le Samedi 28 janvier 2023
le Mercredi 11 janvier 2023 6:30 Chroniques et éditoriaux

2022 : l’heure du bilan féministe

Après la décision de la Cour suprême des États-Unis de renverser l’arrêt Roe c. Wade, le 24 juin 2022, une cinquantaine de personnes se sont rassemblées devant le Parlement à Ottawa pour que l’accès à l’avortement soit universel, légal et sécuritaire pour les femmes au Canada. — Photo : Inès Lombardo - Francopresse
Après la décision de la Cour suprême des États-Unis de renverser l’arrêt Roe c. Wade, le 24 juin 2022, une cinquantaine de personnes se sont rassemblées devant le Parlement à Ottawa pour que l’accès à l’avortement soit universel, légal et sécuritaire pour les femmes au Canada.
Photo : Inès Lombardo - Francopresse
FRANCOPRESSE – Annulation de l'arrêt Roe c. Wade aux États-Unis, révolution en Iran, cinq ans de #MoiAussi : retour sur une année 2022 synonyme de bien de reculs pour l’égalité entre les genres, mais également de quelques – timides – avancées.
2022 : l’heure du bilan féministe
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Plusieurs événements sont venus assombrir l’année 2022 e en ce qui concerne les droits des femmes dans le monde, tels que la mort de Mahsa Amini en Iran, l’exclusion des femmes afghanes de la sphère publique par les talibans en Afghanistan et l’annulation de l’arrêt Roe c. Wade aux États-Unis, qui garantissait aux Américaines le droit d’interrompre leur grossesse.

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Au Canada, alors que le mouvement #MoiAussi fêtait son cinquième anniversaire, les violences fondées sur le genre n’ont pas diminué. Elles ont même continué d’augmenter dans plusieurs provinces, comme au Nouveau-Brunswick, qui a constaté une hausse de 39 % du nombre d’actes de violence conjugale entre 2009 et 2021.

Ajoutons à cela une multiplication des catastrophes liées au réchauffement climatique, une inflation galopante, une crise du logement sans précédent, autant de phénomènes qui touchent plus durement les populations vulnérables, parmi lesquelles les femmes sont surreprésentées, et nous voilà face à un bien sombre tableau. Disons-le tout net : 2022 n’a pas été n’a pas été un bon millésime pour l’égalité des genres.

De brillantes nouvelles

Mais vous connaissez le dicton : c’est dans les nuits les plus noires que brillent le mieux les étoiles. La révolte des Iranien×nes, tout comme celle des millions de personnes dans le monde qui se soulèvent pour leurs droits et leurs libertés, nous prouvent qu’il reste des voix pour s’indigner, pour dénoncer, pour défendre un projet de société plus féministe.

Partout, des femmes réussissent à percer dans des domaines qui étaient jusqu’à présent réservés aux hommes. Notons par exemple l’attribution du prix Nobel de littérature à l’écrivaine militante féministe française Annie Ernaux, qui est devenue ainsi la 17e femme à recevoir ce prix en 121 ans.

Citons également Kateri Champagne Jourdain, première femme autochtone élue à l’Assemblée nationale du Québec, et chez nos voisins américains, Ketanji Brown Jackson, première femme noire nommée à la Cour suprême.

Au rayon des bonnes nouvelles, nous avons pu observer quelques avancées pour les droits des personnes LGBTQIA2S+. Par exemple, l’entrée en vigueur de la loi pour interdire les thérapies de conversion au Canada, c’est-à-dire l’interdiction de toute pratique visant à modifier l’orientation sexuelle d’une personne pour la rendre hétérosexuelle, ou à modifier l’identité de genre d’une personne pour la rendre cisgenre.

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Une petite sirène noire

Autre bonne nouvelle de 2022 : selon les résultats d’un sondage Environics, plus d’une Canadienne sur deux se considère aujourd’hui féministe, alors qu’on n’en comptait qu’une sur trois il y a vingt ans. Et plus de 90 % de la population estime qu’il faudrait en faire davantage pour promouvoir l’égalité entre les genres!

De belles occasions de se réjouir du côté du cinéma pour enfants également, avec l’annonce d’une Ariel noire dans la nouvelle version de La Petite Sirène, ainsi que la sortie de Alerte rouge (Red), un film d’animation brisant le tabou autour des menstruations.

Sur le même sujet, depuis cet été, il est possible pour toutes les femmes en Écosse de recevoir gratuitement des protections hygiéniques grâce à l’entrée en vigueur d’une loi visant à combattre la précarité menstruelle – une première dans le monde!

Gazouillis et cylindrées

Enfin, difficile de passer sous silence probablement l’un des plus grands tweets de l’Histoire : celui de la militante pour le climat Greta Thunberg à l’ancien kickboxeur misogyne Andrew Tate.

En réponse à celui-ci qui l’apostrophe en se vantant d’émettre beaucoup de gaz à effet de serre avec sa collection de grosses cylindrées, la jeune activiste publie un message pas piqué des hannetons faisant référence à la taille réduite de certains de ses attributs masculins.

Blessé dans son orgueil, Andrew Tate riposte et lui envoie une vidéo dans laquelle il tente de réaffirmer sa masculinité. Peu de temps après, lui et son frère sont arrêtés par les autorités roumaines dans le cadre d’allégations de trafic sexuel.

La légende raconte que c’est un carton de pizza aperçu dans la vidéo qui aurait permis à la police de confirmer leur emplacement. Cela s’appelle une victoire féministe par KO, n’est-ce pas? En tous les cas, moi, ça m’a donné le sourire et beaucoup d’espoir pour 2023.

Julie Gillet est directrice du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick. Ses chroniques dans Francopresse reflètent son opinion personnelle et non celle de son employeur.