Les plans d’action quinquennaux pour les langues officielles sont le principal moyen du gouvernement fédéral pour définir ses priorités en la matière et mettre en place des outils et des programmes en vue d’appuyer la vitalité des communautés francophones en ciblant de multiples secteurs, dont l’éducation, l’immigration, la petite enfance, la justice, la santé, la culture, le développement économique, etc.
Depuis la publication du dernier plan quinquennal en 2018, le gouvernement a entrepris un travail de fond en matière de langues officielles dans le contexte de la modernisation de la Loi sur les langues officielles. D’importants besoins dans des secteurs-clés à la vitalité des communautés francophones ont ainsi été mis en lumière.
Les attentes étaient donc élevées à l’égard du plan de la ministre Petitpas Taylor. Une reconduction des sommes précédentes aurait été loin d’être suffisante.
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Un investissement inégalé
Le nouveau plan d’action 2023-2028 prévoit un financement total de 4,1 milliards de dollars sur cinq ans, dont 1,4 milliard de nouveaux fonds.
Dans l’histoire du pays, il s’agit de l’investissement le plus important jamais consenti par le gouvernement fédéral pour les langues officielles, et ce, même en tenant compte de l’inflation.
Le record précédent à cet effet remontait au premier plan d’action pour les langues officielles 2003-2008, élaboré par Stéphane Dion, alors ministre dans le gouvernement libéral de Jean Chrétien.
Avant la publication du premier plan, en 2003, les dépenses quinquennales du gouvernement fédéral pour les langues officielles s’élevaient à environ 1,1 milliard de dollars. Cette somme a été bonifiée de 800 millions pour atteindre 1,9 milliard pour la période de 2003 à 2008.
Sous le gouvernement conservateur de Stephen Harper, les nouveaux investissements ont été beaucoup plus limités. Après une augmentation de 300 millions de dollars dans la Feuille de route 2008-2013, il n’y a eu qu’une reconduction des fonds dans celle de 2013-2018.
Après 10 ans de stagnation sous les conservateurs, les libéraux, de retour au pouvoir, ont cherché à rompre avec le gouvernement précédent en injectant 500 millions de dollars supplémentaires au plan d’action 2018-2023.
Une réforme qui n’est pas seulement législative
Le montant du financement cette année marquera certes l’histoire, mais le contexte dans lequel s’inscrit le lancement du plan restera aussi dans les annales.
Le Comité permanent des langues officielles a mené l’étude du projet de loi C-13 visant à moderniser la Loi sur les langues officielles. Le texte fera l’objet sous peu d’un vote en troisième lecture à la Chambre des communes.
Or, même si le volet législatif a fait couler beaucoup d’encre, la réforme des langues officielles à Ottawa n’est pas que législative. Elle doit s’accompagner d’actions concrètes pour protéger le français au Canada et appuyer la vitalité des communautés francophones.
Le guide de discussion qui a servi aux consultations pancanadiennes sur les langues officielles en 2022 soulignait d’ailleurs que la modernisation de la loi et la présentation du nouveau plan d’action «vont de pair et font partie d’un continuum».
Le tout s’inscrit dans un contexte où le gouvernement canadien a reconnu, dans le discours du Trône de septembre 2020, la situation particulière du français au pays. Bien que l’on ait deux langues officielles, c’est le français qui est dans une situation précaire et le gouvernement reconnait sa responsabilité «de protéger et de promouvoir le français non seulement à l’extérieur du Québec, mais également au Québec».
Vers une politique en immigration francophone à caractère réparateur
Cet engagement à protéger le français se reflète dans le contenu du plan d’action. Par exemple, par rapport au pilier sur l’immigration francophone, le premier ministre Trudeau a affirmé que l’objectif est le «rétablissement démographique des francophones au Canada».
Les données du recensement de 2021 ont montré que le poids démographique des francophones à l’extérieur du Québec poursuit son déclin, une tendance lourde observée depuis une cinquantaine d’années.
Rappelons que le Commissariat aux langues officielles a montré que la cible actuelle de 4,4 % en matière d’immigration francophone, atteinte pour la première fois en 2022, est largement insuffisante pour maintenir, et encore moins accroitre, le poids démographique des francophones.
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Reste à voir les mesures concrètes qui seront mises en place pour atteindre un objectif très ambitieux à caractère réparateur concernant le poids démographique des francophones.
Pour ce faire, le plan d’action prévoit un financement total de 221,5 millions de dollars sur cinq à Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, dont 137,2 millions de nouveaux fonds.
L’ombre au tableau : le financement du postsecondaire
Malgré d’importantes avancées à noter, le principal point faible du plan d’action 2023-2028 est l’appui insuffisant prévu pour les établissements d’enseignement postsecondaire.
Le contenu du plan n’est pas à la hauteur des attentes pour ce secteur, et les libéraux n’ont qu’eux-mêmes à blâmer pour avoir rompu une promesse électorale.
De prime abord, les investissements de 128 millions de dollars sur quatre ans en appui au secteur peuvent paraitre importants, mais ils sont bien en dessous de ce que les libéraux avaient promis lors de la campagne électorale de 2021.
Dans leur plateforme, ils s’étaient engagés à octroyer un financement permanent de 80 millions de dollars par année aux établissements d’enseignement postsecondaire dans les communautés de langue officielle en situation minoritaire. Cela représente 400 millions de dollars sur cinq ans, une somme de largement supérieure à ce qui a finalement été annoncé.
Les États généraux sur le postsecondaire en contexte francophone minoritaire ont pourtant fait la preuve que les besoins dans le secteur sont réels et que les montants promis auraient été de l’argent bien investi.
NOTICE BIOGRAPHIQUE
Guillaume Deschênes-Thériault est doctorant en science politique à l’Université d’Ottawa. Il détient un baccalauréat de l’Université de Moncton et une maitrise de l’Université d’Ottawa. Dans le cadre de ses recherches, il s’intéresse aux communautés francophones en situation minoritaire, avec un intérêt particulier pour l’enjeu de l’immigration. Depuis mai 2021, il est conseiller à la municipalité de Kedgwick au Nouveau-Brunswick.
