le Samedi 21 février 2026
le Samedi 21 février 2026 6:30 Société

Santé et IA : le pari risqué de l’autodiagnostic

Pourquoi faire confiance à Francopresse.
L’Association médicale canadienne (AMC) met en garde contre les dangers de l’intelligence artificielle et de la désinformation en ligne pour la santé publique.  — Photo : Christin Hume – Unsplash
L’Association médicale canadienne (AMC) met en garde contre les dangers de l’intelligence artificielle et de la désinformation en ligne pour la santé publique.
Photo : Christin Hume – Unsplash

FRANCOPRESSE – Si la majorité des Canadiens et des Canadiennes restent méfiants vis-à-vis de l’intelligence artificielle, cela ne les empêche pas de l’utiliser pour s’autodiagnostiquer, faute d’accès rapide au système de soins. Une tendance qui préoccupe les médecins partout au pays.

Santé et IA : le pari risqué de l’autodiagnostic
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Si seulement 27 % des Canadiens et des Canadiennes estiment que l’intelligence artificielle (IA) peut fournir des renseignements fiables en matière de santé, près d’un sur deux utilise tout de même ces outils pour obtenir des conseils.

C’est ce que révèle l’Étude de suivi sur la santé et les médias 2026 de l’Association médicale canadienne (AMC), menée auprès de 5000 personnes.

Une large majorité (89 %) se tourne vers Internet pour obtenir de l’information en santé, principalement parce que cette option est jugée plus rapide et plus pratique, malgré les risques de conséquences néfastes.

Un système à bout de souffle

«L’explication, c’est malheureusement le manque d’accès aux soins de santé au Canada», amorce le Dr Jean-Joseph Condé, médecin de famille et porte-parole francophone de l’AMC.

Le Dr Jean-Joseph Condé est médecin de famille et porte-parole francophone de l’Association médicale canadienne. 

Photo : Courtoisie

«Les gens y vont parce que c’est plus rapide de consulter l’IA que de consulter un médecin; 6,5 millions de Canadiens actuellement n’ont pas de médecin de famille ou d’équipe de première ligne pour les prendre en charge.»

«Et parmi ceux qui ont la chance d’en avoir, 50 % nous disent qu’ils ne sont pas capables de les consulter dans un délai raisonnable», observe-t-il.

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Méfiance et défiance

L’étude de l’AMC montre toutefois que la population distingue encore clairement les sources fiables : 85 % font confiance aux médecins pour les aider à naviguer dans le flot d’informations lié à la santé.

La majorité des répondants et des répondantes (64 %) disent être régulièrement exposés à des informations trompeuses en matière de santé. Un niveau comparable aux années précédentes.

Cette exposition alimente un scepticisme généralisé : près de 7 personnes sur 10 (69 %) affirment désormais douter de toute information en matière de santé trouvée en ligne, même lorsqu’elle provient de sources supposées fiables.

Ce qui nous inquiète le plus, c’est le 27 % qui font confiance à l’information qu’ils obtiennent de l’IA.

— Dr Jean-Joseph Condé

Les Canadiens et Canadiennes qui ont suivi des conseils en matière de santé issus de sources d’IA sont cinq fois plus susceptibles d’avoir subi des effets néfastes que ceux et celles qui ne l’ont pas fait, alerte-t-il.

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Risques réels sur la santé

«On parle aussi d’une érosion de la confiance envers certains médias, les réseaux sociaux et le système en général», poursuit le Dr Condé.

En ligne, les gens vont lire des informations différentes de ce que va proposer leur professionnel de santé, «donc ça crée de la confusion quant au traitement, et de la réticence».

«Ils hésitent à croire le médecin, ils se questionnent, ils vont aller faire d’autres recherches, donc ça érode la confiance. Ils sont réticents face à des traitements qui sont prouvés comme étant scientifiquement et médicalement efficaces.»

