le Mardi 5 juillet 2022
le Samedi 18 juin 2022 13:00 Francophonie

Vieillir en fransaskoisie, tout un défi

Une intervention de Roger Gauthier lors de l’assemblée générale de Vitalité 55+, le 27 mai — Courtoisie de Vitalité 55+ Saskatchewan
Une intervention de Roger Gauthier lors de l’assemblée générale de Vitalité 55+, le 27 mai
Courtoisie de Vitalité 55+ Saskatchewan
IJL-RÉSEAU.PRESSE – L’EAU VIVE - La Saskatchewan a maintenant son livre blanc sur le vieillissement des ainés francophones. Le document, présenté par le Réseau Santé en français et Vitalité 55+ à la fin mai, fait état des besoins en santé pour les ainés fransaskois.

Commandité par Vitalité 55+ et réalisé par l’entreprise ontarienne Le CLÉ, le Livre blanc sur le vieillissement des francophones de la Saskatchewan dresse un portrait complet de la situation des ainés fransaskois.

«La raison principale qui a motivé ce travail de recherche, c’est le besoin d’un document synthétique sur lequel nous pouvons nous appuyer lors de discussions avec les gouvernements et les organismes de financement pour la mise en place de nouveaux programmes», indique Éric Lefol, directeur général de Vitalité 55+.

Un besoin d’autant plus important que les données concernant les ainés fransaskois sont rares. «Il n’existe aucun ouvrage qui trace un tel portrait dans la province. Il existe des données partielles et éparpillées qui ne peuvent pas être facilement utilisées dans le cadre de demande de financement pour de nouveaux programmes, ou de demande de soutien par les gouvernements», ajoute le responsable.

Un enjeu de société

En 2020, 18 % de la population canadienne était âgée de plus de 65 ans, selon Statistique Canada. C’est en 2016 que, pour la première fois dans l’histoire du pays, le nombre de personnes de 65 ans et plus a dépassé celui des enfants de 14 ans et moins. Et, d’ici 2050, la proportion des ainés de plus de 80 ans aura triplé.

Comme à l’échelle nationale, les francophones de la Saskatchewan vieillissent plus rapidement que l’ensemble de la population de la province. En effet, l’âge médian des personnes dont le français est la première langue officielle parlée en Saskatchewan se situe à un peu plus de 55 ans, contre 37,2 ans pour les personnes dont l’anglais est la langue maternelle.

Une situation qui inquiète les organismes fransaskois concernés tels que Vitalité 55+ et le Réseau santé en français (RSFS). «Les différents problèmes soulevés vont alimenter nos orientations stratégiques pendant plusieurs années pour développer de nouveaux programmes», assure Éric Lefol.

Des problèmes de fond

Le rapport compile les résultats d’une enquête statistique et documentaire, d’un sondage réalisé auprès de 83 ainés fransaskois en février dernier, et de quatre forums de discussion tenus en janvier et février de cette année.

Parmi les enjeux soulevés, l’accès difficile aux services de santé en français figure en première place avec plus de 70 % des répondants qui s’en plaignent. «L’accès est plus aisé dans les centres urbains qu’en milieu rural, mais ces services ne sont quasiment jamais disponibles en français», note Éric Lefol.

Aussi, l’étude recommande de développer des services de consultation en français à distance et de remédier à l’absence de services à domicile. «Il existe peu de services en anglais, et rien en français», déplore le porte-parole. Sans compter que ces services coutent cher sans aide gouvernementale.

Le manque de transport pour les ainés en milieu rural fait aussi partie des préoccupations. Le rapport évoque ici la possibilité de développer une entreprise sociale «qui pourra mettre en contact les ainés qui ont besoin de services, de bénévoles ou de professionnels», commente Éric Lefol.

Enfin, l’isolement des ainés constitue un autre enjeu, plus marqué en ville qu’à la campagne. «Lorsque des ainés se retrouvent seuls en ville et qu’ils emménagent dans une maison de retraite ou un établissement de soins de longue durée, ils disparaissent de la communauté, observe Éric Lefol. Ce phénomène n’est pas aussi critique en milieu rural où les gens se connaissent mieux.»

Une difficulté lorsqu’on sait que près de 73 % des Fransaskois ayant participé au sondage disent avoir un sentiment très fort ou fort d’appartenance à leur communauté locale et que près de 80 % d’entre eux disent faire du bénévolat.

Rester chez soi

Vitalité 55+ aimerait voir un changement d’approche en matière de vieillissement. «Nous espérons que les gouvernements mettent en place des programmes d’aide pour permettre aux ainés de rester chez eux plus longtemps», rapporte le directeur de Vitalité 55+.

Car pour le moment, les financements visent plutôt à augmenter le nombre de lits dans les centres de soin de longue durée et d’y améliorer les services, un objectif «insuffisant et très couteux» selon Éric Lefol.

«L’Australie et plusieurs pays européens ont mis en place différents modèles permettant aux ainés de bénéficier de services abordables dans leur maison. Les résultats de ces programmes montrent que les ainés restent en meilleure santé chez eux, dans un environnement qu’ils apprécient», précise-t-il.

Avant que cette nouvelle approche soit reconnue et acceptée, du chemin reste toutefois à parcourir. «Le potentiel existe, c’est certain. La question est de savoir à quel moment les gouvernements vont se décider à apporter des aides pour ces services à domicile», ponctue Éric Lefol.