Près de 2700 membres se sont déplacés entre les 29 et 31 janvier à Calgary pour un congrès du Parti conservateur du Canada (PCC). Le vendredi, ils devaient exprimer leur satisfaction pour le travail de leur chef, Pierre Poilievre. Les délégués qui avaient le droit de voter lui ont largement manifesté leur soutien.
Stephen Harper est le dernier chef conservateur à s’être soumis à un tel vote de confiance, lors du Congrès conservateur de Montréal, en 2005. Il avait recueilli 84 % des voix des quelque 2800 partisans, selon les informations de Radio-Canada de l’époque.
Après un discours de près d’une heure vendredi soir, Pierre Poilievre semble avoir convaincu les partisans qu’il était «l’homme de la situation», observe Frédéric Boily, professeur de science politique à l’Université de l’Alberta.
«Avec toujours un peu de risque, il n’y avait quand même pas beaucoup de partisans conservateurs de l’Est du pays, du Maritime, du Québec», commente-t-il.
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Selon Frédéric Boily, si le chef conservateur a remporté une victoire «très solide» auprès de ses partisans – la plupart de l’Ouest –, mais c’est une autre paire de manches dans la relation avec son caucus ou même pour d’éventuelles élections fédérales.
«Pas encore les coudées franches»
«C’est un appui solide, très solide, mais qui vient surtout des partisans conservateurs les plus convaincus. Pour le futur du Parti conservateur, ça laisse entendre que Pierre Poilièvre n’a pas encore complètement les coudées franches, d’abord avec son caucus. Vendredi, il n’a pas vraiment parlé à ses députés, il a parlé à ses partisans», élabore Frédéric Boily.
Le professeur rappelle que Pierre Poilievre a notamment perdu deux députés en novembre et en décembre au profit des libéraux – Chris d’Entremont et Michael Ma. Il n’est pas à l’abri d’autres départs.
Il a parlé de collaboration, mais il n’a pas dit dans quelle mesure il serait prêt à le faire, soutient Frédéric Boily. Et ça complexifie les choses quand il faut se trouver un nouvel électorat.
Le professeur fait notamment référence à la baisse drastique de popularité que connait actuellement le chef du Parti conservateur par rapport à Mark Carney. Ce dernier est en avance de 15 points dans les sondages nationaux qui portent sur l’impression favorable qu’il donne auprès des Canadiens.
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Une «collaboration» dans quelle mesure?
Frédéric Boily affirme qu’après s’être réconforté cette fin de semaine auprès de sa base conservatrice de l’ouest surtout, Pierre Poilievre ne peut quand même pas s’opposer à «chaque geste que pose le gouvernement». Parce que sa popularité est en baisse dans les sondages et il a déjà offert de «collaborer» pour les prochains mois.
Sur la collaboration avec les libéraux, «ce qu’il n’a pas vraiment dit vendredi, c’est dans quelle mesure il serait prêt à collaborer et, surtout, sur quel dossier précis il pourrait collaborer. Et ça, ça complique sa tâche lorsque vient le temps de vouloir trouver des nouveaux électeurs en dehors de la base partisane», affirme encore le professeur.
Discours critique du gouvernement
Dans un discours adressé aux Canadiens «écartés, abandonnés», le chef du PCC a vilipendé l’actuel gouvernement libéral de Mark Carney et écorché son bilan.
«Est-ce que depuis que Carney est devenu premier ministre, ça a changé quelque chose dans votre vie?», a-t-il lancé à son auditoire.
«Le gouvernement n’a pas réussi à tenir parole. Les familles n’arrivent pas à joindre les deux bouts. Le gouvernement libéral abandonne les gens […], les jeunes n’ont pas les moyens de vivre», a-t-il blâmé.
Il a notamment plaidé pour un gouvernement plus petit et a critiqué la rupture du contrat social selon lequel lorsqu’on «travaille fort» on peut se payer «une belle maison», avoir une «bonne vie» et un «bon salaire».
«Mais aujourd’hui, vivre au Canada coute plus cher. Carney a promis qu’il serait jugé sur l’épicerie, mais l’inflation est la pire du G7», a-t-il affirmé.
À l’instar de son collègue chef du Bloc québécois la semaine dernière en Chambre, Pierre Poilievre a déploré que Mark Carney n’avait pas livré les résultats promis. Le chef conservateur a surtout souligné le fait qu’«aucun pipeline» n’ait été construit.
«Carney est un grand parleur ailleurs, mais un petit faiseur chez nous», a-t-il avancé, sous les applaudissements nourris de ses partisans.
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Les autres votes importants du Congrès
En plus du vote de confiance pour leur chef, les membres du Parti conservateur présents cette fin de semaine à Calgary ont voté sur 62 mesures. Trente-et-une ont été acceptées après révision du Comité national sur les politiques.
Voici celles qui ont capté l’attention :
- Relance du débat sur l’avortement – non soumise au vote des membres participants;
- Limiter l’accès à l’aide médicale à mourir – non soumise;
- Privatisation des soins de santé – non soumise;
- Légaliser les thérapies de conversion pour les mineurs en tant que «droit parental» – rejetée;
- Financement indépendant de CBC/Radio-Canada eu lieu d’un financement gouvernemental – acceptée.
Le chef du PCC n’est pas obligé d’inscrire les résolutions approuvées lors du Congrès dans sa plateforme.
Prudence sur le séparatisme
Alors que planent des possibilités de référendums sur l’indépendance au Québec et sur le séparatisme en Alberta, Pierre Poilievre s’en est tenu à les évoquer rapidement comme une conséquence du gouvernement libéral : «Après 10 ans de gouvernement libéral, les mouvements séparatistes se réveillent».
«C’était criant vendredi, Pierre Poilievre a appelé à l’unité nationale. Dans son caucus conservateur en Alberta, il y a des partisans qui tendent vers l’indépendantisme ou le séparatisme. Donc il ne peut pas condamner ça fermement. […] S’il avait voulu vraiment critiquer le mouvement séparatiste albertain, il aurait pu s’appuyer sur une critique économique en disant que ça créait beaucoup d’incertitude et qu’il ne voulait surtout pas que ce mouvement aille de l’avant», commente Frédéric Boily.
