le Dimanche 4 janvier 2026
le Samedi 3 janvier 2026 6:30 Francophonie

Immigration francophone : quand la culture favorise l’intégration et la rétention

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Pour favoriser l’intégration au sein des communautés francophones, certaines initiatives misent sur l’art et la culture.  — Photo : Bennett Malcolmson
Pour favoriser l’intégration au sein des communautés francophones, certaines initiatives misent sur l’art et la culture.
Photo : Bennett Malcolmson

FRANCOPRESSE – Pour intégrer et retenir les personnes issues de l’immigration au sein des communautés francophones en situation minoritaire, des initiatives fleurissent pour promouvoir une approche artistique.

Immigration francophone : quand la culture favorise l’intégration et la rétention
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La Fédération culturelle canadienne-française (FCCF) a lancé un projet pancanadien, «Culture d’entreprise», pour favoriser l’intégration et la rétention des personnes issues de l’immigration francophone. Comment? Grâce à la médiation culturelle.

«On ouvre des voies de collaboration entre les arts et la culture, le monde économique, les milieux de travail qui participent à un projet, et les personnes issues de l’immigration», résume Nancy Juneau de la FCCF. 

Photo : Clémence Labasse – Francopresse (Archives)

Autrement dit, la mise en relation entre les membres d’une entreprise et un ou une artiste pour mener à terme un projet artistique et «solidifier des liens entre les gens qui y participent», explique la présidente de la FCCF, Nancy Juneau.

«Ça peut être un projet en théâtre, en danse, en art visuel», précise-t-elle.

«L’objectif, ce n’est pas tant la production finale que la démarche qui amène les participants à nouer des relations et les échanges que cela engendre. On espère que ce projet va contribuer à faire en sorte que ces nouveaux arrivants se sentent mieux accueillis; qu’ils sentent qu’ils font partie d’une communauté.»

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Des projets sur trois ans

L’initiative «Culture d’entreprise» s’étale sur trois ans. La FCCF compte implanter ce projet dans toutes les provinces et tous les territoires hors Québec.

«On a un financement pour faire 16 expériences en milieu de travail», rapporte Nancy Juneau.

«C’est un projet clé en main», insiste-t-elle. L’entreprise doit se charger de recruter des participants et participantes, mais ensuite, «Culture d’entreprise» s’occupe de trouver des ressources artistiques et culturelles dans la région et de mettre en relation les personnes concernées.

«Nous sommes en pourparlers avec des partenaires pour identifier un milieu d’emploi dans le Nord de l’Ontario, en Saskatchewan et au Manitoba», détaille la FCCF dans un courriel.

Un appel d’intérêt sera lancé au début de l’année 2026 pour identifier les six milieux d’emploi qui seront accompagnés en 2026-2027.

Échanges mutuels

La première entreprise à se joindre à l’initiative est la Coop IGA de Dieppe, au Nouveau-Brunswick.

Le gérant, Denis Rioux, a proposé aux membres intéressés de son personnel de former un groupe qui, une fois par semaine, aura l’occasion de travailler ensemble sur un projet artistique de son choix. Quatre employés issus de l’immigration et deux Acadiens ont embarqué.

Une bonne proportion de mes employés sont issus de l’immigration des pays francophones. Il me semble qu’il fallait que je joigne ça pour essayer de mieux les comprendre, puis eux aussi mieux comprendre justement la culture d’entreprise canadienne, qui est un peu différente probablement de ce qu’ils vivent dans leur pays.

— Denis Rioux

D’un pays à l’autre, les politiques, mais aussi les lois liées au travail, changent. Denis Rioux estime qu’il peut lui aussi apprendre des personnes immigrantes, sur le plan culturel, notamment grâce à leurs coutumes et leurs valeurs.

«Pour une entreprise comme la nôtre, on a toujours valorisé le respect entre les personnes, peu importe leur nationalité, leur religion ou leur genre. Ça fait partie de notre ADN.»

Le directeur de la Coop espère qu’à terme, cette expérience soudera son équipe. «Peut-être que ce sera encore plus agréable pour eux de venir travailler, par exemple.»

Si je peux permettre à quelqu’un de s’intégrer au marché du travail au Canada, puis qu’après un an, deux ans, la personne est devenue bilingue et qu’elle peut accéder à des emplois supérieurs – que ce soit dans la fonction publique ou dans des échelons d’entreprise supérieurs – j’aurais accompli ce que j’avais à accomplir.

— Denis Rioux

Car beaucoup d’entreprises dans les secteurs francophones «ont un peu de misère à faire du recrutement» et à retenir les nouveaux arrivants, remarque Denis Rioux.

«Souvent, ils découvrent des milieux où ils ont de la difficulté à s’adapter. Puis plusieurs d’entre eux auront tendance à s’en aller vers des grands centres où ils peuvent trouver plus de membres de leur communauté d’origine», complète Nancy Juneau.

À lire ailleurs : Une initiative pancanadienne en faveur de la rétention des immigrants francophones à la Coop IGA de Dieppe (Le Moniteur Acadien)

Intégration économique versus intégration culturelle

L’intégration et la rétention ne sont pas des enjeux propres aux francophones, rappelle la professeure agrégée en géographie à l’Université d’Ottawa et spécialiste en immigration canadienne, Luisa Veronis. Ils concernent l’ensemble de l’immigration au Canada.

«Dans une économie fondée sur le savoir, les approches artistiques peuvent stimuler la créativité, la collaboration et l’innovation au sein des entreprises», dit Luisa Veronis. 

Photo : Courtoisie

Le pays mise avant tout sur une immigration dite économique, en sélectionnant des personnes hautement qualifiées, avec l’attente qu’elles contribuent rapidement à l’économie.

Mais une fois arrivées, celles-ci se heurtent à de nombreux obstacles, comme la reconnaissance des diplômes, les professions règlementées ou encore le fonctionnement très réseauté du marché du travail canadien.

«En contexte minoritaire, les défis augmentent : il y a moins d’emplois en français et les communautés sont plus petites», ajoute la chercheuse.

Néanmoins, «l’intégration sociale et l’intégration économique vont main dans la main», rappelle-t-elle.

Luisa Veronis voit ainsi d’un très bon œil l’initiative de la FCCF, très originale et très pertinente à ses yeux. La médiation culturelle permet de développer un milieu de travail plus ouvert et inclusif, au-delà des différences culturelles ou linguistiques.

«Il s’agit de créer un esprit d’équipe avec des valeurs communes où on travaille ensemble vers un objectif ou un projet; mettre en valeur justement l’apport, la créativité des différents membres.»

«Un projet artistique, c’est une façon de valoriser les talents, poursuit-elle. Les activités artistiques ont aussi ce pouvoir de permettre aux gens de se connecter à un autre niveau.»

Seul bémol selon elle : «Culture d’entreprise» s’adresse à des personnes déjà en emploi et ne répond donc pas directement au défi de l’embauche des personnes immigrantes.

«Mais je pense que les entreprises qui vont participer à ce projet peuvent avoir une répercussion sur d’autres employeurs pour que ceux-ci s’ouvrent à engager des nouveaux arrivants.»

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Pourquoi l’art?

«Les travailleurs n’ont pas nécessairement l’habitude de participer à des projets culturels et artistiques, donc ils sont en train de vivre ensemble une nouvelle expérience qui est nouvelle pour tout le monde. Ça crée comme un terrain de rencontres fertiles», observe Nancy Juneau.

«La recherche d’emploi continue d’être extrêmement difficile, surtout pour les nouveaux arrivants qui ne parlent pas anglais, parce qu’on a beau avoir une belle communauté francophone, mais il y a quand même une exigence d’être bilingue pour plusieurs postes», témoigne Marie-Pierre Proulx.

Photo : Venant Nshimyumurwa – Le Voyageur

«Tout passe par la culture, lance Denis Rioux. Que ce soit la lecture, la musique, la nourriture.»

À Sudbury, le Théâtre du Nouvel-Ontario (TNO) organise déjà depuis plusieurs années le concours Par ici le talent! pour tisser des liens entre les organismes culturels francophones de la ville et les nouveaux arrivants.

«Cette initiative communautaire a vraiment comme but de permettre aux gens de se rassembler, de vivre ensemble des expériences positives par le biais des arts et de la culture», explique la directrice artistique et codirectrice générale du TNO, Marie-Pierre Proulx.

Le concours en est à sa troisième édition. «C’était vraiment pour nous un premier contact avec des immigrants qu’on ne voyait pas à l’époque dans nos salles. Et pour eux, c’est une façon de découvrir la communauté, des nouvelles personnes, de faire des liens, ce qui peut aider à la rétention.»

«C’est un premier pas dans la bonne direction»

Marie-Pierre Proulx fait une mise en garde : c’est un travail de longue haleine. «C’est un premier pas dans la bonne direction. Il y a des gens qu’on a découverts à travers ce projet-là et avec qui on collabore maintenant de façon plus régulière ou qui font du bénévolat pour nous.»

«Il y a des gens qu’on voit plus régulièrement dans nos salles et qui ont découvert comment on fait du théâtre au Canada français.»

Cette expérience a aussi permis au TNO d’être plus sensible dans ses choix de programmation, notamment en faisant venir des spectacles d’ailleurs ou en créant des pièces «pour que les gens qui viennent par exemple de pays d’Afrique francophone puissent aussi se reconnaitre sur scène dans les spectacles professionnels», détaille la directrice artistique.

«C’est une chose qu’on s’est fait dire : “Oui, c’est bien qu’il y ait un théâtre francophone à Sudbury, mais on ne se reconnait pas nécessairement dans ce que vous présentez.”»

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Type: Actualités

Actualités: Contenu fondé sur des faits, soit observés et vérifiés de première main par le ou la journaliste, soit rapportés et vérifiés par des sources bien informées.

Déclaration sur les sources et la méthode:

Déclaration IA : Le présent article a été rédigé par une journaliste. Un outil d’intelligence artificielle a servi à la transcription des entrevues. La journaliste a révisé l’exactitude des extraits utilisés.

Camille Langlade

Cheffe de pupitre

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