le Mardi 4 octobre 2022
le Jeudi 11 août 2022 13:00 Sciences et environnement

La baie Georgienne souffre de pollution par les plastiques

La baie Georgienne. — Photo : P199 – Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0
La baie Georgienne.
Photo : P199 – Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0
IJL — RÉSEAU.PRESSE – LE GOÛT DE VIVRE (Ontario) – Les écosystèmes des Grands Lacs et de la baie Georgienne sont menacés par la prolifération d’objets en plastique jetés par les gens, mais également par des particules de plastique contenues dans les eaux de lavage déversées dans les cours d’eau.
La baie Georgienne souffre de pollution par les plastiques
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Sean Mullin, directeur du projet «Diversion 2.0» de l’organisme Georgian Bay Forever, remarque que la plus grande forme de pollution par les macroplastiques — des plastiques de plus de cinq millimètres de longueur — est celle produite par les mégots de cigarette.

«Ils passent dans nos caniveaux, dans les collecteurs d’eau de pluie et dans nos égouts, et la plupart du temps ils sont relâchés dans nos cours d’eau, notamment dans la baie Georgienne», déplore-t-il.

La pollution par les microplastiques — des particules de moins de cinq millimètres de longueur — est également importante.

Ashley Morrison, directrice du projet «Divert and Capture» chez Georgian Bay Forever.

Photo : LinkedIn Ashley Morrison

«Une façon très commune pour que les microfibres et les microplastiques infiltrent notre eau est par nos laveuses. Une seule brassée de lavage peut relâcher jusqu’à 700 000 microfibres», rapporte Ashley Morrison, directrice du projet «Divert and Capture» chez Georgian Bay Forever.

Les microfibres sont une forme de microplastique. Elles se retrouvent souvent dans les vêtements composés de fibres synthétiques ou de fibres qui ont subi un traitement chimique.

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Effets environnementaux et humains

Les microplastiques ont des impacts graves sur la santé des poissons de la baie Georgienne. Ashley Morrison souligne qu’une étude réalisée en 2021 a trouvé des microplastiques chez 100 % des spécimens examinés.

Elle explique que les microfibres et les microplastiques sont si petits que les poissons peuvent les manger, mais qu’ils ne sont pas capables de les digérer. «Les poissons finissent par consommer de grandes quantités de plastiques et, n’ayant plus faim, ils peuvent soit mourir de faim ou être extrêmement mal nourris», alerte la directrice de «Divert and Capture».

Plus encore, cette malnutrition crée d’après elle des «délais dans l’émergence de certaines sources de nourriture à des moments clés, ce qui crée des répercussions dans toute la chaine alimentaire.» Les produits chimiques de certains plastiques peuvent également causer des déformations et des délais de croissance chez les poissons.

Une étudiante de Georgian Bay Forever vide un bac marin et en examine le contenu. L’organisme a 21 bacs dans la baie Georgienne, allant de Tobermory à Parry Sound.

Photo : Georgian Bay Forever

Quant à l’impact humain, Mme Morrison constate qu’il y a «des statistiques alarmantes à présent. En moyenne, les humains [pourraient consommer] cinq grammes de microplastiques par semaine, ce qui équivaut à la taille d’une carte de crédit».

Cette quantité peut augmenter si la personne se sert d’une cafetière Keurig et de bouteilles d’eau en plastique, ajoute l’experte. Elle précise toutefois que plus de recherches doivent être menées afin de déterminer l’impact des microplastiques sur le corps humain.

Limiter la pollution de plastiques

Georgian Bay Forever a mis sur pied de nombreuses initiatives pour capturer les plastiques avant qu’ils ne se rendent dans la baie Georgienne. Sean Mullin explique que l’organisme a installé des filets à l’extrémité des tuyaux d’écoulement, des filtres dans les égouts pluviaux et des bacs de collecte des plastiques dans la baie Georgienne.

«Notre plus grand projet est celui des bacs marins. C’est une technologie qui fonctionne en créant une succion à la surface de l’eau, afin d’aspirer toutes sortes de matériaux», explique-t-il. Ces bacs réussissent à capturer des microplastiques venant des vêtements, mais également issus de la dégradation des macroplastiques.

De son côté, le projet d’Ashley Morrison consiste à installer dans les maisons des filtres qui capturent jusqu’à 89 % de microfibres relâchées lors du processus de lavage. Plus de 300 foyers à Collingwood, Wasaga Beach et Blue Mountain y participent et l’impact sera évalué au fur et à mesure.

Les déchets ramassés à la suite d’une initiative de nettoyage des rives de Georgian Bay Forever. Durant l’été, il y a des initiatives à chaque semaine à Collingwood.

Photo : Ashley Morrison

Selon Mme Morrison, il est important de capturer autant de microfibres que possible au domicile : «L’usine de traitement des eaux peut capturer jusqu’à 99 % des microfibres, mais celles-ci sont emprisonnées dans la boue de l’effluent, qui est ensuite répandue sur les champs agricoles.» Les microfibres peuvent ensuite se rendre jusqu’aux cours d’eau.

Changer ses habitudes

Ashley Morrison encourage le public à se sensibiliser, à donner une nouvelle vie à ses vieux vêtements et à prendre part à l’action politique.

Sean Mullin encourage les gens à réduire la quantité de plastique à usage unique dont ils se servent : «Si on en utilise moins comme consommateur, on aidera à détourner une grande partie des microplastiques des cours d’eau.»

S’il reconnait que les plastiques font partie du quotidien, Sean Mullin espère que «notre situation s’améliorera et qu’avec l’éducation du public et la modification des comportements on pourra limiter la quantité de plastique dont on se sert chaque jour».