le Mardi 4 octobre 2022
le Lundi 15 août 2022 7:30 Sciences et environnement

Un camion sous l’eau inquiète une communauté nunavoise

L’équipe de la Transglobal Car Expedition a comme objectif de faire le tour de la Terre sans jamais emprunter de transports aériens.  — Photo : Page Facebook Transglobal Car Expedition
L’équipe de la Transglobal Car Expedition a comme objectif de faire le tour de la Terre sans jamais emprunter de transports aériens.
Photo : Page Facebook Transglobal Car Expedition
IJL – RÉSEAU.PRESSE – LE NUNAVOIX (Nunavut) – En mars dernier, dans le cadre de la Transglobal Car Expedition, un camion Ford F-150 modifié a été perdu à travers la glace au nord-ouest de Taloyoak. Même si l’on prévoit retirer le véhicule de l’eau dans les prochains mois, cet incident soulève des inquiétudes environnementales.
Un camion sous l’eau inquiète une communauté nunavoise
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L’équipe de la Transglobal Car Expedition souhaite passer à l’histoire en effectuant le tour de la Terre pour atteindre les deux pôles, sans jamais emprunter de transports aériens.

Afin de se préparer pour l’expédition principale qui aura lieu en 2023, des membres de l’équipage d’Islande, de l’Ukraine, de la Russie, du Canada et des États-Unis ont effectué deux expéditions exploratoires sur des chemins du Nunavut qui n’ont jamais été parcourus par des véhicules à roues auparavant.

Sur le chemin du retour ralliant Resolute Bay à Cambridge Bay, tout ne s’est cependant pas déroulé comme prévu alors que l’équipe a vu l’un de ses véhicules sombrer sous l’eau au nord-ouest de Taloyoak. Des données prises à la suite de l’incident ont démontré que l’épaisseur de la glace n’y était que de 15 centimètres, comparativement à 50 centimètres cinq jours plus tôt.

Consultez le site du journal Le Nunavoix

Le rapatriement du camion coulé près de Taloyoak est prévu en début septembre 2022.

Photo : Courtoisie Andrew Comrie-Picard

Une leçon pour la suite des choses

Le Canadien Andrew Comrie-Picard faisait partie de cette expédition. Il explique qu’au cours des trois dernières années, son équipe a étudié les données relatives à l’épaisseur de glace par radar et imagerie optique. Les membres de l’expédition ont également utilisé un appareil de sonar pénétrant le sol au cours de leur traversée.

Avant leur départ de Yellowknife, Andrew Comrie-Picard relate que l’équipe a contacté l’organisation de chasseurs et de trappeurs (OCT) de Cambridge Bay, qui leur a fourni des conseils très utiles. Puis, arrivés à cette destination, les voyageurs ont consulté les ainés de l’OCT de l’endroit, qui ont passé en revue les plans d’itinéraires pour aller plus au nord.

«Ils n’étaient pas trop préoccupés par les problèmes d’épaisseur, mais plutôt par une éventuelle rugosité, et leurs conseils ont été très utiles», se souvient Andrew Comrie-Picard.

Il précise qu’ils ont également examiné les données de la ressource siku.org, mais qu’aucun amincissement près des iles de Tasmanie n’était indiqué à ce moment.

Après avoir consulté les OCT locales à Cambridge Bay et à Resolute Bay, Andrew Comrie-Picard avoue cependant que l’équipe n’a pas pensé communiquer avec la communauté de Taloyoak.

«Nous comprenons maintenant que les connaissances de l’OCT et des ainés de Taloyoak seraient extrêmement précieuses dans la région des iles de Tasmanie. Nous n’avions pas compris que les connaissances régionales générales étaient ensuite divisées en communautés locales plus petites, mais nous le savons maintenant», raconte Andrew Comrie-Picard.

Trajet de l’essai routier.

Source : Site Web Transglobal Car Expedition 

Qui veut manger de l’essence?

À la suite de l’évènement, Jimmy Oleekatalik, directeur du groupe de chasseurs et de trappeurs de Taloyoak, a pris la parole afin que le camion soit retiré de l’eau le plus rapidement possible. Il soutient que les membres de sa communauté sont des chasseurs et des cueilleurs et qu’ils ont besoin que leur gibier soit propre.

Brandon Laforest est spécialiste sénior Espèces et écosystèmes arctiques à WWF Canada. Il travaille en collaboration avec des membres de la communauté, dont Jimmy Oleekatalik, pour la création d’une aire protégée dans la région.

«L’incident s’est passé directement dans les frontières de l’aire protégée proposée», relate-t-il en précisant que cela explique la forte réaction de la communauté à la suite de l’évènement.

Il estime que la création de cette zone de protection permettra d’éviter que ce genre de scénario ne se reproduise dans le futur. L’aire protégée et de conservation inuite (APCI) Aviqtuuq couvrirait plus de 90 000 km2 d’océan, de rivières, de lacs et de terre.

Bien que l’incident n’ait impliqué qu’un camion et non un grand bateau, il insiste sur l’importance d’écouter les gens de la communauté directement impliqués pour connaitre les impacts de cette situation.

Quand on pense d’où vient notre nourriture et d’où viennent les choses qu’on mange, même d’avoir un petit peu d’essence, ce n’est pas quelque chose que quelqu’un veut ajouter à son repas. Alors je comprends exactement pourquoi il y a une réaction très forte qui vient de la communauté.

— Brandon Laforest, spécialiste sénior Espèces et écosystèmes arctiques à WWF Canada

«C’est sûr que c’est localisé et que c’est un camion, mais en même temps, on sait qu’avec l’océan et les courants, il peut y avoir le transport [de l’essence et autres éléments indésirables] un peu plus loin», ajoute-t-il.

Trajet de l’expédition prévue pour 2023.

Source : Site Web Transglobal Car Expedition

Une surveillance des lieux

Brandon Laforest se dit fier de ses partenaires qui ont affirmé que la situation était inacceptable et qu’il fallait retourner chercher le camion. Une opération devrait avoir lieu le 1er septembre prochain.

De son côté, Andrew Comrie-Picard affirme que son équipe est sensible aux préoccupations environnementales entourant l’incident.

Il relève que des indicateurs tels que le faible volume de fluide à bord du véhicule, la construction des réservoirs de fluide sur le camion ainsi que la manière à faible impact avec laquelle il a coulé démontrent que les pertes de fluides ont été minimales.

De plus, l’équipe ne s’attend pas à ce que beaucoup de matériel se détache du véhicule durant son extraction.

La végétation au fond et la surface des rochers en dessous suggèrent qu’il ne s’agit pas d’une zone fortement mitraillée par le déplacement de la banquise dans la fonte. Nous sommes donc prudemment optimistes qu’il n’y aura pas de mouvement ou d’impact. À ce stade, nous nous attendons à le trouver là dans la même position.

— Andrew Comrie-Picard, membre de l'expédition

Nicolas Moquin, conseiller principal en communications de Services aux Autochtones Canada, confirme que des actions ont été entreprises afin de protéger l’environnement à la suite de l’évènement.

«Afin de s’assurer que cet incident n’aura qu’un effet minimal, voire aucun effet sur l’environnement, Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada (RCAANC) surveille de près la situation et collabore avec les propriétaires du camion submergé, le personnel de l’expédition ainsi que l’organisation locale de chasseurs et de trappeurs pour assurer le retrait sécuritaire du véhicule submergé», explique-t-il.

Il précise qu’une fois le véhicule retiré de l’eau, des analyses supplémentaires de l’environnement à proximité auront lieu afin de s’assurer qu’aucun contaminant n’est présent.