le Vendredi 12 août 2022
le Jeudi 30 juin 2022 13:00 Économie et finances

Les entreprises franco-ontariennes «n’ont rien à envier aux autres»

  Photo : Adeolu Eletu – Unsplash
Photo : Adeolu Eletu – Unsplash
FRANCOPRESSE – Bâtir la relève entrepreneuriale francophone, augmenter les exportations à l’international et favoriser le recrutement de travailleurs étrangers temporaires sont trois priorités à court terme identifiées dans le Livre blanc sur l’économie franco-ontarienne paru le 29 juin.

D’après les données obtenues par l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), la Fédération des gens d’affaires de l’Ontario francophone (FGA) et la firme Axion au cours des huit derniers mois, «les entreprises francophones n’ont rien à envier aux autres».

Au nombre de 30 150, incluant celles qui n’ont aucun employé, elles constituent environ 4,3 % des entreprises de la province. Ce pourcentage est demeuré stable depuis 2010 et le Livre blanc propose de le préserver d’ici à 2031.

Toutes langues confondues, environ la moitié des entreprises de la province ne comptent aucun employé.

La main-d’œuvre francophone et bilingue représenterait quant à elle 11,6 % des ressources humaines et 12,1 % du PIB de la province, et ce, malgré une pénurie de main-d’œuvre criante qui ne s’essouffle pas.

Dominic Mailloux, président de la FGA, estime que «deux enjeux doivent faire l’objet d’une attention particulière : notre capacité à accroitre le bassin de travailleurs bilingues dans des secteurs névralgiques et aussi encourager la relève entrepreneuriale francophone».

Nombre d’entreprises francophones au Canada à l’extérieur du Québec.

Photo : Livre blanc – Capture d’écran

Nombre d’employés des PME francophones et des autres PME.

Photo : Livre blanc – Capture d’écran

PME exportatrices.

Photo : Livre blanc – Capture d’écran

Participation féminine à la propriété.

Photo : Livre blanc – Capture d’écran

Revenus d’entreprises selon la langue d’un ou de plusieurs propriétaires.

Photo : Livre blanc – Capture d’écran

Quelques recommandations à court terme du Livre blanc

  • Revoir le recrutement et l’acceptation d’étudiants étrangers francophones
  • Mettre en place un projet pilote pour recruter 1000 travailleurs étrangers temporaires sur trois ans
  • Financer des études pour cibler les régions et secteurs qui seront les plus touchés par le vieillissement des propriétaires et la vente ou la fermeture d’entreprises francophones
  • Investir dans la création d’un centre de transfert d’entreprises francophones
  • Investir dans des activités de formation et de mentorat afin de préparer les entreprises francophones à se tailler une place sur la scène internationale
  • Que le gouvernement de l’Ontario devienne membre de plein droit de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) (la province en est membre observateur depuis 2016)

Prochaine étape, le lobbying

Dominic Mailloux, président de la FGA.

Photo : Capture d’écran – Francopresse

«La mise en place d’initiatives concrètes ou de politiques publiques doit d’abord et avant tout reposer sur des données de recherche solides, c’est ce qu’on vient faire aujourd’hui avec le Livre blanc», a déclaré Dominic Mailloux en conférence de presse.

La FGA s’était déjà prêtée à l’exercice en 2021, mais de manière moins exhaustive.

Carol Jolin, président de l’AFO, explique que la prochaine étape est celle du lobbying : «Je vais citer un député qui me disait à un moment donné, quand on avait publié un [autre] livre blanc […] : “Ça, je peux travailler avec ça!”».

Notre travail [à partir de maintenant] c’est de faire connaitre [le Livre blanc] et de voir où est-ce que le gouvernement est prêt à s’engager, et à faire du lobbying auprès de nos élus pour faire bouger ces dossiers-là. […] L’Ontario doit maximiser son avantage francophone.

— Carol Jolin, président de l'AFO

Proportionnellement au pourcentage d’habitants francophones (15,4 %), seul le Nord de la province «accuse un léger déficit» d’entreprises appartenant à au moins un francophone (13,9 %). L’une des causes possibles serait que la population y vieillit plus rapidement que dans le reste de la province.

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Les femmes et les immigrants durement affectés

Ce livre blanc est le septième publié par l’AFO. Les précédents ont rencontré un bilan mitigé, ayant donné plus ou moins de résultats escomptés.

Cette fois-ci, l’AFO et la FGA espèrent surfer sur le dynamisme de la relance postpandémie, alors que «le gouvernement provincial a fait de la francophonie économique une de ses priorités», d’après Dominic Mailloux.

Il cite l’investissement de 1,5 million $ sur trois ans dans le réseau économique francophone dans la mise à jour financière de novembre 2021 et la création en janvier 2021 de la FGA, «qui n’aurait pas pu être possible sans le soutien du gouvernement de l’Ontario».

Le Livre blanc se félicite d’ailleurs que «la proportion d’entreprises créatrices d’emplois [soit] plus importante chez les francophones que chez les non-francophones» et que les entreprises francophones aient été proportionnellement plus nombreuses à générer des revenus supérieurs à 50 000 $ en 2016.

Le document identifie d’autres enjeux préoccupants, dont l’âge des entrepreneurs et des exploitants agricoles francophones, surtout en région rurale dans le Nord et l’Est de la province.

Enfin, la FGA et l’AFO souhaiteraient stimuler l’entrepreneuriat chez les femmes et les personnes immigrantes, qui ont été plus durement affectées par la pandémie. Le Livre blanc propose notamment que les gouvernements financent des programmes spécifiques et créent d’un fonds d’appoint pour les entrepreneurs immigrants francophones.

Objectifs du livre blanc pour 2031

  • Que les entreprises francophones représentent toujours un minimum de 4,3 % de l’ensemble des PME de la province
  • Que 13 % des PME francophones de la province fassent de l’exportation (environ 9,4 % exportaient en 2017)
  • Que les femmes détiennent 42 % des PME francophones, en totalité ou en partie (présentement 38,6 %)
  • Que seulement 30 % des PME constituées en société ayant un propriétaire francophone né à l’extérieur du Canada comptent un employé ou moins (40 % en 2016)