le Mardi 5 juillet 2022
le Lundi 23 mai 2022 7:30 Société

Régions isolées, bilinguisme et entrepreneuriat se croisent

La famille Boisvert – Tina, Rene et leurs parents Lorraine et Raymond – travaille ensemble au garage familial de Girouxville, en Alberta.  — Photo : Mireille Belzile Photography
La famille Boisvert – Tina, Rene et leurs parents Lorraine et Raymond – travaille ensemble au garage familial de Girouxville, en Alberta.
Photo : Mireille Belzile Photography
IJL – RÉSEAU.PRESSE – LE FRANCO (Alberta) – Loin des centres urbains albertains, le Québécois Martin Thibault ainsi que les Franco-Albertains Marianne Houle et Raymond Boisvert font vivre leur petite entreprise. Dans la région de Rivière-la-Paix, dans le Nord de l’Alberta, ils sont des acteurs de l’économie locale, en français, mais aussi en anglais.

L’entreprise de Martin Thibault, Québécois d’origine, fonctionne dans les deux langues officielles au nord de l’Alberta.

Photo : Mireille Belzile Photography

Ces entrepreneurs bilingues ont un point commun. Ils font partie d’un petit pourcentage d’Albertains qui utilisent les deux langues officielles de manière égale dans leur emploi au quotidien, soit 0,2 % de la population albertaine selon Statistique Canada (2016). Or, cette complémentarité linguistique peut, à la longue, devenir une dualité compliquée à assumer.

Marianne est originaire de Falher, à quelque 70 km au sud de Rivière-la-Paix, et elle y dirige toujours son entreprise de comptabilité MLH Bookkeeping Services.

Ses relations familiales, qui «ont toujours travaillé et enseigné dans la région», l’ont influencée à demeurer dans le Nord-Ouest de l’Alberta.

Elle offre ses services bilingues à temps partiel et travaille, à ses heures, à servir une clientèle variée, allant de fermiers à des personnes «sous contrat avec les puits de pétrole».

Bien qu’elle exerce dans les deux langues officielles, elle préfère parler en français et écrire en anglais. Marianne n’a pas d’employé et travaille depuis chez elle. Elle profite donc d’une grande liberté.

L’entreprise de Martin Thibault, Québécois d’origine, fonctionne dans les deux langues officielles au nord de l’Alberta.

Photo : Mireille Belzile Photography

À l’inverse, Martin Thibault doit aller sur le terrain pour rester en contact avec sa clientèle.

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Des besoins particuliers pour des emplois spécialisés

Propriétaire d’une entreprise de travaux d’excavation, de distribution d’eau, de systèmes d’égouts, de fosses septiques et de services d’aménagement paysager, Martin Thibault est, lui aussi, bilingue dans son milieu professionnel. «C’est moitié-moitié!», dit-il au sujet de la langue qu’il emploie au travail.

Toutefois, contrairement à Marianne Houle, il a besoin de se déplacer sur les chantiers pour voir les gens en personne. Il doit parfois parcourir plus de 200 km pour aller à la rencontre de ses clients, mais il assure qu’il est toujours ravi de s’exprimer en français quand il peut le faire.

«Être capable de servir la communauté» est important pour Martin Thibault, qui travaille parfois en famille, avec son fils et sa femme. Il ajoute même, avec enthousiasme, «les clients en français, c’est amusant».

Comme Marianne, le développement des affaires n’est pas nécessairement un souci de tous les instants. Le fait de vivre dans une région isolée évite la concurrence.

À Falher depuis 2003, Martin Thibault aime être utile pour sa communauté et se sent «chanceux d’être dans le Nord».

Un rapport à la langue qui évolue

L’histoire de Raymond Boisvert est légèrement différente. Dès 1981 et au cours de ses premières années comme gestionnaire d’un garage (Service Garage LTD), «on faisait 80 % de nos affaires en français, 20 % en anglais.» Aujourd’hui, ses échanges linguistiques se sont complètement inversés.

Il exprime une grande reconnaissance pour «les trois générations de customers» qui soutiennent leur garage automobile depuis 42 ans. Il avoue être vraiment content de parler français.

Travaillant avec sa femme Lorraine et leurs deux enfants, Tina et Rene, il insiste sur le fait qu’ils sont très compétents et l’aident à gérer le garage. D’ailleurs, le chef d’entreprise de Girouxville, tout près de Falher, ne voit pas les choses évoluer en fonction de la langue qu’il emploie, mais plutôt par un changement de comportement de la clientèle.

«Il n’y a pas assez de support et pas assez de volume.» Il est d’avis que «c’est trop facile pour le public, s’ils ont besoin de quelque chose, ils vont à Grande Prairie et Edmonton», des centres urbains avec de nombreux services anglophones.

La demande de services bilingues 

Selon Statistique Canada, depuis 2001, il existe une croissance continuelle du nombre de personnes s’exprimant en français au travail dans la province.

Le français parlé à égalité avec une autre langue a augmenté de 90,8 % entre 2001 et 2016. En général, le français utilisé au travail a augmenté de 30,4 % entre 2001 et 2016.

Lorsqu’il s’agit d’utiliser la langue de Molière ou la langue de Shakespeare, ces entrepreneurs bilingues sont équipés pour assurer leur succès et le bonheur de leurs clients.