Une énergie contagieuse, des mots qui sonnent vrai
Le groupe de musique acadien Les Gars du Nord propose un nouvel opus, Les fils du Père.
Le groupe de musique acadien Les Gars du Nord nous propose un nouvel opus, Les fils du Père. L’album met en vedette les voix puissantes de Danny Boudreau, Wilfred LeBouthillier et Maxime McGraw, accompagnés de musiciens talentueux.
Le disque à l’énergie contagieuse est réalisé par le duo Jean-Frédéric Lizotte et Wilfred LeBouthillier. Ce dernier a coécrit les musiques et les textes avec Danny Boudreau, l’un des meilleurs auteurs-compositeurs de l’Acadie.
Les textes travaillés nous transportent dans l’univers de la mer et des souvenirs ; ils nous parlent du quotidien des pêcheurs d’antan.
De la musique bretonne au country, en passant par le bluegrass, nous sommes emportés dans un univers puissant, aux influences acadiennes et celtiques.
Dès les premières notes, Les hardes cirées nous invitent à chanter en chœur avec Les Gars du Nord.
La magie opère à l’écoute de Je m’en souviens, une belle valse country dans laquelle le trio vocal chante en chœur. Le meilleur texte est sans aucun doute Le bar des naufragés, une autre excellente valse. L’album se termine par l’extrait Adieu, une interprétation à capella, suivie d’une musique instrumentale endiablée.
Des mots lourds avec un brin d’espoir
Marc Antoine Joly, dit Joly, est un guitariste et auteur-compositeur-interprète franco-ontarien.
Membre de plusieurs formations rocks, le guitariste et auteur-compositeur-interprète Marc Antoine Joly, dit Joly, présente un premier opus en solo. Deuil est musicalement puissant et profond.
Ce disque concept parle de santé mentale, de perte de repères et de vide soudain. Une intro instrumentale précède chaque chanson, installant une émotion propice à l’écoute des paroles. Ce procédé intéressant amène souvent de belles petites trouvailles musicales.
Au niveau de la plume, Joly réussit à livrer des textes profonds et touchants sur la santé mentale et les blessures intérieures, tout en gardant une lueur d’espoir. Des jeux de guitares solides accompagnent la voix singulière et envoutante de l’artiste franco-ontarien.
Quelques chansons m’ont énormément touché, entre autres Rêve d’enfant. Quelle que soit la situation, ce morceau nous rappelle qu’il est important de s’accrocher à ses rêves.
Dans Les murs saignent, la pièce maitresse de l’album, les fondations d’une maison abimée évoquent les blessures de l’intérieur. Il s’agit d’un crescendo d’une immense intensité.
Tu t’en fous, l’un des succès du disque, a des sonorités plus folks aux couleurs rocks. On y remarque la puissante voix de Céleste Lévis dans le refrain.
Souvenir d’une dualité de styles et de mots
Pochette de l’album Le détroit, de l’artiste franco-albertain Paul Cournoyer.
Il y a quatre ans, l’auteur-compositeur-interprète franco-albertain Paul Cournoyer nous offrait son album Le détroit. Dans cet opus, l’artiste au timbre de voix tout en retenue, presque un chuchotement, livre une dizaine de chansons, fruit d’une plume remplie de tendresse et d’espoir.
Les mélodies captivantes, parfois folks, parfois pop, tantôt guitare, tantôt piano, s’enchainent parfaitement du début à la fin. Pièce après pièce, des paroles poétiques et engagées nous interpellent.
Sale serpent, qui prend sa force dans la puissance d’un solide riff de guitare, est l’un de mes coups de cœur. Il s’agit d’un superbe texte sur ceux qui sont en faveur du pétrole brut, ceux pour qui la planète vaut moins que les revenus tirés de l’exploitation de l’or noir.
S’il y a une chanson qui a tout d’un succès radio, c’est bel et bien Fou. Le ver d’oreille est garanti avec le riff très pop et la mélodie accrocheuse, qui ne manquera pas de tourner en boucle dans toutes les têtes.
J’adore Le vent, les champs pour son beau crescendo, qui passe aisément d’un folk doux à une pop rock très rythmique. La pièce titre, Le détroit, vaut également le coup d’être écoutée pour la profondeur du texte et l’émotion de l’interprétation.
Marc Lalonde, dit Lalonde des ondes, est chroniqueur musical depuis plus de 25 ans au sein de la francophonie musicale canadienne et animateur de l’émission radiophonique Can-Rock. Il se fait un malin plaisir de partager cette richesse dans 16 stations de radio à travers le pays chaque semaine.
Professeur adjoint à l’École des sciences infirmières (ÉSI) de la Faculté des sciences de la santé de l’Université d’Ottawa et directeur du LESA, Idrissa Boego espère pouvoir faire avancer la recherche sur les soins de longue durée ethnospécifiques.
Une collaboration entre le Centre interdisciplinaire pour la santé des Noir.e.s et la Faculté des sciences de la santé de l’établissement a permis la création de ce laboratoire visant à améliorer la santé des personnes âgées. La recherche portera sur les soins de longue durée ethnospécifiques à domicile et en établissement.
«L’initiative mettra l’accent sur l’équité en matière de santé en veillant à ce que les interventions soient adaptées aux besoins spécifiques des groupes les plus vulnérables, notamment les personnes ainées défavorisées, autochtones, issues de la diversité et LGBTQ+», peut-on lire dans le communiqué de presse de l’Université d’Ottawa.
«Les conditions de vie en résidence ne se prêtent pas bien à ces minorités qui sont issues d’une culture différente», observe Idrissa Boego, professeur adjoint à l’École des sciences infirmières (ÉSI) de la Faculté des sciences de la santé de l’Université d’Ottawa et directeur du LESA.
«L’alimentation, ce n’est pas évident, dit-il. Manger des patates pilées tout le temps pour quelqu’un qui, dans sa vie active, mangeait [autrement]. C’est un peu la même chose pour les minorités arabes qui sont musulmanes. Comment pratiquer ses prières quotidiennes? Ils ne mangent pas de porc, comment s’assurer que dans les repas il n’y a pas de porc?»
«En réalité, même les personnes âgées blanches en ont marre de ce qu’on leur sert.»
