le Mardi 4 octobre 2022
le Jeudi 18 août 2022 13:00 Société

Réappropriation culturelle : devenir fière Métisse

  Photo : Khalid Alshehri – Unsplash
Photo : Khalid Alshehri – Unsplash
IJL – RÉSEAU.PRESSE – LA LIBERTÉ (Manitoba) – Au Canada, le gouvernement fédéral a pratiqué des politiques d’assimilation sur les Autochtones pendant plusieurs décennies. Depuis la publication du rapport de la Commission de vérité et réconciliation en 2015, des initiatives se mettent en place partout au pays pour tenter de se réapproprier ces cultures.
Réappropriation culturelle : devenir fière Métisse
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Janet LaFrance est une fière Métisse de la rivière Rouge. Pourtant, pendant plusieurs années, elle n’a pas été fière de son identité.

Janet LaFrance est une fière Métisse de la rivière Rouge.

Photo : Archives La Liberté

«J’ai appris que j’étais Métisse juste avant le grade 1. Je me souviens, parce que ma mère me l’a présenté comme un secret de famille en disant : “Not everyone think it’s a good thing.”», relate-t-elle.

«Mon grand-père maternel vient des familles Charrette et Gosselin de Saint-Norbert. Ce n’est que vers 22 ou 23 ans que j’ai décidé de faire du travail d’archives et j’ai donc étudié ma propre histoire de famille», ajoute Janet LaFrance, qui a décidé d’en apprendre davantage sur son héritage et sur sa famille pour comprendre son identité métisse.

Pour Sabine Choquet, titulaire d’un doctorat en sciences humaines et sociales, «il y a de multiples façons de transmettre sa culture : par la tradition orale, par des objets, par la façon de manger. Elle est importante pour la construction de l’enfant, parce que la transmission permet de le situer dans la société».

«Dans le cas d’une rupture de transmission, c’est souvent à cause de la honte de leur héritage», déplore-t-elle.

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«On perd la chance d’avoir ça au fond du cœur»

Janelle Wookey se réapproprie tranquillement son identité métisse.

Photo : Archives La Liberté

Janelle Wookey a elle-même vécu cette rupture de transmission culturelle quant à son identité métisse.

«Ma mémère Cécile a été élevée dans les années 1930 à Saint-Pierre-Jolys. C’était une époque où on n’était pas fier de ses racines autochtones. Ce n’était pas un sujet discuté à la maison, jusque dans les années 1980, quand mon cousin a fait des recherches et que le secret a été dévoilé», raconte-t-elle.

«Quand on découvre notre identité à dix ans, on a l’impression que ce n’est pas très tard, mais on perd la chance d’avoir ça au fond du cœur et de le sentir au fond de nos tripes», déplore Janelle Wookey.

Les Métis, comme d’autres Autochtones, ont connu des discriminations en raison de leurs croyances, de leurs langues ou encore de leurs apparences.

Janet LaFrance raconte que sa propre mère en a fait l’expérience :

La famille du côté de mon père a fait des remarques très cruelles à ma mère. Je me souviens que ma grand-mère paternelle ne voulait pas qu’elle hérite d’une bague à elle, parce qu’elle ne voulait pas qu’elle appartienne à du sang souillé. Les sœurs de mon père ne voulaient pas qu’une sauvagette hérite de notre famille.

— Janet LaFrance

Se réapproprier sa culture

La doctorante Sabine Choquet explique que «toute culture qui s’est sentie dévalorisée par la culture majoritaire va faire que les personnes ont tendance à vivre leur culture comme une honte. Et ils vont transmettre cette honte aux enfants, ce qui va créer des ruptures de transmission. L’enfant se construit alors avec un sentiment d’illégitimité dans la société. Cette honte est dommageable aux personnes».

Sabine Choquet, titulaire d’un doctorat en sciences humaines et sociales.

Photo : Courtoisie

Se réapproprier sa culture est un chemin complexe, indique Sabine Choquet : «Ces phénomènes de réappropriation, on les voit partout où la colonisation est passée. Ils sont très importants pour pouvoir réacquérir de la dignité et une image positive de soi-même. Mais il faut se dire que la culture a évolué et qu’elle évolue sans cesse. Ce n’est pas un chemin linéaire.»

Janelle Wookey poursuit ce chemin. «Il y en a plusieurs qui ont ce questionnement : “Ok, j’ai découvert que j’étais Métis·se mais est-ce que je peux me dire fier·ère Métis·se? Est-ce que je peux me dire Autochtone?” Je pense que c’est responsable de se poser ces questions-là et de mettre de l’effort dans la reconnexion à cette identité.»

Même son de cloche du côté de Janet LaFrance : «J’ai seulement réussi à vivre pleinement une fois que j’ai arrêté de traiter [son identité métisse] comme un secret. J’ai créé des liens qui me permettent d’avancer dans ma reconnexion.»

Dans leurs chemins respectifs, Janelle Wookey et Janet LaFrance ont été confrontées aux regards des autres. Cette dernière indique que «parmi les Métis, je me sens complètement intégrée. Dans des contextes non Métis, j’ai un peu de la misère, parce que les non-Métis demandent plus d’explications. Ils ont souvent leur propre idée de ce à quoi une personne métisse devrait ressembler».

Pour Janelle Wookey, «il y a ce syndrome d’imposteur dans notre communauté métisse. C’est un symptôme du colonialisme. Cette souffrance se poursuit quand on choisit de ne pas se revendiquer Métis. Il faut reprendre le flambeau, il faut revendiquer et éduquer».

Elle est d’ailleurs bien déterminée à transmettre sa culture métisse à ses enfants. «Je dis souvent à mes enfants qu’ils sont Métis. C’est encore flou pour eux parce qu’ils sont jeunes, mais je vois chez ma plus grande, qui a cinq ans, qu’elle a bien du sang métis dans sa manière de parler de ses amis, quand elle joue du tambour. J’aime profiter de ces moments pour lui rappeler qu’elle est Métisse, pour qu’elle soit solide et confiante dans son identité.»

« Quand on sait d’où on vient, qu’on est comme on est, ça nous permet de nous orienter dans un monde de plus en plus complexe», conclut Janelle Wookey.