le Mardi 5 juillet 2022
le Jeudi 26 mai 2022 7:30 Politique

Une crise du logement qui n’est pas près de s’essouffler en Ontario

  Photo : Dillon Kydd — Unsplash
Photo : Dillon Kydd — Unsplash
FRANCOPRESSE – La crise du logement en Ontario ne passe pas inaperçue depuis le début de la campagne électorale, le 4 mai. Chaque parti propose des mesures pour tenter d’y remédier, mais pour les experts consultés, il en faudra plus pour renverser la vapeur.

Guillaume Lessard, chercheur postdoctoral à l’Université de Waterloo.

Photo : Courtoisie

L’une des mesures-phares du Parti progressiste-conservateur, du Parti libéral et du Nouveau Parti démocratique est de construire 1,5 million de nouveaux logements au cours des 10 prochaines années.

Pour le chercheur postdoctoral à l’Université de Waterloo Guillaume Lessard, dont le doctorat portait sur la transition socioécologique urbaine et l’habitation durable, c’est une proposition «qui rejoint les tendances du marché. […] S’ils ne font rien — aucun investissement, aucun changement règlementaire — il y aurait quand même au moins un million de logements en 10 ans».

L’objectif est tiré du rapport du Groupe d’étude sur le logement abordable, paru en février 2022.

«Ce n’est pas une grosse promesse», ajoute Guillaume Lessard, surtout considérant que les investissements pour le logement abordable proviennent en grande partie du fédéral via la Stratégie nationale sur le logement. «Ce sont des projets qui ont pris quelques années à démarrer et qui sont maintenant en cours.»

Un problème complexe, pas de solution simple

Le postdoctorant estime que du côté des progressistes-conservateurs, c’est «business as usual. Par contre, ce qu’ils ont fait récemment, c’est des tendances qui ne sont pas nécessairement positives pour ce qui est de l’accès au logement».

«Ils ont vraiment été pour “tout aux développeurs”, donc ils ont utilisé des outils dérogatoires pour permettre de gros projets immobiliers […] Ce ne sont pas des projets qui seront nécessairement abordables», indique-t-il.

Du côté du Parti libéral, il salue l’idée d’instaurer un contrôle des loyers à l’échelle de la province, une mesure également suggérée par le NPD et le Parti vert. Le Parti libéral n’est cependant pas aussi clair que ces derniers à savoir si ces limites s’imposeront en cas de changement de locataire.

Geneviève Tellier, professeure titulaire d’études politiques à l’Université d’Ottawa.

Photo : Martin Roy – Le Droit

Geneviève Tellier, professeure titulaire d’études politiques à l’Université d’Ottawa, estime que cette mesure aura rapidement des effets bénéfiques pour les locataires. À l’inverse, la construction de nouveaux logements ne viendra pas régler les urgences immédiates, note-t-elle : «Je pense que personne ne sait comment régler le problème, à part de construire beaucoup.»

«Je pense que l’accès au logement va être difficile pour plusieurs années. Ce n’est pas juste la province qui peut régler ça […] C’est beaucoup de problèmes complexes pour lesquels il n’y a pas de réponse simple à donner en ce moment», ajoute la politologue, qui ne voit pas de solution simple pour alléger la crise à court terme.

C’est un problème d’offre. […] Ça ne se construit pas demain matin, une maison, ça va prendre du temps.

— Geneviève Tellier, politologue

Revoir le cadre règlementaire

Guillaume Lessard estime que le Parti vert «fait de plus grosses promesses, mais c’est parce que généralement il a moins de chances d’être élu!» Il estime tout de même que ce «contre-discours» est positif.

Les libéraux et le NPD veulent quant à eux «règlementer davantage la spéculation immobilière et les investissements de personnes non résidentes», note l’expert, qui y voit une bonne idée puisque cela contribue à la crise.

Mais pour réellement en sortir, le postdoctorant estime qu’il faudrait revoir le cadre règlementaire afin de permettre davantage de densification. «Pas juste des duplex, triplex et maisons de ville comme le promettent le NPD et le Parti libéral, mais vraiment de la densité moyenne plus significative», souligne-t-il.

À cet égard, il déplore que les grands partis ne proposent «rien de très structurant».

Si on touche à l’immobilier, on touche à quelque chose qui est très sensible pour la majorité des gens parce que c’est souvent leur investissement le plus important. Ça fait longtemps qu’ils vivent là, ils ne veulent pas voir leur quartier changer.

— Guillaume Lessard, chercheur postdoctoral à l’Université de Waterloo

Considérant cela, il évalue que le Parti progressiste-conservateur conserve le statuquo ; que le NPD et les libéraux «y vont avec la mesure qui semble de plus en plus socialement acceptable d’autoriser les duplex, triplex, quadruplex», et que le Parti vert «y va avec la coche supplémentaire».

Marlene Coffey, cheffe de la direction de l’ONPHA.

Photo : Page Facebook ONPHA

Pour Marlene Coffey, cheffe de la direction de l’Ontario Non-Profit Housing Association (ONPHA), la crise actuelle est «un symptôme du sous-financement à long terme du système par de nombreux gouvernements».

L’ONPHA et la Fédération de l’habitation coopérative du Canada (FHCC) ont lancé la campagne Vote4Housing afin que la crise du logement soit l’une des priorités de la campagne électorale.

Leur plateforme politique propose cinq grandes idées pour tenter d’y remédier, dont la construction et l’acquisition de 99 000 logements «sans but lucratif, coopératifs et supervisés très abordables» sur 10 ans, dont 22 000 consacrés à une stratégie de logement autochtone.

Au niveau des quatre grands partis, Marlene Coffey estime que chacun a «de bonnes idées et de bonnes suggestions dans leurs plateformes».