le Mardi 25 janvier 2022
le Mercredi 5 janvier 2022 7:30 | mis à jour le 5 janvier 2022 9:28 Chroniques et éditoriaux

Souffler sur les braises

Fin 2021, une organisation intergouvernementale suédoise brossait un portrait bien sombre de la démocratie à travers le monde.  — Roman Kraft – Unsplash
L’AURORE BORÉALE (Yukon) — Fin 2021, une organisation intergouvernementale suédoise brossait un portrait bien sombre de la démocratie à travers le monde. L’International Institute for Democracy and Electoral Assistance avance qu’en 2020, plus du quart de la population mondiale évoluait dans un pays en recul démocratique.

Pire, pour la cinquième année consécutive, le nombre de pays tendant vers l’autoritarisme a dépassé le nombre de ceux sur la voie de la démocratie. Nos voisins du sud sont qualifiés de démocraties en recul, une première pour les États-Unis.

Si plusieurs démocraties vacillent, qu’en est-il de la nôtre? 2020 : Postmedia Network ferme 15 journaux locaux en Ontario et au Manitoba. Pour plusieurs, c’est rouvrir une plaie déjà bien douloureuse. De nombreux journaux communautaires subissent le même sort coup sur coup au Québec depuis 2018. La presse locale joue les funambules depuis trop longtemps.

Consultez le site de L’Aurore boréale

Voilà maintenant un an presque jour pour jour que j’occupe le poste de (seule) journaliste pour ce journal. Avec une équipe élargie de plus de 20 personnes (pigistes, graphiste, correctrice, assistant, livreur, chroniqueur·se·s et j’en passe), je suis chanceuse : je suis loin de faire cavalière seule, ce qui est souvent le cas dans d’autres journaux communautaires.

Un an à me demander «Comment ça va affecter notre communauté?», chaque fois qu’un évènement d’actualité apparait sur le coin de mon bureau. Un an à en apprendre sur les gens de notre communauté en les appelant par leur prénom. Un an à le réaliser, d’ailleurs, que cette communauté francophone est unie.

— Laurie Trottier, journaliste à L'Aurore boréale, au Yukon

Pour le meilleur : quand on couvre des remises de prix, des succès, des nouvelles aventures, des sorties de livres, de films ou de documentaires.

Mais j’ai envie de dire pour le pire aussi : quand on couvre la crise des opioïdes, des incendies tragiques, des décès, de l’itinérance, des changements climatiques… le visage des gens touchés apparait. Et nous n’avons qu’à lire les titres des éditoriaux passés pour savoir que ça n’a pas été une année toute rose.

Pourtant, c’est aussi une année qui m’a ouvert les yeux, sans m’en rendre compte, sur l’importance du journalisme local. Il n’y a pas de hiérarchie de l’information, pas d’importance proportionnelle à la quantité de kilomètres nous séparant du sujet, pas de nouvelles internationales qui émergent sans être d’abord des nouvelles locales.

L’Aurore boréale, en fait, c’est tout sauf «une belle petite jobine pour ton début de carrière, jeune fille». (J’en profite pour annoncer en grande primeur à tout le monde que j’ai atteint l’âge de la majorité avant que le parti de Trudeau fils soit au pouvoir. Je vous laisse faire le calcul.)

Le journalisme communautaire est l’un des piliers de la démocratie et permet au lectorat de se renseigner sur la vie locale, en entretenant l’espoir aussi de créer un engagement.

— Laurie Trottier, journaliste à L'Aurore boréale, au Yukon

C’est le constat que fait Marie-Ève Martel dans Extinction de voix — Plaidoyer pour la sauvegarde de la presse régionale : «C’est une évidence : plus les gens seront informés sur ce qui se passe chez eux et sur les enjeux d’une élection, plus ils se sentiront interpelés et plus ils auront tendance à exprimer leur opinion à travers leur vote.»

Notre (votre!) journal est pertinent ; il est le symbole d’une lutte encore plus grande.

Je suis tellement reconnaissante de la confiance qu’on m’accorde ici et de pouvoir couvrir l’actualité de la communauté francophone du Yukon. Parce que même si ce journal finit très souvent dans nos poêles à bois, j’ose espérer que, une fois de temps en temps, il puisse créer des étincelles.