le Vendredi 12 août 2022
le Mardi 26 juillet 2022 13:00 Économie et finances

Adapter le marché de l’emploi à la nouvelle génération

  Photo : Fox – Pexels
Photo : Fox – Pexels
FRANCOPRESSE — Alors que la plupart des mesures sanitaires sont tombées, la pandémie a conforté celles et ceux qui ont connu la flexibilité au travail. Par contre, les moins de 25 ans ne conçoivent plus le travail sans une adéquation avec leurs valeurs. Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre francophone au Canada, les entreprises sont forcées de s’adapter.

La pandémie a accéléré la reconception du travail et de son équilibre entre valeurs personnelles et vie privée. En particulier pour celles et ceux qui entrent sur le marché du travail.

C’est ce que confirme Arnaud Scaillerez, professeur à l’École des hautes études publiques de l’Université de Moncton : «Sans généraliser les membres d’une même génération, on voit apparaitre une volonté de se réaliser en tant qu’individu dans le travail, mais pas uniquement.»

Et, selon lui, cela se traduit par une quête de sens dans le travail, une adéquation avec ses valeurs en tant que citoyen et la volonté d’avoir une utilité dans la société.

Denis Lajoie, professeur au Département de psychologie de l’Université de Moncton.

Photo : Courtoisie

«C’est le sentiment que notre travail est important et a une signification pour nous. En psychologie du travail, on est encore en train de décider quels sont les éléments clés de cette signification!» plaisante Denis Lajoie, professeur au Département de psychologie de l’Université de Moncton.

Il souligne toutefois deux aspects «essentiels à la perception du sens» : un sentiment d’aide à autrui et «un aspect plus centré sur soi, à savoir, comment mon emploi me permet de développer tout mon potentiel et est-ce que je suis capable d’exprimer qui je suis?»

«On étudie le sens au travail en ayant en tête que c’est la personne elle-même qui le crée», précise-t-il.

«Apporter leur contribution au monde à travers leur travail»

La génération Z (les moins de 25 ans en 2022) aurait ainsi une vision plus collective et communautaire qui se résume en une question : que puis-je apporter, par mon travail, au monde auquel j’appartiens?

«On voit une implication écologique beaucoup plus revendiquée par cette jeune génération que par les boumeurs», selon Arnaud Scaillerez.

Le professeur est d’avis que les babyboumeurs sont généralement moins engagés dans les causes environnementales, «davantage par méconnaissance du sujet qui n’était pas prioritaire que par mauvaise volonté».

Les plus jeunes sont nés avec l’inquiétude de l’écologie, les trous dans la couche d’ozone, la sècheresse, les incendies. Pour eux, ce sujet n’est pas futile, alors ils veulent essayer d’apporter leur contribution au monde à travers leur travail.

— Arnaud Scaillerez, professeur à l’École des hautes études publiques de l’Université de Moncton

Selon lui, «ce cliché des jeunes qui sont toujours sur leur téléphone et sont déconcentrés» n’est pas valide. «Ils réfléchissent juste différemment, plus vite. Ils sont moins fidèles à un employeur s’ils ont l’impression que celui-ci trahit les convictions qu’ils défendent.»

«C’est la même chose avec les gestionnaires, poursuit-il. Ils auront le respect de la hiérarchie non pas parce que la personne sera leur supérieure, mais parce qu’elle sera respectable en tant que personne.»

Les entreprises au diapason

Cette façon de voir les choses se traduit par une liberté et une autonomie dans l’organisation du temps de travail, «c’est ce que la pandémie a révélé, remarque le professeur. Et on voit que la jeune génération n’a pas envie de revenir en arrière».

Arnaud Scaillerez, professeur à l’École des hautes études publiques de l’Université de Moncton.

Photo : Courtoisie Université de Moncton

Les recherches sur le télétravail menées par Arnaud Scaillerez le montrent : «Les employeurs me disent que s’ils n’offrent pas de télétravail, ils n’ont pas ou peu de candidatures de la plus jeune génération. C’est vraiment entré dans les mœurs en deux ans, en tout cas au Canada».

Les entreprises essaient ainsi de s’adapter et d’offrir des solutions nouvelles, comme le télétravail, mais aussi la semaine de quatre jours. L’Université Saint-Paul, située à Ottawa, a récemment annoncé un projet pilote sur quatre mois pour son personnel administratif.

Arnaud Scaillerez se veut rassurant : «Le Canada est un pays gigantesque avec une population active réduite. [Alors] on ne peut pas empêcher certaines générations d’accéder à leur volonté. Il y a un besoin de renouveler la main-d’œuvre, vu la pénurie, donc les employeurs s’adaptent. Ils ont compris qu’il faut offrir de la souplesse pour attirer les jeunes générations.»

Par ailleurs, la jeune génération en âge de travailler n’est «pas si tranquille que ça, estime Arnaud Scaillerez. Ils ont vécu plusieurs crises économiques et ont vu leurs parents se retrouver au chômage, alors ils n’ont pas eu forcément confiance dans les rapports de travail traditionnels. Ils veulent plus».

Pénurie de main-d’œuvre francophone : des «changements structurels» nécessaires

Dans des services publics continus, comme l’enseignement, la santé et le système pénitentiaire, et dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, notamment francophone, des mesures comme le télétravail ou la semaine de quatre jours sont plus complexes à mettre en place.

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Des «changements structurels» s’imposent, croit Arnaud Scaillerez. Il évoque un roulement entre les personnes pour la semaine de quatre jours, ce qui serait une source de création d’emplois. «C’est toute une réflexion à mettre en place.»