Certaines personnes retardent même le début de leur traitement. C’est le cas de l’un de ses patients, qui a repoussé le début de sa chimiothérapie «parce qu’il avait lu sur Internet que c’était du poison».

Le contexte américain joue aussi un rôle dans cette perte de confiance : 77 % des répondants et des répondantes se disent préoccupés par la hausse des fausses informations en provenance des États-Unis.

La hausse des cas de rougeole au Canada suit celle observée aux États-Unis.

En 1998, la rougeole était complètement éradiquée au Canada. Et là, en 2025, imaginez-vous, nous avons eu 5400 cas de rougeole au Canada en un an. Pourquoi? Parce que les gens hésitent à se faire vacciner et ne font plus vacciner leurs enfants.

— Dr Jean-Joseph Condé

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Double responsabilité

Face à cette situation, l’AMC exhorte les gouvernements et les plateformes numériques à encadrer l’IA et à investir dans des sources d’information certifiées pour protéger la population.

En octobre 2025, l’organisme a présenté une série de recommandations au gouvernement fédéral visant à orienter le développement de l’IA de manière à renforcer la confiance du public, à protéger la vie privée et à améliorer les soins de santé pour l’ensemble de la population.

«Il y a une double responsabilité : c’est le rôle des gouvernements de responsabiliser les plateformes des grands médias sociaux et il y va de la responsabilité des grands médias sociaux de contrôler l’information qui est véhiculée sur leur propre site», statue Dr Jean-Joseph Condé.

Au niveau provincial, le médecin estime qu’il faut particulièrement augmenter les ressources en première ligne, avec la mise sur pied de plus d’équipes multidisciplinaires.

On le sait aujourd’hui, le médecin ne peut plus être la seule porte d’entrée du réseau de la santé. Il faut travailler en équipe. Ça va nous prendre des infirmières, des infirmières praticiennes spécialisées, des physiothérapeutes, des pharmaciens.

Et le porte-parole d’ajouter : «Si on augmente l’accès aux soins, les gens auront moins besoin de consulter l’IA. Parce que quelles sont les options d’un patient qui n’a pas accès aux soins? C’est d’aller attendre 12 heures, 16 heures dans une salle d’urgence ou de consulter l’IA.»

Vérifier ses sources

Le Dr Condé remarque qu’auparavant, les gens devaient fournir un effort de recherche en ligne. «On pouvait taper un symptôme, une maladie, mais après ça vous deviez choisir sur quel site Internet vous alliez lire l’information. Le problème avec l’IA, c’est qu’on ne connait pas les sources.»

Il enjoint les personnes à toujours vérifier leurs sources et de se référer à des spécialistes et organismes reconnus et locaux, comme l’hôpital communautaire, la pharmacie.

La télémédecine constitue aussi un premier rempart. «Il y a certains problèmes qu’on peut régler par télémédecine, ce qui évite au patient un déplacement, de perdre une demi-journée de travail pour aller à son rendez-vous.»

Mais les outils numériques restent souvent insuffisants. «Pour certaines pathologies, il faut quand même examiner le patient, être capable de faire un examen physique pour avoir un diagnostic», nuance-t-il.

En toile de fond, l’étude illustre un écosystème informationnel fragmenté : malgré une confiance en déclin, les jeunes générations privilégier encore les médias sociaux pour s’informer, alors que les babyboumeurs privilégient la télévision.

Le Dr Condé rappelle que les médias d’information ont également un rôle à jouer dans la diffusion d’informations vérifiées.

Type: Actualités

Actualités: Contenu fondé sur des faits, soit observés et vérifiés de première main par le ou la journaliste, soit rapportés et vérifiés par des sources bien informées.

Déclaration sur les sources et la méthode:

Déclaration IA : Le présent article a été rédigé par une journaliste. Un outil d’intelligence artificielle a servi à la transcription des entrevues. La journaliste a révisé l’exactitude des extraits utilisés.

Données de parution:

Montréal

Camille Langlade

Cheffe de pupitre

Adresse électronique: