le Vendredi 12 août 2022
le Jeudi 28 juillet 2022 7:30 Francophonie

Gisèle Lalonde : «On lui doit une fière chandelle»

Gisèle Lalonde s’est éteinte à l’âge de 89 ans. — Photo : Archives Le Droit – Martin Roy
Gisèle Lalonde s’est éteinte à l’âge de 89 ans.
Photo : Archives Le Droit – Martin Roy
IJL-LE DROIT (Ontario) – Les Franco-Ontariens de partout en province sont en deuil. Gisèle Lalonde, véritable pilier de la communauté, a rendu son dernier souffle.

Gisèle Lalonde s’est éteinte dans la nuit du 26 juillet, mais son legs, son amour de la langue française et ses succès face aux luttes qu’elle a menées pour la défendre sont bien vivants.

Sans Gisèle Lalonde, il n’y aurait pas d’Association française des municipalités de l’Ontario (AFMO), plus d’Hôpital Montfort.

De nombreuses institutions, mais aussi des femmes, des hommes et des francophones, sont là où ils sont aujourd’hui, ancrés dans leur communauté, grâce à cette grande dame.

Gisèle Lalonde est une femme qui s’est battue pour la francophonie, pour les femmes, qui s’est battue pour plein, plein de projets, des projets qui ont réussi. Elle a réussi ses combats à tous les coups. Pour moi, c’est un grand exploit qu’elle a réalisé, Mme Gisèle Lalonde. Et c’est le legs qu’elle laisse aux femmes, qui vont le laisser aux jeunes filles, aussi. C’est grâce à elle. Je ne crois pas qu’on serait où on est aujourd’hui si ça n’avait pas été d’elle.

— Nicole Fortier Levesque, présidente de l’AFMO

Sa prédécesseure représente un «modèle» ayant encouragé beaucoup de femmes, mais aussi d’hommes, à lutter pour la défense de leurs convictions, souligne Nicole Fortier Levesque, mairesse de la municipalité de Moonbeam, dans le Nord de l’Ontario.

«C’est une femme persévérante qui a combattu et qui a réussi. Elle a permis de réaliser que lorsqu’on veut vraiment obtenir quelque chose, il faut aller au bout. Au bout de nos projets, au bout de nos rêves.»

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«On a perdu une grande dame»

L’ex-députée provinciale de Glengarry-Prescott-Russell Amanda Simard confirme que Gisèle Lalonde a donné à d’innombrables jeunes filles, comme elle, le courage de se lancer dans de grands projets. «On a perdu une grande dame. Une dame qui a certainement influencé qui je suis devenue.»

Amanda Simard était là, en 1997, parmi la dizaine de milliers d’individus qui s’étaient déplacés à Ottawa pour appuyer le mouvement S.O.S. Montfort afin de protester contre la fermeture de l’hôpital francophone désirée par le gouvernement conservateur de Mike Harris de l’époque.

Elle était au Grand Ralliement lorsque Gisèle Lalonde a lancé le légendaire cri «Montfort fermé : jamais!».

À huit ans, j’ai vu cette femme forte mener la lutte contre une injustice du gouvernement conservateur de l’époque, et c’est certain que ça sert de modèle positif pour moi. Ça a servi dans les années qui ont suivi, et ça va toujours me suivre. Sans le savoir, elle a été un exemple de femme qui n’a pas froid aux yeux. À huit ans, on ne réalise pas que le monde politique, c’est un monde d’hommes. Et en voyant Gisèle, j’ai compris que ce n’était pas un monde d’hommes, mais que c’était un monde accessible.

— Amanda Simard, ex-députée provinciale de Glengarry-Prescott-Russell

«On lui doit une fière chandelle», lance l’ex-maire de Hawkesbury Yves Drouin, qui a fondé, aux côtés de Gisèle Lalonde, l’AFMO.

«J’ai appris beaucoup d’elle. C’était une femme aux détails, je n’en revenais pas à quel point elle allait chercher les informations dont elle avait besoin pour faire en sorte que les dossiers de la francophonie progressent.»

L’ancien maire de Hawkesbury, Yves Drouin.

Photo : Archives Le Droit

Yves Drouin se souvient d’une anecdote : quand l’AFMO en était à ses premiers balbutiements, «c’était à la mode d’acheter des bureaux flambant neufs.

«Mais pour Gisèle, ce n’était pas question d’acheter des bureaux neufs. Il y en a assez d’usagés, disait-elle, et c’est de l’argent qu’on pouvait sauver. Quand elle nous racontait où elle les avait pris, elle avait expliqué que sur l’un des bureaux, il y avait une grafignure, mais qu’on serait capable de vivre avec ça.»

L’ex-maire a la conviction qu’il devra y avoir un mouvement pour ériger une statue à l’effigie de cette grande dame de la francophonie. «Il le faut, parce qu’elle le mérite, certainement.»

Une aile de l’Hôpital Montfort à son nom?

Le fils de M. Drouin, Francis, aujourd’hui député fédéral de la circonscription de Glengarry-Prescott-Russell, est lui aussi en deuil.

Joint par Le Droit, il a répondu au téléphone à partir d’Albanie, où se tient actuellement le parlement francophone des jeunes de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie.

«Ça me bouleverse, parce que si je suis justement en train de parler de francophonie avec des jeunes, c’est parce que j’ai été inspiré par les Gisèle Lalonde de ce monde.»

Francis Drouin est parmi les nombreux Franco-Ontariens pour qui Mme Lalonde a joué un rôle important dans leur vie. «À l’hôpital Montfort, le 2 juillet 2019, mon fils est né. C’est en grande partie grâce à Gisèle Lalonde. Évidemment, ma femme a fait tout le travail. Mais c’est une chose à laquelle je pensais beaucoup quand j’étais là.»

L’ancien député provincial Jean-Marc Lalonde.

Photo : Archives Le Droit

L’ancien député provincial Jean-Marc Lalonde juge qu’il faudrait maintenant se pencher sur la possibilité de nommer une aile de l’Hôpital Montfort en l’honneur de Gisèle Lalonde. «Elle était une des grandes responsables de la survie de l’Hôpital Montfort. Elle disait tout le temps “fermer Montfort, jamais”. On devrait y penser.»

Lui aussi membre fondateur de l’AFMO, Jean-Marc Lalonde songe notamment à l’aile de maternité. Il est d’accord avec l’idée lancée par Yves Drouin, et croit même qu’une statue de Mme Lalonde pourrait être installée devant l’hôpital.

«La francophonie est en deuil aujourd’hui suite au décès de Gisèle Lalonde, une pionnière et militante qui a tant fait pour la sauvegarde de notre langue française, a réagi la députée fédérale d’Orléans, Marie-France Lalonde. Elle laisse un grand vide en Ontario.»

La députée provinciale d’Ottawa-Vanier Lucille Collard soutient que Gisèle Lalonde «laisse dans le deuil des milliers de gens».

«Tous se souviendront que grâce à elle notre francophonie est plus forte. Grâce à elle nous savons qu’il vaut la peine de se battre pour préserver notre riche culture francophone», a-t-elle ajouté.

La ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, a indiqué sur Twitter être «peinée d’apprendre le décès de Gisèle Lalonde, une grande dame qui a œuvré pour la vitalité de la communauté toute sa carrière».

«Mes condoléances à sa famille», a-t-elle ajouté.

«Gisèle Lalonde était une fière Franco-Ontarienne qui a travaillé sans relâche pour servir ses concitoyens franco-ontariens», a indiqué le premier ministre du Canada Justin Trudeau, sur Twitter.

«La communauté francophone est plus forte grâce à ses efforts, et son décès est une perte énorme. Mes pensées vont à tous ceux qui sont en deuil aujourd’hui», a-t-il ajouté.

La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada a aussi tenu à rendre hommage à la «légendaire militante franco-ontarienne»

L’Histoire produit, quelques fois par génération, de ces personnes qui répondent à l’appel d’une lutte ou d’une cause avec un feu, une passion, une détermination hors du commun, un leadeurship qui mobilise toute une population. Gisèle Lalonde était déjà une militante franco-ontarienne engagée lorsqu’elle est devenue la voix de SOS Monfort. Le grand rassemblement du 22 mars 1997, et les années de lutte qui ont suivi pour sauver l’hôpital Montfort l’ont rendue légendaire, plus grande que nature.

— Liane Roy, présidente de la FCFA

«Gisèle Lalonde n’est plus avec nous, mais le grand cri de ralliement qu’elle a lancé, “Montfort, fermé, jamais!” demeure et résonne toujours comme un appel à l’action pour tous et toutes les francophones déterminés à vivre et à s’affirmer en français, à demander le respect de leurs droits. Au nom de la FCFA, j’offre mes condoléances aux proches de Gisèle Lalonde. L’ensemble de la francophonie canadienne partage leur deuil».