le Mardi 5 juillet 2022
le Mercredi 1 juin 2022 13:00 Politique

La campagne hermétique de Doug Ford

De g. à d. : Doug Ford, Andrea Horwath, Steven Del Duca, Mike Shreiner.  — Photo : Montage Francopresse
De g. à d. : Doug Ford, Andrea Horwath, Steven Del Duca, Mike Shreiner.
Photo : Montage Francopresse
IJL – LE DROIT (ONTARIO) - L’équipe de campagne de Doug Ford savait que pour remporter un second mandat, il devait se tenir loin des scandales et garder le cap. Et tout au long du mois de mai, le Parti progressiste-conservateur n’a pas manqué de suivre cette stratégie à la lettre.

Lundi soir, l’équipe de campagne du PPC envoie un communiqué de presse indiquant dans quelle région Doug Ford se rendra, le lendemain.

Pas de détails sur l’emplacement exact de son événement ni sur le contenu qui sera discuté.

Après en avoir fait la demande, on nous dit, mardi matin, où il sera en avant-midi: une salle de quilles dans la région de St. Catharines, près de Niagara.

L’équipe insiste toutefois: personne ne doit savoir où il a l’intention de se rendre avant le début de l’événement et les médias ne sont invités que par courtoisie. Ils peuvent prendre des photos, mais on nous demande de ne pas poser de questions au premier ministre sortant.

La salle de quilles

Sur place, huit écrans géants, au bout de chaque allée, juste au-dessus des quilles, projettent le slogan des progressistes-conservateurs; «Get It Done».

Même si, en réalité, lorsqu’on la lit de gauche à droite, cette phrase dit plutôt: «Get Doug Ford It Done».

Des t-shirts aux couleurs et au logo du PPC sont distribués.

Les haut-parleurs font jouer en boucle et à tue-tête la chanson thème de la campagne du PPC, intitulée «Get It Done», depuis une heure.

La plupart des clients interrogés par Le Droit sont des réguliers de la salle de quille et affirment que cet événement représente une surprise pour eux. Plusieurs ont hâte que Doug Ford arrive, d’autres sont indifférents.

Tous en ont marre d’entendre cette chanson.

Doug Ford devait arriver à 10h30.

Environ une demi-heure plus tard, on nous dit, tout bonnement, qu’il ne pourra finalement pas être là, sans plus de détails ou d’explications. On nous confirme toutefois que son événement suivant, en après-midi, aura toujours lieu.

Nonchalance

Le chef du Parti progressiste-conservateur, Doug Ford.

Photo : Simon Séguin-Bertrand – Archives – Le Droit

Prochain rendez-vous: un concessionnaire Ford de la région du Niagara-Centre.

«Que s’est-il passé, ce matin?», demande-t-on à l’équipe de campagne de Doug Ford.

On nous répond avec des haussements d’épaules, affirmant qu’il pourrait s’agir d’un conflit d’horaire. Ou pas. «Aucune idée.»

Aucun des partis d’opposition ne pourrait se permettre une telle nonchalance, si l’on en croit les sondages, qui donnent, depuis le début de la campagne électorale, la victoire aux progressistes-conservateurs.

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L’annulation d’un événement avec les membres du public, à la dernière minute, serait une chance ratée pour les libéraux, les néo-démocrates et les verts de s’attirer des votes.

On en a justement eu un bon exemple, ces derniers jours: la cheffe du NPD, Andrea Horwath, a dû annuler sa tournée dans le Nord de l’Ontario lorsqu’elle a appris qu’elle était atteinte de la COVID-19.

Quelques jours plus tard, après s’être remise du virus, le vol nolisé qui devait enfin l’amener dans le Nord de la province a été annulé en raison d’un problème mécanique.

Mais Doug Ford, lui, n’est pas ébranlé d’avoir posé un lapin à la trentaine de clients qui voulaient jouer au bowling avec lui.

«J’ai toujours dit qu’il faut faire la course comme si on était en dernière place, dix points derrière, et ne jamais arrêter de courir. »

— — Doug Ford

La stratégie du favori

Si l’on en croit les agrégateurs de sondages, le premier ministre sortant raflerait même la majorité des sièges à Queen’s Park, lors des élections du 2 juin, comme il l’avait fait en 2018.

Les analystes politiques sont d’avis qu’une partie de ce phénomène est expliqué par le manque de passion chez les chefs libéral, Steven Del Duca, et néo-démocrate, Andrea Horwath, qui n’auraient pas su engranger un sentiment d’urgence suffisamment important pour donner aux Ontariens une envie de changement.

En attendant, Doug Ford a passé le mois de mai à rencontrer les Ontariens. Il l’a fait en refusant presque toutes les entrevues avec les journalistes et en limitant son exposition aux médias.

Un grand nombre de ses candidats, y compris à Ottawa et dans l’Est ontarien, ont carrément refusé de participer aux débats locaux.

Les analystes politiques surnomment cette façon de faire «la stratégie du favori».

Pour remporter un deuxième mandat, le progressiste-conservateur se devait de garder le cap et de ne pas alimenter les scandales.

Pourtant, scandales il y a eu.

Nous réussissions à placer une question à l’endroit du premier ministre sortant, qui se déplace vers un véhicule noir – pas son autobus de campagne, surnommé le «Yes Express».

«Est-ce que le mois de mai représentait pour vous une tournée de la victoire plutôt qu’une campagne électorale?»

«Non, pas du tout, répond-il, tout sourire. Je ne tiens jamais quoi que ce soit pour acquis. Nous travaillons comme des forcenés, jusqu’à la fin. J’ai toujours dit qu’il faut faire la course comme si on était en dernière place, dix points derrière, et ne jamais arrêter de courir.»