«Ce projet est né d’un constat très simple : c’est que malgré le talent et l’engagement et la contribution à la richesse du paysage culturel, les femmes artistes noires francophones continuent de faire face à des obstacles systémiques très importants», amorce Aïssatou Soumaré, directrice du projet «La Visibilité invisible».
Dans le cadre de ce projet, l’organisme Mosaïque Interculturelle a dévoilé le plaidoyer «La Route vers l’équité», qui met en lumière les obstacles systémiques auxquels font face ces femmes.
L’initiative vise à renforcer leur visibilité et leur reconnaissance institutionnelle et à promouvoir leur participation équitable dans les instances culturelles.
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Diversité de façade
Des consultations ont été menées auprès de 55 artistes noires francophones, en plus de 36 entrevues individuelles réalisées à Gatineau, Montréal, Ottawa et Toronto.
Aïssatou Soumaré est la directrice du projet «Visibilité invisible», portée par l’organisme Mosaïque interculturelle.
«Nous avons créé des espaces de parole avec des groupes de discussion, des entrevues individuelles avec les professionnels des arts, pour justement amplifier leur voix, leurs revendications et leurs expériences», retrace Aïssatou Soumaré.
Mécanismes d’embauche, dépendance aux réseaux informels, diversité de façade, stéréotypes : ces témoignages ont permis d’identifier les barrières qui freinent le développement professionnel des femmes artistes noires francophones et limitent leur accès aux instances gouvernementales.
Sans oublier «la présence de racisme systémique et de marginalisation linguistique», ajoute Aïssatou Soumaré, «et surtout un manque de données documentées». D’où l’idée d’un projet qui permette de récolter ces informations et identifier les problèmes afin de mieux les résoudre.
Les femmes noires francophones demeurent peu représentées au sein des conseils d’administration, des jurys, des comités de sélection et des directions artistiques.
Dans les faits, la diversité se limite trop souvent à la programmation, sans véritable accès aux espaces de pouvoir.
Aller au-delà du symbole
«L’objectif c’est aussi de bâtir des partenariats durables avec les acteurs du milieu artistique et communautaire. Et enfin – mais surtout –, encourager l’adoption des politiques culturelles plus équitables, plus inclusives et plus représentatives», explique Aïssatou Soumaré.
Le plaidoyer est articulé autour de cinq grands axes stratégiques, incluant la lutte contre les biais, les stéréotypes et la diversité de façade, ainsi que l’inclusion linguistique et la reconnaissance de la triple marginalisation (linguistique, raciale et territoriale).
Le document présente une dizaine de recommandations à destination des gouvernements fédéral et provinciaux, des conseils des arts et des institutions culturelles. Déconstruire les préjugés et éviter les pratiques symboliques en font partie.
Le projet appelle aussi à reconnaitre la diversité des francophonies noires dans les politiques culturelles fédérales et soutenir les communautés francophones en situation minoritaire.
Aïssatou Soumaré espère que cette initiative amènera un changement de paradigme et aboutira à une plus grande représentativité des femmes artistes noires francophones, afin de «les faire s’assoir sur la table des décisions».
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