Francopresse : Comment vous est venue l’idée de produire ce dictionnaire?
Amadou Ba : Il repose sur plusieurs constats fondamentaux, qui sont à la fois des faits historiques, pédagogiques ou des faits sociaux.
Amadou Ba est chargé de cours en Ontario, à la l’Université Nipissing à North Bay et à l’Université Laurentienne. Il est passionné par l’histoire des Noirs au Canada et a déjà publié des ouvrages sur le sujet.
Le premier c’est l’absence manifeste au Canada d’un dictionnaire spécifique consacré à l’histoire, aux figures et aux concepts, même aux contributions, des Afro-Canadiens. Je n’en ai pas encore vu dans mes recherches, ni en anglais, ni en français.
La deuxième raison est liée à l’actualité politique. C’était quand le ministre de l’Éducation de l’Ontario a annoncé en février 2024 l’introduction d’un apprentissage obligatoire portant sur l’histoire et les contributions des Canadiens et Canadiennes noirs pour les élèves de 7e, 8e et 10e année en histoire.
C’est une décision que j’ai saluée. Elle permet non seulement de corriger une injustice historique éducative profondément ancrée, mais aussi d’assurer à tous les élèves qui termineront leurs études secondaires en Ontario de disposer d’un socle minimum de connaissances sur l’histoire afro-canadienne et leurs contributions à la construction nationale canadienne.
Je sais que cet enseignement de l’histoire des Noirs, ça mettra en lumière la diversité des communautés noires qui sont formées et développées au Canada, non seulement après la Confédération, mais aussi avant.
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Pourquoi ce dictionnaire était-il nécessaire?
Il y a un dictionnaire franco-ontarien, un dictionnaire des Autochtones. En fait, beaucoup de peuples ont leur dictionnaire et c’est très, très important d’avoir des ressources pédagogiques qui sont destinées aux élèves, aux étudiants et aux enseignants pour vraiment que les gens puissent apprendre l’histoire de ces communautés-là.
Mais je vois que la communauté afro-canadienne demeure largement privée d’outils équivalents.
Enseigner l’histoire afro-canadienne, c’est aussi offrir aux élèves des outils pour comprendre la diversité humaine, déconstruire les stéréotypes et développer leur empathie.
Le problème qui se passe aujourd’hui avec les Noirs, disons, en Occident et ailleurs dans le monde, c’est le fait qu’il n’y a pas eu de reconnaissance de l’esclavage, il n’y a pas eu de reconnaissance pour ce qui est de l’Afrique, de la colonisation. Et tant qu’il n’y a pas de reconnaissance, il n’y a pas de repentance.
Si vous demandez à quelqu’un qui n’aime pas les Noirs : «Pourquoi tu ne les aimes pas?», ils ne vont pas vous donner des réponses crédibles. C’est juste parce que c’est l’histoire, c’est l’héritage et que l’éducation n’a pas été donnée pour que les choses puissent changer.
Qu’est-ce qu’on retrouve dans le dictionnaire?
Il y a 300 mots qui portent à la fois sur des personnalités, des faits historiques, des lieux, des musées, des dates, des réussites économiques… En fait, tout ce qui renvoie à l’identité, au marqueur, de cette communauté. C’est tiré de mes recherches, que je fais depuis dix ans.
J’y parle de grandes figures, comme John Ware, le cowboy noir de l’Alberta. James Douglas, qui fut le premier gouverneur de la Colombie-Britannique dans les années 1850. Je parle des Amazones des neiges – tiré d’un autre de mes livres –, 15 grandes femmes afro-canadiennes qui ont vécu entre 1725 et 1982. Il y a des artistes, des leadeurs politiques, des scientifiques…
Donc, quand vous regardez l’histoire afro-canadienne, il y a de tout.
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Comptez-vous traduire votre dictionnaire?
Oui, absolument. J’ai l’intention de le traduire en anglais. Si tout se passe comme prévu, j’aimerais bien, malgré mes occupations, avoir la version anglaise avant qu’on célèbre Noël prochain.
S’il est adopté par le milieu de l’éducation, cela facilitera-t-il sa traduction?
Oui. C’est un dictionnaire qui a vraiment sa place dans le milieu éducatif, dans les bibliothèques. Mais sinon, je crois bien que je le ferai à mes frais.
Les propos ont été réorganisés pour des raisons de longueur et de clarté.
