«Nous sommes en 2026 et le constat est clair : la demande en santé mentale dépasse toujours l’offre traditionnelle. La pandémie a non seulement exposé, mais amplifié les lacunes de notre système de santé», a amorcé Louis Moubarak, gestionnaire principal des affaires extérieures et des relations francophones à la Commission de la santé mentale du Canada (CSMC).
Le spécialiste a brossé un portrait succinct de la cybersanté mentale au pays avant de répondre aux questions des participants et des participantes.
La cybersanté mentale désigne l’utilisation des technologies numériques pour fournir des soins et de l’information en matière de santé mentale.
Elle inclut, entre autres, les applications pour téléphones intelligents, les portails d’information en ligne, les dispositifs de réalité virtuelle, la coordination des parcours de soins, la prévention, l’autogestion, la téléconsultation ou l’entraide.
Intégrer la cybersanté dans le système
Face à une demande exponentielle et des listes d’attente qui ne cessent de s’allonger, la technologie peut apporter un début de solution. «Elle permet de franchir les barrières géographiques et temporelles», note Louis Moubarak.
La CSMC a élaboré la première stratégie nationale de cybersanté mentale au pays afin de structurer cette discipline et la rendre accessible à toute la population. «La cybersanté mentale doit faire partie intégrante du système [de santé].»
«Les données montrent que les solutions numériques peuvent être aussi efficaces que les traitements en personne et souvent plus rapides», commente le spécialiste.
Il rappelle que ce système doit inclure les principes IDEA (Inclusion, Diversité, Équité, Accessibilité) et des contenus adaptés culturellement, notamment pour les communautés autochtones.
La CSMC recommande en outre la création d’une plateforme nationale, à l’image de l’initiative Head to Health en Australie, un service d’aide en santé mentale gratuit.
Il est essentiel que le public et les professionnels aient accès à un guichet unique de ressources fiables
Les outils de santé mentale numérique permettent de rejoindre des populations qui se trouvent isolées géographiquement des centres de soins, mais aussi les minorités linguistiques, car ils peuvent proposer des services dans plusieurs langues.
Louis Moubarak est gestionnaire principal des affaires extérieures et des relations francophones à la Commission de la santé mentale du Canada (CSMC).
Populations isolées
Parmi les obstacles à la santé mentale numérique, Louis Moubarak identifie, entre autres, «la réticence ou le manque de confiance des cliniciens».
«La recommandation clé est de développer et intégrer des compétences en cybersanté mentale dans les programmes de formation initiale et continue. Une personne professionnelle doit savoir quand et comment intégrer un outil numérique, évaluer son efficacité et assurer une prise en charge éthique.»
L’accès à la technologie peut également représenter un défi pour certaines populations, notamment celles vivant en milieu rural. Si des personnes ne disposent pas d’un accès Internet suffisant pour utiliser des outils en ligne, Louis Moubarak les encourage à se rendre chez leur pharmacien ou leur pharmacienne.
«Dans certains centres, on peut avoir accès à un ordinateur pour pouvoir faire une session de télésanté», ajoute-t-il.
«ChatGPT n’est pas un psychologue»
Le spécialiste a tenu à rappeler que l’intelligence artificielle ne saurait remplacer des professionnels de santé. «ChatGPT n’est pas un psychologue.»
Il ne faut pas prendre à la lettre ce qui est proposé par un robot. Ça reste un outil.
Il conseille plutôt l’utilisation d’applications comme ChillTime ou Mindshift, qui proposent des séries d’exercices (en anglais et en français) pour réduire son anxiété.
«Ces applications font attention et stockent leurs données d’une façon sécuritaire et confidentielle. Vos données ne sont partagées avec personne, alors qu’avec ChatGPT, on ne sait pas où nos données vont se ramasser finalement.»
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Désamorcer une crise
Louis Moubarak souligne que la cybersanté mentale sert avant tout à désamorcer une crise et «trouver immédiatement de l’aide». Mais cela ne remplace pas un rendez-vous en présentiel.
En cas d’urgence, la ligne fédérale téléphonique 988, gratuite et disponible 24 h/24, permet aux personnes ayant besoin d’un soutien immédiat d’obtenir de l’aide, soit en parlant à un psychothérapeute ou en étant redirigées au centre de crise le plus proche, par géolocalisation.
Le spécialiste invite plutôt les francophones en situation minoritaire à choisir l’option de parler à un professionnel en français en ligne, sinon, «vous allez vous ramasser à parler en anglais».
«Le principal pour désamorcer une situation en santé mentale, c’est de parler à quelqu’un de ce qu’on ressent», insiste-t-il. Cela peut être à un ami, un collègue ou tout simplement quelqu’un de confiance.