La francophonie sous la loupe
Bien que le LESA ne se concentre pas exclusivement sur les francophones en situation minoritaire, Idrissa Boego compte bien se pencher sur leurs besoins particuliers. «[Après avoir] fait un tour à Winnipeg, raconte-t-il. J’ai compris à ce moment-là combien c’était difficile de vivre en tant que francophone dans cet océan anglophone.»
Pour Jean-Luc Racine, directeur général de la Fédération des ainées et ainés francophones du Canada (FAAFC), les services de santé doivent tenir compte de l’origine culturelle des patients.
Pour Jean-Luc Racine, directeur général de la Fédération des ainées et ainés francophones du Canada (FAAFC), le lancement du LESA est une «excellente nouvelle».
«On n’a pas toujours les services dont on aurait besoin, explique-t-il. Souvent [les ainés] vivent en français dans nos communautés et dès qu’ils tombent malades, ils sont souvent expatriés de leurs communautés. Ils s’en vont dans des résidences pour ainés avec soins, avec aucune considération par rapport à la langue.»
Il ajoute que pour certains groupes minoritaires, «il y a un choc culturel par rapport aux services. Par exemple, […] certains ne comprennent pas qu’on puisse “placer” les ainés dans des résidences. Pour eux, c’est à domicile que ça se fait.»
«Il faut adapter les services de santé pour tenir compte de cette dimension culturelle qu’on néglige parfois dans le système de santé», ajoute le directeur de la FAAFC. Il espère que la recherche du LESA facilitera cette adaptation.
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Combler un manque
Idrissa Boego identifie des lacunes dans la littérature sur les soins de longue durée et sur les minorités dans ce domaine. «La littérature que nous utilisons vient des États-Unis […] les réalités sont totalement différentes.»
Il espère que ses recherches aideront à éclairer les décideurs politiques. «On peut critiquer les décideurs dans tous les sens, tant qu’ils n’ont pas de résultats dérivants de recherches, c’est difficile de prendre une décision. On ne peut pas se fonder sur la littérature étatsunienne pour prendre des décisions [ici].»
Selon son rapport annuel 2021-2022, le Commissariat aux langues officielles du Nouveau-Brunswick a reçu 104 plaintes jugées recevables entre le 1er avril 2021 et le 31 mars 2022. Parmi elles, 93 concernent le manque de service en français, 11 le manque de service en anglais.
Près de 40 % des plaintes concernaient le domaine de la santé, a assuré la commissaire Shirley Maclean lors d’une audience devant le Comité des langues officielles du Sénat, le 1er mai 2023. Les sénateurs mènent actuellement une étude sur l’offre en santé dans la langue de la minorité, au plus tard jusqu’en octobre 2024. L’étude devrait déboucher sur un rapport final soumis au Sénat.
Au total sur la période du rapport du Commissariat aux langues officielles du Nouveau-Brunswick, 33 plaintes ont visé le secteur, dans une province où 30 % des habitants ont déclaré avoir le français comme première langue parlée selon le recensement 2021.
Des chiffres inquiétants? «Oui, a répondu la commissaire, car beaucoup de personnes ne déposent pas plainte.» Et choisissent parfois, quand ils le peuvent, de continuer en anglais.
La commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick, Shirley Maclean, a défendu la révision tous les 10 ans de la Loi provinciale sur les langues officielles au moment du dépôt du projet de loi 37, qui vise à l’abolir.
Manque de continuité
Pour Shirley Maclean, le plus gros enjeu en matière de santé en français reste le manque de continuité des services pour la population francophone.
«Quand les personnes arrivent à l’hôpital ou à la clinique, selon la Loi sur les langues officielles [provinciale], on a l’obligation de l’offre active des soins dans la langue de leur choix, détaille-t-elle. Souvent, cette offre active manque. Et lorsque le patient accède à un autre niveau de santé, le niveau de service continue de ne pas être là.»
Si le service ne peut être offert dans la langue choisie, l’institution a pour obligation d’assurer la continuité des soins à venir pour le patient avec un plan de contingence. «Ça tombe souvent à côté», déplore Shirley Maclean, en entrevue avec Francopresse.
La commissaire a réitéré plusieurs fois devant le comité sénatorial que les soins de santé devaient être offerts dans une qualité égale, dans les deux langues officielles.
«Au Nouveau-Brunswick, les gens pensent qu’il y a des hôpitaux francophones et des hôpitaux anglophones. Ce n’est pas ça du tout. Dans tous les hôpitaux, les services devraient être offerts dans les deux langues au grand public», a-t-elle insisté.
Les dangers de la traduction technologique
Shirley Maclean a cité un exemple qui a fait réagir plus d’un sénateur : souvent, le personnel de santé a recours à la technologie pour traduire les demandes et la description de la douleur du patient.
Attention aux technologies. Avec ces machines de traduction, le personnel a dit qu’il n’a “pas besoin de parler français”. Ça peut être dangereux, les personnes ont besoin de s’exprimer dans leur langue.
Selon la commissaire, traduire avec la technologie devrait être le dernier recours.
C’est le «comble de la paresse», a commenté la sénatrice franco-ontarienne, Lucie Moncion. La présence de traducteurs dans les hôpitaux ou les cliniques n’est pas prévue pour l’instant au Nouveau-Brunswick, a laissé entendre la commissaire, interrogée à ce sujet.
Le gouvernement Higgs et la santé en français devant la justice
Le comportement du premier ministre de la province Blaine Higgs envers les francophones en matière de santé a également été souligné.
Selon la sénatrice Moncion, ce dernier semblait «ne pas avoir été très ouvert» à une recommandation formulée dans un rapport du Commissariat, qui stipulait que la langue de fonctionnement des régies de santé ne devait pas prendre le pas sur leur obligation de fournir des soins de santé dans les deux langues officielles.
Selon la commissaire Maclean, le gouvernement n’a pas inclus ces recommandations lors du dépôt en mars d’un projet de loi sur la révision de la Loi sur les langues officielles.
L’été dernier, Blaine Higgs avait commis un impair en révoquant les conseils d’administration du réseau de santé anglophone Horizon et de son homologue francophone Vitalité. Des fiduciaires avaient été nommés à leur place, ce qui avait fait bondir les francophones de la province.
Égalité santé en français, une corporation de défense des droits d’accès à des soins de santé en français a entrepris des démarches judiciaires pour faire invalider cette décision.
L’entreprise assure notamment que cette révocation viole la Charte canadienne des droits et libertés et la Loi reconnaissant l’égalité des deux communautés linguistiques officielles au Nouveau-Brunswick. Récemment, les avocats de la province ont tenté de faire retrancher ces accusations.
Plus sur la francophonie
Le Plan d’action pour les langues officielles 2023-2028 a été bonifié de 1,4 milliard de dollars, totalisant 4,1 milliards pour les cinq prochaines années. Même si le milliard de dollars en bonification n’est pas permanent, le gouvernement a assuré la reconduction permanente de 2,67 milliards pour les minorités linguistiques.
La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor a dévoilé son Plan d’action pour les langues officielles le 26 avril 2023 à Ottawa.
L’immigration francophone bénéficie d’un montant supplémentaire de 137,2 millions. Une somme qui vient s’ajouter aux 123,2 millions déjà annoncés dans le budget fédéral 2023, il y a un mois.
Au total, le gouvernement consacre 221,5 millions à l’immigration francophone, en finançant plusieurs initiatives dont le but commun est de rétablir le poids démographique des francophones établis hors Québec.
Le recensement d’aout 2021 avait fait état d’un fort déclin des francophones en situation minoritaire.
Le secteur du postsecondaire en français qui attendait les 80 millions de dollars de financement annuel permanent promis par les libéraux en campagne électorale devra se contenter de 32 millions par année pendant quatre ans.
Le Québec francophone se dit également lésé, alors que l’enveloppe pour soutenir l’anglais au Québec est bonifiée de 137 millions. Une source du gouvernement a affirmé qu’environ 20 % de l’enveloppe totale du Plan d’action devrait être destinés au soutien de la minorité linguistique du Québec.
Un montant mal reçu par le gouvernement du Québec et le chef du Bloc québécois à Ottawa, Yves-François Blanchet, qui a intimé mercredi le gouvernement fédéral d’éviter d’intervenir dans les affaires linguistiques du Québec.
Son porte-parole aux langues officielles Mario Beaulieu a dénoncé par communiqué que «le plan ne présente aucune mesure pour la protection du français au Québec, mais prévoit du financement et des mesures pour renforcer la communauté anglophone du Québec».
Le projet de loi C-13 portant la modernisation de la Loi sur les langues officielles a fait l’objet de débats sur les motions de la part du gouvernement.
Aucun vote n’a encore eu lieu à ce stade, mais le Bloc québécois a indiqué qu’il voterait en faveur du projet de loi, grâce à la reconnaissance de la loi 101. Le Québec n’a toutefois pas obtenu que la loi 101 s’applique aux entreprises de compétence fédérale.
La grève continue et le Canada évacue ses ressortissants au Soudan
Il n’y aura pas d’enquête sur les dons privés reçus par la Fondation Pierre Elliott Trudeau. C’est ce qu’a annoncé lundi le Bureau de la vérificatrice générale du Canada, Karen Hogan, dans une lettre envoyée au conseil d’administration de la Fondation.
La grève de la fonction publique se poursuit depuis 10 jours.
Jeudi, la présidente du Conseil du Trésor Mona Fortier avouait être «frustrée» que les négociations n’avancent pas avec l’Alliance de la Fonction publique du Canada (AFPC), dont 155 000 membres sont en grève depuis plus d’une semaine.
Malgré des «progrès» soulignés par les deux parties, la dernière offre du Conseil du Trésor n’a toujours pas été acceptée. Le gouvernement propose une augmentation salariale annuelle moyenne de 3 % sur trois ans, alors que l’AFPC demande une moyenne de 3 % par année.
Mona Fortier a qualifié les offres syndicales de «déraisonnables et inabordables». Cette dernière s’est fait traiter d’«incompétente» par la partie syndicale, qui l’a invitée à démissionner.
Lundi 24 avril, le ministre des Transports fédéral, Omar Alghabra, a annoncé des changements pour l’indemnisation des voyageurs.
En réponse aux plaintes et à la détresse vécue par des passagers de transports aériens au Canada l’hiver dernier, Ottawa propose des modifications à Loi sur les transports pour rendre l’indemnisation des voyageurs obligatoire et automatique, notamment en supprimant les exemptions qui permettent aux transporteurs aériens de l’éviter.
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Le projet de loi C-47 sur la mise en œuvre du budget contient ces changements qui entreront en vigueur dès son adoption.
Convoquées en comité parlementaire en janvier dernier, les compagnies aériennes avaient toutes convenu que cette situation était «inacceptable». Mi-janvier, l’arriéré de plaintes logées à l’Office des transports du Canada (OTC) s’élevait à plus 33 000 plaintes.
En réponse à la guerre civile qui déchire le pays et a fait des centaines de morts et plusieurs milliers de personnes déplacées, le ministère de l’Immigration a accéléré lundi l’aide aux résidents temporaires soudanais qui sont au Canada.
Le Canada est profondément préoccupé par le bien-être de la population du Soudan. Aujourd'hui, j'ai annoncé que les ressortissants soudanais au Canada pourraient demander à prolonger leur séjour en obtenant gratuitement un permis de travail ou un permis d'études. Détails à venir.
— Sean Fraser (@SeanFraserMP) April 24, 2023
Les ressortissants soudanais pourront demander gratuitement la prolongation de leur statut au Canada et changer de catégorie d’immigration temporaire pour continuer d’étudier, de travailler et d’être auprès de leur famille.
Les citoyens et résidents permanents du Canada au Soudan qui souhaitent partir seront également exonérés des frais de passeport et de titre de voyage pour résident permanent.
L’usine de St. Thomas devrait être opérationnelle en 2027 et pourrait créer jusqu’à 3 000 emplois. Une petite règle de trois permet vite de conclure que chacun de ses présumés emplois coutera un peu plus de 4,5 millions de dollars. Ça fait cher la job… mais il serait réducteur d’analyser cette subvention seulement à la lumière des emplois créés.
Parier sur l’effet structurant
L’objectif du gouvernement fédéral est de créer un maillon clé de la chaine de production des véhicules électriques au pays. Le Canada est déjà un joueur majeur dans l’industrie automobile nord-américaine, mais rien ne garantit que cette position enviable se perpétuera avec l’électrification du secteur.
Les batteries sont la principale composante technologique des véhicules électriques. Le Canada a les ressources nécessaires à la production des cellules de batteries – lithium, graphite, cobalt, etc. –, mais sans une industrie de transformation locale de ces composants, le pays risque de devenir un simple exportateur de matières premières et de passer à côté de la plus-value importante générée par leur transformation.
Plus de 75 % des batteries conçues pour les véhicules électriques dans le monde sont produites en Chine. La domination chinoise sur toute la chaine de production est sans commune mesure.
C’est donc la crainte de devenir une simple succursale minière qui a poussé le gouvernement fédéral à sortir le chéquier. À cette raison s’ajoutait aussi la concurrence créée par les Américains avec leurs subventions à cout de centaines de milliards de dollars au secteur des énergies vertes.
L’Inflation Reduction Act américain adopté à l’été 2022 pose un défi unique au Canada. C’est que les Américains ont prévu de généreuses subventions à la production ; le gouvernement octroie un montant pour chaque éolienne, panneau solaire, voiture électrique qu’une entreprise produit.
Traditionnellement, le gouvernement canadien subventionne les investissements en capitaux ou en recherche et développement des entreprises. Vous voulez construire une usine ou remplacer votre machinerie, vous obtenez un crédit d’impôt.
Ce type de subvention est moins onéreux et plus propice à générer des investissements à long terme, mais leur montant total est bien moins grand que ce qui est prévu dans la loi américaine.
Le gouvernement Trudeau a donc décidé de jouer à armes égales avec Washington et prévoit des subventions à la production pour l’usine de Volkswagen, ce qui fait gonfler la facture.
D’un autre côté, Ottawa a limité ses risques en prévoyant une clause d’arrimage de ses subventions à celles des États-Unis. Si le gouvernement de l’Oncle Sam change et revoit à la baisse le montant de son aide financière, les sommes versées par Ottawa à Volkswagen seront réduites d’autant.
Un jeu risqué
Néanmoins, le jeu est risqué pour le gouvernement fédéral qui allonge l’essentiel de l’argent. Il avance des retombées de 30 000 emplois indirects, des investissements dans l’extraction des matières premières, dans le développement des piles qui composent les batteries ou dans l’assemblage de véhicules, mais rien ne garantit que tous ces investissements se réaliseront.
Vous vous attendriez peut-être à ce que les gouvernements examinent attentivement si les subventions sont rentables avant de distribuer des milliards de dollars à une entreprise privée comme Volkswagen.
Les plus cyniques d’entre vous ne seront pas surpris d’apprendre qu’il n’en est rien.
Le gouvernement ne fournit aucune information à ce sujet. La littérature économique nous met en garde contre ce genre de subvention, mais de s’attarder sur ces questions rationnelles et scientifiques serait mal comprendre la nature de la bête.
Dans les secteurs économiques mondialisés comme l’automobile, non seulement les entreprises magasinent les subventions, mais elles en tiennent compte dans leur cout de production.
Les gouvernements nationaux sont divisés en deux camps : soit ils sont dans le groupe des pays qui peuvent compétitionner pour obtenir l’usine, soit ils sont dans le groupe des pays moins développés qui ne peuvent pas se le permettre.
On peut certainement déplorer cette situation qui donne un pouvoir démesuré aux grandes multinationales, mais c’est un fait.
Ce qui n’empêche pas de se demander si le Canada peut se permettre de jouer ce jeu.
Il y a deux grands joueurs dans le secteur des énergies vertes. La Chine a un avantage concurrentiel évident, avec son gouvernement totalitaire qui dirige ses énormes ressources où bon lui semble et qui fait peu de cas des droits des travailleurs ou de l’environnement.
De l’autre côté, les États-Unis peuvent se permettre de payer la facture à cause du rôle du dollar américain comme devise de réserve. Il n’y a presque aucune conséquence aux déficits budgétaires astronomiques que Washington accumule année après année.
Le Canada n’est pas du même calibre. Le gouvernement fédéral fait cependant le pari qu’il peut compétitionner coup pour coup dans des secteurs précis de l’économie.
Espérons qu’il ait raison, parce que le nombre de subventions de cette ampleur qu’Ottawa peut sortir de sa bourse est limité. Le Canada n’a pas le luxe de manquer son coup dans ce genre de jeu.
David Dagenais est journaliste économique indépendant et entrepreneur. Auparavant, il a été journaliste à Radio-Canada après des études supérieures en économie politique à l’Université du Québec à Montréal et à l’Université d’Ottawa.
À la mi-avril, l’UNICEF faisait état de son inquiétude dans un rapport soulignant qu’au Canada 82,5 % des Canadiens interrogés pensaient que la vaccination était importante contre 90,5 % en 2019, des chiffres comparables à ceux de l’Allemagne, mais une baisse modérée comparée à celle de 13,6 points de pourcentage observés aux États-Unis ou encore de 20,6 points aux Pays-Bas.
Cet effritement de la confiance se retrouve également dans certains pays africains, mais aussi dans les pays riches d’Asie (-33,1 points au Japon par exemple).
On remarque que, c’est heureux, les deux pays les plus peuplés de la planète, voient eux une augmentation de la confiance envers les vaccins : la confiance est passée de 86 à 94,9 % en Chine et de 95,1 à 97,6 % en Inde.
Le rapport de l’UNICEF montre aussi que cette tendance inquiétante est plus marquée chez les moins de 35 ans, ceux qui naturellement sont plus susceptibles d’avoir des enfants qu’il faudrait vacciner.
Comment expliquer cette détérioration?
Les vaccins traditionnels (rougeole-oreillons-rubéole (ROR), diphtérie-tétanos-coqueluche (DTC) et poliomyélite) ont fait les frais des doutes farfelus exprimés à l’encontre des vaccins contre la COVID-19. Il y a eu une libération de la parole délétère antivaccin et beaucoup de confusion.
Si l’on peut comprendre des doutes exprimés sur des vaccins efficaces à 60 ou 70 %, produits très rapidement et sans que l’on soit en mesure d’en connaitre tous les effets à long terme, cela n’a strictement rien de comparable avec les vaccins infantiles utilisés depuis des décennies et dont l’efficacité se situe bien au-delà de 90 %.
La pandémie de COVID a entrainé un déchainement des discours antiscientifique et les médias sociaux avec leurs chambres d’écho ont fait le reste. Ajoutez à cela la montée du populisme et un individualisme postmoderne forcené promouvant l’idée que seule sa personne compte et que toutes les opinions se valent et vous avez tous les ingrédients réunis.
Il y a là une importante leçon à retenir pour les décideurs publics. Plutôt que des injonctions, il aurait fallu beaucoup plus de sensibilisation auprès des citoyens pendant la pandémie. Certains gouvernements ont aussi fait preuve d’antiscience pour défendre leurs mesures prises à la hâte.
Pourquoi l’enjeu est-il important?
Il faut tout d’abord souligner que ces mauvais chiffres sur la confiance vaccinale arrivent au pire moment puisqu’en raison de la pandémie, l’accès aux réseaux de la santé a diminué et que donc la couverture vaccinale a elle aussi baissé.
Dans beaucoup de pays, les services de vaccination ont été mis sur pause, tout comme les grandes campagnes de vaccination dans les pays pauvres.
En juillet 2022, l’OMS et l’UNICEF tiraient déjà la sonnette d’alarme sur le fait que la pandémie était responsable du plus grand recul en 30 ans de la vaccination dans le monde. Ils soulignaient qu’en 2021, 25 millions de nourrissons n’avaient pas reçu les vaccins vitaux.
Le rapport d’avril 2023 de l’UNICEF a actualisé ces chiffres : 67 millions d’enfants ont été privés de leurs vaccins entre 2019 et 2021. La couverture vaccinale a baissé dans 112 pays, y compris au Canada.
Or, si l’on prend le cas de la rougeole, maladie extrêmement contagieuse et mortelle, il faut que 95 personnes dans un groupe de 100 soient vaccinées pour éviter la propagation de la maladie.
Il y a donc un important effort de rattrapage à effectuer dans un contexte difficile étant donné que les systèmes de santé sont tous, et partout, en déliquescence, et justement en mode rattrapage dans tous les domaines.
Les conséquences sanitaires n’ont pas tardé à se manifester. Toujours d’après le rapport de l’UNICEF, en 2022, les cas de rougeole ont été multipliés par deux par rapport à l’année précédente. La polio est elle aussi en forte augmentation.
On assiste, notamment en Afrique, à une multiplication des épidémies, car seuls 67 % des enfants d’Afrique de l’Ouest et du Centre ont reçu leur vaccination contre la DTC, par rapport à 80 % en moyenne dans le monde.
Faut-il rappeler que ces maladies infantiles sont mortelles dans de nombreux cas et laissent de très graves séquelles dans bien d’autres?
Comment remédier au problème?
Dans les pays riches comme le Canada, ces maladies ont été quasiment éradiquées grâce à la vaccination. Dans les pays pauvres, des millions d’enfants meurent encore chaque année de ces maladies.
Cette iniquité est une des plus grandes injustices du monde.
Il faudrait vraiment peu si l’on voulait sincèrement vacciner tous les enfants dans le monde. Il suffirait de quelques voyages en moins dans l’espace. Ce serait bien peu cher payé.
Alors voilà que, pour des raisons parfaitement absconses, la population dans les pays du Nord fait maintenant la fine bouche sur des vaccins qui lui sont offerts gratuitement.
C’est le symbole même de l’hyperindividualisme crasse. Sous prétexte d’avoir le droit de «croire ce que l’on veut», on fait fi de l’intérêt général. Se faire vacciner sert d’abord et avant tout à protéger les autres.
Il y a plusieurs pistes d’action possibles. La première consiste à revenir à de véritables politiques de vaccination obligatoire pour la fréquentation des établissements scolaires. Il ne devrait pas être possible de contourner cette obligation en signant une simple lettre argüant de motifs religieux ou pseudoreligieux.
La France, par exemple, exige que les enfants soient vaccinés pour l’entrée à l’école, sans dérogation possible «sauf contrindication médicale».
Certains trouveront qu’il s’agit d’une mesure qui va trop loin, mais pensons-y un instant. Quand les employeurs, notamment le gouvernement canadien, ont rendu la vaccination de leurs employés obligatoire pendant la pandémie, les tribunaux leur ont donné raison.
La deuxième piste d’action concerne la mobilisation des chefs de file cultuels pour que l’argument religieux ne soit pas utilisé à des fins d’évitement de la vaccination.
La troisième piste, plus radicale certes, mais très séduisante, a trait à un aspect pécuniaire et repose sur une logique simple. Si une personne refuse de faire vacciner son enfant, elle doit payer une taxe (quand le gouvernement du Québec avait proposé une telle taxe pour le vaccin contre la COVID, avant de faire marche arrière, les sondages montraient qu’une forte majorité de Québécois appuyaient cette idée).
Les sommes perçues par cette taxe seront entièrement affectées à l’achat de vaccins pour les enfants des pays pauvres.
Selon l’OMS, 33 millions d’enfants africains doivent être vaccinés d’ici à 2025 pour atteindre «les objectifs mondiaux de vaccination pour 2030, notamment la réduction de la morbidité et de la mortalité dues aux maladies évitables par la vaccination».
Aurélie Lacassagne est politicologue de formation et doyenne des facultés de Sciences humaines et de Philosophie de l’Université Saint-Paul à Ottawa. Elle est membre du Comité de gouvernance du Partenariat Voies vers la prospérité.
Avec des informations de Mélanie Tremblay
Les organismes qui desservent les francophones en situation minoritaire au pays s’accordent pour dire que les investissements du Plan d’action pour les langues officielles 2023—2028 n’ont jamais été aussi forts.
Sur cinq ans, 1,4 milliard de dollars s’ajoute aux 2,7 milliards du Plan précédent qui sont devenus permanents. Les nouvelles sommes sont toutefois temporaires.
Une communauté «entendue»
La directrice de la FCCF, Marie-Christine Morin, a assuré vouloir plus de travail intersectoriel pour son organisme dans la mise en oeuvre du Plan d’action.
