Le président du RESDAC pour le Nouveau-Brunswick, Geoffroy Krajewski, a déploré en conférence de presse le 1er octobre que «des centaines de millions de dollars par an» sont versés à des organismes anglophones nationaux, «avec zéro retombée» pour les francophones en situation minoritaire.
L’organisme estime que la distribution du financement par le gouvernement fédéral ne respecte pas la Loi sur les langues officielles et s’en remet pour cela au Commissariat aux langues officielles pour trancher.
La plainte cible deux ministères : Emploi et Développement social Canada (EDSC) et Innovation, Sciences et Développement économique Canada (ISDE).
«Injustice»
Le RESDAC attend du Commissariat qu’il «documente tous les fonds» auxquels le RESDAC n’a pas forcément accès pour «avoir l’heure juste» sur les montants que les francophones en situation minoritaire n’ont pas reçus.
Le Plan d’action pour les langues officielles de 2023-2028 prévoit 208 millions de dollars sur 5 ans dès 2023-2024, et 54 millions par année après ces 5 ans via le Fonds d’habilitation pour les communautés de langue officielle en situation minoritaire, «destiné au développement des compétences, partout au Canada et dans les deux langues», écrit le gouvernement.
Le directeur général du RESDAC, Denis Desgagné, raconte en marge de la conférence de presse que son organisme avait souhaité signer une entente avec un bénéficiaire anglophone pour avoir accès aux fonds sur un projet. «Ils nous ont dit ne même pas avoir de formulaire en français!», dit-il, estomaqué.
Par ailleurs, les membres du RESDAC ne «sont pas consultés» en amont des ententes qui donnent accès aux fonds. Comme une bonne partie des organismes francophones, le RESDAC ne reçoit des fonds que par projet. Ceci ne garantit pas, à eux ni à leurs membres, de mettre en place une véritable stratégie de développement de compétences adaptées aux communautés francophones en situation minoritaire.
Comme les organismes anglophones ayant davantage l’oreille du gouvernement, il est difficile pour les francophones de se faire entendre et de recevoir leur «juste part», a fait valoir de son côté Geoffroy Krajewski. Ce dernier précise toutefois n’avoir «rien contre» les organismes anglophones.
Il déplore que le gouvernement fédéral leur demande de travailler avec les anglophones minoritaires du Québec, qui n’ont «pas la même réalité».
On ne demande pas de fonds supplémentaires, mais simplement d’avoir notre juste part
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Compétences en mouvance
Pour le développement de l’ensemble des compétences que les francophones en situation minoritaire doivent acquérir, soit la numératie, la littératie et l’utilisation de l’IA qui évolue très rapidement, le RESDAC a besoin de fonds pour accompagner des personnes qui «changent de métiers tous les trois, quatre ans et qui ont besoin de se requalifier», souligne Denis Desgagné.
«Il est essentiel de ne laisser personne derrière […] Comment demander aux personnes de développer leurs compétences en littératie numérique tout en développant leurs compétences socioémotionnelles, qui sont des éléments toujours plus recherchés? Les compétences acquises hors parcours formel ne sont pas accessoires», insiste Geoffroy Krajewski.
Il rappelle les «conséquences concrètes» que le manque de fonds, qui revient pourtant aux francophones, amène. Selon lui, un accès restreint au développement des compétences signifie «moins de moyens pour préparer les travailleurs aux transformations du marché du travail».
Qu’est-ce que le RESDAC?
Créé en 1991, le RESDAC représente les organismes des provinces et territoires chargés de répondre aux besoins de développement des compétences économiques et sociales des francophones en situation minoritaire. Ceci comprend l’alphabétisme, mais aussi bien d’autres compétences.
La reconnaissance des compétences des francophones nouvellement arrivés au Canada pour les former au marché de travail canadien toujours en transition est aussi l’une des missions du RESDAC.
