le Dimanche 31 août 2025
le Samedi 30 août 2025 6:30 Éducation

Garderies à 10 $ : des prix en baisse, mais toujours pas assez de places

Pourquoi faire confiance à Francopresse.
Bien que les prix aient baissé et que de nouvelles places aient été créées dans le cadre des accords bilatéraux entre 2021 et 2025, un «développement massif du secteur privé et à but lucratif» prime sur les services publics, selon une étude.  — Photo : Freepik
Bien que les prix aient baissé et que de nouvelles places aient été créées dans le cadre des accords bilatéraux entre 2021 et 2025, un «développement massif du secteur privé et à but lucratif» prime sur les services publics, selon une étude.
Photo : Freepik
FRANCOPRESSE – Les garderies à 10 $ par jour et la création de places ne progressent pas à la même vitesse partout au Canada. Il y a cependant du mieux : les prix diminuent comparativement à 2020, année précédant l’accord entre le fédéral et les provinces. Une étude fait le point sur la promesse lancée par Justin Trudeau.
Garderies à 10 $ : des prix en baisse, mais toujours pas assez de places
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Lancé en 2021 par Justin Trudeau, le Système pancanadien d’apprentissage et de garde des jeunes enfants (SPAGJE) avait deux objectifs : créer de nouvelles places et offrir un tarif de 10 $ par jour par enfant.

À sept mois de la première échéance, fixée à mars 2026, ces deux cibles ne sont pas encore atteintes, malgré des progrès, souligne une étude du Centre canadien de politiques alternatives (CCPA).

Au premier trimestre de 2025, plus de 153 000 places ont été créées, alors qu’il devait y en avoir 210 000 à la fin de 2024-2025, recense l’étude.

Ce constat s’appuie sur la nouvelle base de données qu’elle a créée, qui suit individuellement les 1,32 million de places en services de garde agréés dans les provinces.

À lire aussi : Pénurie de garderies francophones : 4 enfants sur 5 sans place en français

Plus de places, mais des objectifs non atteints

Sur la situation globale de l’offre en garderie au Canada, David Macdonald affirme en entrevue que «la plupart des provinces ont du mal à atteindre les objectifs indiqués dans les ententes» concernant les cibles.

David Macdonald est l’auteur d’une étude qui fait le bilan global de l’accord entre le gouvernement fédéral et les provinces et territoires sur les garderies au Canada, à quelques mois de l’échéance de mars 2026. 

Photo : Courtoisie

«Pour atteindre les objectifs prévus en 2025-2026, les provinces devront combler les manques à gagner à date et ensuite, poursuivre le développement», indique-t-il.

Les provinces les plus avancées sont la Colombie-Britannique et le Nouveau-Brunswick, qui excèdent même les cibles qu’elles s’étaient fixées. L’Ontario et l’Île-du-Prince-Édouard les talonnent.

En revanche, les autres provinces et territoires sont majoritairement en deçà de leurs cibles au premier trimestre de 2025, selon l’étude. Par exemple, le Manitoba, la Nouvelle-Écosse et la Saskatchewan n’ont pas «d’augmentation de places dans les déserts de garderie», fait valoir David MacDonald.

La Saskatchewan «demeure la province où le pourcentage d’enfants vivant dans un désert de services de garde est le plus élevé à 51 %, mais la situation s’est améliorée par rapport au point de départ de 70 % en 2022», indique l’étude.

Pour l’auteur, à ce point-ci, «c’est clair que ces provinces ne vont pas atteindre leur cible» d’ici 2026.

Peu de place pour la francophonie

Au niveau des places réservées aux francophones hors Québec, la plupart des provinces évoquent, entre 2021 et 2023, des investissements, des outils pour développer le français, des mesures pour retenir la main-d’œuvre, la consultation des communautés francophones en milieu minoritaire ou encore des aménagements d’espaces de garde.

Mais dans les ententes 2021-2026 signées avec le gouvernement fédéral, six provinces et deux territoires ne garantissent pas noir sur blanc des places pour les enfants francophones en situation linguistique minoritaire, en particulier dans les déserts de services de garde règlementés.

