le Lundi 9 mars 2026
le Lundi 9 mars 2026 6:30 Francophonie

Québec et francophonie canadienne : «une ligne qui n’a pas toujours été droite»

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De gauche à droite : l’animatrice Evelyne Charuest, l’ancien directeur du bureau de Québec de la FCFA Pierre Bhérer, la professeure adjointe Evelyne Brie, l’éditorialiste Manon Cornellier, l’ancienne commissaire à la langue française Noémie Dansereau-Lavoie et l’ancien directeur général de la FCFA Aurèle Thériault.  — Photo : Camille Langlade – Francopresse
De gauche à droite : l’animatrice Evelyne Charuest, l’ancien directeur du bureau de Québec de la FCFA Pierre Bhérer, la professeure adjointe Evelyne Brie, l’éditorialiste Manon Cornellier, l’ancienne commissaire à la langue française Noémie Dansereau-Lavoie et l’ancien directeur général de la FCFA Aurèle Thériault.
Photo : Camille Langlade – Francopresse

FRANCOPRESSE – La relation – parfois mouvementée – entre la francophonie canadienne et le Québec, sur fond de rapprochement récent, était au centre d’un micro-colloque le 4 mars à Montréal. Une rencontre marquée par l’idée que l’union, autant que la langue, fait la force.

Québec et francophonie canadienne : «une ligne qui n’a pas toujours été droite»
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«Ignorance», «étonnement», «famille dysfonctionnelle», «asymétrique», «partenaire» : les participants et participants du micro-colloque «50 ans d’action et d’engagement de la FCFA du Canada : un regard québécois» n’ont pas manqué de qualificatifs pour désigner la relation qui lie les francophones du reste du Canada au Québec.

Autrement dit, «une ligne qui n’a pas toujours été droite, avec des moments de distance comme des moments de nouveaux élans de rapprochement», a résumé la présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, Liane Roy.

Disons-le, il y a eu des moments où nous n’étions pas sur la même longueur d’onde.

— Liane Roy

Un demi-siècle de mobilisation

En 1975, neuf associations francophones provinciales se dotent d’une voix nationale pour assurer la survie et le développement de leurs communautés : la Fédération des francophones hors Québec (FFHQ).

L’organisme change de nom en 1991 pour devenir la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada.

Une exposition itinérante sillonne actuellement le pays pour mettre en lumière l’histoire de la Fédération, mais aussi ses défis actuels.

À lire aussi : «Se faire entendre» : retour sur 50 ans d’action de la FCFA pour la francophonie

Nationalisme et identités

«La réalité, c’est que tout a basculé dans les années 1960 […] Quand les Québécois sont devenus Québécois», s’est souvenu lors d’un panel Aurèle Thériault, directeur général de la FCFA de 1986 à 1991, faisant référence à l’émergence d’un nouveau nationalisme au Québec, qui mènera à la tenue des référendums de 1980 et de 1995.

«Avant ça, ils étaient Canadiens-Français. Nous, on était canadiens et français. On n’avait pas les mêmes parents, mais on habitait dans la même maison.»

À lire aussi : Référendum de 1995 : «une question de vie ou de mort» pour la francophonie canadienne

«Après 50 ans, y aura-t-il des retrouvailles?», a pour sa part interrogé Jean-Marc Fournier, ministre québécois responsable des Relations canadiennes et de la francophonie canadienne de 2014 à 2018, lors de sa conférence.

Il a mis en garde contre la «surenchère identitaire» de certains discours actuels au Québec, mais aussi ailleurs.

L’identité, ce n’est pas une appartenance unique, mais plurielle.

— Jean-Marc Fournier

L’ancien député plaide au contraire pour un rapprochement entre francophones, notamment dans un contexte mondial traversé par les conflits et les velléités des États-Unis voisins.

Le Canada bilingue représente à ses yeux une force, notamment sur le plan commercial et diplomatique. «L’Organisation internationale de la francophonie estime que la population francophone mondiale passera de 320 millions à 750 millions d’ici 2050. C’est demain.»

Alors qu’on nous menace d’un 51e état et que notre solidarité devant les décisions difficiles à venir sera sollicitée comme jamais, nous devrions saisir les avantages de la présence historique, fondatrice et actuelle du français au Canada […] La francophonie, ce n’est pas un problème, c’est un avantage.

Selon lui, le Québec devrait faire plus pour la francophonie canadienne, même si «des gestes ont été posés», et ne pas se contenter de regarder ailleurs, notamment quand il s’agit de langue française.

«Un tronc commun identitaire»

Tous se sont accordés sur le fait que l’affirmation des francophones et du fait français ne pouvait se faire sans l’une ou l’autre des parties prenantes.

Près de 11 millions de personnes parlent le français au Canada, dont 2,8 millions à l’extérieur du Québec.

«À Ottawa, un politicien québécois, peu importe son allégeance […], ne peut pas ignorer ou bouder les francophones du reste du pays», a souligné Manon Cornellier, correspondante parlementaire et éditorialiste à la retraite.

