«Réjouissons-nous de ce chiffre», a réagi la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), Louise Mushikiwabo. Le français devient ainsi la quatrième langue la plus parlée sur la planète, après l’anglais, le mandarin et l’espagnol.
Les résultats de la sixième édition du rapport La langue française dans le monde, publié tous les quatre ans par l’Observatoire de la langue française (OLF) de l’OIF, a été présentée à Québec le 16 mars.
Le responsable de l’OLF, Mohamed Embarki, a toutefois rappelé que ce n’était «ni un objectif ni un accomplissement», mais un point d’observation.
Les données de l’OLF ne contenaient pas de chiffres pour les autres provinces canadiennes.
Et la francophonie minoritaire?
À la question de savoir comment a évolué le poids démographique des francophones en situation minoritaire, Mohamed Embarki répond qu’en général, «les données dans les pays du Nord évoluent très faiblement», alors que les changements les plus importants concernent les pays du Sud.
La croissance de 3,7 millions et de 2,4 millions de francophones, respectivement pour l’Europe et les Amériques, n’a contribué qu’à 8 % de la croissance totale du nombre de francophones entre 2010 et 2025.
Ces deux espaces sont touchés par le vieillissement de la population et une plus faible natalité. «Leur croissance démographique s’explique par l’immigration internationale qui y contribue à plus de 95 % au Canada et au Québec et à plus de 90 % en France», commentent les auteurs du rapport.
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L’Afrique, «centre de gravité de la francophonie»
«L’avenir du français est lié à la forte croissance démographique africaine, combiné à des efforts de scolarisation. C’est vers l’Afrique que se déplace le centre de gravité de la francophonie», a assuré Louise Mushikiwabo; 65 % des locuteurs s’y trouvent.
La secrétaire générale de l’OIF, Louise Mushikiwabo, a présenté le dernier rapport sur l’état de la langue française dans le monde à Québec.
Alors que le nombre de francophones n’augmente que très légèrement en France, la République démocratique du Congo sera le premier pays francophone dès juillet 2026, avec presque 66 millions de locuteurs, prévoit l’OLF, contre [ce serait bien de dire il y en a combien en France].
«La langue française ne se transmet plus que par héritage», a souligné Mohamed Embarki. L’enseignement joue un rôle clé. Cette année, l’OLF a d’ailleurs changé sa méthodologie et sa définition de ce qui est francophone pour inclure les jeunes entre 6 et 9 ans scolarisés en français.
Le français langue étrangère (FLE) compte environ 51 millions d’apprenants dans le monde, alors que 170 millions d’élèves et d’étudiants suivent leur scolarité en français.
Près de 70 % des élèves qui reçoivent des enseignements en français se trouvent dans la région Afrique subsaharienne et dans l’océan Indien.
Néanmoins, Louise Mushikiwabo appelle à la «vigilance» et à «poursuivre l’engagement».
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Environnement numérique
Du côté du numérique, la langue française se maintient à la quatrième place sur Internet, où 3,5 % des contenus en ligne sont en français, contre 24 % en anglais.
D’où l’importance de produire des contenus en français et, surtout, d’assurer leur découvrabilité et leur intégration dans les outils d’intelligence artificielle (IA), a expliqué Louise Mushikiwabo.
Selon elle, les GAFAM représentent «un défi», mais pas «une menace». Elle appelle les pays membres de l’OIF à se réunir pour avoir une discussion à ce sujet : «On a un grand travail de lobby à faire.»
Une nouvelle plateforme numérique
L’OLF a aussi lancé une nouvelle plateforme numérique pour suivre l’actualité et les données liées à la langue française dans le monde.
Langue économique
La langue française reste aussi «un outil d’accès à la connaissance, à l’emploi et à l’innovation», a détaillé Louise Mushikiwabo. En Asie, elle favorise la formation et l’insertion professionnelle dans des domaines comme la médecine, l’hôtellerie ou le tourisme.
Dans les grandes capitales d’Afrique subsaharienne, 4 personnes sur 5 estiment que le français est un critère d’emploi important. «Si le monolinguisme reste une source de préoccupation, le rapport fait état de quelques avancées en matière de promotion du multilinguisme», ajoute-t-elle.
À noter que l’espace francophone représente plus de 16 % du PIB mondial
De l’éducation avant toute chose
La jeunesse pose de nouvelles exigences à la francophonie. La vitalité du français demeure étroitement liée au système éducatif et à la qualité de l’enseignement, s’accordent les intervenants. «C’est à l’école que se joue l’avenir de la langue française», avance Mohamed Embarki.
Comprendre la francophone d’aujourd’hui, c’est regarder vers sa jeunesse.
«Nous ne devons pas penser que cette progression qui est portée par la démographie africaine est suffisante. La langue française dans certains pays du Sud régresse aussi. Malgré tout, il faudra continuer à enseigner en français […] Restons vigilants», a pour sa part insisté Louise Mushikiwabo.
Elle a notamment rappelé que le français recule dans certains pays de l’Union européenne. «Pour arriver à créer des synergies d’acteurs, il faut que nos pays membres soient exigeants.»
D’après elle, l’enseignement du et en français à grande échelle reste indispensable pour atteindre les projections de l’OLF de 590 millions de locuteurs de français en 2050, dont 9 sur 10 vivront sur le continent africain.
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