Liane Roy, présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, se sent «entendue» par le gouvernement avec ce nouveau Plan : «Lors des consultations avec la ministre, on avait identifié quatre axes et on les retrouve presque tous dans le Plan d’action!»
Même réaction du côté de la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF) : «Assez heureuse de voir quand même des investissements significatifs, nouveaux aussi», lance Marie-Christine Morin, directrice générale de l’organisme.
Cette dernière se réjouit surtout de la reconduction de programmes comme PassepART et , ainsi que de la bonification de l’enveloppe pour le projet La Ruchée, une «avenue intéressante» pour travailler de façon intersectorielle avec le milieu de l’éducation.
La présidente de la Fédération de la jeunesse canadienne-française (FJCF), Marguerite Tölgyesi, se dit reconnaissante du premier investissement de 5 millions de dollars pour la mise en place d’une stratégie jeunesse visant le rapprochement des communautés linguistiques. «Je pense que ça va avoir un réel impact si la mise en œuvre est bien faite», affirme-t-elle.
L’immigration prend la part du lion
Pour Liane Roy, le «grand gagnant» est le secteur de l’immigration, qui reçoit des investissements totaux de 221,5 millions dans le Plan.
Pour Liane Roy, «une part d’inconnu» subsiste dans le Plan d’action, puisqu’il reste «beaucoup de travail à faire» pour la mise en oeuvre du Plan.
La présidente de la FCFA sent un changement de ton : «On n’a jamais autant entendu parler de rétablissement de poids démographique. Avec C-13, et avec le Plan d’action, on est sur la bonne voie pour attaquer le déclin du poids démographique. Certains éléments du Plan devraient aider à atteindre des cibles plus hautes [que le 4,4 % d’immigration francophone hors Québec, NDLR].»
Mais pour la FCFA, le Plan n’est pas l’endroit pour l’annonce de nouvelles cibles. Il y a un an, l’organisme avait demandé des cibles «de réparation» progressives au gouvernement fédéral de 12 % en 2024, puis de 20 % d’ici 2036.
En outre, la ministre des Langues officielles a mentionné une cible annuelle en immigration francophone lors du dévoilement du Plan d’action. Ça annonce un «changement de cap intéressant», selon la direction de la FCFA, qui espère une cible bien «plus haute» que les 4,4 % annoncés en 2003 et atteints en 2022.
«On n’appuiera pas de cible en dessous de 8 %», affirme Liane Roy.
Inquiétudes autour du financement des organismes
Le Plan d’action a dévoilé 62,5 millions de dollars en financement de base pour les organismes pour les cinq prochaines années. L’augmentation du financement pourrait aller jusqu’à 25 % d’augmentation.
La FCFA se dit malgré tout inquiète, car le financement «ne change pas les défis structurels que connaissent nos organismes».
Marie-Christine Morin soulève aussi un «soupçon d’inquiétude», notamment pour des organismes qui n’ont pas accès au financement de base.
Marguerite Tölgyesi est «reconnaissante» des sommes dévoilées dans le nouveau Plan d’action.
«Les montants pour le financement de base, donc les opérations des organismes, sont quand même limités. Ça ne répond pas à l’ensemble des besoins de ces organisations qui sont un peu les metteurs en œuvre du Plan d’action sur le plan local, régional, national, en déployant des activités très concrètes pour que les gens puissent continuer à vivre en français», lance-t-elle.
La FJCF pose le même frein : «La prochaine étape va être de participer aux consultations pour savoir si nos organismes peuvent avoir le 25 % d’augmentation. On veut s’assurer que les jeunes vont avoir leur place pour la mise en œuvre de ce plan-là», a fait savoir Marguerite Tölgyesi.
Le postsecondaire en français «partagé»
Martin Normand, directeur de la recherche stratégique et des relations internationales à l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC), se dit plutôt «partagé» quant au nouveau Plan d’action.
L’organisme a été «entendu d’une certaine manière» sur plusieurs de ses demandes, comme l’appui à la recherche en français, une nouveauté financée à hauteur de 8,5 millions dans le Plan d’action et plusieurs programmes de formation en petite enfance ou en santé.
«Le bémol, c’est que toutes ces initiatives-là ne sont pas permanentes», déplore le directeur.
Martin Normand, directeur aux relations stratégiques de l’ACUFC, est déçu de ne pas voir de place pour les étudiants internationaux francophones dans le nouveau Plan d’action.
Mais l’immense déception concerne davantage la promesse non tenue des libéraux pendant la campagne électorale de 2021 d’octroyer 80 millions par an de façon permanente pour le postsecondaire en français. Ce ne sont plus que 32 millions par année pendant quatre ans qui se retrouvent dans le Plan d’action.
Le gouvernement ouvre la porte en reconnaissant qu’il devra faire des efforts pour appuyer le secteur à long terme.
Par ailleurs, le gouvernement n’a pas corrigé le tir en finançant un programme de bourse de français langue première pour les étudiants francophones qui souhaitent fréquenter un établissement postsecondaire en français. Ce programme existe pourtant pour les étudiants anglophones depuis le Plan 2018 – 2023.
Martin Normand déplore également l’absence de référence aux étudiants étrangers dans le Plan : «On espérait des mesures pour attirer, retenir et appuyer les étudiants internationaux vers l’obtention de la résidence permanente.»
Ceci, dans un contexte où les étudiants étrangers francophones ont connu bien du mal pour rester au Canada, entre racisme de la part d’IRCC, reconnu l’an dernier par le ministre de l’Immigration, et obstacles administratifs.
La ministre des Langues officielles a publié son Plan d’action 2023—2028. Ce plan était attendu depuis près d’un mois après l’expiration du précédent, le 31 mars.
Le secteur postsecondaire francophone recevra 32 millions par année, totalisant 128 millions pendant quatre ans au lieu des 80 millions annuels permanents promis par les libéraux en campagne électorale. Cette somme devait faire suite aux 121,3 millions octroyés au secteur en 2021.
Le budget fédéral de 2023 prévoyait 1,1 milliard de dollars pour les langues officielles, dont 679 millions pour l’éducation dans la langue de la minorité.
Comme le budget de 2021 accordait 30,4 millions au secteur postsecondaire pour l’année 2023-2024, la distribution des 128 millions prévus au Plan d’action débutera en avril 2024. Le postsecondaire en français est donc confronté à un manque à gagner de près de 300 millions, alors que le secteur en attendait 400 millions, soit 80 millions annuels sur cinq ans.
Selon une source, le gouvernement a choisi de ne pas octroyer les fonds promis tant que l’enveloppe de 121,3 millions de dollars n’était pas épuisée.
«Dans le budget 2021, nous avons fait un investissement de 121 millions de dollars sur une période de trois ans. À ce point-ci, nous sommes en train, encore, de faire des annonces à ce sujet», a déclaré la ministre des Langues officielles, Ginette Petitpas Taylor en conférence de presse.
Peu d’engagements pour les services de garde en français
Toujours dans le domaine de l’éducation, la petite-enfance bénéficiera notamment de 50 millions de dollars sur cinq pour appuyer les réseaux d’intervenants.
Le Plan d’action ne fait pas référence aux clauses linguistiques lors des ententes entre le fédéral et les provinces, alors qu’un « leadership » est attendu du fédéral de la part des organismes. La ministre des Langues officielles a indiqué qu’il faudra attendre l’adoption de la nouvelle Loi sur les langues officielles. Le Plan d’action ne financera d’ailleurs pas la mise en oeuvre de cette dernière.
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L’appui à l’enseignement dans la langue de la minorité bénéficie de 147,8 millions de dollars sur cinq ans. En tout, 275,8 millions de dollars sur cinq ans iront à l’appui de l’éducation dans la langue de la minorité. L’enveloppe d’appui pour l’immersion s’élève de son côté à 242, 8 millions de dollars.
À noter que le gouvernement injecte 2 millions de dollars sur cinq ans pour aider Statistique Canada à mieux recueillir les données sur les enfants admissibles à l’instruction dans la langue officielle minoritaire [les ayants droit, NDLR].
Cela permettra « aux provinces, territoires, conseils scolaires et communautés de langue officielle en situation minoritaire de mieux planifier la mise en œuvre de ce droit », selon le document.
Immigration pour contrer le déclin démographique
L’enveloppe de l’immigration francophone sur la période 2023-2028 passe de 123,3 millions de dollars, annoncés dans le dernier budget fédéral, à 221,5 millions au total. Un montant développé pour rétablir le poids démographique des francophones au pays.
Un haut fonctionnaire a assuré que l’enveloppe du Plan se concentrera sur l’intensification de l’ensemble du continuum en immigration: « Le ministère a entendu le souci en lien avec l’enjeu démographique. On a tous senti le sol trembler à l’annonce du recensement. »
C’est avant tout la répartition exacte de cette somme d’un milliard de dollars qui intéresse la francophonie canadienne, car une partie de l’enveloppe pourrait aussi aller à la mise en œuvre de la nouvelle Loi sur les langues officielles.
L’automne dernier, les organismes francophones en milieu minoritaire ont réclamé 300 millions de dollars par le biais de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA), pour combler un manque de financement fédéral latent depuis des années.
Dans un rapport intitulé «Éviter le point de rupture», dévoilé en octobre 2022, plusieurs de ces organismes ont fait état de leur mauvaise santé financière, minée par un financement fédéral trop maigre depuis «deux décennies», selon Liane Roy, présidente de la FCFA.
La francophonie en milieu minoritaire est proche, trop proche du point de bascule où plusieurs organismes pourraient simplement disparaitre, faute de ressources.
Par ailleurs, les retards chroniques du dévoilement du Plan d’action pour les langues officielles empêchent les organismes francophones en milieu minoritaire d’anticiper leur programmation et les postes nécessaires à l’interne. Le Plan pour la période 2018 à 2023 est arrivé à expiration le 31 mars dernier.
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Services et éducation dans la langue de la minorité
Le rapport sur les consultations pancanadiennes que la ministre Petitpas Taylor a menées l’été dernier démontre que les francophones ont avant tout besoin d’un «financement de base», par le biais des organismes en milieu minoritaire.
Des demandes pour effectuer un «rattrapage du financement fédéral à l’éducation minoritaire» figurent également dans ce rapport. Ce à quoi le budget 2023 a tenté de répondre en octroyant plus de 672 millions de dollars sur cinq ans à ce secteur.
Pour 45,1 % des 5 200 répondants au questionnaire des consultations pancanadiennes, ce financement permettrait notamment d’assurer un apprentissage dans leur langue officielle «de la petite enfance au postsecondaire», précise le rapport.
Le document indique aussi que 62 % des répondants identifient «la capacité de vivre, d’apprendre et de travailler en français dans la vie de tous les jours comme l’un des cinq plus grands défis des communautés francophones en situation minoritaire».
Lors des consultations à Sudbury, des définitions identitaires plus claires de «francophones» et de «l’identité bilingue» ont également été exposées.
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Ce qu’on sait
La part du milliard de dollars sera déjà divisée entre plusieurs piliers révélés dans le Budget fédéral 2023.
Il y a d’abord l’enseignement de la langue de la minorité, qui bénéficie de 679,2 millions sur cinq ans dès 2023-2024, suivi de l’immigration et du développement économique dans les deux langues officielles.
La division du milliard de dollars du fédéral pour les langues officielles sur cinq ans par secteur, dès 2023.
Depuis 2003, les gouvernements successifs ont bonifié l’enveloppe dédiée aux Plans d’action, sauf pour le Plan adopté en 2008.
Le premier Plan d’action demeure celui qui a bénéficié du supplément fédéral le plus enviable, avec un ajout de 800 millions au financement de base de 1,1 milliard attribué aux langues officielles avant 2003.
Le Plan 2018-2023 a quant à lui reçu un financement supplémentaire de près de 500 millions sur cinq ans comparativement au Plan précédent. C’est donc sans commune mesure avec le Plan prévu entre 2023 et 2028.
Si le plus gros de l’annonce a été fait, c’est la répartition des sommes que le Plan détaillera le 26 avril.
Les investissements fédéraux à chaque Plan d’action pour les langues officielles depuis le premier, adopté en 2003 sous les libéraux.