le Lundi 5 Décembre 2022
le Lundi 30 mai 2022 7:30 | mis à jour le 18 août 2022 11:41 Chroniques et éditoriaux

Qu’est-ce que la liberté?

Une robe rouge est accrochée à un arbre en mémoire des filles et femmes autochtones disparues ou assassinées.  — Photo : Laurie Trottier
Une robe rouge est accrochée à un arbre en mémoire des filles et femmes autochtones disparues ou assassinées.
Photo : Laurie Trottier
L’AURORE BORÉALE (Yukon) – La Journée mondiale de la liberté de la presse, qui s’est tenue au début de mai, m’amène à réfléchir au concept encore un peu flou de liberté.
Qu’est-ce que la liberté?
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Fondée sur la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui définit la liberté d’expression comme droit universel, la Journée mondiale de la liberté de la presse sert surtout à rappeler que de nombreux pays bafouent la liberté d’expression : Internet coupé ou limité, pressions extrêmes, menaces…

Nous sommes chanceux, au Canada. J’en suis très reconnaissante.

Mais, bien qu’aucun média canadien (je l’espère) ne craigne pour la vie de ses journalistes, cette liberté est-elle aussi complète qu’il y paraît?

Pendant la pandémie, j’ai fait le choix éditorial de ne pas parler de COVID. Pourquoi? Parce que les informations que je recevais de toutes parts n’avaient qu’une seule source initiale : le gouvernement.

J’estimais que le monde entier était trop dans le flou pour fournir une opinion éclairée. Certains pays, ou même certaines provinces, faisaient des choix politiques différents.

En gros, personne ne savait trop de quoi il parlait, mais tout le monde formulait des affirmations.

Consultez le site du journal L’Aurore boréale

La liberté d’expression : un véritable droit ou une façade?

Si je me suis permis d’exprimer mon opinion, c’était avec des pincettes.

C’est avec discrétion que j’ai émis l’idée que toutes les personnes non vaccinées n’étaient pas forcément des extrémistes égocentriques. C’est en sourdine que j’ai déploré que le gouvernement yukonais exerce des pressions sur son personnel en éducation.

Dans le moment où les informations sont nombreuses, diverses, accessibles (même si leur qualité est parfois douteuse), comment se permettre d’émettre une opinion qui pourrait premièrement déplaire à la majorité et deuxièmement sortir des sentiers battus?

Certes, au Canada, nous sommes privilégiés. Beaucoup de droits nous sont acquis. Je n’ai pas eu peur pour ma vie en m’exprimant discrètement.

Pourtant, beaucoup de choses que nous associons à des droits fondamentaux ne sont qu’une façade. Et la crainte d’exprimer son opinion en temps de pandémie n’est que la pointe d’un iceberg monumental.

Le droit d’avoir un espace sûr pour afficher, explorer ou aborder sa propre identité à l’école, est-ce un droit «normal»?

Et bien non, pas encore… L’Assemblée législative du Yukon n’a adopté un projet de loi en ce sens en première lecture que le mois dernier! Ce droit n’est pas encore acquis.

Bien sûr, les jeunes ont droit de demander un tel espace sûr… mais on est loin de l’offre active!

S’affirmer au risque de déplaire

Parlant d’offre active, puis-je déplorer que les présentations publiques du gouvernement yukonais pour les personnes affectées par des inondations ne soient offertes qu’en anglais? Que les documents et informations clés ne soient pas traduites? Suis-je même libre d’utiliser cet accord de proximité (traduit) du participe passé et de délaisser, la règle du masculin qui l’emporte dans notre langue chérie quand Antidote censure ma démarche?

Demander, même si c’est pour notre sécurité, c’est s’avouer différent. C’est attirer l’attention, faire face à l’impatience de la majorité qui ne comprend pas où se situe cette liberté, fondamentale pour nous, mais insignifiante pour d’autres.

Bien qu’on souhaite vivre dans un pays libre, la liberté des minorités paraît souvent insignifiante.

Avec une légère condescendance, on fait sentir que l’urgence n’est pas dans la traduction… ou que les fonds manquent pour un espace sécuritaire… ou que le mot d’ordre, c’est la vaccination. Ou que le masculin l’emporte sur le féminin…

Oui, nous vivons dans un monde privilégié. Pourtant, la liberté n’est pas un acquis.

Une liberté à protéger

Et si ce thème s’est imposé, c’est aussi parce que le début de mai correspond à la Journée de la robe rouge, également appelée la Journée nationale de sensibilisation aux femmes, filles et personnes 2ELGBTQQIA+ autochtones disparues et assassinées.

Ces personnes autochtones ont-elles le droit réel d’être en sécurité dans leurs communautés, où qu’elles vivent?

«Le passé colonial du Canada a eu des répercussions durables et négatives sur les communautés autochtones. L’histoire du Canada de même que le sexisme, le capacitisme, le racisme, l’homophobie et la transphobie, ainsi que les actions et l’inaction des gouvernements précédents ont créé de la discrimination systémique et des iniquités qui doivent être corrigées pour que les femmes, les filles et les personnes 2ELGBTQQIA+ autochtones soient en sécurité où qu’elles vivent», a déclaré Carolyn Bennett, ministre des Relations Couronne-Autochtones, l’an passé.

Et si c’était ça, la liberté : être en sécurité. Peu importe notre identité, notre genre, notre appartenance culturelle, notre langue, nos croyances religieuses ou politiques.

Accrocher une robe rouge à un arbre, c’est annoncer un soutien en faveur de la liberté des femmes, filles et personnes 2ELGBTQQIA+ autochtones. C’est signaler que toutes les libertés fondamentales ne sont pas encore acquises.

La liberté est un trésor à protéger et à faire grandir, au sein de nos communautés.

Être libre, c’est bien, mais être libres ensemble, ce serait quand même mieux…