le Vendredi 12 août 2022
le Vendredi 5 août 2022 13:04 | mis à jour le 8 août 2022 9:43 Arts et culture

Daniel Lavoie aux Acadiens : «Soyez fiers de ce que vous êtes»

  Photo : Valérie Paquette
Photo : Valérie Paquette
IJL-RÉSEAU.PRESSE-LE MONITEUR ACADIEN (Nouveau-Brunswick) - De passage à Moncton pour trois représentations de la comédie musicale «Notre-Dame-de-Paris», Daniel Lavoie a accordé une entrevue au Moniteur Acadien. L’artiste d’origine franco-manitobaine y a évoqué sa carrière, ses projets et bien sûr le spectacle qui l’a fait connaitre dans le monde entier.

Lendemain de première médiatique au Centre Avenir. La veille, une foule enthousiaste a réservé un accueil triomphal et une ovation chaleureuse à la troupe de la comédie musicale de Luc Plamondon et Richard Cocciante, «Notre-Dame-de-Paris». Daniel Lavoie y reprend le rôle de l’archidiacre Claude Frollo, qu’il a créé au Palais des congrès, à Paris, le 16 septembre 1998. Un grand spectacle est d’ailleurs annoncé en France pour le vingt-cinquième anniversaire, en 2023.

Consultez le site du Moniteur Acadien

«Si je ne me sens pas fatigué, j’y serai probablement, car c’est un spectacle que j’aime et que j’ai eu beaucoup de bonheur à jouer pendant quelques années», dit le chanteur.

Décliné sur scène et en musique, le chef-d’œuvre classique de Victor Hugo a fait le tour du monde. Daniel Lavoie révèle que ce spectacle a transformé ses interprètes en véritables ambassadeurs de la francophonie. De la Chine à la Russie, en passant par la Corée, nombreux sont les étudiants qui ont appris le français pour comprendre les chansons de la comédie musicale. Quelques Chinois fortunés sont à ce point passionnés qu’ils sont actuellement au Canada pour assister à toutes les représentations de la nouvelle tournée!

En parlant de voyages, Daniel Lavoie a sorti un album sur ce thème en 2016 : «Les longs voyages». Celui qui a eu le privilège de parcourir le monde grâce à son merveilleux métier ne peut choisir, parmi ses carnets de voyage, le séjour qui l’a le plus marqué. Le plus beau souvenir n’est-il pas toujours le prochain?

Daniel Lavoie avec Luc Plamondon et Richard Cocciante.

Photo : Richard Balthauss Courtoisie de Daniel Lavoie

Une Acadie reposante

«Quand je suis arrivé à Paris, j’avais 23 ans. Pour moi, c’était la capitale mondiale de l’art et c’était un moment extrêmement grisant. Quand j’ai chanté dans le West End de Londres, c’était extraordinaire. J’ai chanté en Chine, en Corée, au Liban ; chaque voyage a ses moments inoubliables.»

Touche-à-tout, Daniel Lavoie confie qu’il adore la musique country et qu’il en a plusieurs fois interprété des pièces. Dans quelques semaines, l’artiste sera intronisé au Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens. C’est un honneur qui ne va pas lui donner la «grosse tête», ainsi qu’il le dit lui-même. Présentement, après deux représentations à Broadway, faire étape en Acadie représente une halte reposante.

«J’avoue qu’après New York, c’était délicieux d’arriver à Moncton. New York est un délire continuel. Ici, c’est calme et paisible. Ça sent bon, il ne fait pas trop chaud et les gens sont gentils.»

— Daniel Lavoie

Né au Manitoba, le chanteur est rapidement parti vivre au Québec pour, confie-t-il, faire partie de la majorité et pouvoir s’exprimer librement en français, sans subir l’opprobre de qui que ce soit.

«La communauté franco-manitobaine est toute petite, elle n’a pas une culture aussi longue et aussi riche que les Acadiens. Vous avez quand même 400 ans, alors que le Manitoba n’a que 100 ans. Soyez fiers de ce que vous êtes et ne laissez personne vous marcher sur les pieds.»

La dolce vita

Daniel Lavoie a encore de beaux projets artistiques en réserve. Il sortira un nouvel album dans quelques semaines, et en a enregistré un autre avec son fils. Il signale qu’il a aussi composé une comédie musicale avec le chanteur québécois Richard Charest. Pour le moment, il compose des chansons en italien. La raison en est qu’il apprend la langue de Dante.

Moscou, 2013

Photo : Paroles2000 Wikimedia CommonsCC0-1.0

«En ce moment, je réside en Italie. C’est un cadeau que je me suis offert. À mon âge, on peut se permettre ce genre de choses, car on ne sait pas combien de temps il nous reste. Je ne croyais pas qu’on pouvait apprendre une nouvelle langue à 72 ans. Eh bien oui, on peut ! J’aimerais parler l’italien aussi bien que je parle le français et l’anglais.»

À contrario de certains artistes, l’interprète de «Ils s’aiment» n’est pas un révolté. La cupidité et la bêtise, moteurs de bien des guerres, le désolent. Il est triste de constater ce qui passe ailleurs dans le monde, notamment en Ukraine, mais il envisage l’avenir avec philosophie.

«La condition humaine est ce qu’elle est. Je ne crois pas que l’on pourrait être autrement. L’idéaliste que je suis en serait très heureux, mais je ne vois pas comment c’est possible. Chaque étape doit être traversée, et si l’on doit s’en sortir, ce sera par chance ou parce que c’est inscrit quelque part dans les étoiles.»