le Vendredi 12 août 2022
le Mercredi 3 août 2022 13:00 Politique

Fin du conflit entourant le partage de l’ile arctique Hans

Un accord confirmant le partage de l’ile Hans a été conclu le 14 juin dernier entre le Canada et le Danemark.  — Photo : Affaires mondiales Canada
Un accord confirmant le partage de l’ile Hans a été conclu le 14 juin dernier entre le Canada et le Danemark.
Photo : Affaires mondiales Canada
IJL – RÉSEAU.PRESSE – LE NUNAVOIX (Nunavut) – Un accord confirmant le partage de l’ile Hans a été conclu le 14 juin dernier entre le Canada et le Danemark. Cette entente met un terme à un conflit international qui durait depuis près de 50 ans.

Depuis 1973, un différend territorial existait concernant l’ile Hans, un ilot situé entre l’ile d’Ellesmere et le Groenland.

À cette époque, le Canada et le Danemark avaient signé un traité sur la définition de leur frontière commune, mais avaient laissé en suspens la question de la souveraineté de ce territoire, aussi nommé l’ile Tartupaluk en groenlandais.

Des négociations intensifiées au cours des dernières années ont finalement mené à la signature récente d’un accord entre les deux pays afin de partager cette ile inhabitée de l’Arctique.

Il a été convenu de diviser l’ile, d’une superficie de 1,3 kilomètre carré, presque en son centre. La frontière, qui suit une faille présente du nord au sud, accorde désormais au Canada possède 48 % de ce territoire.

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Vue du haut de l’ile Hans. La frontière internationale s’étend approximativement du coin supérieur gauche au coin inférieur droit, avec le Danemark à gauche et le Canada à droite.

Photo : Toubletap – Wikimedia Commons CC BY-SA 3.0

L’ile Hans est située au sud du 81e parallèle dans le passage Kennedy (la partie nord du détroit de Nares), à peu près à distance égale de l’ile d’Ellesmere et du Groenland.

Source : Google Maps – Capture d’écran

Un accord qualifié d’historique

C’est entourée de Jeppe Kofod, ministre danois des Affaires étrangères, ainsi que de Múte Bourup Egede, premier ministre du Groenland, que Mélanie Joly, ministre des Affaires étrangères du Canada, a procédé à la signature du document confirmant cette entente.

De gauche à droite : Mélanie Joly, ministre des Affaires étrangères du Canada, Jeppe Kofod, ministre des Affaires étrangères du Danemark, et Múte B. Egede, premier ministre du Groenland.

Photo : Twitter Mélanie Joly

Lors de l’évènement, Mélanie Joly a déclaré que cet accord démontre comment les différends internationaux peuvent être résolus pacifiquement par la diplomatie. Elle a également relevé que ceci représentait une victoire pour les peuples autochtones.

«L’Arctique est un phare pour la collaboration internationale, où l’état de droit prévaut. Alors que la sécurité mondiale est menacée, il est plus important que jamais que des démocraties comme le Canada et le Royaume du Danemark travaillent ensemble, aux côtés des peuples autochtones, pour résoudre nos différends dans le respect du droit international», affirme Mélanie Joly.

Le gouvernement du Nunavut affirme également se réjouir de cet accord. «Dans un esprit de réconciliation et dans le respect des noms inuits de la région, le gouvernement du Nunavut utilisera le nom local d’ile Tartupaluk [qui] signifie “en forme de rein”», précise Sierra Leblanc, directrice des communications par intérim au ministère de l’Exécutif et des Affaires intergouvernementales du Nunavut.

«Nous voudrions réitérer que toutes les revendications territoriales et maritimes concernant l’ile Tartupaluk et la mer de Lincoln, si elles font effectivement partie du Canada, sont à l’intérieur du Nunavut. Cela suit la définition claire de la frontière du Nunavut dans la Loi sur le Nunavut», ajoute-t-elle.

Elle indique que ce traité octroie au Canada 870 km carrés supplémentaires d’espace maritime dans la mer de Lincoln et 1390 kilomètres carrés supplémentaires d’espace maritime dans le bassin Kane.

«Les dernières bouteilles de la guerre du whisky entre le Danemark et le Canada!» a gazouillé Jeppe Kofod, ministre danois des Affaires étrangères.

Photo : Twitter Jeppe Kofod

Le conflit entourant le partage de l’ile Hans avait été surnommé par plusieurs «la guerre du whisky». Pendant des années, les Canadiens et les Danois se rendaient à tour de rôle en hélicoptère sur l’ile et y plantaient leur drapeau, en plus d’y laisser une bouteille de whisky pour la partie adverse.

Considérer l’avis des Inuits

Au cours des négociations, les Inuits du Nunavut ainsi que du Groenland ont été consultés. Ainsi, cet accord préserve l’importance traditionnelle symbolique et historique de l’ile Hans et garantit le maintien de l’accès à l’ensemble de l’ile et de la liberté de mouvement sur cette dernière.

«Nous apprécions que le Canada et le Royaume du Danemark encouragent l’utilisation locale et traditionnelle des zones contestées. Nous sommes également très heureux que les Inuits continuent de traverser librement cette frontière. Le Canada a cherché à préserver certaines choses dans cet accord, la forte coopération, et à promouvoir l’utilisation locale et traditionnelle de ces zones contestées», indique Sierra Leblanc.

Soulevant que ce différend n’a jamais causé de problèmes aux Inuits, Aluki Kotierk, présidente de Nunavut Tunngavik Incorporated (NTI), a déclaré que la souveraineté du Canada dans l’Arctique n’est possible que grâce à l’utilisation et à l’occupation par les Inuits.

De son côté, P.J. Akeeagok, premier ministre du Nunavut, s’est dit enthousiaste à l’idée d’apprendre les nouveaux changements apportés aux frontières du territoire et considère cet accord comme un avantage pour les Inuits et les communautés locales.

«Notre gouvernement est également encouragé de voir que l’accord prévoit le maintien de l’accès à l’ensemble de l’ile Tartupaluk et de la liberté de mouvement sur cette dernière, notamment pour la chasse, la pêche et d’autres activités culturelles traditionnelles, historiques et futures connexes pour les Inuits du Nunavut et de Kalaallit Nunaat», affirme-t-il.