Elle prend l’image d’un tronc commun identitaire, autour duquel «chacun peut se développer à sa manière et créer des alliances et des solidarités qui peuvent permettre des fois de réconcilier certains intérêts».

C’est une relation du fond du cœur. C’est comme une famille. Le lien est là, on ne lâche pas d’autres membres.

— Manon Cornellier

Même quand il y a de l’incompréhension. Car cette relation présente un déséquilibre : les francophones hors Québec connaissent plus le Québec que l’inverse.

Parmi les jalons marquants, les intervenants et intervenantes ont cité la création de Mobilisation franco, une rencontre pour trouver des occasions de collaborations entre les deux francophonies. La 5e édition se déroulera à Ottawa les 4 et 5 mai prochains.

Rôle des médias

Les médias ont clairement leur rôle à jouer dans cette relation entre ces deux solitudes qui s’ignorent parfois, ont unanimement avancé les panélistes.

Les Québécois sont informés sur le reste du Canada – si on exclut Radio-Canada – presque uniquement par des traductions de la Canadian Press. Ça veut dire que les Québécois, en français, se font informer sur le reste du Canada par des anglophones.

— Manon Cornellier

Malgré quelques créneaux réservés aux actualités de la francophonie canadienne dans des émissions de Radio-Canada par exemple, cette actualité est souvent reléguée au second plan, voire à l’arrière-cour.

«La curiosité est là», observe Noémie Dansereau-Lavoie, ancienne commissaire à la langue française à la Ville de Montréal. Reste aux médias de créer des liens et des passerelles pour la cultiver.

Aurèle Thériault a de son côté rappelé l’importance des journaux locaux et des radios communautaires. Il a aussi cité les cours d’histoire comme moyens de sensibiliser et faire connaitre les différentes francophonies partout au pays.

Manque de données

Pour mieux connaitre les francophones en situation minoritaire, encore faudrait-il savoir qui et combien sont-ils. «Sur le plan de la recherche, c’est extrêmement difficile de gérer ça», remarque professeure adjointe au département de science politique de l’Université de Montréal, Evelyne Brie.

«J’ai fait beaucoup de sondages à travers le pays. J’essaie toujours d’avoir une surreprésentation des francophones, mais la réalité, c’est qu’on n’a juste pas assez de statistiques. Les erreurs standards de nos statistiques sont trop larges, on ne peut pas en arriver à des constats. C’est vraiment un élément de frustration important du côté de la recherche.»

Et l’universitaire d’ajouter : «Il y a vraiment un manquement dans la littérature scientifique en sciences politiques. Il y a un vide sur le plan technique.»

À lire aussi : Les francophones en milieu minoritaire, orphelins de données

Quid des 50 prochaines années?

La relation entre les deux solitudes a franchi un nouveau cap ces dernières années à travers les actions menées par l’ancienne ministre responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne, Sonia LeBel, et l’actuel ministre responsable de la Francophonie canadienne, Jean-François Roberge, estime Liane Roy.

«On a fait du chemin, mais il en reste beaucoup à faire», admet la présidente de la FCFA, qui rappelle que le Québec de 2026 est différent de celui de 1975, «toute comme nos communautés ne sont pas ce qu’elles étaient non plus».

À lire aussi : Québec et francophonie minoritaire : un rapprochement en vue?

«Les 50 années de la FCFA ont été marquées par l’affront, le combat, la résilience et, assez souvent, la correction des affronts», a retracé Jean-Marc Fournier. «Personne ne considère que la mission de la FCFA est achevée. Les francophonies du Canada devront continuer le combat.»

Pour lui, «il n’est pas trop tard», les francophones doivent notamment aller à la rencontre des «francophiles qui s’ignorent».

Le progrès réel, celui qui inverse durablement les tendances géolinguistiques, ne peut pas naitre de la division en camps majoritaires et minoritaires.

— Jean-Marc Fournier

Parmi les prochains chantiers à surveiller, les panélistes ont également cité l’économie – avec la possible fin des barrières commerciales entre provinces –, l’espace numérique, l’éducation, la vie associative, la culture et l’immigration, encore et toujours.

Sans oublier la mise en œuvre de la nouvelle Loi sur les Langues officielles, a conclu le directeur général de la FCFA, Alain Dupuis.

Il espère que, d’ici 50 ans, les générations futures de Québécois et de Québécoises ne diront plus «je ne savais pas que vous existiez» en parlant des francophones du reste du Canada.

Type: Actualités

Actualités: Contenu fondé sur des faits, soit observés et vérifiés de première main par le ou la journaliste, soit rapportés et vérifiés par des sources bien informées.

Corrections:

le Lundi 9 mars 2026 13:30:

La première version du texte indiquait : «L’organisme change de nom en 1995.»

Le texte a été corrigé comme suit : «L’organisme change de nom en 1991.»

Déclaration sur les sources et la méthode:

Déclaration IA : Le présent article a été rédigé par une journaliste sans l’aide d’outils de l’intelligence artificielle.

Données de parution:

Montréal

Camille Langlade

Cheffe de pupitre

Adresse électronique: