le Samedi 31 janvier 2026
le Samedi 31 janvier 2026 6:30 Sciences et environnement

Sous pression : les athlètes de sports d’hiver face au climat

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À quelques jours de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina, des athlètes canadiens alertent sur les impacts des changements climatiques sur leur pratique, mais aussi sur l’importance de passer à l’action.  — Photo : Patrick T’Kindt – Unsplash
À quelques jours de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina, des athlètes canadiens alertent sur les impacts des changements climatiques sur leur pratique, mais aussi sur l’importance de passer à l’action.
Photo : Patrick T’Kindt – Unsplash

FRANCOPRESSE – À l’approche des Jeux olympiques d’hiver de Milano-Cortina, les athlètes du Canada se retrouvent aux premières loges des changements climatiques. Entre adaptation forcée et enjeux de santé, plusieurs cherchent à utiliser leur tribune pour appeler à l’action. En attendant un vrai changement de ton et de fond.

Sous pression : les athlètes de sports d’hiver face au climat
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«Les changements que j’ai vus depuis une dizaine d’années, c’est complètement fou, lâche Philippe Marquis, double olympien et désormais entraineur-chef de l’équipe canadienne de bosses de prochaine génération.

Philippe Marquis a fait partie de l’équipe canadienne de ski acrobatique jusqu’en 2019. Il a participé à deux Olympiques en 2014 et en 2018. Il est depuis 2022 l’entraineur-chef de l’équipe canadienne de bosses de prochaine génération. 

Photo : Courtoisie

Le déclic survient en 2017-2018, vers la fin de sa carrière. L’été, les glaciers sur lesquels le skieur acrobatique s’entraine se dégradent à vue d’œil.

«La glace était ternie, grise, il y avait des particules de déchets», raconte-t-il en évoquant le glacier de la Grande-Motte, en France. En Colombie-Britannique, le glacier Horstman fond si vite que les zones skiables doivent être relocalisées. «Depuis trois ans, il n’opère plus et a complètement fermé par manque d’épaisseurs de neige.»

Deux exemples qui illustrent, selon lui, les effets du réchauffement climatique et, «c’est là que c’est épeurant», la rapidité à laquelle ces changements opèrent, avec à la clé des annulations de compétitions en cascade.

À lire aussi : «Je n’ai jamais vu ça avant» : les glaciers inquiètent de plus en plus les scientifiques

De 93 à 22 sites potentiels pour les Jeux d’hiver

Selon une récente étude de l’Université de Waterloo menée par le professeur Daniel Scott, sur les 93 sites actuellement équipés pour accueillir des compétitions de sports d’hiver de haut niveau, seuls 52 pourraient encore recevoir des Jeux d’hiver d’ici 2050, et 22 les Jeux paralympiques.

Les chercheurs soulignent également le rôle crucial de l’enneigement artificiel : sans lui, seuls quatre sites resteraient viables pour accueillir des Jeux d’ici les années 2050.

Des solutions existent, assure Anik Champoux, directrice des programmes et du markéting à Protect Our Winters Canada, «mais il faut faire plus que l’adaptation».

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Effets sur la santé physique et mentale

Entre hausse et baisse soudaine de températures, chutes de neige puis de pluie, «il n’y a rien de stable», résume Anik Champoux, directrice des programmes et du marketing à Protect Our Winters (POW) Canada. Une instabilité qui met à rude épreuve les corps, mais aussi les esprits.

«C’est toutes des petites choses qu’on peut faire, mais tous ensemble, ça peut avoir un grand impact», veut croire Anik Champoux de l’organisme POW. 

Photo : Courtoisie

«Ce n’est pas facile», confie Philippe Marquis. Il faut être flexible et «ouvert à avoir des plans qui changent à la dernière minute».

Selon lui, les nouvelles générations d’athlètes doivent être mieux préparées, tant sur le plan physique que mental, pour gérer les imprévus et des conditions de pratique de plus en plus difficiles.

Cette imprévisibilité pèse aussi sur la sécurité des pistes et crée une pression supplémentaire pour les fédérations internationales, qui doivent respecter leurs engagements envers leurs commanditaires.

«On a moins de neige et de la neige qui a souvent été conservée de l’année précédente, qui est usée, a glacé, fondu et refigé», témoigne le skieur. Une neige plus dure, et donc moins sécuritaire.

Sans disposer de données scientifiques précises, il dit avoir observé une augmentation des blessures autour de lui depuis deux ans.

De l’adaptation…

Certains athlètes font pression pour changer le calendrier et réduire leur impact carbone. «Tant qu’à voyager d’un bord à l’autre du pays, est-ce qu’on peut rapprocher certains évènements qui sont dans la même région?», propose Anik Champoux.

Elle prend aussi l’exemple des Jeux paralympiques, qui ont lieu après les JO et qui font souvent face à des conditions de neige encore plus difficiles. Pourquoi ne pas les «commencer un peu plus tôt, au mois de janvier», suggère-t-elle.

On essaie de faire beaucoup d’entrainement à un même endroit pendant une plus longue durée. Au lieu de faire trois voyages dans l’été, on essaie d’en faire deux.

— Philippe Marquis

Jules Burnotte souligne que certaines technologies pour faire de la neige artificielle consomment moins d’énergie qu’un aréna ou qu’un centre d’achat. 

Photo : Courtoisie

«Ça prend de gros changements systématiques. C’est pour ça que les athlètes s’impliquent pour être des porte-paroles, des éducateurs, utiliser leur voix» pour appeler à l’action climatique, avance Anik Champoux.

Pour elle, leur voix est d’autant plus audible qu’ils et elles sont adoubés par le public et souvent érigés en modèles au sein de la jeunesse. Ils apportent une perspective différente, sans agenda : «Ce ne sont pas des scientifiques, ce ne sont pas des gens qui sont au gouvernement.»

…à la mobilisation

Philippe Marquis l’avoue : il a commencé à s’éduquer vers la fin de sa carrière, en s’entourant de spécialistes de l’environnement. «Ça m’a permis d’avoir une communauté autour de moi pour faire un peu d’efforts de lobbying, d’en parler un peu plus sur mes plateformes, mes réseaux sociaux.»

Depuis plusieurs années, il observe une mobilisation grandissante chez les athlètes partout dans le monde et dans toutes les disciplines.

Et l’olympien d’ajouter : «Quand on en parle, quand on s’organise […] on peut avoir un impact auprès de nos gouvernements et des entreprises, qui, eux, mettent des règlementations en place et prennent des décisions.»

Lettre ouverte à Mark Carney

En octobre dernier, près de 80 athlètes du Canada ont signé une lettre ouverte (en anglais) destinée au premier ministre, Mark Carney, lui demandant de garder l’urgence climatique et la protection de la planète parmi ses priorités.

«Des Jeux olympiques aux Coupes du monde en passant par les championnats nationaux, la chaleur extrême, le recul des glaciers, la diminution de l’enneigement et la mauvaise qualité de l’air menacent et ont détruit les sites sur lesquels nous comptons et dont nous avons besoin», écrivent-ils.

L’immense vitrine dont bénéficient les athlètes – notamment lors des Jeux olympiques – pourrait être mise au service de l’action climatique. «Ce serait assez dommage de ne pas se servir de cette tribune», estime le biathlète québécois Jules Burnotte.

Il ne faut pas opposer le sport puis le climat; il faut trouver des façons de faire du sport d’élite en faisant la promotion d’une certaine sobriété.

— Jules Burnotte

À lire aussi : Le consensus sur l’action climatique est plus grand que la population le croit

Moins de neige, moins longtemps

Mais au-delà de la mobilisation, les limites physiques du terrain se font déjà sentir.

Angelica Alberti-Dufort est spécialiste en recherche et transfert des connaissances à Ouranos. 

Photo : Courtoisie

«Dans les régions les plus au sud du Québec – qui sont aussi celles où l’on trouve les principales stations de ski alpin –, on s’attend à une diminution de la neige au sol en quantité et aussi en durée», rapporte Angelica Alberti-Dufort, spécialiste en recherche et transfert des connaissances à Ouranos.

Certaines stations investissent dans la neige artificielle ou même des couvertures isolantes pour conserver la neige d’une saison à l’autre. «On fait aussi le snow farming où on déplace la neige et on essaie de mettre ça sur le glacier pour essayer de réparer les choses», décrit Anik Champoux.

Selon Jules Burnotte, les sportifs de haut niveau ont toujours trouvé des solutions pour s’entrainer et continueront d’en trouver : «Il y a toujours bien de la neige quelque part.»

En revanche, il se montre plus inquiet pour les nouvelles générations d’athlètes et la population en général, qui n’ont pas les mêmes ressources. «On peut s’imaginer qu’il y aura moins de relève.»

Réaménager les stations

L’aménagement des stations et des terrains peut également avoir un impact sur la rétention du couvert de neige, indique Angelica Alberti-Dufort. «Dans les zones très agricoles, il va y avoir de grandes étendues avec pas d’arbres. Le vent va avoir tendance à balayer la neige, donc d’avoir des haies ça peut vraiment aider à garder le couvert de neige.»

«Des fois, les stations sont prises avec des aménagements qui ont été faits il y a longtemps. Peut-être qu’elles vont commencer à réfléchir à vraiment revoir l’orientation des pistes par rapport au vent, ou planter des arbres sur les versants skiables, pour aider à réduire le vent.»

Changer le système «au complet»

Fédérations, organismes, commanditaires, équipementiers : tous ont un rôle à jouer. «Ça reste quand même timide […] Le bras de fer se fait en ce moment beaucoup auprès des athlètes qui eux se font de plus en plus vocaux», analyse Philippe Marquis.

Le skieur acrobatique souligne toutefois l’effort croissant des fédérations, «qui se parlent entre elles et essaie de mettre de meilleures pratiques en place». L’autre levier d’action reste le choix des commanditaires.

Il faut tourner nos dos aux commanditaires pétroliers et gaziers.

— Anik Champoux

Jules Burnotte milite pour des publicités tournées vers le transport en commun, les mobilités douces, le matériel usagé ou encore des centres communautaires.

«On atteindrait tellement de gens sur une échelle large, puis on rendrait en même temps le sport plus accessible en allant rejoindre des gens qui n’ont peut-être pas les moyens de s’acheter ce que les commanditaires mettent de l’avant.»

Selon lui, cela donnerait «un nouveau ton», encore peu entendu dans le sport actuellement. «C’est difficile d’être la première personne à faire un grand pas. Tout le monde fait un peu des petits pas par-ci, par-là.»

«Ça coute cher. Il y a des solutions qu’ils peuvent entreprendre, mais des fois, c’est de l’effort», conçoit Anik Champoux. «Il faut vraiment que ça soit le système au complet.»

Marion Thénault, athlète carboneutre

La skieuse acrobatique québécoise Marion Thénault s’est engagée à rendre son parcours vers Milano Cortina 2026 carboneutre. Elle essaie d’adapter ses déplacements, notamment en avion.

L’athlète intervient aussi dans les écoles pour parler de l’action climatique et collabore avec plusieurs organismes pour rendre les évènements sportifs plus écoresponsables.

Elle affirme que ses efforts lui ont permis de réduire de 27 % ses émissions de GES.

Le nerf de la guerre

Car oui, l’argent reste – encore et toujours – l’éternel nerf de la guerre. «Le sport est dans un système qui est sous-financé présentement, qui est sous haute pression et tension, autant médiatique qu’à l’interne», reconnait Philippe Marquis.

Dans ce contexte, les changements climatiques sont parfois relégués au second plan. «Les organisations sont quand même limitées en termes de ressources autant humaines que financières pour mettre de l’avant des principes de durabilité et des coresponsabilités qui vont avoir vraiment un réel impact dans l’avenir.»

Une fédération qui se coupe de revenus risque en outre de perdre de l’influence. «C’est un jeu qui se joue comme ça. Autant dans le sport que dans les médias et tous les domaines : quand on décide de jouer plus petit, on joue avec moins de ressources», tranche Jules Burnotte.

Philippe Marquis se dit à la fois craintif et confiant pour l’avenir, avec «un brin d’optimisme».

Quand on a des situations de chaos ou de changements brusques, ça force la société, les communautés, les gens, à s’adapter et à mettre sur pied des technologies ou des pratiques qui vont faire en sorte qu’éventuellement on va passer à travers.

— Philippe Marquis

Le Comité olympique canadien (COC) vient de dévoiler un plan visant, entre autres, à promouvoir la lutte contre les changements climatiques. Le mouvement est lancé… reste à voir si l’effet boule de neige suivra.

Type: Actualités

Actualités: Contenu fondé sur des faits, soit observés et vérifiés de première main par le ou la journaliste, soit rapportés et vérifiés par des sources bien informées.

Déclaration sur les sources et la méthode:

Déclaration IA : Le présent article a été rédigé par une journaliste. Un outil d’intelligence artificielle a servi à la transcription des entrevues. La journaliste a révisé l’exactitude des extraits utilisés. Un outil d’intelligence artificielle a été utilisé pour appuyer la révision du titre et/ou du chapeau.

Données de parution:

Montréal

Camille Langlade

Cheffe de pupitre

Adresse électronique: