le Lundi 5 Décembre 2022
le Lundi 11 juillet 2022 13:00 Société

Lutte contre l’antisémitisme : éduquer pour mieux comprendre

  Pexels – Rodnae productions - 6115301
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Le cimetière Shaarey Zedek à Winnipeg, vandalisé le 28 juin, a réveillé une fois de plus les consciences sur la lutte contre l’antisémitisme, même si l’acte n’a pas encore été qualifié comme tel par les autorités. L’éducation reste la clé de voute de cette lutte.
Lutte contre l’antisémitisme : éduquer pour mieux comprendre
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Des vandales ont renversé 70 pierres tombales dans le cimetière juif Shaary Zedek dans la soirée du 28 juin. Si une enquête est en cours pour déterminer la nature de ces actes, la question de savoir si ces gestes sont antisémites est dans tous les esprits.

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Un rappel que l’antisémitisme est toujours présent dans notre société. Rena Elbaze, directrice de l’engagement et de l’éducation à la Congrégation Shaarey Zedek, commente : 

Dans beaucoup de cas d’actes antisémites, il y a un manque de connaissances historiques sur la Shoah (Holocauste) et de compréhension sur ce qui se passe en Israël en ce moment.

— Rena Elbaze, directrice de l’engagement et de l’éducation à la Congrégation Shaarey Zedek

D’ailleurs la question des discriminations envers les Juifs se manifeste de plus en plus par des théories révisionnistes au sujet de l’Holocauste comme le montre un sondage mené par Liberation75, un organisme d’éducation sur l’Holocauste, auprès de 3 593 jeunes Canadiens et Étatsuniens. Ce sondage a révélé que 32,90 % d’entre eux ne savent pas quoi penser de l’Holocauste, pensent que le nombre de Juifs morts a été exagéré ou se demandent si l’Holocauste a bien eu lieu.

De quoi alarmer Belle Jarniewski, directrice générale du Jewish Heritage Centre, à Winnipeg. «Nous savons que les Canadiens n’en savent pas assez au sujet de cette terrible partie de l’Histoire. L’éducation est donc très importante.»

Belle Jarniewski clame depuis plusieurs années la nécessité de rendre obligatoire l’apprentissage de l’Holocauste dans les programmes scolaires.

Il y a de moins en moins de survivants et de témoins de cette époque. Même si ça peut influencer le travail de mémoire des jeunes, il faut que les éducateurs et les éducatrices s’y intéressent aussi.

— Belle Jarniewski, directrice générale du Jewish Heritage Centre

Les jeunes d’abord

«Il y en a certains qui font du travail merveilleux, par exemple nous travaillons avec Westwood Collegiate sur un documentaire dans ce sens. Aucune province ou territoire n’a rendu obligatoire l’apprentissage de l’Holocauste. Aux États-Unis, seulement 22 états exigent son enseignement dans leur programme scolaire.

«C’est une discussion qu’on continue d’avoir avec le gouvernement provincial depuis des années. L’autre jour, j’ai reçu un courriel d’une dame de 90 ans qui m’expliquait avoir déjà discuté avec le gouvernement provincial de ce problème dans les années 1970. Pourtant, on le sait, l’éducation peut prévenir le racisme et l’antisémitisme.»

Si l’Holocauste peut paraitre loin, autant sur le plan physique que temporel pour les Canadiens, pour Belle Jarniewski le problème est plus que jamais d’actualité. «Quand je fais des présentations dans les écoles, je rappelle qu’au Canada il y a eu beaucoup de problèmes avec l’antisémitisme, que le fascisme était très populaire dans les années 1930. Il y avait même des manifestations pronazisme dans les années 1930 sur la rue Sherbrooke (Montréal). Donc, le Canada n’était pas à part dans cette partie de l’histoire.»

Des exemples d’actes antisémites au courant de l’histoire, Belle Jarniweski en compte plusieurs. En 2020, l’organisme B’nai Brith Canada recensait 2 610 incidents antisémites, soit une augmentation de 18 % par rapport à 2019.

Belle Jarniewski, directrice générale du Jewish Heritage Centre à Winnipeg.

Marta Guerrero

Si tous les Canadiens doivent être sensibilisés, Belle Jarniewski s’attache particulièrement à éduquer les jeunes grâce à de nouveaux projets. «Nous sommes en train de rénover l’espace du musée juif qui se trouve dans le Centre. On veut apporter un aspect technologique dans ces sections. Notre espace est limité, et on veut l’utiliser efficacement. La technologie va compléter les expositions, on a des archives audios, des photos et bien d’autres encore. On va ajouter un kiosque où les personnes auront accès à des témoignages vidéos de survivants de l’Holocauste. On va aussi ajouter une projection avec tous les noms des survivants à Winnipeg. Avec les recherches qu’on a faites, on a pu trouver 930 noms. Je ne pensais pas qu’il y en avait autant.»

«On souhaite aussi ajouter une table interactive pour que les gens apprennent différents aspects de l’Holocauste. Par exemple, on pourrait suivre le trajet d’une famille qui a fui l’Allemagne. Vu que nous savons que les jeunes n’ont que très peu de connaissances sur cette partie de l’Histoire, peut-être que la technologie serait un bon moyen de les engager à apprendre davantage.»

Ce genre d’outil semble nécessaire pour Belle Jarniewski. «Dans 15-20 ans,
nous n’aurons plus de survivants pour nous livrer leurs témoignages. Avoir enregistré leurs témoignages est très important, même si les enfants de survivants peuvent parler, mais il faut absolument avoir la parole des survivants parce que ce n’est pas la même chose.

«Lors d’un voyage en Suisse, j’ai pu voir des hologrammes de survivants où il est possible de leur poser des questions et l’hologramme répondait. Ça demande un montant de travail et d’argent énormes, mais c’est extraordinaire pour maintenir la mémoire des survivants», conclut Belle Jarniewski.

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