Il s’agit de l’Alberta, du Manitoba, de l’Île-du-Prince-Édouard, de la Nouvelle-Écosse, du Nunavut, de la Saskatchewan – qui ne mentionnent même pas les francophones comme tels – , des Territoires du Nord-Ouest et du Yukon.

En entrevue, le directeur général de la Commission nationale des parents francophones (CNPF), Jean-Luc Racine, rapporte toutefois que le Yukon prévoit d’ouvrir 48 places pour les francophones en janvier 2026.

Il indique aussi qu’à l’Île-du-Prince-Édouard, deux nouvelles garderies francophones ouvriront en 2027. Les détails seront dévoilés prochainement.

À lire aussi : L’«hécatombe» dans les services de garde francophones

D’autres cibles francophones plus précises

À l’inverse, la Colombie-Britannique, Terre-Neuve-et-Labrador, le Nouveau-Brunswick et l’Ontario sont plus précis.

Par exemple, le Programme des affaires francophones de la Colombie-Britannique soutient l’accès aux services en français pour environ 70 000 francophones et 300 000 francophiles, précise l’entente, sans garantir de places annuelles.

Depuis le 1er septembre 2024, la Fédération des parents francophones de Colombie-Britannique gère, à travers Le Phare C.-B., un centre dédié uniquement aux services de garde francophones. Celui-ci répertorie les garderies francophones à travers la province et offre ressources et aide en matière de garde d’enfants.

Terre-Neuve-et-Labrador a garanti de son côté 30 places supplémentaires en 2023, 65 en 2024 et 165 en 2025. Les communautés rurales sont aussi visées, avec des places distinctes.

Au Nouveau-Brunswick, l’Acadie Nouvelle rapportait en février 2025 que 462 places devaient être créées au cours de l’année, dont la moitié à Moncton. Les villes de Campbellton et Bathurst ne sont pas visées par la création de places.

Étant la province comptant le plus de francophones, l’Ontario vise dans son entente 2021-2026 à «maintenir ou augmenter le niveau actuel de 19 900 places en garderie agréées comportant des programmes en français et de 5600 places agréées comportant des programmes bilingues pour les enfants de 0 à 5 ans d’ici l’exercice financier 2025 à 2026».

Les prix chutent depuis 2021

Le 6 mars 2025, le gouvernement fédéral a précisé que 11 provinces et territoires sur 13 ont prolongé ou sont en train de prolonger les accords concernant le programme national de garde d’enfants à 10 $ jusqu’au 31 mars 2031.

Toutes les provinces et territoires ont reçu un nouveau financement pour créer davantage de places d’ici 2031.

Un défi chiffré par l’étude relève que seulement 30 % des places ont été créées dans le secteur public ou à but non lucratif. Les autres ont été ouvertes dans de nouveaux services de garde en milieu familial.

Nous n’assistons pas au développement public des services de garde au Canada, mais plutôt au développement massif du secteur privé et à but lucratif.

— Étude du Centre canadien de politiques alternatives

En entrevue avec Francopresse, David Macdonald confirme toutefois «une énorme diminution» dans les frais que les parents paient : «On a plusieurs provinces, comme l’Alberta ou l’Ontario, où les frais ne sont pas à 10 $ par jour, mais ils sont beaucoup plus bas qu’ils ne l’étaient en 2019.»

Le chercheur David Macdonald rappelle que l’objectif du gouvernement fédéral : «d’un tarif moyen de 10 $ par jour» est bien différent «d’un tarif maximum de 10 $ par jour».

La «moyenne» ne donne pas le même niveau de transparence qu’un tarif fixé à 10 $.  Ainsi, certains parents pourraient payer des frais de garde plus élevés que 10 $.

Type: Actualités

Actualités: Contenu fondé sur des faits, soit observés et vérifiés de première main par le ou la journaliste, soit rapportés et vérifiés par des sources bien informées.

Déclaration sur les sources et la méthode:

Déclaration IA : Un outil d’intelligence artificielle a servi à la transcription des entrevues. La journaliste a révisé l’exactitude des extraits utilisés.

Données de parution:

Ottawa

Inès Lombardo

Correspondante parlementaire

Adresse électronique: