le Vendredi 9 Décembre 2022
le Lundi 24 octobre 2022 17:02 | mis à jour le 24 octobre 2022 17:04 Francophonie

Adoption de la Loi sur les langues officielles : la ministre est «inquiète»

La ministre des Langues officielles, Ginette Petitpas Taylor — Photo : Inès Lombardo - Francopresse
La ministre des Langues officielles, Ginette Petitpas Taylor
Photo : Inès Lombardo - Francopresse
FRANCOPRESSE – La ministre des Langues officielles souhaite voir le projet de loi C-13 adopté avant Noël. Inquiète du silence et des «petits jeux» des conservateurs, elle trouve que le temps presse. Malgré tout, elle confirme qu’elle ira de l’avant avec le Plan d’action pour les langues officielles même si le projet de modernisation de la Loi sur les langues officielles est adopté en retard.
Adoption de la Loi sur les langues officielles : la ministre est «inquiète»
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Francopresse : Cela fait un an que vous êtes la ministre des Langues officielles. Après le dépôt du projet de loi C-13, son examen actuellement en comité et le prochain Plan d’action sur les langues officielles à déposer en mars 2023, ressentez-vous de la pression entre ces courtes échéances à respecter?

Ginette Petitpas Taylor : Je prends du recul. Quand je suis rentrée comme ministre des Langues officielles, je ne connaissais pas les intervenants. Ma priorité a été d’aller les rencontrer sur le terrain, ce que j’ai fait pendant les consultations pancanadiennes pour les langues officielles cet été [avant de rédiger le Plan d’action pour les langues officielles, NDLR].

Le développement du projet de loi était la priorité, puisque nous voulions respecter la date de dépôt. Ce projet de loi est maintenant en comité parlementaire. On a bien hâte d’avoir la sanction royale, mais ça va prendre les efforts de tout le monde. J’espère le voir adopter d’ici Noël, mais pour cela, l’opposition va devoir travailler avec nous. Les intervenants sont très impatients, ça fait 50 ans qu’on pas eu une modernisation de ce genre.

Une experte a dit que le projet de loi n’était pas un «magasin général». Êtes-vous d’accord avec l’expression?

Oui, le projet de loi n’est pas une liste d’épicerie. Ça fait 50 ans que cette loi n’a pas été améliorée, c’est vraiment notre moment. Si on regarde le projet de loi C-32 déposé en 2021 [par Mélanie Joly, NDLR], c’était un bon projet de loi. C-13 en est un meilleur.

Avec les études en comités parlementaires, il pourrait y avoir des amendements. La première étape est l’adoption du projet de loi, mais effectivement, on doit prendre le temps nécessaire pour développer les règlements.

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Y a-t-il une nécessité d’adopter la loi avant le Plan d’action pour les langues officielles qui expire en mars?

Photo : Inès Lombardo - Francopresse

Les intervenants ne veulent pas voir le projet de loi trainer au comité pendant des mois. Eux aussi ont travaillé fort, alors c’est le temps d’adopter le projet de loi.

J’espère que les conservateurs vont travailler avec nous, mais jusqu’ici, c’est le silence. Ça fait plus d’un mois que M. Poilievre est chef du Parti conservateur et je suis très curieuse de connaitre sa position. On a suivi la campagne de la chefferie et à aucune reprise je n’ai entendu la question des Langues officielles dans le débat. J’attends avec impatience de voir si les conservateurs vont appuyer le projet de loi ou non.

Ça m’inquiète parce qu’il y a quelques mois, le Parti conservateur du Canada a déposé une motion à la Chambre des communes pour faire mourir le projet de loi C-13. Mais la journée du vote, ils ont finalement voté contre leur propre motion. Je ne sais pas toujours quoi comprendre. Il serait approprié qu’ils nous fassent savoir leur position.

Texte de la motion

Que la motion soit modifiée par substitution, aux mots suivant le mot «Que», de ce qui suit :

«le projet de loi C-13, Loi modifiant la Loi sur les langues officielles, édictant la Loi sur l’usage du français au sein des entreprises privées de compétence fédérale et apportant des modifications connexes à d’autres lois, ne soit pas maintenant lu une deuxième fois, mais que l’ordre soit révoqué, le projet de loi retiré et l’objet renvoyé au Comité permanent des langues officielles.»

Pouvez-vous vous permettre un retard dans l’adoption du Plan d’action pour les langues officielles?

Le Plan d’action actuel s’achève fin mars. L’idéal serait de voir l’adoption du projet de loi, puis le dépôt du Plan d’action. Il serait avantageux que ça se fasse ainsi sinon, il faudra aller de l’avant avec le Plan d’action.

Lors des consultations, on a reçu 6 500 mémoires, courriels et informations. Actuellement, on est en train de déchiffrer ces informations pour développer notre prochain Plan d’action.

— Ginette Petitpas Taylor

Allez-vous bonifier l’enveloppe totale du Plan d’action?

Nous sommes en train de rédiger le Plan d’action. Nous avons entendu beaucoup de revendications des organisations du pays, et comme j’ai dit, mon objectif est de continuer de les appuyer.

Selon la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA), il manque 300 millions $ pour que les organismes francophones en situation minoritaire puissent survivre. Allez-vous combler cette enveloppe?

On doit se souvenir qu’avec le dernier Plan d’action [2018-2023], on a fait une bonification de 20 % pour l’enveloppe des organisations communautaires. On va s’assurer de continuer à appuyer nos organisations, elles font un travail essentiel dans nos communautés.

Lors du Sommet national sur la francophonie économique en situation minoritaire, en septembre dernier, une étude exposait un manque cruel de personnel francophone dans plusieurs secteurs. Que pouvez-vous faire pour combler rapidement la pénurie de main-d’œuvre?

L’un des thèmes qui est ressorti à toutes les consultations cet été est celui de la pénurie de main-d’œuvre, francophone notamment. On va miser sur l’immigration, je travaille de près avec le ministre Fraser pour s’assurer que plus de professionnels francophones viennent au Canada.

Mais il faut aussi miser sur l’apprentissage du français, notamment en langue seconde. Nous allons nous assurer d’investissements en langue seconde. Toute la formation de nos professionnels compte énormément aussi.

À Moncton, nous sommes très chanceux d’avoir une école de médecine. Grâce à un partenariat avec l’Université de Sherbrooke, nos jeunes sont formés en français et n’ont pas besoin de se déplacer. De fait, ils s’enracinent dans nos communautés. Il faut regarder comment former les professionnels et les garder.

Pendant ma tournée du pays, je me sentais choyée à Moncton, car on prend parfois les services en français pour acquis. Mais ce n’est pas la réalité partout au pays.

Les propos ont été remaniés pour des raisons de clarté et de cohérence.