le Samedi 28 janvier 2023
le Lundi 16 janvier 2023 6:30 Libre opinion

Augmenter le nombre d’immigrants ne suffit pas

LIBRE OPINION – Le Canada mise gros sur l’immigration, mais pour maximiser le potentiel des nouveaux arrivants, fixer des objectifs ambitieux ne suffit pas.
Augmenter le nombre d’immigrants ne suffit pas
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Les chiffres du tout dernier recensement, publié fin octobre, ont fait la une des quotidiens nationaux. Au cours des cinq dernières années, 1,3 million de nouveaux arrivants ont élu domicile au Canada, le plus grand nombre jamais enregistré dans un recensement. Sa population compte désormais le plus grand pourcentage d’immigrants de son histoire, soit 23 %.

Compte tenu du plan annoncé récemment par le fédéral, d’accueillir 500 000 immigrants et immigrantes annuellement d’ici 2025, dont 301 000 dans la classe économique, les nouveaux arrivants constitueront le principal moteur de notre croissance démographique. On estime qu’ils représenteront un tiers de la population d’ici 2041.

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Ces chiffres reflètent l’opinion largement répandue selon laquelle les personnes immigrantes jouent un rôle clé quant à l’essor et la pérennité de l’économie canadienne. Malheureusement, elles sont trop peu nombreuses à y contribuer au degré où elles l’espèreraient ou à un niveau qui répondrait aux besoins de notre économie. Il s’agit d’un problème sérieux et qui ne date pas d’hier dans un pays qui affiche malgré tout près d’un million de postes vacants et où 40 % des entreprises rapportent une pénurie de personnel.

Mieux intégrer au marché de l’emploi

Le Conseil canadien des affaires affirme que notre pays a désespérément besoin de main-d’œuvre qualifiée en technologies de l’information. Nous sommes bombardés de reportages sur un système de santé en crise en raison du manque de personnel et, pourtant, plus de 60 % des médecins et des infirmières éduqués à l’étranger n’exercent pas au Canada les professions pour lesquelles ils et elles ont été formés, nous apprend l’OCDE dans un rapport publié récemment.

Selon un rapport récent de la Banque Scotia, même si le deux tiers des nouveaux arrivants détiennent un diplôme universitaire, seulement 40 % environ occupent un emploi dans leur domaine, comparativement à 60 % des personnes nées au Canada.

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Notre pays recrute des talents parmi les plus compétents et brillants, prêts à combler le manque de main-d’œuvre ; or il faudrait en faire bien davantage pour s’assurer qu’ils ne languissent pas.

 

Les immigrants et les réfugiés qualifiés devraient avoir la chance de réaliser leur potentiel sur le plan professionnel ; le Canada a d’ailleurs tout intérêt à ce qu’ils mettent leurs compétences au service de notre économie. Donner aux personnes immigrantes les moyens de mettre à profit leur expertise ou de se mettre à niveau en fonction des normes canadiennes doit mobiliser les efforts de tous les acteurs concernés. Comme le nombre de personnes issues de l’immigration va en augmentant, cette entreprise s’avère plus critique que jamais.

D’après un sondage récent, les entreprises canadiennes reconnaissent pour la plupart qu’elles ont un rôle important à jouer pour contribuer au succès des nouveaux venus. Ce rôle comprend la reconnaissance des diplômes étrangers, la formation et le soutien offerts aux employés issus de l’immigration et la collaboration avec des organismes communautaires et de bienfaisance qui offrent des ressources aux nouveaux Canadiens et Canadiennes.

Selon la Banque Scotia, les nouveaux arrivants qui occupent des emplois ne valorisant pas leurs compétences et leurs connaissances subissent des pertes salariales pouvant aller jusqu’à 25 000 $ par an. À l’échelle nationale, en réglant ce problème, on pourrait ajouter 16 milliards $ à l’économie canadienne.

Les raisons de résoudre cet enjeu dépassent toutefois les seuls motifs économiques.

Crise de confiance

Un sondage récent mené auprès de jeunes personnes immigrantes révèle qu’environ 30 % d’entre elles songeraient à quitter le pays en raison de ce que Daniel Bernhard, chef de la direction à l’Institut pour la citoyenneté canadienne, qualifie de «crise de confiance envers le Canada». Ceux et celles qui détiennent un diplôme universitaire sont nombreux à dire que le marché du travail au Canada est injuste et les salaires insuffisants.

À mesure que s’accroit la proportion d’immigrants et de réfugiés dans notre pays, il devient absolument essentiel que les gouvernements, les organismes de règlementation, les entreprises, les établissements scolaires et le secteur de l’établissement des nouveaux arrivants collaborent à la mise en place de nouvelles politiques qui permettront aux professionnels formés à l’étranger de mettre à profit leurs compétences.

Il ne s’agit pas seulement ici de combler la pénurie de main-d’œuvre, mais aussi d’envoyer un message aux personnes brillantes et de grand talent qui soupèsent aujourd’hui leurs options en matière de pays d’accueil. S’il veut continuer à compter sur les immigrants pour alimenter sa croissance et sa prospérité, le Canada devra s’engager à soutenir leur mobilité économique et leur intégration professionnelle.

Les propos n’engagent que l’auteur du texte.

Claudia Hepburn est directrice générale de l’organisme de bienfaisance canadien Moulin Microcrédits qui accompagne les personnes immigrantes qualifiées vers la réussite professionnelle et économique en leur offrant des prêts abordables et du soutien.