobilité économique (PVAME). À travers ce programme, un jumelage sera réalisé entre les réfugiés et d’autres personnes déplacées qualifiées et des employeurs canadiens qui font face à une pénurie de main-d’œuvre.

«Cela permet au Canada d’accueillir des personnes vulnérables, tout en permettant aux employeurs canadiens d’avoir accès à un bassin de talents inexploités à partir duquel ils peuvent attirer et retenir des employés possédant les compétences dont ils ont besoin pour contribuer à la croissance de notre économie», a fait valoir IRCC par communiqué. Ce programme acceptera les demandes à partir de cet été.

Cette annonce survient quelques jours après la confirmation de la fermeture de la frontière canado-américaine à l’immigration régulière, effective depuis le 25 mars à la suite d’une entente avec les États-Unis.

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Interrogé par Francopresse sur les conséquences humanitaires que cette décision pourrait avoir, Sean Fraser a répliqué mercredi que c’est l’immigration irrégulière qui «a conduit à une catastrophe humanitaire depuis de nombreuses années. Certaines des tragédies que l’on a vues sont sous l’accord précédent qui était en place».

Selon lui, «il n’y a pas de solution parfaite à l’immigration irrégulière. Dans les négociations de l’entente avec les États-Unis, il y a un nouvel engagement pour qu’on accueille 15 000 personnes». Ces dernières seront accueillies via de nouveaux programmes qui n’ont pas encore été annoncés par IRCC, a affirmé le ministre.

On peut lire dans le budget fédéral que vient de déposer la ministre des Finances, Chrystia Freeland, que «l’accélération de la transition vers la carboneutralité a déclenché une course mondiale pour attirer les investissements à mesure que nos alliés bâtissent leur économie propre».

Et le gouvernement Trudeau n’avait visiblement pas envie d’être largué à l’arrière du peloton.

Ottawa prévoit investir pas moins de 80 milliards de dollars sur 10 ans pour inciter les entreprises établies en sol canadien à développer des technologies vertes et de l’énergie à faible émission de carbone.

Le gouvernement actuel souhaite faire du Canada une superpuissance énergétique et doubler, voire tripler, la capacité de production d’électricité au pays d’ici 2050 pour répondre aux besoins des industries de pointe qui chercheront encore davantage à réduire leur empreinte carbone.

Des entreprises dans des secteurs cibles, comme l’extraction de minéraux critiques, la filière des batteries ou de leurs composantes et l’industrie automobile, profiteront ainsi de conditions financières privilégiées pour se développer.

Pour parvenir à cette transformation du tissu industriel canadien, le gouvernement offrira surtout des crédits d’impôt et du financement avantageux, notamment par l’entremise de la Banque de l’infrastructure du Canada.

Outre la tarification du carbone, les Libéraux souhaitent éviter de réguler trop étroitement le marché. Ils veulent aussi éviter les subventions directes, quoique le gouvernement a déjà montré sa souplesse en ce sens avec l’implantation de la méga-usine de batteries de Volkswagen en Ontario.

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Un coup de barre nécessaire

Il faut dire qu’un coup de barre s’imposait en raison de la pression venue du sud de la frontière.

Le gouvernement Trudeau a beau s’en défendre, la Reduction Inflation Act, loi phare de l’Administration Biden adoptée à l’été 2022 qui prévoit subventionner les technologies vertes à hauteur de 370 milliards de dollars américains au cours des 10 prochaines années, risquait de faire pencher la balance en faveur des États-Unis quand viendrait le temps pour les entreprises de choisir où investir.

Dans un contexte géopolitique incertain, où la mondialisation se transforme sous nos yeux et où les puissances occidentales cherchent à rapatrier leurs chaines de production névralgiques plus près de chez elles (et plus loin de la Chine!), il n’est pas étonnant de voir le Canada emboiter le pas aux États-Unis.

L’autre facteur, c’est qu’au rythme actuel, le Canada est loin d’être sûr d’atteindre ses objectifs climatiques à long terme.

Malgré un rapport encourageant à cet effet publié par le ministère de l’Environnement en début d’année, le Canada continue d’avoir une empreinte carbone insoutenable, près de dix fois plus élevée que le niveau nécessaire pour limiter l’augmentation de la température du globe à 1,5 °C.

En misant sur la production d’énergie propre et les technologies vertes, le gouvernement fait le pari du technosolutionnisme. Tout va très bien, Madame la Marquise. Pas besoin de changer nos habitudes de vie, on aura tous une voiture électrique, on enfouira tout ce carbone, et puis hop, le problème sera réglé.

Si la solution proposée par le gouvernement est séduisante dans une optique économique à court et moyen terme, elle ne garantit pas que le Canada réussira à faire sa juste part dans la lutte aux changements climatiques.

— David Dagenais, chroniqueur - Francopresse

Il n’est pas certain non plus qu’elle ait l’effet voulu. Pour profiter de crédits d’impôt, des entreprises doivent être prêtes à investir ici, et l’attrait du géant américain restera certainement fort.

Néanmoins il faut reconnaitre qu’il y a longtemps que le Canada ne s’était pas doté d’une politique industrielle digne de ce nom. Et si le gouvernement fédéral souhaite à terme se défaire de sa dépendance financière aux énergies fossiles, le développement des technologies vertes constitue probablement un pas dans la bonne direction.

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Des finances publiques déficitaires, mais viables

Les finances publiques se sont détériorées depuis la dernière mise à jour économique du gouvernement à l’automne. On y prévoyait un déficit d’un peu plus de 30 milliards de dollars pour l’exercice financier de 2023-2024. Six mois plus tard, le déficit prévu atteint maintenant 40 milliards de dollars.

Cette dégradation des comptes publics s’explique entre autres par quelques nouvelles dépenses, dont les 7,3 milliards de dollars ajoutés au nouveau régime canadien de soins dentaires. Ce programme est au cœur de l’entente entre les Libéraux et le NPD et devrait garantir au gouvernement Trudeau l’adoption de son budget aux Communes.

Il y a aussi quelques mesures ciblées, telle la bonification du crédit de TPS pour aider les contribuables les plus pauvres à boucler leurs fins de mois, qui coutera 2,5 milliards de dollars au gouvernement cette année.

Il faut ajouter à cela l’incertitude économique qui continue de peser lourd dans les comptes du gouvernement. L’augmentation des taux d’intérêt se répercute sur les paiements de la dette, et la croissance anémique prévue en 2023 (à peine 0,3% du produit intérieur brut [PIB]) limitera les revenus.

Pour compenser ces dépenses et ces baisses de revenus, le gouvernement Trudeau fera des compressions dans la fonction publique, qui était en croissance continue depuis son arrivée au pouvoir. Malgré cela, sa marge de manœuvre sera plus mince qu’il y a quelques mois.

Même si le gouvernement ne prévoit plus revenir à l’équilibre budgétaire dans un avenir prévisible, le déficit reste soutenable par rapport à la taille de l’économie canadienne.

— David Dagenais, chroniqueur - Francopresse

Un déficit prévu équivalent à 1,5% du PIB en 2023 reste enviable. Par exemple, les spécialistes prévoient que le déficit sera de 5,3% du PIB aux États-Unis et de 5,1% du PIB au Royaume-Uni en 2023.

L’inflation est en voie de se résorber et aucun analyste ne s’attend à ce que les banques centrales conservent des taux directeurs élevés au-delà de 2023.

La situation économique du gouvernement canadien devrait donc s’améliorer dans les années à venir, mais aujourd’hui sa marge de manœuvre est certainement réduite.

Notice biographique

David Dagenais est journaliste économique indépendant et entrepreneur. Auparavant, il a été journaliste à Radio-Canada après avoir terminé des études supérieures en économie politique à l’Université du Québec à Montréal et à l’Université d’Ottawa.

En quoi consiste le régime des retraites en France?

Le système des retraites en France est un legs de la Seconde Guerre mondiale.

En 1945, la France a mis en place la Sécurité sociale et, dans ce cadre, un régime d’assurance vieillesse.

À cette époque, l’âge légal de la retraite était de 65 ans, mais il a été abaissé à 60 ans en 1983.

Le système français de retraite par répartition repose sur la solidarité intergénérationnelle. On peut le qualifier à la fois de régime juste, a priori égalitaire et relativement généreux mettant de l’avant le bien commun. En 1956, le gouvernement français a également mis en place un minimum vieillesse.

Le principe de solidarité intergénérationnelle signifie que les cotisations au régime d’assurance vieillesse versées par les travailleurs actifs servent à payer les retraites des personnes inactives.

Or, si en 1950 il y avait 4 actifs pour 1 retraité, en 2020 il y avait moins de 3 actifs pour 1 retraité. Selon les prévisions de l’OCDE, ce rapport s’établira à 1,8 pour 1 en 2050. Autant dire aujourd’hui, puisque le système repose sur une logique intergénérationnelle.

En 1991, un livre blanc fort important a mis en lumière l’incidence des changements démographiques à venir sur ce système basé sur le principe de répartition. De là découle une première réforme, en 1993, qui fait passer la durée de cotisation pour obtenir une retraite pleine de 37,5 ans à 40 ans.

Cependant, cette réforme ne touchait pas au problème épineux des régimes spéciaux, qui se comptent par dizaines en France.

Ces régimes spéciaux visent notamment certaines catégories professionnelles, telles que les cheminots de la Société nationale des chemins de fer français, les employés de la société Électricité de France et de la Régie autonome des transports parisiens, et les élus.

D’autres réformes ont suivi, comme celle de 2010, qui a reculé à nouveau l’âge de la retraite pour la fixer à 62 ans.

Chaque fois qu’un gouvernement a tenté de modifier en profondeur l’assurance vieillesse afin d’harmoniser les différents régimes et de maintenir le financement du système, la fronde s’est organisée, et les grèves ont habituellement eu raison des grandes ambitions de réforme.

Autrement dit, depuis trois décennies, les gouvernements successifs n’ont pu faire que des réformettes.

Que propose la réforme actuelle?

Depuis sa première élection à la magistrature suprême en 2017, le président Macron s’attèle à une nouvelle réforme qui permettrait de répondre aux besoins du régime.

Sa proposition consiste principalement à faire passer l’âge légal de la retraite de 62 à 64 ans et la durée de cotisation à 43 années. Non pas pour embêter les Français, mais tout simplement parce que la réalité démographique fait en sorte que la pérennité du régime est en jeu à terme.

De la part des syndicats, des manifestants et de la majorité des Français opposés à cette réforme, il y a donc un déni flagrant de la réalité.

La France n’a certainement pas le meilleur système au monde, mais quand on se compare, on se console.

Le système français correspond, régimes spéciaux mis à part, à l’idéal républicain d’égalité et de fraternité. Il mutualise le risque vieillesse. Il réduit considérablement la pauvreté des personnes âgées (4,1% des plus de 75 ans ont un revenu inférieur à 50% de la médiane nationale par comparaison à 16,2% dans les autres pays de l’OCDE).

Il est à bien des égards à l’opposé du régime de pensions du Canada qui repose largement sur un principe de capitalisation individuelle selon lequel plus on est riche, plus on peut mettre de l’argent dans ses REER pour se faire une retraite dorée.

Le régime de base de pensions du Canada permet à peine de vivre au-dessus du seuil de pauvreté, le montant mensuel de la pension de la Sécurité de la vieillesse en 2023 étant de 687,56 $ pour les 65 à 74 ans et de 756,32 $ pour les 75 ans et plus; en France le minimum vieillesse au 1er janvier 2022 était de 916,78 € (soit environ 1 353 $ CA).

Par ailleurs, le Canada ne prend pas en compte le fait d’avoir eu des enfants dans le calcul de la retraite, alors qu’en France, huit trimestres (soit deux ans) de cotisation sont octroyés pour chaque enfant.

Enfin, la plupart des pays de l’OCDE ont un âge de départ à la retraite qui s’établit à 65 ans, voire 67 ans. Il ne semble donc pas complètement aberrant de travailler jusqu’à 64 ans pour conserver un régime qui fait l’envie de plusieurs.

L’impasse démocratique

Cela étant dit, vu ce que ce système représente dans l’imaginaire des Français, une réforme comme celle souhaitée par l’exécutif français exige l’adhésion d’une majorité de la population.

Force est de constater que ce n’est pas le cas.

Il aurait fallu que le gouvernement fasse preuve d’un effort pédagogique soutenu pour convaincre la population française du bienfondé de cette réforme, et notamment du recul de l’âge de départ à la retraite.

On le sait, le président Macron a été «mal élu». Il n’est pas le pire, mais en aucun cas, il n’a recueilli un large appui parmi l’électorat. Son gouvernement est minoritaire à l’Assemblée nationale.

Il aurait donc fallu que Macron prenne le temps de bâtir un consensus politique.

Alors soit, le gouvernement Borne a bien tenté de créer ce consensus, mais il n’est pas facile dans un parlement où rivalisent les discours populistes de trouver des élus qui pensent encore à l’intérêt général.

L’utilisation de l’article 49.3 (qui, pour faire court, permet l’adoption d’un projet de loi sauf si une motion de censure est déposée puis adoptée à la majorité) est une faute politique dont le gouvernement et le président ne se remettront pas.

Mais surtout, le recours à cet article vient enfoncer un peu plus le clou dans le cercueil de la démocratie française, déjà bien malade.

Les Français aiment manifester. C’est un droit sacrosaint dans ce pays depuis 1789, et tant mieux.

Néanmoins, on ne peut que désavouer les saccages de bâtiments publics, les feux de poubelles, les dégradations, tout comme il faut condamner l’usage excessif des forces de maintien de l’ordre.

La sortie d’Emmanuel Macron sur la foule était plus que maladroite et déplacée.

En revanche, oui, il y a danger quand le peuple, le corps citoyen, se transforme en foule. Mais justement, c’est parce que la France n’a jamais été aussi proche du renversement de sa démocratie qu’il est du devoir des responsables politiques de ne pas jeter de l’huile sur le feu et de montrer l’exemple.

Ni Macron ni les partis d’opposition ne semblent comprendre l’urgence qu’il y a à ramener l’ordre, mais surtout à réparer la démocratie, à recréer du lien social, à rebâtir la confiance entre les citoyens et leurs élus.

Le climat délétère qui sévit actuellement est extrêmement inquiétant et on peine de plus en plus à voir comment la France évitera l’arrivée des forces néofascistes au pouvoir lors des prochaines élections.

Notice biographique

Aurélie Lacassagne est politicologue de formation et doyenne des facultés de Sciences humaines et de Philosophie de l’Université Saint-Paul à Ottawa. Elle est membre du Comité de gouvernance du partenariat Voies vers la prospérité.