le Mardi 5 juillet 2022
le Dimanche 22 mai 2022 7:30 Société

« Stop racisme 105.1 » : pour comprendre la réalité des minorités

La série Stop racisme 105.1 veut «mobiliser des connaissances et mener une sensibilisation participative contre le racisme et la discrimination».
La série Stop racisme 105.1 veut «mobiliser des connaissances et mener une sensibilisation participative contre le racisme et la discrimination».
L’EXPRESS (Toronto) – La radio communautaire franco-torontoise CHOQ-FM diffuse depuis quelques semaines sur YouTube des entrevues avec des experts des relations raciales et des dirigeants d’organismes engagés dans la lutte contre le racisme et l’avancement des minorités.

Une vingtaine de ces vidéos de 15 à 30 minutes chacune, sous le titre Stop Racisme 105.1, sont prévues d’ici la fin juin, précise le responsable de la série, Joseph Tamko.

Après, il souhaite poursuivre sur cette lancée et offrir d’autres contenus ou évènements semblables à CHOQ-FM. L’audio de ces entrevues, toutes menées par la chroniqueuse Annik Chalifour, se retrouvera également à la radio et repris dans ses réseaux sociaux.

Consultez le site du journal L’Express

Racisme: des experts et des leadeurs

Annik Chalifour s’entretient avec Antoine Dérose, de Point Ancrage Jeunesse.

Jusqu’à maintenant, la série Stop Racisme 105.1 a notamment fait découvrir Antoine Dérose, de l’organisme Point Ancrage Jeunesse, Baptiste Bourquardez, des services aux immigrants du Collège Boréal, et Sabine Soumare, du Portail de connaissances des femmes en entrepreneuriat associé l’Université métropolitaine de Toronto (nouveau nom de l’Université Ryerson).

La toute dernière capsule permet de faire la connaissance du président de la Fondation Sylvenie Lindor, Amikley Fontaine, lauréat du Prix de la francophonie de l’Ontario 2022.

La banlieue la plus «dangereuse»

Joseph Tamko serait lui-même un invité intéressant pour l’une des capsules. Français de parents camerounais et élevé «dans le 93, à l’Est de Paris, le département le plus dangereux de France», il est venu à Toronto il y a 6 ans comme communicateur pour implanter le géant japonais du meuble Muji. Car en plus de parler français et anglais, il s’exprime couramment en japonais!

Joseph Tamko, responsable de la série Stop racisme 105.1.

Photo : Courtoisie

Les capsules de Stop Racisme 105.1 ont pour but de «mobiliser des connaissances et de mener une sensibilisation participative contre le racisme et la discrimination dans l’emploi, la justice, la participation sociale et le numérique».

Le projet est financé à hauteur de 49 000 $ par le gouvernement fédéral et son Programme d’action et de lutte contre le racisme. Il a été lancé par l’ex-directrice générale Zaahirah Atchia, aujourd’hui cheffe de Radio-Canada en Ontario.

En plus des capsules vidéos et audios, CHOQ-FM se propose aussi de mettre des documents-ressources pertinents à la disposition du public et d’organiser des jeux-concours sur ses ondes.

Sensibilisation au racisme et solutions

Tout le contenu des capsules est orienté sur «des bonnes pratiques en matière de lutte contre le racisme et la discrimination».

«On est en mode sensibilisation et revendication, mais aussi en mode solution», assure Joseph Tamko (Joe pour les intimes et… pour tous).

Cela se reflète dans la liste des invités au micro d’Annik Chalifour. La plupart dirigent des organismes de services aux immigrants, notamment des services d’aide et d’intégration aux jeunes Noirs.

Annik Chalifour s’entretient avec Sabine Soumare, du Portail des femmes en entrepreneuriat.

Le racisme en 2022 n’est évidemment pas aussi virulent ou décomplexé qu’au siècle dernier, convient le coordonnateur de Stop racisme 105.1. Mais le racisme est tenace et indéniable – qu’on l’appelle «systémique» ou non –, comme le reflètent toutes les statistiques.

Impossible de louer un logement

Joe Tamko raconte qu’il a régulièrement été victime de racisme quand il a dû se trouver un logement ou un travail. «En France, je n’ai tout simplement jamais réussi à louer un logement!» (Il a continué de demeurer chez ses parents ou des amis.)

«Et si on m’embauchait dans un restaurant, c’était dans les cuisines loin des clients… sauf si un candidat caucasien postulait pour le même travail. Alors, on ne m’embauchait pas!»

La situation est moins grave au Canada, convient-il. Mais chez nous aussi, dans l’emploi comme l’embauche, devant la police et les tribunaux, voire sur la place publique, les Noirs et les autres minorités ont la vie moins facile que les Blancs sans accent.

Annik Chalifour s’entretient avec Baptiste Bourquardez, du Collège Boréal.

Antoine Dérose explique d’ailleurs que les Noirs sont souvent perçus comme étant «plus agressifs» que les autres personnes. Ou moins propres, moins éduqués, plus à risque de ne pas payer leur loyer ou de rembourser un prêt… Même quand un Noir est chef des communications d’une multinationale japonaise!

Microagressions et destructions

Toutes ces humiliations s’accumulent et peuvent décourager les jeunes Noirs, sous-employés, mal logés, pauvres, valorisés uniquement dans la criminalité… Cela renforce le cercle vicieux des préjugés.

Joe Tamko explique aussi que le déni de l’ampleur du problème, par des élus politiques ou par des gens ordinaires s’identifiant à la majorité, constitue en soi une «microagression».

«C’est comme si on ne te croit pas. Ton expérience personnelle, pourtant réelle, n’est pas validée. C’est frustrant, déshumanisant.»

«Même si la société continue d’évoluer, il est important de dire que le racisme systémique existe et qu’il est extrêmement grave, allant jusqu’à détruire des vies. Le meurtre de George Floyd en 2020 l’a bien montré.»

La série Stop racisme 105.1 prône davantage le dialogue que la révolution. «Nous voulons créer un Canada inclusif. Il y a du progrès, mais encore beaucoup de travail», résume Joe Tamko.